Sencha. Le slow media par Japon infos,ou Le magazine du Japon, 52 p., 11.9 €, bimestriel, abonnement 6 numéros, 99 €
C'est un nouveau magazine destiné à cclles et ceux qui son amoureux du Japon ou qui vont le devenir... en lisant ce magazine ! Pour comprendre doucement, lentement !dimanche 4 mai 2025
Le Japon pour le connaître mieux, un peu
lundi 3 juillet 2023
La Voix de l'Ain en vacances d'été
Destination 01, Eté 2023, Evadez-vous !, supplément à La Voix de l'Ain, 84 p.
Ce magazine se termine par "L'agenda des sorties 2023" qui répertorie les festivals, les visites, les concerts, les randonnées dans le département. Et il commence par une carte touristique où l'on peut situer, d'Est en Ouest : la Bresse, les Dombes, le Bugey et le Pays de Gex.
Cela se poursuit avec le "Terroir et bonnes tables" ; la gastronomie est une spécialité de l'Ain et les produits locaux le démontrent. La carpe des Dombes, la galette de Pérouges, la tarte bressane, la quenelle sauce Nantua, les crêpes parmentières ou les grenouilles à la persillade sont des spécialités régionales au même titre que les fromages, Morbier ou Bleu de Gex. Et n'oublions pas la volaille de Bresse ! On nous emmène aussi à la découverte du Pouilly-Fuissé, Bourgogne réputé.
Et le magazine poursuit ainsi évoquant le patrimoine de la région, patrimoine fait de nature et de culture. L'histoire est partout, avec le "Musée de la grande vapeur" à Oyonnax (sur l'électricité) ou la Maison d'Izieu dont les enfants et animateurs, raflés par les nazis, finirent leurs jours à Auschwitz en 1944. La Dombes et ses étangs, les gorges de l'Ain et de nombreux lieux qui invitent à la randonnée à pied, à cheval ou à vélo. Bourg-en-Bresse accueille cette année la 18ème étape du Tour de France, et puis nous revoilà dans les Dombes, le Parc des oiseaux, Trévoux et l'on s'embarque en montgolfière... On atterrit dans les Soieries Bonnet et l'usine-pensionnat de jeunes filles, fondés en 1835. Et nous revoilà dans le Bugey, terre de vins, la cuivrerie de Cerdon, le Festival d'Ambronay (musique classique), à deux pas de la Suisse.
Vendre un pays, une région, son été, ses vacances, sa cuisine, ses vins, ses restaurants tel est l'objet de ce magazine régional. Destination 01 vend bien le département. C'est un guide touristique, pour les vacances. Tout y est publicité et rien ne l'est. Tout y échappe aux classifications habituelles. Sa durée de vie est d'un trimestre au moins, et son nombre de reprises en main (non calculé ici) est sans doute très élevé. Comment est-il distribué ? On pense aux touristes de passage, entre autres. Il peut être distribué partout, par chaque commerçant, par chaque administration. Superbe travail, méticuleux, précis, et utile aux commerçants comme aux touristes.
lundi 23 novembre 2020
S, un magazine "positif, inspirant, sans tabou". Diable !
S. Le magazine de Sophie Davant, bimestriel, CMI Publishing, 3,8 €, 148p.
N'étant pas dans la cible, j'ai commencé par la faim / fin et les recettes de cheffe. Sophie Davant propose quatre recettes. La première est une de carpaccio de saumon, facile. La seconde des pâtes aux deux saumons, frais et fumé, avec des spaghettis. Pas très compliqué mais appétissant. Cela se complique avec un "magret de canard déglacé au miel" et on en mangera volontiers. Enfin, cela se termine par un "moelleux au chocolat encore coulant" qui doit être succulent. Bon pour une entrée dans le magazine, c'est sympa, clair, bien expliqué. "Plaisir assuré".
Sophie Davant, personnalité de la télévision grand public, "accessible et inspirante", mère de deux enfants, divorcée, bientôt soixante ans. L'ancienne de "Télé Matin" lance un magazine "positif, inspirant, sans tabou" (c'est son sous-titre). Directrice éditoriale, Sophie Davant y signe quelques articles ; j'ai aimé et retenu notamment :
- l'interview de son amie, écrivain et journaliste, Katherine Pancol, "une femme libre" ; et la copine de balancer, sur le milieu littéraire : "un milieu, qui a couvert Matzneff pendant trente ans parce que c'est un homme, est difficile à respecter" (Gabriel Matzneff, auteur de Gallimard, est "visé par une enquête pour viols sur mineurs", Le Monde, 24 septembre 2020).
