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lundi 26 août 2024

Le style de vie "bourgeois" de l'exilé Berthold Brecht

 Ursula Muscheler, Ein Haus, ein Stuhl, ein Auto. Bertolt Brechts Lebensstil, Berenberg Verlag, Berlin, 158 Seiten, 2024, 26 €

Voici un livre original et bien conduit, bien fait, très agréable à lire. Et qui fait penser. Bien sûr, on apprend beaucoup sur Brecht et son environnement, sur son style de vie ... "bourgeois", assurément. L'auteur est architecte et elle a publié diverses études sur le Bauhaus, sur la Tour Eiffel, sur Le Corbusier, et sur l'histoire de l'architecture. Son approche de l'histoire de Brecht est inattendue, et bienvenue.

Bert Brecht avait "prolétarisé" son nom qui était Eugen Berthold Friedrich Brecht. Il aimait les habitations confortables, un mobilier adéquat, des voitures de qualité, plutôt sportives ; il aimait les cigares et les bonnes bières. Il selectionnait son mobilier : dans le livre, on trouve de beaux passages sur ses fauteuils ! 

Brecht était inscrit sur les listes noires (Schwarze Liste) établies par les autorités nazies aussi devait-il fuir sans cesse, et devancer l'arrivée des troupes allemandes, tout comme Thomas Mann, Heinrich Mann, Walter Benjamin et bien d'autres intellectuels allemands. Où qu'il fût, exilé très souvent, en Suède, en Californie (Santa Monica), au Danemark, en Suisse (à Zurich où il avait ouvert un compte en banque), à Moscou, en Finlande (Helsinki), Brecht chercha à acquérir de l'immobilier. Il finira sa vie, après guerre, en Allemagne, dans la zone d'occupation soviétique, à Berlin-Est (Sowjetische Besatzungszone, appelée aussi Deutsche Demokratische Republik). 

Brecht donc aimait beaucoup les voitures de sport et il voulait son confort pour travailler. Cela paraît banal mais ne l'était pas à son époque, surtout pour un écrivain célébrant la classe ouvrière. Il est mort en 1956  d'une crise cardiaque ; quelque temps auparavant, il avait acheté une maison au Danemark pour une de ses collaboratrices. Son style de vie que l'on appelle "bourgeois" était sa manière de vivre compte tenu du monde dans lequel il lui fallait vivre : une optimisation sous contraintes, en quelque sorte.

L'ouvrage d'Ursula Muscheler donne à voir, souvent dans les détails, des aspects du style de vie brechtien (et l'on n'aborde pas la relation de l'écrivain aux femmes !). La vie de Brecht apparaît aujourd'hui plutôt agréable, sans doute parce que l'auteur ne met pas l'accent sur les soucis et les difficultés de Brecht qui dut gagner la vie de sa maisonnée. Mais surtout, Brecht durant toutes ces années d'exil puis de retour en Allemagne, a écrit de nombreuses pièces de théâtre et des poèmes. Son oeuvre restera, et certaines de ses propriétés en deviendront des lieux de célébration.

mercredi 6 février 2019

Le magazine et l'intention d'achat d'une voiture



Auto Plus Guide l'Acheteur, janvier 2019, 132 pages, Mondadori, trimestriel. 4,95 €

Un magazine automobile rassemble une majorité de lecteurs qui ont l'intention d'acheter une voiture, a fortiori si ce magazine est un guide d'achat. Auto Plus, qui vient d'avoir trente ans, est l'un des importants titres de la presse automobile européenne ; il publie désormais en France (licence Auto Bild de l'éditeur allemand Springer) un trimestriel consacré à l'achat d'une automobile neuve. L'éditeur déclare un objectif de vente de 100 000 exemplaires.
Comparaisons de prix, conseils pragmatiques, pour le choix d'un véhicule. Analyses comparatives, étude de concurrence pour éclairer les acheteurs potentiels (les acheteurs de ce trimestriel sont des "intentionistes", assurément) mais aussi les vendeurs, concessionaires, etc.

Optimiste, le magazine commence par un tour complet, deux pages, des primes encourageant l'achat de véhicules électriques, hybrides ou la destruction des diesels. Il fournit également  une grille de calcul pour le "malus écolo". Notons qu'il n'y a pas (encore) de primes pour encourager le non-achat de véhicules, degré zéro de la pollution !
Ensuite, un long article décrit les nouveaux modèles : "quelle voiture acheter en 2019". Puis viennent des articles comparatifs : le prix des voitures françaises comparé à celui des voitures étrangères de la même catégorie, puis leur confort. Un article polémique évoque le rappel des véhicules : conclusion, "les voitures commercialisées ne sont pas toujours 100% au point". Preuve à l'appui. Ensuite, un "guide pratique", réaliste, sur la location avec option d'achat et la location longue durée : "Comment savoir si l'on se fait avoir... ou pas ?". Pour finir, un épais dossier est consacré aux "300 meilleures voitures du marché", fondé sur les tests d'Auto Plus.
La publicité est à peine présente : le salon Rétro Mobile, des croisières en Asie et PayCar, une appli pour faciliter et sécuriser le paiement des véhicules d'occasion : bon plan, beaucoup de ceux qui achèteront un véhicule neuf vont aussi vendre une voiture d'occasion ! Aucun constructeur, ce qui est rassurant pour l'utilisateur.

Par construction, les comparatifs et les classements simplifient, forcément ; ils demandent beaucoup de quantification, de pourcentages. Expliquer comment les lire, ce qu'ils disent et ne disent pas, pourrait être bienvenu. Le guide d'achat est l'un des genres journalistiques les plus représentés dans la presse française, qu'il s'agisse de numéros réguliers ou de hors série. Depuis des années, on compte plus d'une centaine de hors-série à dominante "guide d'achat" par an (154 en 2017, 127 en 2018, source : Base MM, février 2019) ; un grand nombre de ces titres concerne l'automobile.
Guider les achats, conseiller le consommateur sont des fonctionnalités essentielles de la presse. Plus que des opinions sans doute, le consommateur i.e. celui qui paie son magazine de sa poche, qui est donc de ce fait, comme l'on dit, un lecteur "engagé", attend de la presse un service utile de description, d'explication et de comparaison méticuleuses des produits, nouveaux ou pas. La publicité également participe de cette fonctionnalité, plus ou moins, mais le consommateur attend du magazine le maximum d'objectivité possible. Et d'esprit critique aussi, ce qui n'est pas toujours compatible avec la publicité des marques. D'ailleurs, il est parfois difficile de distinguer entre rédactionnel (description d'un produit) et publicité (cf. les décisions de CPPAP).

Conclusion : magazine bien conçu,  de lecture agréable, voici un bon outil pour préparer ses choix avant une opération porte ouverte, un essai en concession... On ne sait pas encore quels articles sont des rubriques régulières et seront mises à jour, et à que rythme, dans les prochaines numéros. Mais l'espérance de vie et d'utilité du magazine est certainement longue et comptera beaucoup de reprises en main.

jeudi 27 décembre 2018

Automobile : la fin d'un rêve... le début d'un cauchemar ?


"L'Automobile. Mythes, culture et société", hors-série Patrimoine, Revue des deux mondes, décembre 2018, 20 €, 148 p.

La Revue des deux mondes - l'ancien et le nouveau monde -, est une revue bientôt deux fois séculaire (1829). L'ambition première de la revue était plutôt littéraire ; n'a-t-elle pas publié Baudelaire, Balzac, Musset, Mérimée ? Ensuite, elle a touché à toutes les composantes de la culture, de l'économie et de la politique internationales. Une orientation conservatrice s'est confirmée progressivement.
Depuis peu, la revue publie des hors-série dits "Patrimoine" consacrés à des thèmes traités sous un angle historique : le champagne, la mode, les jardins... Voici "L'Automobile". Soulignons d'abord la qualité de la réalisation matérielle de ce numéro, splendide en tous points, luxueux, et sobre. La publicité y rivalise avec les illustrations, sans gêner : une double page pour BMW, une page pour Renault, une pour Total ; la 4 de couverture pour le champagne Pommery, la 3 pour PCA services "courtier en automobiles" et, inattendues, une page pour YouTube ("Petites Observations Automobiles") et une page pour la Salle Pleyel. Défense et illustration de l'automobile.

Pourquoi l'automobile ? Parce qu'elle a créé une culture totale, l'automobile se prête bien à une approche globale multipliant les points de vue, ce que traduit le sous-titre : "mythes, culture et société". L'impact de l'automobile est si considérable qu'il est encore mal estimé. Impact sur les choix économiques et sociaux, bien sûr, mais aussi sur la culture : les jouets, le permis de conduire, rituel de passage à l'âge adulte, les salons annuels et leurs pin-ups, le marché de l'occasion et l'argus, les vacances et les week-ends, les sports mécaniques et leurs héros (F1 et rallyes, voir l'article de Sylvain Reisser, "Le combat des chefs"), les collections et la passion des voitures anciennes... l'automobile a façonné l'urbanisme, aménagé (déménagé ?) le territoire à sa convenance ; annonceur primordial, elle a créé ses médias, financé des centaines de magazines : en France, de 2003 à 2018, on compte plus de 1300 créations célébrant l'automobile (dont 400 nouveau titres - s'ajoutant aux anciens - et plus de 900 hors-séries. Source : MM, décembre 2018). Et que serait la radio sans l'automobile et le "morning drive" (le "7-9" des média planners), que seraient la publicité extérieure et les 4X3 sans la circulation urbaine ?
Le sommaire du numéro retient de la culture automobile et de son impact plusieurs aspects, la plupart positifs : la réputation de l'automobile allemande (dont une forte réputation nazie), Tintin et Elon Musk côte à côte, les débuts du jeune Habermas comme journaliste à propos de "l'homme au volant", l'esthétique futuriste des années 1900 et la philosophie de la vitesse (Marinetti), quelques portraits des pères fondateurs de l'automobile (Renault, Citroën, Porsche, Ferrari). Manque l'américain Henry Ford, antisémite et hitlérien notoire. De même, manquent les millions d'ouvriers (dont beaucoup d'émigrés-immigrés), usés par l'usine, la chaîne et son implacable monotonie. Rien sur le syndicalisme, le risque et l'assurance, la géographie industrielle automobile, les réseaux de stations services... Il y faudrait plusieurs hors série pour renoncer à ces renoncements !

