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dimanche 4 mai 2025

Le Japon pour le connaître mieux, un peu

 Sencha. Le slow media par Japon infos,ou Le magazine du Japon, 52 p., 11.9 €, bimestriel, abonnement 6 numéros, 99 €

 C'est un nouveau magazine destiné à cclles et ceux qui son amoureux du Japon ou qui vont le devenir... en lisant ce magazine ! Pour comprendre doucement, lentement !
Le premier article a pour objet les fêtes de la nouvelle année et le premier lever de soleil mais aussi le repas emblématique dont la tradition change (quelques statistiques pp. 14-15). 
Le deuxième article évoque des lieux qui n'ont pas eu de chance dans l'histoire, dont Hiroshima, victime des militaristes japonais d'abord et qui aujourd'hui se veut, mais un peu tard, "Cité de la Paix", et manifeste contre les armes nucléaires (qui tuent trop, trop vite !). 

Un article évoque l'évolution démographique et les familles monoparentales au Japon, familles vivant dans la pauvreté ; ce sont bien sûr les femmes qui conduisent seules ces familles, les ex-maris ayant déserté le foyer et rechignant à payer la pension alimentaire (ce type de  délabrement familial est international, la France n'y faisant pas exception (cf. INSEE), quant aux Etats-Unis, n'en parlons même pas !

A l'autre extrémité du transsibérien se trouvait autrefois le Japon avec la ville de Tsuruga et ses plats appétissants comme le "katsudon" (côtelettes de porc frites). Et puis viennent deux articles sur des destinations touristiques, Tottori et Gunma. Ensuite, un article sur le cinéma qui évoque le festival de Kinotayo et, pour finir, une interview de Pierre Jacerme, qui a enseigné en prépa à Henri IV et qui est aujourd'hui l'auteur d'un livre sur le Japon (Visages du Japon).
Enfin, est évoquée l'oeuvre de Keiji Nakazawa sur les mangas puis on notera deux colonnes sur le film Black Box Diaries qui raconte le viol d'une journaliste par un patron de presse proche des milieux politiques dirigeants. Le film qui est diffusé en salles à Paris, ne l'est toujours pas au Japon ! Il y a décidément encore quelques progrès à faire, au delà du folklore, du tourisme et de la cuisine !

Le magazine fait voir, entrevoir à peine, le Japon d'aujourd'hui, un peu, mais aussi surtout celui d'hier. Les articles sont courts (trop ?) et les lecteurs aimeraient sans doute en savoir plus. Mais c'était le premier numéro, alors, attendons la suite. Le Japon, malgré tout cela ressemble quand même souvent à l'Occident : viols, familles monoparentales...

lundi 3 février 2020

Midnight Diner : un livre de cuisine japonaise télévisée



Yarō Abe & Nami Lijima, La cantine de minuit. Le livre de cuisine, Le Lézard Noir, 144 p., 15 €.

On les a connus et aimés sur Netflix : les héros de Midnight Diner sont désormais accessibles au public télévisuel des pratiquants : en effet, un livre de cuisine est à leur disposition qui mêle habilement des pages de mangas, celle de Yarō Abe, et les recettes de Nami Lijima. On y retrouve les plats que l'on a vu servir dans l'émission, et leur mise en scène simple.

Les recettes sont pour la plupart faciles puisque le petit restaurant ne propose à la carte que de la soupe miso au porc et du saké, mais le patron sera toujours heureux de préparer les mets pour lesquels les clients apportent leur concours sous le forme d'éléments divers à cuisiner. Et ainsi l'on goûtera, par exemple, la crème aux oeufs, l'omelette aux tomates, la salade de vermicelles, les spaghettis napolitains, le riz au tororo, le ragoût de taro aux calamars, les nouilles froides (avec n'importe quelle garniture disponible), le ragoût à la crème (pour les hivers rigoureux), les boulettes onigi grillées, les beignets d'oignons, des chikuwa frits, la salade de pommes de terre (avec jambon et concombre), le katsudon (porc pané) et le nikujaga (boeuf et pommes de terre)...
Au milieu du livre, les lecteurs trouveront un dialogue entre les deux auteurs du livre qui partagent leurs souvenirs de bons petits plats, et des occasions de nombreuses nostalgies de leur enfance.