- le conseil impératif qu'elle donne aux femmes : "être indépendante financièrement. Travailler à être soi à 100%", même si "tout est plus difficile quand on est une femme"...
- l'interview de Francis Cabrel, son rapport à la paternité et à sa femme : "il a fallu de la patience à mon épouse. Ca n'a pas dû être simple" (S.D. : "Elle vous l'a dit ? F.C. : "Elle me l'a dit" [Il rit].
- les pages tourisme ("Evasion") qui vous mèneront "Du bassin d'Arcachon à la Normandie" : suivons le guide, et nous verrons.
samedi 27 juin 2020
Toute la nouvelle Aquitaine en revue

Le festin. Toute la nouvelle Aquitaine en revue, 15 €, dos carré, 130 p.
C'est un beau magazine, bien fait, bien conduit. Un régional aussi qui couvre le Sud-Ouest de la France, largement, allant des Pyrénées jusques à Poitiers.
Parcourons le numéro récent (juin 2020), trouvé gare Montparnasse à Paris. A la une, au choix (selon la région de vente, je suppose) : "Bordeaux, les bassins en lumière", mais aussi "Gaston Fébus en Béarn, avec le château de Pau" (pour le Sud), mais encore "L'hôtel de ville de La Rochelle" (pour le Nord). Trois couvertures donc pour trois régions du Sud-Ouest. Le magazine couvre systématiquement chacune des composantes de cette vaste région.
Mais d'abord, l'édito de Xavier Rosan qui plaide pour l'association du patrimoine et du matrimoine (Mére nature !), les deux, le vert et la pierre constituant selon lui un ensemble indissociable. Indiscutable aussi.
Le magazine tient-il cette promesse difficile ? Il s'y efforce même si la pierre l'emporte sur le vert. Tout d'abord un article sur la base sous-marine (Kriegsmarinearsenal) construite par les Allemands aidés par les collaborateurs français au début de la guerre. Cet ensemble de U-Boot-Bunker, vestige impressionnant du conflit mondial, fut inauguré en mai 1943 ; repris progressivement depuis la fin de la guerre, il est devenu un lieu d'exposition et est reconnu comme "architecture contemporaine remarquable", en 2016, par le Ministère français de la culture.
Suit un article sur le Centre international d'art et du paysage de Vassivière, et un article sur les jardins de Cognac dont un sur le parc François 1er qui fut détruit par un ouragan en 1999 mais qui est régénéré depuis. Un article détaillé sur la restauration de l'hôtel de ville de La Rochelle. Un long article sur Périgueux. Signalons encore un article sur Fébus (Gaston III de Foix-Béarn), par François Galès, qui détaille les constructions diverses et nombreuses de Fébus, prince des Pyrénées, entre Orthez et Pau.
Un excellent article sur l'oeuvre de Camille Claudel au musée Sainte Croix de Poitiers. La sculptrice y figure au travers de nombreuses oeuvres que Sophie Bozier sait présenter avec talent. "La valse" (1905) et "La Niobide blessée", entre autres, illustrent cet article. Le musée Sainte Croix, qui est présenté ensuite, illustre la tendance "brut de décoffrage" (années 1970) qui fait son succès.
Tout le magazine - et je n'en ai donné ici qu'un rapide résumé - est une invitation au voyage, au tourisme et au bon temps, tranquille, à passer dans les diverses régions évoquées (car lectrices et lecteurs peuvent oublier le bruit et les embouteillages des lieux). Un festin ! Le magazine peut être longuement conservé pour préparer un voyage ou en retrouver des éléments. Les quelques pages de publicité (des vins de Bordeaux, un hôtel Radisson) ne peuvent qu'y contribuer.
jeudi 25 juillet 2019
Des Jardins extraordinaires en région parisienne
Le hors série "Patrimoine & balades", est publié par Le Parisien (5,9 €) ; il traite des "Jardins extraordinaires", 124 pages + un Guide pratique de 24 pages décrivant adresses et bons plans. A la manière de Charles Trénet, car le magazine, s'il ne croise pas de "canards qui parlent anglais", se propose néanmoins de guider ses lecteurs par des lieux proches de Paris mais bien souvent méconnus des parisiens. Il en fait voir une vingtaine répartis dans neuf départements de la région capitale. Suivons les guides.
Le magazine, réalisé par Connaissance des Arts, propose donc une vingtaine de "petits paradis terrestres" comme les appelle Stéphane Bern, ces domaines boisés de la région parisienne. Ils constituent une véritable "boussole vers le vert" selon l'expression de Gregory Plouviez, "des cathédrales végétales".
