Affichage des articles dont le libellé est Mallarmé (S). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mallarmé (S). Afficher tous les articles

vendredi 10 décembre 2010

HBO sans bouquet

.
HBO, chaîne payante (chaîne sans publicité, dite premium) du groupe Time Warner, est commercialisée auprès des abonnés à un bouquet de base composé et distribué par les opérateurs du câble, du satellite ou des télécoms ("To get HBO, you need to order it from your Cable, Satellite or Telephone Company"). Un téléspectateur américain ne peut donc s'abonner à HBO sans s'être au préalable abonné à un bouquet (60 à 80 $). Depuis une trentaine d'années, ce mode de commercialisation allait de soi. Cette évidence est remise en question par l'évolution numérique de l'offre de médias : avec la télévision numérique terrestre et Internet, les foyers américains peuvent envisager de réallouer leur budget.
  • Ils peuvent accéder gratuitement à un ensemble de stations de télévision et de networks, 20 à 30 selon les régions (DMA), en HD s'ils le souhaitent. 
  • Ils accèdent tout aussi gratuitement à tout ce que propose le Web en matière d'information : ils peuvent suivre l'actualité politique sans CNN ou Fox News, l'actualité sportive sans ESPN, des desssins animés sans Nickelodeon, etc. 
  • L'offre des opérateurs câble et satellite ne leur est pas indispensable ; la constitution de bouquets forfaitisés est même vécue par certaines associations de consommateurs, qui en appellent régulièrement à l'autorité de régulation, comme une vente forcée. La crise économique que subissent les foyers des classes "basses" et "moyennes" (lower class, middle class) accroît leur sensibilité à cette dépense. 
En revanche, ni la télévision numérique terrestre (TNT), ni le Web n'apportent aux téléspectateurs du grand public, sur leur téléviseur, toute la fiction originale qu'ils désirent et qui les a conduits parfois à tester HBO (abonnements promotionnels).
Au lieu d'acquitter un droit d'entrée sous la forme d'un abonnement mensuel au câble de base pour 40 à 80$, ils pourraient consacrer ce budget à un abonnement à HBO (15$ par mois). Le coût d'accès à HBO baisserait sensiblement, permettant à la chaîne de Time Warner d'augmenter son portefeuille d'abonnés (28,6 millions actuellement, selon SNL Kagan). Cette réflexion s'impose d'autant plus que le nombre d'abonnés à la télévision payante, au câble surtout, a tendance à baisser, réduisant d'autant le potentiel de recrutement de HBO qui deviendrait, d'être partout, "l'absente de tous bouquets".

Le passage au numérique de la télévision grand public secoue des habitudes commerciales anciennes et rend plausible leur disparition au profit de modalités plus flexibles, plus en phase avec la culture des consommateurs. Toute télévision doit être aussi à la demande. Sur ce plan, la presse est depuis longtemps en avance qui se vend et à l'abonnement et au numéro.
.

lundi 9 novembre 2009

Visiteur unique : les démons de l'analogie

.
La notion de "visiteur unique" ne fait pas l'unanimité lorsqu'il s'agit d'apprécier la place des médias sur Internet. Pourtant, c'est une notion banale en média, sous la dénomination d'audience cumulée. Pourquoi sa manipulation sur Internet pose-t-elle problème ?

Définition
Revenir à l'audience cumulée et à la couverture à au moins 1 contact, pendant une période donnée, pour un segment identifiable de population (cible) : ce sont des visiteurs uniques.
A partir de là se composent les agrégats adéquats. Par exemple, suivant le rite procterien, la couverture cumulée à au moins 3 contacts, au bout d'une semaine de campagne. Ou encore, pour une audience télévision, sa sensibilité à la durée de contact (1 seconde / 1 quart d'heure) selon des durées de cumulation des contacts (les premières mi-temps de match de foot avec l'équipe de France).

