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jeudi 29 novembre 2018

The Year of the mis(s)!


Misinformation is "the word of the year", according to dictionary.com. The dictionary gives its own definition of the word: "false information that is spread, regardless of whether there is intent to mislead".

Thanks to Facebook, of course but not only. Politicians contributed a lot too. Not to mention the historians (negationists of all kinds) and the propagators of "fake news", "alternative facts"...

But there is more:
Advertising brought its own "mis": misplacement. And, best of all: miscalculation. So many opportunities to miss the target. A wonderful prefix, so productive, so useful nowadays.
But do not misunderstand me, this is nothing new: Socrates, about 380 BCE, used to complain about the Sophists and rhetoric: "a tool of persuasion" and not a tool for justice or for truth. "Thus rhetoric, it seems, is an operator (demiourgos, "δημιουργός") of persuasion for belief, not for instruction in right and wrong", (Plato, Gorgias, 455a).
And worse, of course, there is misconduct in so many companies, sexual misconduct, financial misconduct...
Misbehaving? "The year of our discontent"? We won't miss it. "The Uneasyness in Civilization", wrote Freud (Das Unbehagen in der Kultur)... Uneasiness, yes... really. And morality?

vendredi 16 février 2018

Rita, une série TV à l'école du Danemark


"Il y a quelque chose de pourri dans l'Etat du Danemark", dit-on dans HamletSomething is rotten in the state of Denmark », 1, 4). Et, selon "Rita", série télévisuelle danoise, ce quelque chose, c'est l'école grand public, école pour tous. Cela se passe au Danemark mais pourrait bien être situé en France ou ailleurs, dans une zone urbaine que l'on dit défavorisée, ou rurale qui se dépeuple.
Les séries télévisées se sont emparées de l'hôpital (ER), de l'agence de publicité (MadMen), de l'information télévisée (Argon), du cabinet d'avocat d'affaires (Suits), de la grande entreprise multinationale (Misaeng)... Avec "Rita", le lieu principal de l'action, c'est l'école publique, obligatoire, fondamentale, primaire, selon les pays. Les élèves ont de 4 à 16 ans.
Rita, c'est l'institutrice. La quarantaine, divorcée, mère de trois enfants, sympathique, souvent fatiguée, fumeuse à tous crins, militante de l'éducation. "Inconformiste", féministe naturellement, elle est peu portée aux compromis et à l'hypocrisie sociale. La solitude s'empare d'elle progressivement ; ses enfants partent où leur vie les mène, ses amis et amants aussi. On dirait du Brecht parfois : Rita, mère de famille "indigne" ("unwürdige") et "mère courage" ? Rita finira par retomber dans son enfance et ses drames, qu'elle a tenté de refouler. Peut-on échapper à son enfance ? Rita, dont l'enfance et la scolarité furent douloureuses, est évidemment en empathie avec ses élèves ; elle semble d'ailleurs ne pas vouloir devenir adulte. Utopie. "Famille, je vous hais", le mot d'André Gide (Les Nourritures terrestres) pourrait servir d'exergue à la série que l'on peut aussi voir comme une cure pychanalytique...

D'épisode en épisode, la série passe en revue les problèmes que Rita rencontre, l'homosexualité de son fils, la dyslexie de sa fille, le décès de sa mère. A l'école, Rita est confrontée à la stigmatisation des élèves en difficulté : hyperactivité (ADHD), autisme, syndrome d'Asperger... Difficultés sociales aussi : enfants de milieux pauvres, de familles plus ou moins dysfonctionnelles. Tout espoir de salut est placé dans une éducation scolaire alternative, dans une pédagogie non conventionnelle inspirée de Montessori, Freinet, Makarenko peut-être, fondée sur la coopération, les méthodes actives, l'auto-apprentissage, l'expression libre...
La critique porte tour à tour, et simultanément, sur les comportements parentaux, sur l'administration locale, la hiérarchie scolaire, le sexisme ordinaire. Tous les acteurs de l'éducation en prennent pour leur grade. Mais la série dresse des portrait d'enseignants, d'abord enthousiastes, dévoués puis découragés, résignés, souvent coincés, impuissants, entre les autorités scolaires et les parents d'élèves.
Tout y passe des événements de la vie scolaire : les tests, les poux, les fêtes pour collecter un peu d'argent, la drogue, les difficultés de l'adolescence dont les héros sont issus de YouTube et du football professionnel, la banalisation de la pornographie, les graffitis... Série réaliste, qui désenchante l'image sociale d'un quelconque modèle scandinave. "Rita" montre l'universel derrière le singulier danois.