En fait, le livre accompagne l'émission qui accompagnera le livre. L'un appelle l'autre, et ils vont bien ensemble, constituant un ensemble pluri-média, pratique. Reste à trouver les ingrédients japonais, ce qui n'est pas toujours facile si l'on n'est pas au Japon mais, avec Internet...

Voici l'application de la recette de la recette de l'omelette aux tomates (Karen est au fourneau !). C'est simple, et c'est bon (pp. 40-42). D'abord, il faut faire cuire les tomates ; ensuite on les verse sur les oeufs battus ; ici, la cuisinière a ajouté de la ciboulette, et l'on pourrait y ajouter d'autres éléments, notamment des lardons, des oignons...






lundi 29 avril 2019

Apologie du bon débarras. Sérié télé américaine


Tidying up with Marie Kondo (Ranger avec Marie Kondo), série, première saison, 8 épisodes d'une demi-heure à trois quarts d'heure chacun. Janvier 2019.

Voici une étonnante émission de la télévision américaine, diffusée par Netflix. Le principe en est le suivant : un foyer a accumulé tellement d'objets devenus inutiles, l'habitation est tellement encombrée qu'il lui devient inconfortable d'y vivre, pénible même. L'espace domestique est rongé par d'incessantes accumulations : la société de consommation est une société de gaspillage et de dons où acheter (shopping) est un passe-temps, une activité en soi dont il est bon de se plaindre (cf. la corvée des cadeaux de fin d'année, le rituel des achats pour la rentrée scolaire). En revanche, il y a des moments de la vie qui appellent le débarras : le départ des enfants ("empty nest", épisode 2) ou le veuvage (épisode 4), l'arrivée d'un enfant (épisode 7) ou un mariage ("When two (messes) become one" - dernier épisode).
Tout le monde a beaucoup de mal à jeter, à se débarrasser de tant d'objets habituels et pourtant inutiles, dénués de valeur : jouets, vêtements, collections, chaussures, gadgets divers, cartes postales, courrier. D'autant qu'à chacun de ces objets relégués reste associé à un souvenir.
Alors il faut faire appel à une spécialiste du rangement : c'est Marie Kondo. Elle est japonaise ; dans l'émission, elle parle un peu anglais, surtout japonais et fait appel au truchement de son interprète. Paradoxalement, cette distance linguistique facilite la communication et les exigences du rangement s'en trouvent moins brutales, amorties par le délai de traduction et la bonne humeur tenace de Marie Kondo. Les mots sont moins offensants, plus cordiaux, acceptables.
Mari Kondo a publié plusieurs livres vantant sa méthode (de-cluttering) ; la série s'en inspire largement. Le livre sur l'art japonais du rangement se veut un "manifeste mystique" (sic !) ; il y a aussi une version manga ; le rangement selon Mari Kondo, inspiré du shintoïsme, prend volontiers une dimension métaphysique. Marketing oblige.

Fée des logis, Mari Kondo, docteur ès-rangement, établit bientôt un diagnostic au cours de la visite de l'habitation tandis que les téléspectateurs font connaissance de ses habitants, qui confessent leur impuissance. Cela tient de la thérapie et du coaching. Voyeurisme. La caméra s'introduit dans l'intimité de la vie d'un couple : vivre ensemble, n'est-ce pas d'abord s'accorder avec son partenaire, sur le rangement des choses de la vie ?
La réalisation fait d'abord prendre conscience des monceaux d'objets sans intérêt, des placards qui débordent et prennent la place de l'essentiel. Spectaculaire ! Au vu du diagnostic, les habitants s'engagent à se débarrasser de tout cet encombrement et le déblaiement planifié peut commencer, pièce par pièce. Le tri ne conserve que ce qui amène la joie ("what sparks joy") et qu'il faut mettre en valeur.
Marie et l'équipe de tournage reviennent chaque semaine visiter l'habitation, pour juger de l'avancement des travaux des Hercules domestiques. Marie Kondo leur montre des trucs : comment plier les vêtements (impressionnant !), placer des objets dans des boîtes de différentes tailles... Mettant en scène une situation courante dans laquelle tout téléspectateur peut se reconnaître, la série exerce une fonction cathartique. Les téléspectateurs, qui sont eux aussi plus ou moins débordés par des années de vie quotidienne, par la crue des possessions, et la cruauté des dépossessions, déclarent s'être mis à ranger, à mettre de l'ordre chez eux et, par voie de conséquence, à effectuer des donations charitables, des ventes de voisinage (garage sales)... Tous admettent retirer un bénéfice psychologique de la clarté et de l'organisation nouvellement conquises, du bonheur de prendre le temps de retrouver de l'espace. Esthétique cartésienne du sobre, du clair et distinct. C'est un créneau que la presse de la maison et de la décoration occupe depuis longtemps.
La méthode Marie Kondo peut s'appliquer plus généralement à toute gestion : celle du budget domestique et des achats, à la gestion du temps... Discours de la méthode domestique, règles pour la direction de l'esprit. Toujours hiérarchiser pour ne garder que l'essentiel, se débarrasser du reste. Voilà qui vaut sans doute pour le fatras de connaissances que l'on accumule sur les réseaux sociaux, pour les entreprises aussi. Gérer, c'est ranger, et arranger.