Au cours du siècle dernier, la population française a rêvé d'accéder à l'automobile : Traction Avant, 4CV, 2CV, 3CV, 203, 403, 404, 504, l'ID et la DS, etc... voitures populaires, promesses de mobilité sociale ascendante. "Tous les plaisirs de l'automobile", promet encore le sous-titre de l'auto-journalCe hors-série est la célébration nostalgique d'un enchantement aujourd'hui déçu. Outil de loisirs pour quelques uns, l'automobile a fait rêver. Lorsqu'elle est devenue un outil indispensable à presque tous, le rêve a tourné au cauchemar : industrialisation galopante et aliénante, embouteillages constants, coûts d'utilisation croissants (dépense personnelle perçue, coût social caché), destruction inexorable des villes (parkings, voirie délirante). Ce numéro de la Revue des deux mondes est aussi celui de la gueule de bois qui succède à l'ivresse automobile. Eric Neuhoff avec un humour grinçant en donne la tonalité. Frustré, l'automobiliste est de plus en plus souvent de mauvaise humeur. Lui reste la nostalgie...

Dans les agences de publicité, on rêve encore de budgets automobiles. L'automobile est un mythe : elle raconte une histoire, notre histoire, c'est aussi pour cela que la publicité l'aime ; dans son article, "Ce que la publicité automobile dit de nous", Guillaume Martin (BETC), souligne que la publicité automobile raconte nos vies. Vies parfois tragiques car l'automobile c'est aussi l'accident qui guette : près de 4000 morts par an en France... La route, c'est le destin, les Parques n'épargnent personne, les célébrités en témoignent, Françoise Sagan, Albert Camus, Diana Spencer, Roger Nimier, Grace Kelly, Eddie Cochran...
L'automobile accompagne souvent une rêverie de séduction dont le cinéma sera le chantre (voir l'article de Serge Toubiana, "L'Amérique à toute allure"). L'amour, la mort, "Un Homme et une femme" (Claude Lelouch, 1966). Le quotidien est plus trivial : coincé dans les embouteillages, on habite de plus en plus sa voiture, des heures par jour : radio, téléphone, sandwich, café... Vacances, week-ends, tout commence et finit par des bouchons !

Bien sûr, la mythologie n'insistera pas sur les ravages de l'automobile. Pourtant, depuis un siècle, notre civilisation est malade de la voiture. Maladie auto-immune qui, perverse, attaque nos défenses. Dès l'enfance, on est drogué à la voiture (miniatures, jouets, manèges), les piétons naviguent, non sans risque, dans des villes inondées de voitures dangereuses, disciplinés par des feux de circulation. L'automobile s'est emparée de la vie au point que l'on n'en perçoit plus l'omniprésence. Invisible, elle est l'environnement et, par là même, difficile à critiquer tant elle semble aller de soi, comme l'eau pour les poissons. Coûteuse, incommode, polluante... et indispensables : les citadins (d'abord les plus jeunes, les parents de jeunes enfants) réclament des arbres, de l'herbe, des pistes cyclables, des transports publics, de l'air, de l'espace et moins de bruit. Les ruraux veulent plus de routes, veulent rouler plus vite : contradiction politique, centre / périphérie, ville / campagne... Politiques aveugles.
On perçoit désormais les problèmes qu' a induits la civilisation automobile. D'une ville stupide à souhait (dumb city), il faudrait passer à une "smart city", à une ville débarrassée de la pollution et qui en finirait avec le massacre de l'environnement, avec la dépendance énergétique, avec le gaspillage quotidien du temps dans les embouteillages, avec les trottoirs encombrés. Peut-on compter sur l'Internet des choses et ses multiples capteurs pour y parvenir ? Bien que droguée à l'automobile, la population tente de résister et proteste contre les taxes accumulées (la vignette !), les péages autoroutiers, les contrôles techniques, la vitesse limitée... Ni les voies sur berges ni la circulation alternée n'y ont pu mais. Rien n'y fera, ni Waze, "bison futé" électronique avide de données personnelles, ni Uber, ni les voitures sans chauffeur, ni les motos qui ne font qu'ajouter au vacarme, à la pollution et au danger.

Résumé de la situation par un magazine
janvier 2019
Quel politicien aura, un jour, le courage de "désespérer Billancourt" ? Car l'automobile est condamnée et le désenchantement, inévitable, douloureux. Les robots dans les usines ne font pas grève, il n'y a plus de "forteresse ouvrière" pour préparer un "grand soir" mais seulement de malheureux consommateurs, sauvés et condamnés par l'automobile, et qui enragent, maladroitement.
Ce hors-série tombe pile, entre les Tesla et les "gilets jaunes". "Nouvelle tectonique", annonce Karl de Meyer : bientôt des voitures chinoises construites en Europe (LynkandCo) avec Volvo... Le rêve peut-il revenir avec la voiture électrique, ou avec la voiture autonome, sans chauffeur ?


Références

MediaMediorum, La presse automobile entre dans l'histoire par la nostalgie

Philippe Bouvard, "On est toujours perdant aux quatre roues de l'infortune", Le Figaro Magazine, 11 juillet 2009.

Jacques Frémontier, La Forteresse ouvrière : Renault, Paris, 1971, Fayard, 380 p.

Robert Linhart, L'établi, Paris, 1978, Les Editions de Minuit, 179 p.

Alfred Sauvy, Les quatre roues de la fortune, essai sur l'automobile, Flammarion, Paris, 1968,

jeudi 20 décembre 2018

Deutsch-Les-Landes : une grande illusion culturelle


"Deutsch Les Landes", série, Amazon Prime Video, 10 épisodes de 25 minutes, sortie fin novembre 2018.

"Vivre comme dieu en France"("Leben wie Gott In Frankreich"), dit-on encore en Allemagne. C'est la promesse que l'on a faite aux employés d'une usine allemande de design automobile délocalisée et à leurs familles. Donc, ils débarquent un jour, invités par le maire, une femme énergique, à s'installer dans un bourg du Sud-Ouest, non loin de l'océan : plage, excellente cuisine du terroir, bons vins des régions voisines, climat agréable... Voici la trame d'une série franco-allemande, la première d'Amazon Prime Video.

Alors ? Le résultat semble consternant. Comment a-t-on pu en arriver là ?

Car au premier degré, c'est insupportable. Des stéréotypes attristants, un peu de vulgarité (le village s'appelle Jiscalosse !), une histoire peu crédible, des personnages presque tous inconsistants... dans une merveilleuse région où Dieu sait, justement, si l'on sait vivre. Quelques allusions gastronomiques confortantes, garbure et canard, au milieu d'allusions historiques confondantes (De Gaulle, la Résistance, la RDA, etc.). Comique d'exagération, certes... Les Allemands seront presque toujours ridicules, bichonnant sans cesse leur Mercedes (quel placement de produits !), naturistes et disciplinés (aux feux de circulation). Un personnage de chef d'entreprise, stéréotypé jusqu'à l'absurde. Pour les Français, l'allemand se réduit à Goethe ("Kennst Du das Land...") mis en musique par Franz Schubert (souvenirs scolaires ?), à la bière (Oktober Fest), au foot (cela se joue toujours à onze mais ce n'est plus l'Allemagne qui gagne !) et aux voitures. Quant aux Français, ce sont presque tous des ploucs ronchonneurs et chauvins, dotés d'une administration municipale coincée, d'une discipline scolaire inflexible... Malaise, inconfort du téléspectateur (Unbehagen !). Petit à petit, malgré tout, la pâte franco-allemande prend, des couples mixtes se forment et les nécessaires collaborations se mettent en place dans la bonne humeur tandis que de minces intrigues se dénouent. Les soi-disant ennemis héréditaires oublient l'histoire (Achdie sogenannte deutsch-französische Erbfeindschaft), histoire qu'ils n'ont d'ailleurs jamais connue et les amitiés franco-allemandes l'emportent (Freundschaft).
On a dit que l'esprit des "Cht'is" flottait sur "Deutsch-Les-Landes", c'est beaucoup dire... On peut penser aussi à "Que les gros salaires lèvent le doigt"... en vain. Mais que diable allait donc faire amazon prime video dans cette galère ?