La série, diffusée par la chaîne danoise TV2 dès 2012, avait déjà acquis quelque notoriété quand Netflix l'a reprise, co-produisant la suite, à partir de 2015. Au total, la série compte 32 épisodes. A la dernière saison, la série s'essouffle un peu, la psychologie introspective et l'invraisemblable l'emportant.
Avec "Rita", Netflix s'avère l'indipensable pourvoyeur et moteur de télévision pluri-nationale (avec sous-titres), dépassant l'horizon des chaînes nationales. Positionnement enviable. ARTE ?
Un spin-off a été développé à partir du personnage d'une institutrice, collègue de Rita, également peu conventionnelle, "Hjørdis", avec Netflix encore (2015). "Rita" a été adaptée en français par TF1, en 2015, "Sam".

N.B. Pour des points de vue complémentaires, voir le post sur le blog de Caroline et l'article de Mat Whitehead, sur BuzzFeed Australie.
L'uniforme de Rita, jeans, plaid shirt, talons hauts, blouson. Voir la série sur le site de TV2.

mercredi 5 avril 2017

L'Amérique à lire dans un mook trimestriel innovant.


Mook est un mot valise pour désigner un objet média non clairement identifié. Vendu en libraire, plutôt épais, cher : c'est un livre. Son format, sa périodicité, trimestrielle, c'est un magazine. Donc un magalivre, ou un mook. Mot valise, portemanteau = mag + book (196 p., 19€). Le mook, vendu  en kiosques ou en librairies, reste plus longtemps présent sur les linéaires, il s'adresse à un public de lecteurs de livres, magazine de garde donc, comme on parle d'un vin de garde, il reste longtemps au domicile, on ne le jette pas, il compte donc de nombreuses reprises en main, il "circule" ; son format évoque les coffee table books....
Ce n'est pas le premier : on en compte au moins une vingtaine sur le marché (cf. Presse : les magalivres (mooks).

America s'annonce en sous-titre : "L'Amérique comme vous ne l'avez jamais lue". A la une : Toni Morrison, Moby Dick, F. Scott Fitzgerald... Il s'agit d'un magazine littéraire. Entretiens, reportages, enquêtes, photographies. Son site web est encore limité, quelques vidéos seulement. Pas de publicité sauf, en page 4 de couverture, pour une émission littéraire de télévision de France 5. Le magazine appartient au même groupe que l'hebdomadaire Le 1.