mercredi 27 décembre 2017

Misaeng : la gestion dans une entreprise coréenne vue par une série TV


"Misaeng" est une série coréenne diffusée par la chaîne généraliste tvN en automne 2014. La série est connue aussi sous le nom de "Une vie incomplète", selon une impression empruntée au jeu de Go. Important succès d'audience en Corée. La série est reprise par Netflix.
"Misaeng" est basée sur un manga coréen à succès (webtoon) dont on a pu dire qu'il constituait la "bible du salarié coréen". L'action se déroule dans une entreprise multinationale coréenne faisant partie d'un conglomérat (cheabol). L'immeuble rouge brique que l'on montre dans la série semble être celui du siège Daewoo à Séoul, conglomérat dont la faillite frauduleuse (1999) fut retentissante (y compris en France, cfDaewoo en Lorraine).
L'intrigue est centrée sur la vie au bureau de quelques nouvelles recrues, stagiaires, emplois temporaires. Bizutage, brimades, tableaux Excel à tiroirs, macros, aboiements au téléphone, paperasses qui s'entassent, photocopieuse, café, tracasseries... L'enfer, c'est les petits chefs.
Image du webtoon : partie de Go

Le personnage central de "Misaeng" est un jeune stagiaire, Jang Geu Rae. Pauvre, orphelin, pourvu d'un diplôme de l'enseignement secondaire, non titulaire, talentueux, il a tout pour devenir le souffre-douleur de ses aînés. Passionné de Baduk (nom coréen du Go), il aurait voulu devenir professionnel, et il se représente la vie dans l'entreprise, tout le monde de l'entreprise, comme une gigantesque partie de go, avec ses stratégies, ses coups, ses règles. Métaphore presque métaphysique (chaque pierre du jeu de Go a d'abord quatre libertés, mais, petit à petit dans le cours de la partie, elle perd des libertés, d'où le titre de la série, "Une vie incomplète" : les "pierres mortes", sans liberté, ne comptent pas au moment du score final, "âmes mortes" en quelque sorte). Le tableau d'ensemble est désolant, d'un réalisme déprimant : harcèlement et humiliation, jeunes femmes et jeunes gens maltraités qui ne se rebiffent pas, cadres intermédiaires (n+1) suffisants, machistes, vulgaires...

Les cadres anciens, à l'exception de l'un d'entre eux que l'on voit en famille, jouant avec ses enfants, s'efforcent d'inculquer aux newbies soumission et obsession de la carrière. L'une des cadres encouragera une stagiaire talentueuse, très diplômée (russe, sciences politiques, etc.) et excessivement maltraitée : maintenant, apprenez la comptabilité, c'est essentiel ("accounting is the language of business"), ce qui est indiscutable et ne devrait par être vécu comme un renoncement... Désenchantés, les quatre jeunes héros se débattent dans une nasse dont ils ne semblent toutefois pas vouloir s'évader, convaincus qu'il faut tout avaler pour parvenir (primes, bonus, etc.). Ils consentent à leur destin déplorable. Dans cet univers kafkaïen, sans échappatoire, la loyauté envers la firme se confond avec la ruse de la raison gestionnaire. Les décors urbains d'une "ville tentaculaire" en rajoutent à l'impression de déréliction.