Le traitement linguistique de la série est inconcevable, et il est difficile au téléspectateur de s'y retrouver : les supposés Allemands ne s'expriment qu'en français et même, en français comme des Français, sans accent, ce qui rend les situations incompréhensibles et peu crédibles, même avec beaucoup d'imagination. Ainsi n'y a-t-il aucun malentendu lié à la langue (Mißverständnis) : il y aurait pourtant beaucoup à exploiter. D'ailleurs, on n'entend guère qu'une dizaine de mots en allemand dans tout le film, langue présentée comme imprononçable, évidemment. On aurait préféré le parti pris consistant à garder la variété linguistique, quitte à sous-titrer dans la langue cible quand c'est nécessaire. Cf. Jane The Virgin ou Mozart in the Jungle (série d'amazon, justement).

Au second degré, on ne peut qu'ironiser à voir ainsi représentées les relations franco-allemandes, réduites à d'indécrottables clichés dont beaucoup sont fatigants à force d'être usés et anachroniques. La guerre est finie !
On est passé bien loin de "La grande illusion" des conflits franco-allemands (Jean Renoir, 1937) de la frontière arbitraire et de l'amour qui les bafoue et les transcende. Occasion manquée ? Confronter des Allemands et des Français réduits à leurs caricatures réciproques et à leur hostilité supposée - et constructrices des deux nationalismes - aurait pu être fécond. En France, on n'apprend plus l'allemand et, en Allemagne, on n'apprend guère le français. Les dernières générations à avoir été membres des Hitlerjugend ou des jeunesses maréchalistes ont vécu ; ceux qui ont connu la dernière guerre franco-allemande, Allemands ou Français, sont peu nombreux. Alors, qu'est-ce que les relations franco-allemandes aux yeux des Européens d'aujourd'hui ? Airbus, le foot, le hand-ball, ARTE, commerce et tourisme ? Quels clichés, quels lieux communs "nationalistes" survivent à l'Europe ? S'en est-il constitué de nouveaux ? Le film aurait pu partir de là : qu'est-ce qu'un cliché sinon le "développement d'un habitus" (pour reprendre les termes de Norbert Elias) ? Une bonne idée a été gaspillée. Si un match retour a lieu, en Allemagne, on ne peut que souhaiter mieux !


Références


  • Friedrich Sieburg, Gott in Frankreich ? Ein Versuch, Sozietäts-Verlag, 1929, Frankfurt, 321 p.
  • Michael Jeismann, Das Vaterlande der Feinde. Studien zum nationalen Feindbegriff und Selbstverständnis in Deutschland und Frankreich 1792-1918, Stuttgart, 1992 (traduit à CNRS édition, La patrie de l'ennemi, 1997.
  • Norbert Elias, Studien über die Deutschen, Machtkämpfe und Habitusentwicklung im 19. und 20. Jahrhundert, Herausgeben von Michael Schröter, 1989, 555 p. 


  • mardi 17 juillet 2018

    Tendance vintage. Des styles de vie et des choses du passé remis au présent


    Styles  Vintage / Tendances Vintage, mensuel,  éditions LVA. 116 p., 5,90 €, abonnement annuel : 12 numéros pour 49 €.

    Nouveau magazine mensuel. Le magazine se cherche encore, et c'est tant mieux, comme en témoignent les deux Unes successives ci-contre. On est passé en deux mois de la simple nostalgie comme hobby (numéro 1, juin) à son exploitation pour inspirer, guider aujourd'hui : "Inspirations d'hier pour aujourd'hui", résume parfaitement le sous-titre. Le format a été modifié également, à partir du numéro 2 (juillet), le magazine est légèrement plus petit, plus commode, plus maniable et plus épais, dos carré, 116 pages au lieu de 100 ; son contenu est aussi plus opérationnel, proposant à ses lecteurs des articles articulant habilement documentation et shopping.

    Vintage, en anglais, renvoie à l'idée, importée de la viticulture, d'une bonne année, d'un bon cru, de la vendange d'un vin de qualité. Le mot vient sans doute de l'anglo-français vendage (latin vindemia). Le nom, et l'adjectif, s'étendent désormais à tout ce qui est un peu ancien (retro-vintage) et reste de très bonne qualité, qui en a au moins la réputation, et qui peut être modernisé, en associant au look rétro une technologie récente. Les choses de la vie quotidienne et des loisirs d'autrefois remis au goût d'aujourd'hui, conjuguées au passé présent. Le magazine rend compte également de l'actualité des festivals : Langres, Tours, Narbonne, Saumur,"Anjou Vélo", vintage partout.


    Qu'a-t-on appelé "vintage" dans la presse magazine au cours de ces dernières années ? Des styles de vie et des objets. Des automobiles surtout (voir "La presse automobile entre dans l'histoire par la nostalgie"), mais aussi des montres, des guitares, des tracteurs, des scooters, et même des loisirs créatifs ("quilts and crafts")... Voici le goût des "défuntes années" et des "robes surannées" (Charles Baudelaire, "Recueillement"). "Laudator temporis acti" (Horace) : non pas qu'avant c'était mieux qu'aujourd'hui, mais qu'autrefois c'était bien - aussi !

    Le magazine Tendances Vintage est centré sur les styles de vie passés et les objets qui les accompagnaient, dont ils sont le signe, l'emblème : la mode ("l'indémodable"), le macramé, l'automobile, la moto, les montres, le maquillage, le tatouage et, au-delà, la décoration, l'électro-ménager (cafetière, moulin à café, étagère, etc.)...
    Epicer le présent d'un peu de passé récent pour se distinguer, les années cinquante, soixante, quatre-vingt revisitées, nostalgie : retour vers le passé proche. Donc de l'histoire, celle de la coupe du monde de football et de ses équipementiers, celle des séries télévisées ("Magnum") et l'influence de E.T, le formica, le tourisme d'alors, de la 2CV (bel article sur l'histoire de cette "automobile rurale"), les "objets de mai 68" (affiches, presse contestataire, actualité musicale, "Les Shadocks"), l'étagère String (excellent dossier par Lélanie Vassart), les lampes Jieldé nées dans les années 1950, la vaisselle Arcopal, le sac en osier, l'imprimé Vichy (la juppe à carreaux certs et blancs de Brigitte Bardot), les canotiers... Histoire de la consommation, sans condescendance, avec tendresse souvent et sans sémiologie ni "mythologies".
    Les articles sont parfois séparés par des pages de publicité (intitulées Shopping) : brèves présentations de produits, liens pour acheter. Tout produit s'accompagne d'un lien commercial. Publicité partout ou nulle part, sans hypocrisie ? Parfaite affinité, association contextuelle incontestable !
    Tendances Vintage prend le parti des choses, il réinvente le catalogue et lui donne une âme. "Le parti pris des choses " : on pense bien sûr au poète Francis Ponge (1942) plutôt qu'aux Mythologies quelque peu condescendantes de Roland Barthes (1957). Atmosphère de collection : style néo-rétro (néologisme paradoxal, renaissance) des montres, des jeux vidéo (rétrogaming), des récepteurs radio mais aussi les prénoms anciens, le mariage... Tout est culte, tout est nouveau, et tout est rétro ! Magique !

    Un style de vie se dégage de ce magazine, une esthétisation à partir de choses, des objets. Pascal décrivait la passion comme une sorte de naufrage dans les choses : “Nous sommes pleins de choses qui nous jettent au-dehors. Notre instinct nous fait sentir qu’il faut chercher notre bonheur hors de nous. Nos passions nous poussent au-dehors, quand même les objets ne seraient pas là pour les exciter. Les objets du dehors nous tentent d'eux-mêmes et nous appellent quand nous n’y pensons pas”. Une idée que développera Georges Perec dans son roman, Les choses (1965), d'abord sous-titré "Une histoire des années soixante". La vie apparaît comme une accumulation progressive de choses que l'ancienneté, l'inutilité dotent de valeur esthétique, distinctive. Le plaisir "capital" de la collection, de la fréquentation d'un code partagé, d'une époque que l'on décode tacitement. Plus que jamais, l'inutile est beau.
    Cette nostalgie est également observable aux Etats-Unis : une série d'émissions de USA Network des années 1980 est aujourd'hui redécoupée, remontée pour être diffusée en VOD. "Night Flight-Plus" témoigne de la passion actuelle pour les années 1980 (cf. "Building a Video Business: Night Flight - A Passion for the 1980s Culture"). Les médias d'autrefois prennent place dans la culture d'aujourd'hui. Histoire des médias sans cesse recommencée. Re-présentation. Le consommateur est une "passion inutile".

    Au premier degré, voici un magazine agréable, distrayant même ; au second degré, il met en scène une histoire passionnante des objets et des modes de consommation courante, loin du luxe. Illustration de la créativité tellement sous estimée voire ignorée de la presse magazine.

    samedi 3 février 2018

    Les mois de la presse : saisons, événements



    Cette statistique des nouveautés presse papier porte sur plus de 38 500 nouveaux titres publiés en France (sont pris en compte les titres en circulation depuis 1990 ; les hors-série ne sont pris en compte que depuis 2003). Elle inclut toutes les périodicités, tous les titres, payants ou gratuits ; seules en sont exclues - et c'est peut-être dommage - les très nombreuses publications consacrées aux jeux (mots croisés ou fléchés, sudoku, scrabble, etc.).

