Affichage des articles dont le libellé est self-service. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est self-service. Afficher tous les articles

mardi 12 mars 2019

Media-for-Equity: audience contre assurance pour la télévision allemande


Une société d'investissement (SevenVentures), filiale du groupe de télévision allemand Pro7Sat1. vient d'acquérir une participation minoritaire (14%) dans la société berlinoise d'assurance Fri:day. Il s'agit d'une opération de Media-for-Equity (M4E) : en échange de cette participation, le groupe de télévision fournira de l'espace publicitaire sur ses chaînes et leurs sites (communiqué de presse, ici).
Fri:day est une société berlinoise récemment crée (mars 2017), spécialisée dans l'assurance automobile. Elle relève de ce que l'on appelle InsurTech. Au total, avec l'investissement de M4E plus celui de Baloise Group, Fri:day aura levé 114 millions d'€.
Possédant de nombreuses chaînes en Europe germanophone, le groupe Pro7Sat1. peut proposer à Fri:day des possibilités publicitaires variées et puissantes, indispensables pour installer la notoriété d'une société à la première étape de son développement et visant le grand public.

InsurTech-ce que c'est ? Ce terme désigne les récentes évolutions des métiers et modèles économiques de l'assurance (depuis 2010) qui exploitent les capacités de l'intelligence artificielle ("supercharging insurance with AI", proclame la société Omni:us), de la téléphonie mobile et des données (predictive analytics). L'automatisation permet l'accélération et la simplification des procédures (stressfree, "less hassle"). Plateforme, cloud, tout numérique (plus de paperasse - no paperwork), recours au smartphone (mobile first) et des applis de l'assuré (photos), gestion numérique des dossiers et documents (numérisation, classement), etc : dans tous les cas, l'InsurTech réduit les coûts de transaction et, par voie de conséquence, les coûts pour les assurés. En recourant aux outils de l'Internet des choses (capteurs, etc.), à la biométrie (wearables), à la reconnaissance des images, au self-service, aux drones, aux selfies même, l'InsurTech simplifie les procédures, réduit les délais de transmission, de paiement (temps réel), diminue les risques d'erreur, favorise des décisions rapides fondées sur des données. De nouveaux produits apparaissent (assurance à la demande, sur mesure, pay-per-use-insurance, basée sur l'usage -usage based, épisodique, micro-assurance, continuous underwriting) et les compagnies d'assurance traditionnelles incubent des startups (AXA) pour se rénover... Disruption, révolution ? Transformation : cela suffit pour décrire sans emphase ce que l'on observe dans l'assurance comme dans d'autres secteurs : agriculture (AgTech), santé (HealthTech),  finance (FinTech), eau (WaterTech), alimentation (FoodTech), éducation (EdTech)...
Encore faut-il que les assurés aient la maîtrise des outils numériques et qu'ils disposent des appareils et des connections adéquats (ne pas être dans des zones blanches), ce qui n'est pas encore gagné : l'usage du numérique n'est pas encore universel - mais le papier-crayon ne l'est pas non plus...
Qui doit former à la maîtrise des outils numériques ? L'école pour les jeunes, certes, mais pour les plus âgés ? Des associations, des services publics ?
  • L'opération de Media-for-Equity réalisée par Pro7Sat1. combine un support publicitaire de masse encore traditionnel avec une entreprise innovante qui débute : la collaboration peut être prometteuse et dynamisante pour les deux partenaires et méritera d'être suivie. 
  • L'espace publicitaire, ou plutôt l'accès à l'audience, confirme son statut quasi-monétaire, statut que l'on observe depuis longtemps dans le troc publicitaire que pratiquent les stations locales américaines pour se procurer des programmes (barter syndication). Dans le premier cas, la TV paie une participation dans une entreprise avec de la publicité, dans le second la station paie un programme avec du temps d'exposition publicitaire. Tout est bien à condition que le cours de la monnaie soit bien établi, donc que l'audience et le retour sur investissement de la startup soient rigoureusement mesurés.
Fri:day Calcule combien tu roules et combien tu économises / Meilleure performance / Evaluations clients

vendredi 20 mars 2015

Small business is very big business

Copie d'écran de l'appli Ads Manager

Facebook annonce 2 millions d'annonceurs dans le monde (800 000 chaque mois). La majorité de ces annonceurs sont des petites, voire toutes petites entreprises, des PME (SMBs) voire des microentreprises, TPE, auto-entrepreneurs, entreprises unipersonnelles, etc.).