Montage subtile, concis, cadrages précis, l'intrigue qui semble d'abord absente, la série ne faisant suivre la vie des protagonistes au bureau, se révèle en fin de première saison. Le rythme de la série est lent, enchaînant des événements minuscules aux yeux du spectateur qui n'en finit pas de s'impatienter, pensant : "on a raison de se révolter" (Jean-Paul Sartre). En fait, le thème de la série, c'est la liberté et la résistance, l'engagement, non pas abstrait mais dans le cadre du travail salarié. Peut-on concilier éthique et vie entreprise... Qu'est-ce qu'un individu dans, pour une grande entreprise ? Un pion, une "pierre" de GO ? Bien qu'il s'agisse d'une fiction, cette série constitue une approche ethnographique stimulante de la gestion et des relations de travail dans la firme perçue comme "total institution" (Erving Goffman). L'entreprise s'avère aussi une sorte de "société de cour" (Norbert Elias) où des courtisans mènent le jeu, de projet en projet, dissimulant au mieux leurs ambitions et leur tares...

L'originalité de cette série tient à l'univers décrit, sa banalité brutale et son horreur quotidiennes. Quel salarié n'ont pas connue cette expérience ? L'ensemble, d'épisode en épisode, est indiscutablement réussi. Tenu en haleine, le téléspectateur ne peut que se laisser embarquer, loin de la vision qu'exposent des séries américaines comme "Suits" ou "Mad Men". Où est l'exotisme ? "Suits", "Misaeng" ? Imposant un "regard éloigné", "Misaeng" étonnera les spectateurs occidentaux et ils n'en regarderont que mieux leurs séries habituelles. Bonne occasion de constater, entre autres, que l'expression de l'émotion n'est pas universelle, pas plus que ne le sont les règles et gestes de politesse  (déférence hiérarchique) ou les rites de passage. Et nous nous demanderons, nous, Occidentaux, à la manière des Parisiens dans les Lettres persanes (Montesquieu) :" Ah! Ah! monsieur est [Coréen] ? C'est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être [Coréen] ? "
A voir, impérativement.
N'est-ce pas la réussite de Netflix que de mettre de telles séries à portée d'autres regards que ceux de l'audience d'origine : Netflix s'avère un média inter-national, au sens strict du terme, qui peut éventuellement bousculer des ethnocentrismes établis. Média de la diversité. Quelle est l'audience non coréenne de cette série sur Netflix (ce que ne pourra nous apprendre Nielsen !) ?

Références

Norbert Elias, Die Höflische Gesellschaft, Frankfurt, suhrkamp, 1983 (en français, "La société de cour, Paris, Calmann-Lévy)
Philippe Gavi, Jean- Paul Sartre, Pierre Victor, On a raison de se révolter, Paris, Gallimard, 1974
Ervin Goffman, Asylums: Essays on the Social Situation of Mental Patients and Other Inmates, New York, Doubleday, 1961 (en français, aux Editions de Minuit)
Claude Lévi-Strauss, Le regard éloigné, Paris, Plon, 1983
Montesquieu, Lettres persanes (Lettre 30), 1721

     dans MediaMediorum :


jeudi 19 octobre 2017

La BD dans la presse


Les Cahiers de la BD, Vagator Productions, trimestriel, 204 pages, 12,5 €. Tiré à 20 000 exemplaires. Distribution Presstalis. Abonnement annuel : 39 €.

La BD serait le neuvième art, a-t-on dit. Elle a, en France, acquis une certaine légitimité culturelle qui se traduit par sa présence dans la didactique de la lecture à l'école élémentaire (cf. J'apprends à lire en BD, ci-dessous), par un master spécialisé (à l'université de Poitiers), des Etats Généraux, un Festival International de la BD d'Angoulême (le 45ème aura lieu en janvier 2018), par des expositions dans des musées, des reprises au cinéma...
Il y aussi des librairies spécialisées, des parcs à thème, etc. Certains héros de BD sont archi-connus : Tintin (à l'époque, le seul rival international de De Gaulle, selon André Malraux), Astérix, Mickey, Calvin and Hobbes, Spirou, Pif, Lucky Luke, Le Chat du Rabin, celui de Philippe Geluck (qui fut présent pendant trente ans dans le quotidien belge, Le Soir), Garfield, Gaston Lagaffe, etc. BD et érotisme, BD et litttérature, BD et philosophie... La BD a "l'âge de raison", estime Vincent Bernière, le rédacteur en chef dans son édito. Normal donc qu'elle prenne les "chemins de la liberté" !