Le lancement d'America profite de la conjoncture politique américaine et de l'inquiétude qu'elle suscite : que deviennent les Etats-Unis avec l'élection de Donald Trump, la remise en question presque systématique des décisions essentielles des deux présidences de Barack Obama ? Protection de l'environnement, politique de santé, neutralité du net, etc. ? Dans ces conditions, que peut la littérature ? La question avait-été posée à Jean-Paul Sartre en 1964. Elle est à nouveau posée par le magazine à Barack Obama, à Toni Morrison. Leurs deux  réponses constituent le cœur du numéro.
D'abord, la reprise en français d'un entretien donné par Barack Obama au New York Times, publié en janvier 2017 ("on what books mean to him"). Barack Obama, lecteur et écrivain, qui déclare inchangée, depuis ses années étudiantes, son admiration pour Shakespeare ("I would say Shakespeare continues to be a touchstone").
Ensuite et surtout, Toni Morrison. Prix Nobel iconoclaste, provocatrice, claire, libre : elle ose penser et dire ce qu'elle pense (à quand, une édition bilingue, voire la vidéo sur le site, de cet entretien ?). En 22 pages, Toni Morrison fait flèche de tout bois. Dénonçant les slogans, même et surtout, dit-elle, "Black is beautiful", selon elle "identitaire et macho". Toni Morrison soulignant que sa mère, elle, "jugeait les gens un par un, jamais en termes de groupe comme on le fait aujourd'hui en parlant des Noirs, des Hongrois, des Italiens, des Coréens". De l'importance de "se situer au-delà des convictions raciales". Toni Morrison rappelant que l'esclavage fut, entre autres, une histoire grecque et romaine, et russe...
Toni Morrison, touchante, à propos de l'écriture : "lorsque j'étais petite, je ne voulais pas devenir écrivain mais lectrice". A 86 ans, elle écrit pour la première fois un livre avec un ordinateur. Et, subtile, évoque ce qu'avait pressenti Friedrich Nietzsche : "J'aime le contact de la main sur le papier, lorsqu'elle écrit. Et de la gomme. Et du crayon qui barre, qui rature. J'ai l'impression que c'est la main qui guide l'ensemble du roman. La main autant que l'esprit". Habitus manuscrit d'écrivain, avant l'écriture à la machine, avant l'ordinateur. De la main aux doigts du digital (digitus). Ecriture, travail manuel.

L'ensemble du magazine est riche, divers, utilement annoté en marge des articles, pour éclairer le lecteur. Discours parfois conformiste. La tonalité est globalement obamaphile.
Notons encore la belle nostalgie qu'expriment les photographies de Vincent Mercier. Saluons le dossier Moby Dick, avec texte original, traduction et présentation. Convaincant et didactique. On regrettera une reprise graphique de la composition "ethnique" de la population des Etats-Unis, sans la moindre précaution méthodologique, sans le moindre doute minimum quant aux sources et catégories mobilisées. Un reportage sur les Sioux de Standing Rock ("voir dans la nature plus qu'une source d'énergie"), sur Los Angeles...
America secoue beaucoup de nos doutes et de nos certitudes, donne envie de lire, d'aller plus avant. A propos, qu'en est-il, à l'issue de cette élection, de l'Amérique si triomphante des GAFA, de Google, Twitter, Amazon, de Facebook, Microsoft, Apple ? Rien dans ce numéro sur l'avenir de la culture numérique de "l'ère Obama". Comment comprendre le slogan "America first" ? Devant qui ? Assiste-t-on à un retour de quel refoulé ?
Et si ce que révélait l'Amérique de Donald Trump, née d'un désenchantement, valait aussi pour la France, pour l'Europe à venir ? Le reportage stimulant sur les "petits blancs" (de Sylvain Cipel) peut être lu comme une mise en garde. Est-il une France de Donald Trump, de Steve Bannon ? Avons-nous aussi notre "poor white trash" ?

Le magazine s'essaie à un nouveau genre de presse, croisant littérature et sociologie, bilingue et didactique, photographie et interviews. L'articulation avec le site est encore floue. Attendons le numéro suivant pour voir l'évolution de cette innovation. L'avenir de la presse est dans l'innovation... Pour le traditionnel, il y a le magazine American Legend, historique et descriptif (trimestriel, 7,8€).

Le thème de l'Amérique au temps de Donald Trump est repris par la revue mensuelle Esprit en mai 2017 : "L'Amérique en dissidence" (20€). Repris aussi par un nouveau magazine consacré à la musique et au "son du monde", M & C Musique et Culture (5,5€) : "Cauchemar américain", "les artistes contre Trump".

lundi 4 mai 2015

Magazine féminin ? As You Like... devient Oh! my mag


Oh !my mag : résultat de la fusionne du magazine papier As you like avec le site ohmymag en septembre 2017. Mensuel, 3 €.