    Octobre l'emporte : c'est la rentrée dans une nouvelle année (scolarité, emploi, politique, prix littéraires, etc.). Vendémiaire, était le premier mois du calendrier républicain. Mois des vendanges, et des "marronniers" aussi ! La presse enfants et celle de la décoration, la presse de la cuisine également préparent dès octobre les fêtes de fin d'année. C'est aussi le mois de la chasse, des champignons, des nouveaux modèles automobiles (salons, guides d'achat)...
    Juin, mois de transition, est également un mois favorable à la presse, avec beaucoup de hors-série, comme juillet : sans doute, est-ce l'effet de spectacles sportifs de masse, des périodes d'examen (le bac, ses sujets, ses corrigés !), de la proximité des grandes vacances d'été, des plages ensoleillées (presse pour enfants, invitation au voyage, beauté-mode, etc.) ? Célébration et préparation de l'été à venir sont à la une des magazines : "Envies d'été" (Grazia, juin 2018), "Le meilleur de l'été" (Esprit d'ici, hors-série, juin 2018), "Je perds 3 kg avant l'été !" (Top Santé, juin 2018), "On mange dehors" (Modes & Travaux, juin 2018), "Nos plus beaux jardins d'été" (Mon Jardin & ma maison, hors-série, juin 2018), "6 histoires à lire tout l'été" propose Les belles histoires (hors-série, Bayard) aux parents de jeunes enfants...
    Août, en revanche, n'est pas favorable aux lancements : fermeture de nombreux points de ventes, faible actualité prévue... Mai est un mois relativement faible également : sans doute en raison des nombreuses fêtes (1er mai, 8 mai, Ascension, Pentecôte, Fête des mères) et des ponts qui les accompagnent souvent.

    Pour les innovations en presse, ce sont les événements prévisibles, réguliers qui comptent surtout, (salons, prix, rentrées, fêtes, saisons, anniversaires). Ainsi, 2018 verra fêter le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale (Clémenceau), le cinquantenaire de 1968 (assassinats de Martin Luther King, de J.F. Kennedy, Mai 68 en France), le 200ème anniversaire de la naissance de Karl Marx, le vingtième anniversaire de la victoire française lors de la Coupe du monde de football, le quarantième anniversaire de la mort de Claude François... Les anniversaires peuplent ainsi régulièrement la thématique "histoire". Forcément, l'imprévisible est traité après qu'il ait eu lieu (hors série pour célébrer des célébrités récemment décédées, des victoires sportives, etc.).
    Seuls les médias audio-visuels et le Web peuvent traiter l'événement en temps réel. Reste à la presse la possibilité de créer ses propres événements : le Tour de France (lancé par Le Vélo puis L'auto, 1903), suivi du Giro en Italie (lancé par La Gazzetta dello Sport, 1909), la Fête de l'Humanité (1930), le Critérium du Dauphiné Libéré (1947), le cross du Figaro (1961), le Festival Historia (février 2018), les festivals estivaux musicaux de Nice-Matin (Les Aoutiennes, Lunallena)... Certains événements durent depuis plus d'un siècle et sont devenus des institutions nationales, d'autres n'ont vécu que quelques décennies. La plupart sont des événements ponctuels et relèvent d'une stratégie promotionnelle (cf. le cas du Financial Times selon Ian Burrell).

    La presse dans MediaMediorum, entre autres :

    vendredi 20 janvier 2017

    La presse automobile entre dans l'histoire par la nostalgie



    En septembre 2010, le magazine L'Histoire publiait, avec Les Echos, un hors-série intitulé Le Siècle de l'automobile, qui, d'emblée, déclarait : "on croit fabriquer des automobiles, on fabrique une société". Ajoutons que l'on fabrique aussi une nostalgie. Marshall McLuhan, théoricien de la culture publicitaire, écrira que l'automobile est "l'épouse mécanique" de l'homme industriel (cfThe Mechanical Bride, 1951). "Belle oubliée", "Reine", Déesse"... Que de passion et de tendresse aussi dans la champ sémantique de l'automobile ancienne...
    Voiture électrique, voiture sans chauffeur. On est loin aujourd'hui de la mécanique, de la manivelle, de l'euphorie de la Nationale 7 (Charles Trénet, 1955)... Plus la technologie se modernise, plus s'accroît la nostalgie. Effet de générations aussi : à chaque génération ses nostalgies et ses souvenirs automobiles...
    La nostalgie demande un recours croissant aux archives de la presse et des marques, à leur monétisation (photographies). L'automobile est toujours objet d'émerveillement et de passion, de luxe et de collection, de bricolage aussi. Tesla, déjà dix ans, nostalgie de l'avenir ?

    L'histoire d'une marque appartient à l'image présente d'une marque, à son branding. Des marques automobiles sont devenues légendaires : la DS (décapotable dans The Mentalist), la 2CV (La Deuche a 70 ans rappelle Auto Plus Classiques en novembre 2018), la 4CV et leurs chevaux-vapeur, la 4L... cette dimension est présente dans de nombreux titres où l'on valorise la filiation des modèles nouveaux avec les modèles prestigieux ou légendaires anciens. L'automobile permet la datation d'une époque : "années DS", "années 2CV", titrent les magazines. Une automobile peut donner naissance à un mythe : la DS -déesse - (Citroën,1955), où Roland Barthes voit l'équivalent moderne des cathédrales (Mythologie, 1957). Même la Trabant (Allemagne de l'Est, 1958) a pu devenir voiture culte (trabbi) !

    Logiquement, conjuguant culte et nostalgie, la presse magazine a lancé de nombreux titres et hors série consacrés à la célébration de l'histoire des automobiles et des marques : voitures de légende, voitures de collection, voitures fabuleuses... Acheter une marque (un nom), c'est aussi s'offrir une histoire, un patrimoine, une communauté : d'où l'importance pour une marque d'entretenir ce patrimoine (cf. Renault ClassicRenault Classic Car Club).
    Nous distinguerons, arbitrairement, les magazines consacrés à une marque et ceux consacrés à un modèle plus ou moins ancien.

    Approche par la marque
    • Marques de prestige : Porsche, Ferrari d'abord. La Vie de l'auto célèbre "70 ans de Ferrari"(janvier 2017) puis "EVO Ferrari 70 ans de V12" (juillet 2017), L'Automobile magazine, "La magie Ferrari"(HS de novembre 2010). Citons encore "Porsche, la fabuleuse histoire", HS de FLAT 6 Magazine, 9,9€, octobre 2015 ; "La Porsche éternelle", HS de L'Automobile magazine , mai 2012. RétroViseur, mensuel, 5,8 € HS "La saga Porsche", Porsche 911 - De 1963 à nos jours, HS de German Cars Magazine, août 2015. "Les 100 Porsche qui ont fait l'histoire" (HS de German Cars Magazine, décembre 2016, 6,5€). Evoquons aussi British Motors : "le magazine français des belles mécaniques anglaises"... Etoiles Passion. Les Mercedes-Benz d'hier et d'aujourd'hui, 6,5€, avril 2008 ; "Lamborghini Urraco P111, La belle oubliée", Rétro Passion, "Ferrari : 70 ans de course automobile", Sport Auto, 14,9€, mars 2017. "Jaguar, les modèles les plus emblématiques" (Sport Auto, février 2018, 14,9€.
    • Ou marques populaire, grand public : Chevronnés, le magazine des passionnés de Citroën, bimestriel, 5,9€), lancé fin 2013, avec la Traction, "reine éternelle", à la une en janvier 2017 ; Citroscopie Magazine. 100% Citroën-Panhard, 5,9€, bimestriel). RClassic ("le mag du losange sportif et collector", lancé en 2015, trimestriel, 5,95€), 4L magazine, "l'univers Renault 4", 4X4 Story, "le magazine de la Jeep" lancé en octobre 2011 (6,9€). "Spécial années 70", VW Power, HS Mai 2017. Le luxe et le prix n'expliquent pas tout de cette consommation certes ostentatoire mais aussi intime, miroir de la relation à l'automobile ! "100 ans de Citroën", hors série de La Vie de l'auto" (février 2019).
    Approche par les modèles

    "Ford mustang : 50 ans de Pony Car", HS de Sport Auto, (14,9€, janvier 2017)Deuches et méhari (le magazine de TOUS les passionnés de 2CV et dérivés), Planète 2CV (1998, relancé en 2003, 5,5€) et 2CV Xpert ("le satellite technique de Planète CV"), 6€, la DS (L'Auto Journal : "les années DS") en avril 2013, Echappement Classic, "DS Compétition & Route. 60 ans spécial anniversaire", les Dauphine Gordini, la Chevrolet Corvette (Big Block, juillet 2013), la Ford Mustang (Big Block, novembre 2012), Torque American Cars Magazine : HS "Spécial Camaro 1967-2017"(janvier -mars 2017, cf. supra), 6,5 € "la fabuleuse histoire". 100% Range Rover, "La Bible du passionné 1970-2015", 5,9 €, février 2015, "1948-2018 70 ans de passion Land Rover" (HS, Land mag supercharged, janvier 2018, 8 €), "Voitures cultes des années 70-90" (Youngtimers, lancé en juillet 2014), "Alpine. Le sang bleu 1955-2018" (HS, L'aventure automobile, mars 2018, 12 €), "Alpine. La fabuleuse histoire" (HS Auto Plus, septembre 2018, 14,9€), la Simca 1100 (HS,  L'Aventure automobile (octobre 2018, 14 €)...