Il n'est pas surprenant que la presse ait son mot à dire en matière de BD, aussi, les titres consacrés à la BD ne manquent pas dans la presse française, magazines périodiques ou hors-série.
Le dernier né est un revenant : lancés en 1969, Les Cahiers de la BD avaient cessé de paraître en 1990 ; les voici de retour après 27 années d'interruption grâce à un financement participatif (avec KissKissBankBank). Ce mode de financement illustre le dynamisme de la presse et l'engagement de son lectorat.
Publicité dans Les Cahiers de la BD ? Oui, quelques pages, en affinité parfaite avec les contenus éditoriaux ; publicité jamais intrusive, jamais gênante. On compte beaucoup d'éditeurs parmi les annonceurs : Glenat, Gallimard, Casterman, Dargaud  ; des galeries, des expositions aussi... Annonceurs captifs. On pourrait certes attendre d'autres annonceurs, venant du cinéma, de la télévision (Netflix ?), par exemple...
Le contenu des Cahiers est riche et divers ; il est divisé en neuf parties. Cahier chronique, cahier icônique, cahier technique, cahier thématique (avec un article sur la mort des héros de BD), un cahier esthétique, un cahier muséographique (un dossier Goscinny, en relation avec l'exposition qui lui est consacrée au Musée d'Art et d'histoire du judaïsme), un cahier historique (avec un article sur B.D. L'hebdo de la B.D. au format tabloïd, publié en 1977-78 avec Cavanna et Choron)...

L'audience de cette presse présente des qualités de lectures certainement sous-estimées et peu évaluées par les médiaplanners et leurs clients annonceurs : le nombre de reprises en main, la présence de "longue durée" allant bien au-delà de la périodicité de publication, l'attention assurée (engagement, intention d'achat proche), la qualité de la lecture sur support papier (tranquille, calme, toute à son plaisir)... La vente en librairie (à proximité des BD dont il traite), le magazine a tout pour plaire aux annonceurs...
La BD est souvent présente avec des hors séries : ainsi, au cours des dernières semaines, on notera celui de Auto Plus, par exemple, qui mobilise Astérix, tout comme Science & Vie ("La vraie vie d'Astérix en 100 questions", octobre), et Paris Match ("Goscinny & Compagnie", septembre) ; notons encore "Corto Maltese et la mer" (Ouest France, octobre), J'apprends à lire en BD (éditions Milan, juillet), J'aime lire BD (octobre), "Gaston un philosophe au travail" (Philosophie magazine, octobre)...
Les Cahiers de la BD rejoignent de nombreux titres de magazines consacrés à la BD : dBD. L'actualité de toute la bande dessinée (mars 2006), J'aime la BD ! (Bayard, janvier 2004), La revue dessinée (septembre 2013), Topo (septembre 2016), L'immanquable (décembre 2011),  Blandice. La BD sans dessus ni-dessous (janvier 2017), Casemate. Chaque mois l'esprit BD (janvier 2008), BoDoï (septembre 1997), Comic Box (juillet 1998), Fluide Glacial (avril 1975), Canal BD (novembre 1997), L'Avis des bulles (1996)...  Sans compter les titres consacrés aux mangas et aux superhéros.

La presse confirme ainsi son rôle unique de moteur de toutes les activités culturelles (cinéma, littérature, histoire, musique, danse, BD...). Elle est miroir et accélérateur de diffusion, de légitimation.


Biblio :

- l'article fondateur de Luc Boltanski, "La constitution du champ de la bande dessinée", Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 1975, pp. 37-59.

- pour un bilan récent : "Le sacre de la bande dessinée", Le Débat, N° 195, mai-août 2017, éditions Gallimard, 208 p.