Semble visée par Facebook la très longue traîne des tout petits annonceurs qui recherchent pour leurs messages publicitaires des données rares et très discriminantes, pour le ciblage et la segmentation de précision. On compte 3 millions de microentreprises en France.
Ce sont de tout petits annonceurs qui travaillent avec des petits budgets, généralement sans intermédiaires, sans agences de publicité, procédant par essai et erreur, sans délai. Tout se passe comme s'ils faisaient des tests de campagnes en temps réel. D'ailleurs, un tel produit publicitaire pourrait constituer, pour des agences et de plus gros annonceurs, des occasions de tester les réactions à leurs créations (images, textes ou vidéo).

Avec Ads Manager, Facebook met à disposition des annonceurs des outils simples, à l'ergonomie évidente, qui permettent la gestion des campagnes depuis un mobile. L'appli Ads Manager for iOS (iTunes) permet d'accomplir les tâches courantes de création (édition), d'analyse des performances, de planning et de gestion budgétaire. Le tout sur mobile : Facebook est le média définitif de l'ère du mobile. "Self- média" publicitaire, cette appli abaisse la barrière à l'entrée dans la publicité et assure une réduction des coûts de transaction, d'apprentissage aussi. Simple, toujours à portée de la main, réactivité sans problème, Self-service. La vie sociale inclut la vie économique, le marché et notamment l'économie informelle, "à hauteur d'homme" (cf. Laurence Fontaine, Le marché. Un bien public).
Facebook peut également compter sur la migration vers le mobile des annonceurs du marketing direct, des petites annonces. C'est le marché des annuaires, des médias locaux, de proximité : PHR, PQR, radio, télévision, affichage, DOOH, digital indoor (écrans contextuels).
; elles
Facebook se place dans la tradition ouverte sur le Web par eBay (1995) et par Google (AdWords, 2003). Sa panoplie pour viser le marché local s'accroît des outils de paiement mobile via Messenger, et d'outils de recherche pour le e-commerce (acquisition de TheFind).

N.B. 
En 2012, l'INSEE comptait en France 2,6 millions de Très Petites Entreprises (TPE, moins de 10 salariés ETP) ; elles contribuent pour 9% au PIB et œuvrent principalement dans le commerce, les services aux particuliers et aux entreprises, la construction. Sources : INSEE, BPI France (Observatoire des PME, 2015).

lundi 3 février 2014

Self service : enquêtes à vendre


Survata vient de publier les résultats d'une étude, une de plus, sur l'évolution de Facebook chez les adolescents américains.
Selon cette enquête, reprise ici ou là, l'usage de Snapchat et d'Instagram grignoterait celui de Facebook. La marge d'erreur déclarée est de 4,9%.
Notre propos n'est pas d'ajouter une approximation ou une erreur à toutes celles que propage le Web sur ce sujet. En revanche, nous voulons pointer une évolution du marché des études.

Le taux de non-réponse n'est pas indiqué : les non répondants
("I doo'nt use any of these") sont exclus des résultats
Le site de Survata publie le questionnaire qui a été utilisé (ce qui est fort rare) ; il précise la taille de l'échantillon interrogé et la date de passation : 365 personnes de 13 à 17 ans, du 17 au 20 décembre 2013. Survata expose sa méthodologie mais ne donne pas les résultats permettant de contrôler la qualité des réponses collectées.
Le questionnaire est diffusé sur des sites d'éditeurs ("quality sites", "around the Web"), volontaires et sélectionnés, en échange de contenus proposés aux répondants (video, e-book, etc.).
Jusque là rien que de classique : c'est la pratique des collecteurs de données, des panels...
Les problèmes commencent avec l'interprétation de ce résultat. Quelle est sa fiablilité ? Qui sont les répondants (biais) ? La représentativité par rapport au recensement américain est assurée pour l'âge, le sexe et la géographie (avec quelle granularité ?). Mais ensuite ? Quel degré de représentativité, par exemple, par rapport au mode d'utilisation du Web (technographics : appareil, O.S., etc.), au milieu social (capital économique et culturel) ? Peut-être n'a-t-on interrogé que des possesseurs d'iPhone 5, de milieux aisés, etc.
  • Les résultats (Excel et Statwing) sont fournis dans les 24 heures suivant la passation.
  • La politique des prix pratiquée est simple et lisible : $1.00 le répondant. 
  • Le modèle économique est sans doute efficace. Les coûts sont faibles et presque tous fixes : les cadeaux bon marché, la distribution du questionnaire et des cadeaux est gratuite. L'analyse des données recueillies est automatique.
  • Pas de travail pour réunir un échantillon avec des quotas difficiles (de plus, on n'interroge que des internautes) 
  • Pas d'études de cadrage (establishment survey). 
  • Les coûts variables sont faibles : relecture et correction du questionnaire, marketing
Surdata, entreprise sortie de l'incubateur YCombinator en 2012, annonce sa couleur : accurate, fast, affordable (juste, rapide, bon marché).
Enquêtes et sondages en ligne concurrencent déjà et concurrenceront de plus en plus sur les enquêtes traditionnelles (par téléphone, par courrier, face à face). Survata n'est qu'un exemple. Google Consumer Survey ou Polar sont du même ordre, tout comme SurveyMonkey et bien d'autres (cf. par exemple, la liste établie par GreatBook). Sans compter les enquêtes sur mobile : cfPalmopinion, par exemple, qui propose des enquêtes sur smartphone pour le marché chinois.