    Le cinéma participe à la célébration des automobiles, créant la légende et la notoriété de "belles américaines" (Robert Dhéry, 1961). L'automobile est un personnage (cf. le Ford Mustang dans "Un homme et une femme", Claude Lelouch, 1966, ou encore la Ford Torino, celle de la série Starsky & Hutch et de la NASCAR)...
    Contribuent aussi à l'édifice de célébration, à l'hégémonie de la culture automobile, la couverture des rallyes, des courses et de leur historique (Monte-Carlo, 24 heures du Mans, courses de côte, cf. les HS "Le Mans" de Ouest France (mai 2015, 6,9 €), "Les instantanés de Monthléry1963-1970" par Echappement (avril 2015). Mentionnons encore la réactualisation : Rétro Course. L'actualité des courses de voitures historiques, "le premier magazine 100% véhicules historiques" (mensuel, 6,9€). La nostalgie s'alimente de collection : "4000 voitures de collections de 1900 à 1984" (HS de La Vie de l'Auto, juin 2015, 6,1€), voir "La traversée de Paris. Le musée à ciel ouvert" (janvier 2017, La Vie de l'Auto), qui s'affirme"le numéro 1 de la presse auto de collection". Voir aussi Rétro Passion Automobiles, "La voiture ancienne autrement". Classic & Sports Car, "Le N° 1 mondial des magazines de voitures anciennes" (5,95€, 2008), Gazoline : "vivre au quotidien la voiture ancienne" (1995), mensuel, 4,2 € ; carbu, " Le premier magazine 100% technique et restauration de l'automobile ancienne", lancé en mars 2009. Nitro, "L'univers de l'américaine depuis 1981", bimestriel, 5,8€ ; Auto Collector & Classic, Autoretro, mensuel, 5,6 € (sous-titre  : "Soyez moderne, roulez en ancienne !"), "Le n°1 de l'automobile de légende depuis 1980", Auto Plus ClassiquesMaxi Austin Le magazine des anciennes Mini (trimestriel, 6,9€) qui a publié un hors série Spécial 50 ans Mini (1964 - 2014), 9,9€, Mustang & Shelby Magazine (2013, trimestriel, 5,95€)... L'Authentique, la revue de le fédération française des véhicules d'époque, trimestriel, février 2018, 7€...
    Et enfin, Passion 43ème ("Tout l'univers de l'auto miniature", bimestriel,  6,5€), le monde ancien des Dinky Toys..., Auto modélisme, "le magazine de la miniature automobile", avril 1995, 6,5€.
    Cette accumulation, volontairement en vrac, de titres et de hors série, loin d'être exhaustive, témoigne du foisonnement et de l'actualité de l'histoire de l'automobile. Un marché de l'automobile ancienne s'est structuré, un champ ou un écosystème, avec ses guides d'achat, ses collectionneurs, ses manifestations, ses clubs, ses associations, etc.), ses fascicules, ses petites annonces, ses conseils de bricolage, ses musées, ses salons. Et surtout, sa presse segmentant des passionnés par milliers... La presse automobile, lie et mélange du passé plaisir et du présent utile. Elle rentre dans l'histoire en passant par la nostalgie. Les dernier nés : en juillet 2017, Auto Souvenir (5,95 €) met la DS21 Pallas en couverture, puis L'aventure automobile. L'histoire automobile du XXème siècle, (novembre 2017, 12 €), Automobile Verte (janvier 2018)...

    Terminons cet inventaire désordonné avec "la petite auto", poème visionnaire de Guillaume Apollinaire, inaugurant, il y a un siècle, une "époque nouvelle" et une re-naissance Calligrammes, 1918 (Gallimard, 1965) :

        "Nous comprîmes mon camarade et moi
        Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
        Nouvelle
        Et bien qu’étant déjà tous deux des hommes mûrs
        Nous venions cependant de naître"

    Avec la voiture électrique, "verte", silencieuse, numérisée et sans chauffeur, les automobiles à essence ou diésel vont prendre un grand coup de vieux et devenir plus que jamais objets de collection et de nostalgie avec leur mécanique surannée (levier de vitesse, volant ramenés au rang de la manivelle qui lançait le moteur...). La nostalgie va prendre de la vitesse et Capital peut titrer sur "la voiture de demain" (HS, septembre 2018, 5,9 €), connectée, intelligente, propre... enfin !


    *Mentionnons l'histoire refoulée de la Volkswagen, hitlérienne : issue du dessin d'un ingénieur juif dépossédé, attribuée à Ferdinand Porsche et Adolf Hitler, devenue Käfer, Beetle ou Coccinelle et inspirant la 4CV de Renault... Renault dont la collaboration avec l'Allemagne hitlérienne fut un moment peu glorieux de l'histoire automobile française (cf. le dossier de cette collaboration par Annie Lacroix-Riz).

    dimanche 31 janvier 2016

    Magazines français : toute une histoire


    La presse magazine aime l'histoire. Depuis 2002, plus de 300 titres consacrés à l'histoire ont été lancés. A ces titres s'ajoutent des centaines de hors-séries, en nombre croissant d'année en année (cf. infra, histogramme).
    Aux magazines généralistes, s'ajoutent des titres spécialisés : histoire d'une région, histoire d'une période (14-18, l'Egypte des pharaons), hstoire d'un événement, d'un domaine (le football, le Tour de France, l'automobile, des marques), héros et personnages...
    Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
    dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.
    Pourquoi la presse en fait-elle toute une histoire ?
    • L'histoire raconte des histoires
      • Affiche Mediakiosque,
        31 janvier 2016
        • L'histoire est un gisement de people, et souvent traitée comme telle : François1er, Jeanne d'Arc, Henri IV, "Fêtes, crimes à la cour de Henri III", "Scandaleuses Princesses", "Bonaparte secret - L'Empereur amoureux", "Les grands destins brisés", Napoléon III, "Hitler intime"... La télévision et le cinéma y puisent également. Les reines...
        • L'histoire est un gisement infini de d'histoires : tout est susceptible d'histoire, la cuisine, les transports (trains, automobiles, paquebots, tracteurs, motos, avions), les châteaux, la mode, la photo, le cinéma, les techniques, les sciences, les objets publicitaires...
        • L'histoire est territoire de gloires nationales et de nostalgies, surtout l'histoire militaire : aviation, marine (sous-marins), chars d'assaut, uniformes, fusils, batailles (Bouvine, Stalingrad, Verdun, les Thermopiles...).
        • L'histoire fête les anniversaires.
      • L'histoire est aussi oubli du présent, refoulement. Actualité sans suspense : on sait que Valmy, c'est gagné (pour la Révolution) mais que Waterloo, c'est perdu (pour l'Empire)...
      • L'histoire exalte l'appartenance, le terroir, les racines, "nos ancètres" ; si l'histoire est l'inconscient d'une société, la presse en est peut-être le roman-feuilleton. Histoire événementielle avec ses dates fameuses, ses héros légendaires...
      • Le magazine d'histoire apparaît comme un relais de l’école élémentaire, ou une béquille, pour s'y retrouver. Elle recoupe l'histoire de France des manuels scolaires, celle de Jules Michelet ou d'Ernest Lavisse (cf. infra). Histoire romancée, édifiante car il y a presque toujours une morale de l'histoire. Cette histoire est-elle "L’album de famille de tous les Français? (cf. Gaston Bonheur, Qui a cassé le vase de Soissons ?, 1964). Histoire que répètent et inculquent les plaques de nos rues, plus de Thiers que de Louise Michel, les monuments... vise-t-elle un consensus ?
      • L'histoire n'en finit pas d'enrichir les lieux, de créér du patrimoine, de le rafraîchir pour le plus grand bénéfice de certains (cf. Luc Boltanski, Arnaud Esquerre, Enrichissement. Une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, 2017).
      Les magazines vont-ils à la recherche de "L'identité de la France", comme disait Fernand Braudel (l'histoire d'une géographie : "La géographie a-t-elle inventé la France?"), l'histoire patriotique que raconte Jules Michelet, celle que chantait de Jean Ferrat ("Ma France"), celle de la Commune et celle qui "répond toujours du nom de Robespierre", et pas de Thiers, celle de la Nuit du 4 aôut et du "Ça ira" (Edith Piaf), que l'on ne chante guère. Figaro, Humanité,  à chacun son supplément d'histoire ?

      Manuels scolaires : Lavisse (1884), Michelet (1895)

      jeudi 7 janvier 2016

      Les mots et les choses dans les titres de la presse française


      L'analyse lexicologique porte sur l'ensemble des termes présents dans les titres du corpus : tous les nouveaux titres et tous les hors-séries depuis 2003, soit 24 080 titres. Sont exclus de la collecte les titres de jeux et mot croisés, les titres de la presse syndicale et d'entreprise, de la presse des administrations territoriales, de la presse électorale, associative, etc.

      Avant le comptage, nous avons effecué un nettoyage en plusieurs étapes. D'abord en excluant les signes de ponctuation (on compte 1092 points d'exclamation et 246 points d'interrogation), puis en évacuant les mots-outils et mots vides (stop words) : prépositions, conjonctions, articles, pronoms. Enfin, nous avons pratiqué une lemmatisation pour ne garder des mots que leur forme canonique (infinitif, masculin, pluriel). Sont regroupées à cette occasion les orthographes diverses d'un même terme (erreurs, translittérations variables de mots arabes, chinois, japonais, russes, turcs), des équivalences (& / et), recours ou non au tiret, abrévations, abandon ou non de signes diacritiques (accents)...
      Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
      dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.

      L'histogramme obtenu pour la distribution des mots évoque la loi de Zipf. Une longue traîne de mots dont peu de mots émergent en tête de distribution.