Juillet 2017 (5,95 €)

Octobre 2017 (6,9 €)

jeudi 1 décembre 2016

Midnight Diner: une série de petites histoires japonaises sur Netflix

Couverture du manga
(Anime News Network)

Le générique lance de belles images nocturnes de Tokyo, de Shibuya, centre de Tokyo où tout le monde se croise. Carrefour de néons, de couleur et de précipitation. Sous-titres en anglais.
C'est l'histoire d'un restaurant de nuit, ouvert de minuit à 7 heures du matin. La série réalisée par Joji ­Matsuoka est basée sur un manga de Yaro Abe, manga primé qui a connu un succès considérable au Japon.
Ce restaurant cuisine des plats de cuisine familiale presque triviale, on y sert aux noctambules du saké et de la bière. Chacun y écoute l'histoire de son voisin, de sa voisine, dans la vie urbaine, sous l'œil bienveillant du chef ("master").

Choix remarquable de Netflix qui sert cette série de 10 épisodes de moins d'une trentaine de minutes (depuis le 21 octobre 2016). Choix sans grand risque puisque cette série exploite un filon de notoriété avéré : en plus du manga, elle a été précédée de deux ensembles d'épisodes et d'un film. Succès d'audience à chaque fois.

Les habitués qui se rencontrent dans le restaurant, fatigués de la journée, sont en général de modestes héros, humbles, parfois un peu ridicules mais beaucoup de générosité et de tendresse les habitent. Des histoires d'amour improbables se dénouent, des complicités se créent : une femme tricote pour déclarer sa flamme, une chauffeure de taxi, aux amours contrariées, dit la fièreté de son métier, une Coréenne émigrée travaille pour payer les dettes de ses parents, un acteur que le public boude, un joueur de mahjong et son jeune fils...

La série décentre, elle bouscule l'ethnocentrisme du téléspectateur occidental que la culture télévisuelle japonaise désoriente : la langue d'abord, la bande-son, la politesse méticuleuse (les techniques du corps), les calligraphies, les plats et les manières de cuisiner. Le titre de chaque épisode renvoie au met cuisiné ce jour là (l'omelette au riz, etc.). On notera l'art subtile de filmer le travail du cuisinier qui montre la place des couleurs dans la cuisine japonaise, l'élégance des baguettes, le bruit des cuissons... Claude Lévi-Strauss, qui fut un amoureux fervent du Japon, recommandait aux occidentaux d'en "apprivoiser l'étrangeté" (L'autre face de la Lune. Ecrits sur le Japon, Paris, Seuil, 2011). "Midnight Diner" y contribue...

"Midnight Diner", montre l'ambiance tendre d'un lieu public étroit et réconfortant, un bistrot de quartier (Shinjuku) ; on peut penser au diner de Edward Hopper, mais sans le sentiment de solitude ("Nighthawks", 1942). Synthèse d'exotisme du quotidien (pour les télépectateurs occidentaux), de vignettes, de portraits rapidement brossés. L'ambiance, le bistro comme point de concours du social, la structure narrative tout cela fait penser aux textes de Henri Calet, Joris-Karl Huysmans et parfois à "How I met your mother" (CBS).


jeudi 11 juillet 2013

Médias de la culture japonnaise en France : séries TV, animes, mangas et jeux vidéo

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Brigite Koyama-Richard, Mille ans de mangas, Paris, 2007
247 p. Ed. Flammarion, Bibliogr., Glossaire, 39,9 € 
L'annonce du lancement, en automne 2013, d'une chaîne dédiée à la culture japonaise (J-One) a confirmé et couronné une avancée de la culture japonaise en France commencée il y a plus d'une dizaine d'années.
J-One sera reprise par les opérateurs Canalsat et Numéricable. Elle s'appellera J-One car elle diffusera certains de ses programmes une journée seulement après leur diffusion au Japon. Elle traitera de "cultures pop japonisantes" (sic), ce qui devrait inclure les mangas, le cinéma, les séries, les jeux vidéo, les animesetc.
Dernière mise à jour 3/4/2018.
Il existe déjà une chaîne de télévision spécialisée, Mangas (crée en 1998, Groupe AB), ainsi que Game One lancée également en 1998 dont une partie de la programmation concerne encore les animes et les jeux vidéo (en 2001, Canal Plus a revendu la chaîne à Infogrames qui l'a revendue à Viacom). Enfin en octobre sera distribuée Anime Digital Network (ADN) née de la fusion des plateformes vidéo rivales, Genzai.fr et KZplay.fr. La chaîne NoLife, en revanche, a déposé son bilan en avril 2018. Elle avait été lancée en 2007.