Cette évolution est l'effet de l'automation que permet et généralise le travail numérique : self service (chacun conçoit et réalise sa propre enquête), dématérialisation. De nombreuses enquêtes de référence des médias se mettent à suivre cette voie pour abaisser leurs coûts. Toute nostalgie plus ou moins luddiste sera vaine : il s'agit plutôt désormais de mettre en place des contrôles garantissant rigueur scientifique et information des utilisateurs quant aux limites des méthodologies.

mardi 8 novembre 2011

Consommateur marketeur

.
Dans un monde où le marketing est partout visible, où la publicité fait autant sa publicité que celle des produits, les consommateurs se mettent à calculer et parler comme des "spécialistes" de marketing. Ils se savent visés, repèrent les erreurs de ciblage et s'en moquent (cf. "Online ad targeting run aground" par Dave Zinman), se gargarisent d'images de marques, repèrent les marques distributeurs (MDD) et le couponnage dans les hypermarchés et le retargeting sur leur ordinateur, ils suivent les audiences des émissions de télévision, tour à tour directeurs d'antenne et médiaplanners... Les cookies aussi envahissent la koiné commerciale : 84% des internautes américains en sont conscients ("aware"; source : eMarketer, juillet 2011).

Métier de consommateur. Les difficultés économiques aiguisent l'intelligence des consommateurs. "What we've learned through this whole recession is just how incredibly resourceful and smart our customers are", observe S. Quinn qui dirige le marketing de Walmart USA ("Walmart's Makeover"). "Guide anti-crise. 50 trucs et astuces pour réduire la facture" propose à la une le Hors Série du magazine Dossier familial (janvier 2012 ; slogan : "Acheter mieux. Dépenser moins").


Jouant le jeu - qu'il connaît de mieux en mieux - sans y croire (sans illusion, c'est à dire, selon l'étymologie, sans être pris par le jeu, illusio), le consommateur qui se sait chassé, sait aussi qu'il doit se méfier ; mais il comme est aussi intéressé, il joue. Plus marketeurs que les marketeurs, les consommateurs apprennent les arcanes de la politique des prix avec les opérateurs de téléphonie, avec les linéaires du supermarché, les promotions, les variations du prix des carburants, les "faux avis de consommateurs", etc. (sur nombre de ces points, voir le site de la DGCCRF).
Le self-service (publicité, édition, etc.) développé par Google, Twitter, Amazon, la gestion d'image, systématisée à tous par Facebook et Klout, les astuces du commerce (eBay, leboncoin), les guides d'achat omniprésents dans la presse magazine, tout approfondit le savoir faire marketing de ces amateurs presque professionnels (Pro-ams).

De même que la clinique est altérée par les pseudo connaissances médicales des malades, le marketing est altéré par le savoir (ou pseudo savoir) des consommateurs. Cette stérilisation sous forme de langue de bois affecte la connaissance des comportements : le consommateur interrogé déclare ce qu'il croit que l'on attend qu'il dise, compte tenu de ce qu'il sait ou croit savoir du marketing, donc des attentes de l'enquêteur.  Sincérité calculée.

Consommateurs, classe parlée de la "société du spectacle" ? Pas si sûr ! Derrière les conversations que l'on tente de lui extorquer (verbatim), il y a une sous-conversation inaudible aux enquêteurs, ignorée de la doxa, qui ne se déclare pas. Résistance tacite qui se lit dans la difficulté à recruter des panels représentatifs de la population, dans la dégringolade des taux de réponse. Anticipation rationnelle et rusée des consommateurs ("gibier de panel").

"Foule sentimentale" des consommateurs, est-elle plus vulnérable aux réseaux sociaux ? Pour combien de temps ? Réseaux sociaux qui sont la continuation du marketing par d'autres moyens.

.