As you like par Prisma (Gruner + Jahr), 152 p.
Lancement : 135 000 exemplaires. Trimestriel, 3€. "le meilleur des blogs en version papier". Site web.

ohmymag s'adressait à une cible féminine avec les ingédients habituels : style de vie, tendance, mode, beauté, luxe, cuisine. On dit plutôt lifestyle et food ! Et l'on déclare viser les millenials.

As you like devient Oh ! my mag. Le magazine de Prisma, portait un titre presque shakespearien ! Il avait failli s'appeler Follow, titre abandonné pour des raisons légales. Certes ce titre aurait bien collé à son positionnement éditorial : repérer des influenceurs et les tendances à suivre. Mais avec "comme il vous plaira" (traduction classique du titre de la pièce), le titre regagne des degrés de liberté et un ton est annoncé : légéreté, caprices, espièglerie. Plaisir des consommations et des comportements d'abord...
La couverture le dit en photo : il s'agit d'un magazine féminin et c'est bientôt l'été.

Qu'est-ce qu'un magazine féminin ? 
L'évolution de notre société aligne progressivement le statut des femmes sur celui des hommes et réciproquement, aussi n'est-il plus guère de territoires de consommation strictement féminins ou strictement masculins, hors des "techniques du corps". Reprenons la terminologie classique de Marcel Mauss, anthropologue (1934) : les techniques du corps incluent les soins du corps, le maquillage, les régimes alimentaires, la forme, la santé, les vêtements, la sexualité, la naissance, l'enfance. C'est dans les techniques du corps que presse féminine ou presse masculine trouvent leurs terrains de prédilection respectifs, leur spécialité marketing (Unique Selling Proposition).

Dans un magazine, tout autant peut-être que l'éditorial, la publicité commercialisée énonce et construit a posteriori la cible escomptée. Un magazine qui publie des messages publicitaires pour célébrer et vendre des produits féminins sera dit féminin.
Quels produits trouve-t-on dans As you like, qu'il s'agisse de la publicité ou des rubriques shopping (guide d'achat) ?
Inventaire : joaillerie, soins (épilation, bronzage, coiffure, minceur, régime), maquilllage, vêtements, décoration, accessoires. Voilà pour le cadrage féminin ; ne sont absentes, parmi les techniques du corps, que la naissance et l'enfance qui font généralement l'objet de sous-ensembles spécifiques de magazines féminins. Hors techniques du corps, on trouve dans le magazine de la publicité pour la cuisine, l'automobile et le voyage, qui sont des produits mixtes.

Journaliste ou blogueuse ?
L'innovation éditoriale essentielle du magazine consiste dans le principe d'une collaboration journalisme + blogs et réseaux sociaux (Instagram, Pinterest). Modèle économique popularisé par The Huffington Post. La blogueuse a-t-elle statut de journaliste (formation professionnelle, carte professionnelleetc.) ? Oui, dit le droit français, si la majorité de ses revenus provient du journalisme (cf. article L.7111-3 du Code du travail), oui, par conséquent, si la rédaction d'un blog est reconnu comme journalisme... On tourne en rond.
L'originalité éditoriale de As You Like vient des Blogs Hellocoton (plateforme de blogs achetée par l'éditeur en 2012) : les femmes sont auteurs. Ensuite, vient une sélection trimestrielle de contenus publiés sur les blogs, les réseaux sociaux. Two step flow of communication !
"Le magazine connecté qui explore le web et déniche les talents d'aujourd'hui et de demain", ainsi se définit le magazine. Elargie, la presse devient à son tour média de médias : le numérique a copié et dévalisé le papier ; en retour, le papier s'inspire des seules innovations éditoriales du numérique, les réseaux sociaux. "Stratégie rupturiste", annonce le communiqué de presse de lancement. "Ce magazine va dans le sens de la transformation que vit la presse féminine aujourd'hui, en se servant de son déploiement digital pour se réinventer", explique Pascale Socquet, Editrice du pôle Femmes de Prisma Media. Une volonté de repenser la presse féminine est déclarée, une expérience est lancée ; plutôt que de juxtaposer papier et support numérique, ce magazine organise et orchestre une synergie féconde entre eux. Saluons cette innovation qui se propage (cf. le hors série du magazine Saveurs consacrés aux "Blogs culinaires", 16 octobre 2015 : "nos 50 blogueuses coup de cœur" et leurs recettes).