La culture japonaise, exotisme, pour les Français, d'un "empire des signes" ? "Illusoire exotisme", dira Claude Lévi-Strauss. Sans doute... Le sabre, le chrisanthème, le go, le bonsaï, les estampes, le karaoké... "patterns of culture" ? On peut rappeler le japonisme des impressionistes, de Van Gogh, de Claude Debussy (une estampe de Hokusai trônait dans son salon). "La folie Japon", titrera L'Obs à la une (avril 2019), après Julie (novembre 2013).

Depuis de nombreuses années, la culture japonaise est représentée dans les médias français par trois genres alliant "modernisme et tradition", comme le sous-titrait, à son lancement, le magazine Planète Japon (mars 2005).
  • les mangas, accueillis en France par une puissante culture de BD, 
  • les jeux vidéos : "Legend of Zelda", "Final Fantasy", "Pokemon"... 
  • les animes (version animée des mangas) qui ont conquis un large public, en commençant par le public des enfants et adolescents, notamment grâce à la télévision ("Goldorak", "Ken le survivant", "Dragon Ball", "Olive et Tom" !)
Mentionnons, pour mémoire, le groupe japonais Rakuten (e-commerce de type amazon) ; il a acheté PriceMinister en 2010, lance en Europe un service de vente vidéo (Wuaki.tv). Ce groupe qui fut l'un des premiers investisseurs de Pinterest, qui investit dans le sport et le voyage, pourrait être amené à jouer un rôle sur le marché français de la culture.
France NewsDigest
juillet 2013
Hors des médias, la cuisine japonaise s'est faite une large place dans la restauration rapide et la gastronomie raffinée. Les arts martiaux ont également provoqué l'intérêt pour la culture japonaise : le judo d'abord, le karaté, sports où rituel et tradition (respect de l'adversaire, politesse) occupent une grande place. En revanche, les arts classiques et traditionnels (cérémonie du thé, ikebana, haïku...) ou la littérature (invitée d'honneur du Salon du livre en 2012) n'ont guère débordé les cercles spécialisés (cf. Haruki Murakami, "Kafka sur le rivage", par exemple) et ont à peine affecté les médias. Seul le cinéma d'auteur, et encore, s'est approché du grand public : Kurosawa, Kobayashi, Mizoguchi, Imamura. L'exception vient des animes : Miyazaki, auteur fameux de mangas est devenu populaire avec des animes aux succès considérables : "Mon voisin Totoro" (1988), "Princesse Mononoké" (1997), "Voyage de Chihiro" (2001), etc.

Dans la presse française, la culture japonaise a donné naissance à nombre de magazines et hors-séries. Pour les trente dernières années, on compte 120 nouveaux titres et hors séries consacrés, exclusivement ou principalement, à différentes formes de culture japonaise (source : Base MM) : arts martiaux, cinéma, séries, santé, animes, bonsaï (esprit Bonsaï), cuisine (Wasabi), estampes, gastronomie, jeux vidéos, tatouages, automobile, pêche, mode, érotisme, jardins, calligraphie, etc., quelques gratuits pour les Japonais en France, surtout à Paris (cf. Zoom Japon, France NewsDigest, etc.). Notons encore le mensuel Japon Infos : un regard différent sur l'archipel (2017), un trimestriel féminin pour enfants, publié depuis 2012 par les éditions Milan, Julie Kokeshi ("kokeshi" désigne des petites poupées traditionnelles en bois peint, cf. infra). En janvier 2017, paraît un nouveau trimestriel, ATOM, consacré à "la culture manga" (9,9 €) ; en septembre, Art of Japan (trimestriel, 14,9€, par Oracom). Signalons Koï qui vise plus largement les cultures asiatiques en France.
Planète Japon
Juillet 2013
Finalement, de toutes les formes de culture japonaise, après la cuisine, c'est le manga qui l'emporte en France, indirectement au travers des animes, directement en volumes papier : "Akira", "Naruto", "Hikaru no go", "Death Note", "Fullmetal Alchemist", "One Piece", "Ranma 1/2"... 1 600 titres seraient publiés en France chaque année. Ce succès du manga ne cesse d'étonner les auteurs japonais...