      La syntaxe des titres ne fait pas dans le sentiment (ou très rarement), elle est strictement dénotative faite de juxtapositions (parataxe de mots), de génitifs. On compte 5 144 prépositions "de", 2 004 conjonction "et" (hypotaxe), 1 017 "en".
      "Vous", vocatif de l'apostrophe est présent 118 fois avec les adjectifs possessifs "votre" et "vos" (509) : injonctions à la participation, à l'appropriation, à la personnalisation de la réception peut-être (cf. le nombre de points d'exclammation : 1092 contre 246 ). Acte de langage, valeur performative. "Montez votre PC 100% gaming" (H-S PC Gamer), "Votre grand horoscope", "Réussir votre prépa" (Jogging international), "Votre histoire", "Rénover votre maison" (H-S Viva déco),  Défendez vos droits, "Les médicaments et vous" (H-S Notre Temps), etc.

      Au terme de cette analyse, qu'avons-nous pu apprendre ?
      • Le mot le plus fréquent est "guide", il appartient à la définition d'un genre intervenant dans la composition d'un magazine tout comme les mots "recettes", "achat" et "idées". La dimension primordiale de la presse française, et la raison essentielle de son succès, est sa fonction d'utilité (cardinale), la satisfaction des consommateurs (lecteurs utilisateurs). 
      • Passés les 1 000 premiers mots, on peut observer une longue longue traîne de 13 000 mots mobilisés par les titres. Effet indirect de la loi Bichet : la presse magazine est diverse, changeante, riche. Des milliers de mots n'ont qu'une occurence. Richesse de mots, diversité d'idées ?
      Les mots qui suivent le mot "guide" (fréquence décroissante) énoncent des thèmes, des domaines d'application de ces genres : cuisine, automobile, maison, histoire, sport... Cette liste corrobore celle des domaines distingués dans l'analyse en catégories et centres d'intérêt.
      Le titre, s'il est l'élément majeur du paratexte -pour reprendre l'expression de Gérard Genette dans Seuils, relève surtout du marketing, qu'il s'agisse des titres de presse ou des titres de livres. Il appartient d'abord au packaging.

      samedi 28 novembre 2015

      Les femmes à la moto



      Femme et motarde. Le premier magazine féminin dédié à la pratique de la moto et du scooter, trimestriel, novembre 2015, éditions de la FFMC, 100p. 4,90 €

      En s'appropriant une pratique réputée masculine, les femmes la transforment-elles ? Le souci d'élégance et de confort à moto ne concerne-il pas tout autant les hommes ?
      Motarde : le mot n'est pas élégant, assurément. 2RM pour "deux roues à moteur" est en revanche un terme commode pour désigner à la fois les motos et les scooters, même si ces derniers ont parfois 3 roues.
      Que disent les statistiques ? En 2013, on comptait en France 3,6 millions de 2RM dont un tiers de scooters. 2% des utilisateurs étaient des femmes. Cette statistique, vieille de 23 ans, a besoin d'une sérieuse mise à jour (voir aussi:  "Les deux-roues motorisés au 1er janvier 2012", Commissariat général au développement durable, n° 400, Mars 2013).
      Globalement, retenons que l'on compte environ dix fois plus d'automobiles que de 2RM (dont 32 millions d'automobiles particulières).

      Faut-il voir dans l'extension du parc motomobile français l'un des symptômes des problèmes lancinants de circulation dans les agglomérations : manque de transports en commun adaptés à l'urbanisme, privilège politique accordé à l'automobile ?  Quoi qu'il en soit, ce que traduit le lancement de ce nouveau titre, c'est l'avènement d'une culture mixte et urbaine dans un secteur qui a longtemps revendiqué une image macho ("L'homme à la moto", par Edith Piaf, 1956, chanson légendaire adaptée d'un titre de rock'n'roll américain).

      Pour l'utilisateur ou le passager d'un 2RM, l'équipement de sécurité est primordial (casque, blouson, chaussures, gants), que cet utilisateur soit un homme ou une femme. Concilier la mode à la sécurité à moto n'est pas un pari gagné d'avance. C'est pourtant l'ambition de Femme & motarde. Articles et présentations de vêtements (tenues) et d'accessoires s'y emploient à côté d'omniprésentes références mécaniques : donner à voir la moto dans les moments de la vie d'une femme, tel est le positionnement du magazine.
      Le magazine a été lancé à 70 000 exemplaires par la FFMC qui publie Moto Magazine, Moto Crampons et Maxi Moto. Le magazine le revendique à la une : c'est un féminin et il s'agit de mode, de look et de guide d'achat. Les femmes ajoutent à la moto une exigence d'élégance et de vêtements adaptés à leur morphologie, comme elles le font dans le sport.

      Combien de magazines nouveaux consacrés à la moto et au scooter depuis 25 ans ? 792 soit plus que l'automobile (670). Entre 2003 et novembre 2015 (inclus), on compte 538 titres hors séries pour 139 nouveaux titres consacrés aux deux roues (2RM). Le dynamisme de la presse moto est à l'évidence le fait des hors séries : plus d'une cinquantaine de hors séries et cinq nouveaux titres en 2015, les 2RM sont sur-représentés dans la presse. Tendance ?

      Femme & motarde, N°1, novembre 2015

      mercredi 9 juillet 2014

      Le petit Nicolas, re-construction des années soixante


      Génération(s) PETIT NICOLAS Les chouettes souvenirs d'une époque formidable, Hors-série de télé 7 JOURS, 80 p, 6,95 €

      Le Petit Nicolas est un héros des années 1960, des débuts de la Cinquième République, en plein cœur des "trente glorieuses". La BD - en fait, il s'agit plutôt de dessins de Jean-Jacques Sempé illustrant des histoires de René Goscinny - est publiée en France en 1960.
      Au sommaire de ce document d'histoire de la vie quotidienne contemporaine, se trouve une liste d'objets de consommation courante et d'émissions populaires présentés par ordre chronologique de 1950 à 1967 : "l'anatomie du goût" de ces années.
      L'histoire de la vie quotidienne est parcourue, comme si elle était vue par le Petit Nicolas, avec une certaine tendresse, en évacuant tacitement les drames, les guerres, la colonisation.
      C'est l'anthologie candide de tout le monde, consensuelle, histoire d'une socialisation partagée par la grande majorité de la population française : service militaire, école, médias. Une certaine uniformisation est à l'œuvre qui, sans doute, réunira cinquante ans plus tard les lecteurs nostalgiques de ce hors série. Lectorat, électorat ?

      L'inventaire du Petit Nicolas commence par les "choses" et les mots qui font le décor de son enfance :
      • D'abord l'école et son outillage : les plumes, la craie, les photos de classe, la pointe BIC interdite, les bons points... Ecole pour tous, heureuse.
      • Puis viennent des produits chers aux enfants d'alors : par exemple et dans le désordre, la chicorée du petit déjeuner (Leroux parraine le cyclisme), Manufrance et son catalogue, le Club des Cinq, les bonbons (Cocos Boer, roudoudou et caram'bar), les jouets (Dinky Toys, Meccano, Jokari), les patins à roulettes, les billes... 
      Ensuite, sont évoqués, entre autres :
      • Les transports : l'automobile (la 4CV, la 203, Dauphine, la DS, la 4L...), le Vélo Solex et la Vespa, les bus, les trains
      • Le supermarché et ses caddies, les arts ménagers
      • Le statut social des femmes (ménagères), le service militaire pour les hommes
      Les médias audiovisuels ponctuent l'inventaire :
      • La radio, sans doute sous-estimée : "La famille Duraton, "Salut les copains", "Pour ceux qui aiment le jazz"...
      • Le sport : foot avec le Stade de Reims (Kopa, Piantoni, Fontaine), Tour de France avec Anquetil, Poulidor, catch...
      • La télévision est omniprésente  (normal : télé 7 JOURS !) ; elle ponctue cette histoire, d'année en année : Léon Zitrone, "Au théâtre ce soir", les speakerines, "Thierry la Fronde", "La caméra explore le temps", "la Piste aux Etoiles", "Monsieur Cinéma", "Bonne nuit les petits", "Age tendre et tête de bois", "Interville", le JT... 
      • La radio comme la télévision sont alors médias de masse, touchant toutes les classes sociales, tous les âges, au même moment. Les médias entrent dans la vie quotidienne : "société du spectacle" en développement.
      Ce hors-série dresse empiriquement l'inventaire des marqueurs temporels d'une époque, aujourd'hui lointaine. "Souvenirs, souvenirs" ? Analyses de contenu d'une époque, d'une génération définie par un ensemble de références (produits) et de pratiques de socialisation. Beaucoup de ces produits et pratiques ont disparu pour devenir objets de collection, de nostalgies.
      L'historien, comme l'archéologue, ne travaille qu'à partir des restes d'une époque : "Les choses" qu'évoque Georges Pérec, "une histoire des années soixante", dit-il de ce "roman" (1965), des "Mythologies",  disait Roland Barthes (1957) dressant la sémiologie d'une même époque.
      Comment caractériser une époque ? Quels en sont les objets marquants, les traces certaines ? Il manque encore à l'histoire contemporaine une méthodologie rigoureuse de construction de patterns, semblable à celle que l'analyse lexicale mobilise pour extraire d'un média des clusters thématiques, des catégories et taxonomies.