Des blogueuses comme tastemakers, influençeuses influencées ; "blogger outreach" : les marques suggèrent des tests aux blogs, qui recommandent (ou pas) leurs produits ; ensuite, le magazine suit les blogs, leur emprunte des idées (blogger outreach campaigns). Ainsi, le prescripteur n'est directement ni le journaliste ni la marque.
Innovation éditoriale ? "Le meilleur de la toile", "être au fait des nouvelles tendances en matière de mode, déco, beauté, cuisine, et tourisme au travers de reportages sur des personnalités tendances". Des "personnalités" sont déclarées "tendance", elles sont repérées comme telles par des blogueuses spécialisées dans les tendances : à leur tour, ces blogueuses transmettent les tendances aux lectrices qui les suivent et deviennent tendance, accentuant ainsi la tendance, accélérant sa diffusion : self-fulfilling prophecy ? Magazine people, au second degré ? Prédictif ? Tout cela, sans doute.

Avec As you like, les blogueuses étaient autant actrices - au double sens du terme - que journalistes. Comment, dès lors, ne pas penser aux propos de Jacques dans la pièce de Shakespeare (As you like it, Acte II, scène VII) :

"All the world's a stage, 
And all the men and women merely players;
They have their exits and their entrances, 
And one man in his time plays many parts ..."

Oh ! my mag reprend et mêle des éléments du site Ohmymag (avec appli et vidéo) et du papier As you like. Synthèse logique, qui a sans doute des raisons économiques. La presse se cherche et cherche et semble revenir sans cesse à son point de départ, en le modernisant. La modernisation est dans l'articulation papier / numérique et dans l'articulation périodique / hors-série.

samedi 16 juillet 2011

Naming : convention et acceptation

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Le nom du nouveau stade de Nanterre (nom de code actuel : Arena 92) est à vendre pour 10 millions d'euros par an, sur 15 ans. Comment évalue-t-on les retours sur investissement d'une telle opération tout au long de sa longue durée ? Comment apprécier la qualité du nom choisi, son adéquation, son efficacité ? Comment la pré-tester ?
La question est celle que pose toute création de marque, de titre, de site Web : une marque aussi est un nom créé pour longtemps, alors que l'efficacité des actions publicitaires est d'habitude évaluée dans le court terme.

Le naming redonne une nouvelle jeunesse à un texte classique, que lisent toujours les linguistes, le Cratyle. Platon évoque dans ce dialogue un "poseur des noms", véritable "législateur" (νομοθέτης) chargé de "la rectitude du nom" ou "juste dénomination" ("ὀρθότης ὀνόματος", 384d). "Le nom, déclare Socrate, est vraiment un instrument pour instruire" (Ὄνομα ἄρα διδασκαλικόν τί ἐστιν ὄργανον", 388c). De quoi instruit donc le naming ? De la marque qui l'achète. A quelle condition une dénomination est-elle "juste" ? La convention - un nom est posé sur une chose - doit être acceptée par la communauté. C'est donc la limite de la convention qu'il faut évaluer dans le naming : l'acceptation pratique du nom par la communauté, le transfert à la marque de propriétés valorisantes et l'apport de notoriété spontanée par l'object nommé.