Remarques
  • Pour être opérationnelle, cette notion de visiteur unique doit préciser la période de référence, durant laquelle le visiteur est considéré comme unique, et la courbe de cumulation des contacts. Au bout de combien de temps la courbe sature-t-elle parce que le média ne recrute plus de visiteurs nouveaux ? A quel rythme s'effectuent les revisites ? 
  • Au sens strict du terme, un visiteur unique ne présente guère d'intérêt, et surtout de sens. C'est peut-être quelqu'un qui est venu par erreur, s'est trompé en configurant sa recherche (artefact des moteurs de recherche, du référencement naturel ou artificiel). Quelqu'un qui ne reviendra pas, une fausse conquête. Ainsi, lorsqu'une radio proclame qu'elle a tant de millions de visiteurs uniques par mois de plus qu'une autre, pour mieux apprécier cette audience, et ne pas trébucher sur les pièges du communiqué de presse, il faut en revenir à la fidélisation. Combien de réguliers (nombre de visites par mois, sur combien de jours différents) ? Quelle durée d'écoute par auditeur DEA) ? Combien parmi ces centaines de milliers de visiteurs uniques sont restés quelques secondes, n'ont rien écouté, ne reviendront jamais ?
  • Un visiteur unique n'est intéressant que lorsqu'il n'est plus unique, lorsqu'il devient régulier, tout comme un client d'hyper. Nous retrouvons la notion canonique d'effective frequency, seuil de répétition en-deçà duquel la communication est inefficace, au-delà duquel on commence à gaspiller. Toute l'optimisation d'un plan consiste d'abord à déplacer la distribution des contacts vers un niveau optimum (défini par le client, tenant compte de la création, du capital de notoriété accumulé, de la mémorisation, etc.) à n contact (3, 4, 5) dont se déduit le capping.
  • Plus longue la période de référence, plus élevé le nombre de visiteurs uniques égarés, visiteurs de peu d'intérêt (audience cumulée à un contact, strictement). D'où l'importance d'une référence temporelle pertinente (filtre) : pour un quotidien la réferénce mensuelle ne l'est guère. Il faut plutôt, dans ce cas, que le média diffusé sur Internet se rapproche de notions classiques comme la lecture du numéro moyen (LNM) ou la lecture dernière période (LDP, la veille pour un quotidien). L'approche "pages vues / visites" que pratique l'O.J.D. rend compte plus certainement de la puissance d'un site média, mais tout ramener au mois est moins convaincant.
  • On ne devrait jamais, pour l'interprétation d'une audience, isoler la courbe des visiteurs uniques de celle des visiteurs et des visites à n contacts (2, 3, 5...).
  • Quand on annonce, par exemple, sans plus de précision, que sur Internet les quotidiens perdent des visiteurs uniques sans spécifier la définition de ces visiteurs uniques en fonction du média, on ne sait pas ce que l'on dit, ni ce qu'il faut comprendre. La définition devrait inclure la durée de référence pour laquelle on estime cette unicité pertinente mais aussi le lieu origine de cette unicité (domicile, bureau, université, téléphone, etc.) ou plusieurs de ces lieux à la fois (ou, au moins, préciser, c'est souvent le cas, que l'on n'en sait rien). Notons, en passant, que le lieu d'origine de l'audience se pose aussi en télévision (domicile, hors domicile, en mobilité, etc.).
Les sites média ont un rythme "naturel" de consommation, lié à l'événement (ce qui est construit comme tel) que ne peuvent ignorer et suspendre les comparaisons. Le "visiteur unique" ne permet pas d'apprécier la puissance utile d'un site média, ni sa puissance rédactionnelle, ni sa puissance publicitaire. Les comparaisons, les analogies, forcément réductrices, permettent  quelques "spécialistes en généralités" d'avoir opinion sur rue, mais pas de travailler.
.

lundi 16 février 2009

5 mn par jour "à la recherche du temps perdu"


DayLit détaille la littérature en toutes petites tranches, en miettes même. 1075 épisodes, 5 mn par jour durant trois ans pour La Recherche. Proust à dose homéopathique.
Le principe de DailyLit repose sur un syllogisme imparable : on lit ses emails, mais on ne lit pas de livre, ergo il faut publier les livres en emails (ou flux RSS) pour qu'ils soient lus.
Des romans japonais ne sont-ils pas déjà publiés sur téléphone, commentés par les lecteurs via SMS dont les textes sont intégrés dans la version papier. Ces sortes de soap operas deviennent des "best sellers". 
Et puis il y a aussi les livres audio (audio books) pour iPods et embouteillages. Et même des vidéos de 12 secondes sur iPhone (il y a une appli pour cela ! "Why only 12 seconds? Because anything longer is boring").

A cette distribution en miettes, il existe d'honorables précédents. Honoré de Balzac publia nombre de ses romans en feuilletons. Karl Marx accepta pour la traduction française (1872) de publier Le Capital en "livraisons périodiques" : "Sous cette forme l'ouvrage sera plus accessible à la classe ouvrière" ! Pour adresser ses lettres, Stéphane Mallarmé écrivait des "Récréations postales" (1892) en forme de quatrain. En 1948, France-Soir publia "Autant en emporte le vent" en feuilleton. Et Jauffret publie en 2008 un gros volume de 500 Microfictions d'une page et demie...

Modèle économique mixte pour ces cinq minutes de littérature quotidienne. Achat et Parrainage : une marque peut parrainer un livre. Répétition assurée puisque le parrain est présent chaque jour. Ciblage séduisant, affinité élective. Sans doute est-ce le parrain qui choisit le livre à publier. Certain titres sont vendus, d'autres gratuits. L'abonné peut choisir ses horaires de livraison, la police et la taille de caractère, notamment pour la lecture sur iPhone.
Plus d'un millier de livres disponibles, quelques uns en allemand, anglais, italien, espagnol.

Chaque média redécoupe les oeuvres, rythme les publications et façonne l'attention. Entrons-nous dans une ère de tout petits formats (RSS, clips, Twitter, SMS) ? Internet bouleverse la distribution et, par conséquent, le packaging aussi. Les légitimistes de la culture s'en émeuvent. Il en fut de même pour chaque mode de distribution précédent (tablettes, rouleaux, parchemins, papier, imprimerie).