      Quels seront les choses et les médias qui seront les marqueurs du début du XXIème siècle ? Que pouvons-nous en savoir aujourd'hui ? Une première différence vient à l'esprit : les "choses", la socialisation des "générations Petits Nicolas" étaient françaises, celles des années 2000 seront d'origines étrangères. Mais, surtout, notre analyse des années soixante s'avère d'abord une re-construction, une re-présentation a posteriori par les années 2000 ; elle traduit une nostalgie de ces années d'enfance et d'adolescence qui, par comparaison, en dit long sur les années 2000.

      N.B.
      Sur une approche semblable par la presse (Paris Match et Historia), voir : La France heureuse 1945-1975
      De même, Les mots clés de la vie d'une femme, de Annie Ernaux
      On peut aussi regarder cette tranche d'histoire de manière moins satisfaite mais "hilarante", avec le document vidéo de Michel Audiard, "Vive la France", 1974, Les Films de La Boétie, DVD, 72 mn ou sur YouTube.

      dimanche 25 mai 2014

      Magazines : histoire et proximité du lointain



      hier en FRANCE. une histoire de la vie quotidienne des Français au XXe siècle
      bimestriel, 6,5 €, 68 p.

      Encore un magazine qui exploite le filon historique. Au cours des dix années passées, ce sont près de 1 300 titres nouveaux et hors série qui ont choisi une thématique historique ; toute l'histoire est mise à contribution par la presse magazine, histoire ancienne ou contemporaine, histoire culturelle, histoire militaire, religieuse, histoire régionale, histoire du sport, de la musique, histoire de l'automobile, histoire de l'art... (Source : Base MM, 31 600 titres).

      A l'évidence, la presse française est travaillée par l'histoire, et notamment par le passé proche, par le XXe siècle et ses guerres. Tout fait histoire, disait l'Ecole des Annales. Histoire vivante, multiple, Hier en France, pour son premier numéro juxtapose et isole six faits d'histoire banale : la tuée du cochon, Saint-Germain des Près à la Libération, le cyclisme entre les deux guerres, les maisons de prostitution, Cointreau, les femmes de marins.
      Documentés, ces faits sont évoqués, illustrés avec des photos, surtout des cartes postales. Or la carte postale, si elle est un document précieux, est l'image embellie, grand public, que se donne une époque d'elle-même, qu'elle met en avant, un cliché souvent. La carte postale pose : risque de folklorisation (tourisme) que les faits et le commentaire doivent contrebalancer, rectifier.

      Entrée bon gré mal gré dans l'Europe, bousculée par de nouvelles immigrations, réinventée par l'économie et les médias numériques, la France d'aujourd'hui ne peut plus se reconnaître dans ses images du siècle passé. Ni le village de la France rurale où l'on tuait le cochon, ni l'économie du charbon et les corons ne disent plus rien aux générations d'aujourd'hui. Hier, c'est tellement loin ; la France dont parle le magazine n'est plus.
      Restent deux types de passés que le magazine aborde et construit.
      D'une part, les racines lointaines, vagues et presque oubliées du présent : le vélo et les "forçats de la route", ou encore, les marques, par exemple. Ainsi, dans ce numéro, l'histoire de Cointreau et de son Triple-Sec est rappelée, avec sa publicité : packaging, affiches et premier film de cinéma publicitaire. Il y a aussi le Tour de France et sa caravane publicitaire.
      D'autre part, il y a l'histoire de ce qui a disparu et dont ne reste presque rien, sinon des romans, des musées et des images : la mine, la silicose, les grèves, les catastophes, la pêche en mer au loin, les naufrages, terre-neuvas... France fondamentale et fondatrice qui s'estompe, Germinal et histoire au baccalauréat. Les catastrophes minières ont lieu ailleurs...

      "Proximité du lointain", dit-on, que cette histoire sans événements historiques, histoire sans histoire de tous les jours d'autrefois, "lieux de mémoire" où l'on a du mal à se retrouver, à s'imaginer. La presse magazine du rayon histoire en fait son miel : elle est, avec ses centaines de numéros, le manuel périodique d'histoire contemporaine.

      mardi 29 avril 2014

      Publicité TV aux Etats-Unis : tellement locale


      Automobile (concessions), télécoms, santé (hôpitaux) et restauration "lente" ("full service restaurants") sont les premiers secteurs à investir dans la publicité locale à la télévision américaine. Sans compter la publicité électorale - que les candidats et leurs partis doivent payer - et qui peut rapporter beaucoup aux stations de certains DMA.

      Selon BIA/Kelsey (Investing in Television Market Report), le chiffre d'affaires de la publicité locale des stations terrestres dépassera 20 milliards de dollars en 2014. Pour avoir une idée complête de la puissance de la publicité locale à la télévision, il faut encore ajouter la publicité diffusée sur les réseaux câblés locaux ainsi que les revenus locaux des sites Web des stations.

      Pour les stations, la concurrence dangereuse peut venir surtout de la vidéo en ligne. Cette concurrence venue du Web les inquiète : comment doivent-elles réagir ?

      Et en France ? 
      Alors qu'aux Etats-Unis elle se trouve à la base du développement télévisuel, la télévision locale ne marche guère en France. Pourquoi cette bizarrerie ? 
      La vidéo en ligne pourra-t-elle s'emparer de ce marché local et le sortir de sa longue et calme jachère ?


      Source : BIA Kelsey, avril 2014.

      mercredi 12 février 2014

      Achats locaux TV : un nouvel outil américain de Nielsen


      Nielsen met en œuvre dans les 210 marchés média locaux américains (DMA) un outil d'achat TV combinant taux d'audience locale (National Station Index, NSI) et analyse des consommations des téléspectateurs : Local Buyer Reach. L'outil pourra fonctionner dans tous les marchés, indépendamment de la méthodologie de mesure de l'audience locale : audimétrie individuelle (LPM, local people meter) dans les plus grands marchés, set-meter pour les marchés de taille intermédiaire et carnet d'écoute (diary) pour les plus petits marchés.

      Les données de consommation sont fournies pour une quarantaine de segments et catégories : fréquentation de la restauration rapide, automobile (immatriculations), épicerie, que les achats soient effectués dans les points de vente traditionnels ou sur des sites de e-commerce. Les données mobilisées proviennent des cartes de crédit ; elles sont anonymisées et protégées.
      L'automobile est le premier annonceur local en 2013, suivi par les télécoms et les restaurants (source : Kantar Media).
      Ces données croisées permettront aux commerciaux de chaque régie locale de mettre en évidence le pouvoir d'achat des téléspectateurs de leur station (on et off line). On peut imaginer qu'un tel outil puisse aisément être appliqué au Web et à la radio (Nielsen mesure les trois médias) et permette d'élaborer des plans médias mixtes, Web, radio et TV.

      Le développement de cet outil commercial souligne l'importance du marché publicitaire local pour la télévision américaine, marché bizarrement inexistant en France mais qui représente le tiers des dépenses publicitaires TV aux Etat-Unis.
      Ces outils commerciaux sont adaptés aux annonceurs locaux et aux annonceurs nationaux visant les consommateurs à l'échelle locale.Ils rappellent un outil de type source unique (single source) développé également par Nielsen pour le marché national des produits de consommation courante (CPG, Consumer Packaged Goods) : Nielsen Catalina Solutions et la suite logicielle AdVantics. Toutefois, cela ne résoud pas les problèmes de mesure de la télévision locale par panel, surtout dans les plus petits marchés (cf. les solutions de Rentrak).

      lundi 13 janvier 2014

      5 Trends for 2014: the Year of the Sensor


      What's changing in 2014? What do we feel is coming? An educated guess.
      • Sensors of all kinds are making things smart and producing lots of data
        • Wearables: bracelets or earbuds and even shirts automatically collect biometric data about us: quantified self, personal analytics. Fitness tracking is the major trend. Watches are popular but, for the time being, they are mostly repeating smartphone app notifications and they are not yet quite smart enough. Then there are also gadgets like toothbrushes, sensors to monitor newborns, to correct posture (against slouching), etc.
        • The wearables are often linked to personal health: they monitor sleep time, heart rate, weight, breathing, calories, footsteps. They send notifications about sunlight, air pollution, noise, temperature; it is like an intimate weather channel. 
        • With the Internet of things (home, car automation) sensors take command; with domotics, it is as if things of our house, the everyday things of our lives, were coming alive.
      •  Local advertising is still under-used: there is a high potential of advertising growth
        • Geo-targeting and location analytics are becoming more precise; micro-location even allows for spacial retargeting and mobile location panels. 
        • Now the store can track visitors - and not just customers - to learn about foot traffic in the aisle, attention to products, dwelling time... Since the store knows and recognizes you when you enter or just pass by, it might show its loyalty by sending you coupons, discounts, etc.
        • Digital e-commerce (e-tail) meets physical retail to synthesize in-store and out-of-store marketing : eBeacon, Presence Zone, etc. Sensors again.
        • DOOH is the new major local media, working in networks, national and local to build branding. Smart screens in venues, transportation, stores, malls, stadiums, multiplexes. New pools of data thanks to sensors. 
      • Disenchantment with the Web (Entzauberung). The Web has an image problem. The magic is almost gone and there is growing disappointment, a distrust of big imperialistic companies, flirting with spying, demonstrating arrogant behaviors such as disrespecting privacy or pillaging private data. These companies create a growing concern among users with regard to privacy and data leaks.
        • In many countries, and especially in Europe, people - and governments - are shocked to learn that major digital, meta media American companies do not pay taxes in Europe - or so little in comparison with their enormous advertising revenues.
        • Social networks and social messaging may be wearing out their welcome.
        • The GRP is back. Measurement and analytics are all over the advertising place; many panels compete to tell the truth about audience, engagement, reach...  Confronted with such disorder, the market will end up promoting a conservative order for assessing branding: the GRP.
        • Education "and its discontents" (Unbehagen). Education in schools and universities seems in dear trouble. It is in the front ranks facing digital change, and the so-called "destruction" has not been very "creative"... yet. Massive Open Online Courses (MOOC) are only a small part of the solution.
          • What is a textbook nowadays? What is homework? How should we teach in the digital context? How long should a class be? Should there be classes? Is teaching a full-time job? How to adapt university architecture to digital learning? Nothing should be taken for granted anymore... change is necessary.
          • Generally, universities are poorly equipped, they cannot adapt quickly enough to technological change. Students, as well as those who teach, feel this, experience it every single day. Parents suspect it. Not much is done. When will this be taken seriously?

        dimanche 4 août 2013

        Presse, le début de la fin du papier ?