Comment évaluer le choix d'un nom, son efficacité pour une marque, sur une aussi longue durée, sur tout son cycle de vie ? On peut bien sûr imaginer des études ponctuelles répétées (du genre déclaratif), un panel... Mieux vaut recourir à une méthodologie constante et à une mesure continue telles que l'observation régulière de la fréquence de la recherche du nom sur l'ensemble des moteurs de recherche (comme le propose, par exemple, LeLab de Weborama) ? Plus la fréquence des requêtes associant le nom du stade à une activité positive s'y déroulant sera élevée, plus le naming aura été et sera encore efficace. Ces naming analytics pourront alors prendre en compte la contribution des résultats des équipes, de leur popularité, de tel match, de tel concert à la fréquence observée pendant une durée donnée (régressions multiples), les corréler aux nombres de places occupées, aux places vendues, au chiffre d'affaires global, etc. Petit à petit, on saura ainsi ce qu'il y a vraiment dans le nom ("What's in a name?") et comment cela évolue...

Références
Sur papier : Platon, Cratyle. Sur la justesse des noms, traduction Louis Méridier, in Platon, Oeuvres complètes, Tome V, 2e partie, Paris, Les Belles Lettres, bilingue, 1961.
Sur la Web : Cratyle, traduction de Victor Cousin, bilingue, Oeuvres de Platon, 1846. http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/cratyle.htm
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mardi 28 octobre 2008

Google régie TV. Suite.


Google poursuit son patient et méticuleux travail d’expérimentation dans l’achat d’espace publicitaire. Une nouvelle pierre vient d’être ajoutée à l’édifice : après la radio, la presse, la télé traditionnelle (écrans publicitaires), Google a passé un accord avec CoreDirect, une entreprise majeure de marketing direct en télévision (direct response TV, DRTV). Google apporte à ce métier classique sa capacité d’analyse des résultats, des "réponses", permettant aux annonceurs et aux agences d'optimiser l’efficacité des messages diffusés par les régies des chaînes. Analyses plus rapides, meilleures anticipations du ROI : améliorations décisives alors que les investissements DRTV sont en hausse (+37% en 2007) et qu'ils concernent désormais tout type d'annonceurs, toute marque. 

CoreDirect intègre les données de Google TV Ads (audiences seconde à seconde des messages) dans ses plateforme logicielles, permettant la fusion des données des campagnes achetées et diffusées avec les données de réponses et d’achat de produits provenant des centres d’appel et serveurs des clients. Fusion aussi avec d’autres données publicitaires et marketing (pige, analyse concurrentielle, résultats des campagnes antérieures, etc.). Optimisation de l’optimisation. 

Cette batterie d'analyses illustre le transfert continu vers les médias traditionnels des innovations mises en place avec Internet depuis treize ans, et longtemps suivies avec condescendance par ces médias. 

Par ailleurs, au même moment, Harris Corp. annonce l'intégration de ses produits (logiciels de gestion de la diffusion des messages publicitaires et de l'inventaire, ad scheduling) avec Google TV Ads.


Cette nouvelle étape de la conquête par Google des métiers médias traditionnels devrait intriguer les acteurs du marché publicitaire. Car ceci s’effectue avec la participation, la complicité même des médias, des agences de marketing direct et des agences média, tous avides de résultats claironnables à court terme. Mais, dans le plus long terme, tout se passe comme si régies et agences avaient perdu l'initiative en matière de recherche et de technologies marketing au profit d'études servant leur communication. Cette abdication, ce désintérêt hautain pour la recherche approfondie, ce sous-investissment finiront par porter des fruits, amers ... Pendant ce temps là, Google fait le travail, prend son temps, invente, expérimente à jet continu, avance ses pions commerciaux, apprend le métier en compagnie des médias qui, obnubilés par le très court terme, en oublient l'avertissement proverbial : "He must have a long spoon that must eat with the devil" (Shakespeare, dans une pièce au titre prophétique, "The Comedy of Errors"). Dans cette histoire, chacun verra le diable à sa porte !