N.B.
Pour ceux qui s'intéressent ou veulent s'intéresser au manga, signalons le bel ouvrage introductif de Brigite Koyama-Richard (cf. supra) remarquable défense et histoire illustrée de l'art du manga.
Autres ouvrages évoqués :
  • Claude Levi-Strauss, L'autre face de la lune. Ecrits sur le Japon, Seuil, 2011
  • Ruth Benedict, The Chrysanthemum and the Sword. Patterns of Japanese Culture, Tuttle Publishing, 1954
  • Roland Barthes, L'empire des signes, Seuil, 1970

samedi 18 juillet 2009

Renaissance du roman-photo










Issu du cinéma de l'entre-deux-guerres (on publiait alors des photos extraites du film et légendées), média de masse dans l'Italie de l'après guerre, néo-réaliste à sa manière (les actrices Sophia Loren et Gina Lolobridgda y figureront), le roman-photo est lancé en France par Cino del Duca dans Nous Deux en été 1950 avec "A l'aube de l'amour" (l'hebdo est lancé en 1947). Nous Deux précéde une série d'autres titres d'un format voisin : Intimité, Confidences, Rêves, Bonjour Bonheur, etc. Depuis, le genre aura touché à tous les domaines (y compris la littérature, avec des photo-romans d'après "Madame Bovary", "Les Hauts de Hurlevent", "La cousine Bette", etc.) et inspiré le cinéma expérimental (cf. Chris Marker, "La Jetée", ciné-roman /photo-roman, 1962) et même la didactique des langues ou le cadeau personnalisé.
Mais le domaine où s'épanouit le roman-photo, c'est le traitement de la vie sentimentale, les couples qui se font et se défont, amour et argent : des soaps et des telenovelas de papier. Média méprisé, traité avec condescendance par les "mass-médiologues" : pire qu'un "art moyen", le roman-photo est associé au lectorat populaire et à la presse féminine "bas de gamme" (entendez : lectorat pauvre).

Le genre n'est pas mort. Nous deux (Groupe Mondadori, 300 000 exemplaires vendus en France, OJD 2008) continue d'en offrir chaque semaine à ses lectrices, et publie un Hors Série de l'été (2 romans photos). Plusieurs nouveaux titres s'adressent à un lectorat plus jeune : Girls Story d'été, Max Romanphotos et, dernier arrivé, Secret's Girl (juillet 2009). Presse bon marché (de 2 à 3 € le numéro), presse de vacances, de détente ("pour un été love et magique", titre Girls ! Story d'été). La cible visée se rapproche de l'adolescence ("girl"), ce que traduisent l'âge des personnages et leurs manières d'interagir et de s'exprimer (Nous Deux présente un profil plus âgé, avec un lectorat commençant vers la quarantaine).
"Votre nouveau magazine roman-photo qui renouvelle le genre!" dit Secret's Girl en 4 de couv. Quoi de neuf ? Le recrutement d'artistes amateurs (crowd sourcing) : "Deviens la star de notre prochaine réalisation". Le roman-photo suit la voie de la télé-réalité. Les ressorts romanesques empruntent au people, mais les acteurs sont anonymes, et les aventures se déroulent dans un univers plus modeste, "des situations qui vous ressemblent" (déclare Secret's Girl). L'amour y reste pudique, mais on parle préservatif. Le téléphone portable est un deus ex machina fréquent pour relancer l'histoire. L'innovation, très réduite, réside dans les cadrages et recadrages photographiques et les montages.
Le roman-photo n'est pas encore entré dans l'ère numérique. Pour l'instant, à ma connaissance, pas de roman-photo sur Internet pas plus d'ailleurs qu'en téléphonie, où on les aurait pourtant attendus sur le mode des "mobile mangas" japonais (il existe des application iPhone pour lire les mangas). Tout média "jeune" n'est pas nécessairement numérique. Le roman-photo reste un "conte de fées" à feuilleter.


Mise à jour juillet 2012.
Pour l'été 2012, l'hebdomadaire Grazia (groupe Mondadori) publie un photo-roman, "L'amour dure deux mois" (format papier et grazia.com) dans lequel des "peopletiendront un rôle.

Biblio :
voir le site Le roman photos... Charmeur d'images... et la présentation publicitaire de Nous Deux par Mondadori France