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        Le groupe allemand Axel Springer AG vient d'abdiquer. La presse papier, c'est presque fini.
        Le groupe vient de vendre à Funke Medien Gruppe (édition papier et édition numérique), pour 920 millions d'euros, sa presse régionale, sa presse féminine et sa presse de programmes TV. Une société de commercialisation associera les deux groupes (cf. communiqué de presse).

        Ce regroupement de titres ne se fera pas sans réduction d'effectifs : le syndicat des journalistes allemands Deutsche Journalisten-Verband (DJV) s'en alarme déjà. La transaction doit encore être approuvée par les organismes réglementant la concurrence et la concentration.

        Vendus :

      • deux quotodiens régionaux : "Berliner Morgenpost", "Hamburger Abendblatt"
      • des magazines généralistes : 
      • des guides de programmes TV : "Hörzu”, "TV Digital”, "Funk Uhr”, "TV Neu!”, "Bildwoche"
      • des féminins : "Bild der Frau”, "Frau von Heute
      • en France aussi, le groupe a vendu en juillet des magazines (Vie Pratique, Télé Magazine) à Reworld Media. Le groupe possède en France des sites tels que aufeminin.com, seloger.com (cf. activités en France), Smart AdServer et divers titres automobiles.

      • Restent dans le groupe Springer les quotidiens nationaux "Bild" et "Die Welt" ainsi que des magazines spécialisés tels "Auto Bild", "Computer Bild" et "Sport Bild".
        Que peut-on comprendre ? Les deux quotidiens nationaux, l'un populaire et l'autre pas, opèrent une transition radicale vers le numérique (cf. l'alliance pour le mobile de ces deux titres avec Deutsche Telekom). La presse magazine spécialisée semble, à court terme, moins vulnérable que la presse magazine généraliste qui ne publie aucun contenu exclusif (ou presque), ne présente aucune barrière à l'entrée ; la coexistence des supports papier et numérique peut durer encore un peu pour des centres d'intérêts spécialisés et populaires (automobile, sport, informatique).

        Les titres cédés sont encore profitables (pour combien de temps ?), et sont de véritables emblèmes qu'il a été difficile de vendre : "Hörzu", créé en 1946, fut le magazine de la télé grand public, comme le fut, en son temps, aux Etats-Unis, le TV Guide américain ou, en France, Télé 7 Jours. Quant au Berliner Morgenpost, lancé en 1898, c'est un emblème de la capitale et de l'histoire de la presse allemandes.
        "Axel Springer va / veut devenir l'entreprise média digital leader" (page d'accueil du site Axel Springer AG.
        Revirement, réorientation stratégiques : le groupe Axel Springer n'est plus un groupe de presse papier, il devient un groupe de médias numériques. L'action Springer (MDAX) a monté de 11% suite à la publication de cette cession.
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        lundi 1 juillet 2013

        Collectionneurs d'objets publicitaires. Magazine


        Quelle place occupait la publicité dans la culture "à l'époque de la reproductibilité technique" ?
        Question subsidiaire : quelle place occupent les pratiques de collection dans une culture numérique d'objets virtuels ? Qu'est-ce qu'une collection ?

        Le magazine Collectionneur & Chineur répond, en partie, à la première de ces question, en acte, avec un hors-série sur "La publicité d'hier" consacré à des objets publicitaires à collectionner (100 p, 4,9 €).
        Le magazine régulier est un bimensuel, lancé en septembre 2006, vendu 3,5 € au numéro. Il est édité par les Editions LVA spécialisées dans les titres traitant des collections (cf. Antiquités Brocante), de la moto et de l'automobile, et, par conséquant, des automobiles de collection (AutoRetro, Retroviseur, La Vie de de l'auto).

        Ce hors-série passe en revue des objets conçus et distribués par les marques comme outils commerciaux afin d'augmenter leur notoriété, leur score d'agrément, et de fidéliser surtout : "communication par l'objet publicitaire".
        Beaucoup d'objets publicitaire d'autrefois s'adressaient aux enfants qui devenaient prescripteurs de produits alimentaires ; du coup, beaucoup d'objets publicitaires ont pris la forme de jouets. Souvent aussi, l'objet publicitaire vise les distributeurs (cafés, garages, etc.) dont il anime et décore le point de vente tout en renforçant et répétant l'image de marque du produit, sans intrusion.
        • Rappel : d'après l'IREP qui analyse les dépenses de communication des annonceurs, la part de marché de la "publicité par l'objet" était, en 2012, de 4,4% (plus que la radio, plus que l'affichage, que la presse quotidienne, que la presse magazine, que la PLV...).
        La collection constitue un indicateur d'engagement d'une famille envers une marque et un produit. De plus, la collection engendre un réseau de collectionneurs et un marché (échanges, argus, bourses, etc.). Un cas classique est celui des images offertes dans les emballages de tablettes de chocolat (Meunier, Lanvin, Kohler, Nestlé, Poulain, etc.) collectionnées et collées dans un album. On trouve aussi dans ce hors-série beaucoup de voitures miniatures (Ricard, Nescafé, glaces Gervais, etc.), beaucoup de porte-clés, d'accessoires scolaires (protège-cahiers, porte-plume, buvards, double-décimètres, crayons). Les enfants aiment collectionner : les éditeurs de presse le savent bien (cartes Pokemon !). N.B. Poulain a relancé en 2013 sa collection d'images en ligne.

        Les objets publicitaires s'insèrent dans la vie quotidienne, ils ont souvent une utilité (valeur d'usage).
        Prenons des exemple dans le hors-série. Les objets publicitaires participent de l'animation des bistros et des cafés, lieux majeurs de socialisation et de rencontres, donc occasions sympathiques de multiplier des contacts avec la marque : cendriers, pichets (Berger, Ricard, bière La Meuse, Pernod), verres doseurs, becs verseurs, carafes, carnet pour compter les points aux cartes, boîte pour jeux de cartes (Suze, St Raphaël), ouvre-bouteilles, décapsuleurs, pendules, thermomètres, menus, lampes, briquets, calendriers perpétuels, étuis de jeux de dés, pistes de jeu de dés, etc.
        Le bistro du XXème siècle était un univers publicitaire et, à sa manière, un réseau social.
        De la même façon, les objets publicitaires s'insèrent dans l'équipement de la cuisine : boîtes de toutes formes, bols, livres de recettes, tire-bouchons, verres, tasses, etc.

        Ethnologie de la collection ?
        Pratiques culturelles des Français, o.c. questionnaire
        "Passion ordinaire", la collection (Christian Bromberger, Hachette, 1998) ? "Culture du pauvre" (expression de Richard Hoggart) ?
        Dans Les Pratiques culturelles des Français, édition 2008, la pratiques des collections faisait l'objet d'une question (cf. QA4, ci-joint).
        Pierre Bourdieu classe les collections parmi les pratiques culturelles témoignant d'une "bonne volonté culturelle"(cf. La distinction. Critiques sociale du jugement, Paris, Editions  de minuit, 1979, p. 404 sq) : il épingle le "petit-bourgeois" collectionneur de "petits objets de peu de prix (timbres, objets techniques en miniature, etc.) auxquels il consacre son temps et sa minutie classificatoire" (p. 379). Jugement de classe, psychologie condescendante ? La sociologie de Bourdieu frôle sa limite. Certains vont plus loin que le sociologue pour faire de la collectionnite une pathologie, une addiction !
        Retenons que toute collection, savante ou populaire, met en oeuvre des opérations communes de sélection, de classement (tag).

        La collection est une pratique omniprésente dont l'ethnologie semble peu développée. Peut-on la rapprocher de pratiques culturelles comme celle des supporters sportifs qui savent tout d'une équipe, d'un champion ("passion ordinaire") ? Peut-on la rapprocher de certaines formes de travail de spécialisation "intellectuelle" (sur un auteur, une époque, un thème, etc.) qui fait les sujets de thèses. Collection de savoirs ? Base de données ? Si tout objet est susceptible d'être collectionné, toutes les collections n'ont pas la même légitimité sur le marché culturel. Et la collection, en elle-même, semble peu légitime. A moins qu'il ne s'agisse de tableaux, de livres anciens...
        La collection doit pouvoir être montrée (du petit musée privé aux musées publics, valeur d'exposition sociale) et vendue. Ce magazine, comme d'autres sur le même sujet, contribuent à l'organisation de ce marché.
        Magazines spécialisés en vitrine. Librairie spécialisée. Paris 6ème
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