Donner à reparcourir ces parcs, ces maisons, c'est le pari du hors-série de ce magazine. Chaque lieu est décrit pour faire voir et faire visiter ce qu'il a d'original, d'essentiel aussi, d'historique même. Mais surtout de beaux endroits pour passer une journée au vert, près de Paris. Le magazine donne à voir les cartes et les endroits : certains de ces endroits sont même au coeur de Paris, d'autres sont plus éloignés et requièrent une voiture. Au bout du compte, on sera diverti et l'on aura accru un peu sa pensée...
Prenons un exemple, un seul, et laissons les lecteurs découvrir les dix-neuf autres : voyons "la vallée aux loups", à Chatenay-Malabry, au sud de Paris. Ici, sont regroupés des témoignages historiques de François-René de Chateaubriand, qui a habité cette propriété aujourd'hui devenue propriété du département des Hauts-de-Seine. Chateaubriand, qui a des besoins d'argent (le romantisme connaît des limites !), revend cet endroit après dix années, en 1817. Des arbres historiques, des cèdres notamment, des cariatides de marbre blanc, un escalier de bateau d'autrefois placé à l'intérieur, un pavillon mauresque tout encore évoque le voyageur, réel et rêveur...
Bon, revenons à notre magazine. Il tient à la fois du guide touristique et de la description d'une région à visiter. Il peut guider les visiteurs (horaires, etc.) dans la région parisienne. Ainsi la presse reconfirme-t-elle sa vocation, donner à voir, penser. Un tel magazine vaut aussi comme guide à emporter (c'est le rôle du "guide pratique", petit format pour la poche) et faire la visite mais aussi comme coffee table book, pour préparer, en pensées, une sortie dans la région parisienne. A l'avenir, car un tel magazine a un avenir, on attend encore d'avantage d'idées de visites. Notons encore que la publicité y et rare et bien disposée.
mercredi 28 novembre 2018
Magazines : des lieux qui ont une âme
L'Ame des lieux. Les lieux qui font le monde, trimestriel, lancé au début de l'été 2018. 162 p. 15€. Abonnement : 60€. Editée par les éditions ScriNéo qui publient également les magazines l'éléphant (La revue de culture générale) et Aider (S'engager pour les autres).
Les lieux ont-ils une âme ou bien ne sont-ils pas tout simplement remarquables pour des raisons historiques ou esthétiques générales, ou encore parce que nous les associons à des souvenirs personnels ? Tout comme les choses et autres "objets inanimés". L'édito du N°2 explique la vision du magazine : "La géographie le confirme : un lieu naît de son interaction avec l'homme. Il porte en lui une part de subjectivité, un peu de chacun de nous, un peu de nos histoires, de nos envies, de nos fantasmes..." (Stéphanie Tisserond, Jean-Paul Arif). Ouf ! On échappera donc au romantisme louche des racines et de la terre.
Le concept de L'âme des lieux est d'associer histoire et tourisme, réalisant une "revue curieuse et voyageuse". Le premier numéro conduit les lecteurs dans des "endroits qui [nous] rendent heureux" : Venise, bien sûr, et de manière plus originale, l'Ile d'Elbe , Tipaza (Algérie), les volcans d'Islande, le Verdun des Vosges, les toits de Paris, la Dordogne et le Périgord, la Réunion : il y en a pour tous les gouts, Bohin dans l'Orne (où l'on fabrique des aiguilles), Le Touquet, Sancerre et Chavignol...
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| La 4 de couverture du N°2 : un sommaire |
Le coeur du deuxième numéro, c'est Chicago, ses plages le long du lac, ses hauts immeubles (dont la Tribune Tower, immeuble néo-gothique, qui fut jusqu'en juin 2018 le siège du quotidien Chicago Tribune), Chicago river et ses canaux, le métro aérien ("the L"). "Windy city", certes mais "my kind of town", anyway). Bien vu. Une centaine de pages plus loin et l'on arrive à Lons-le-Saunier (Jura) patrie de La Vache qui Rit, qui germanophobe en temps de guerre, fut wagnérienne (Wachchyrie !).
Chaque numéro s'achève par une recette de cuisine : risotto de la plaine du Pô et kouign-amann de Douarnenez pour les premiers numéros.
Toutefois, un spectre hante cette géographie avenante : celui du tourisme qui défigure, des foules qui déferlent, compromettant la valeur et l'âme des lieux et risque de ruiner "l'esprit d'ici" que met en avant "le magazine de l'art de vivre en région" (ESPRIT D'ICI, 2012, Burda).
En fait, ce magazine sans publicité a des airs de documentaire géographique, extrêmement varié et habilement conçu ; pour rêver, anticiper des voyages ou des lectures, apprendre et se distraire, entre anecdotes, cartes postales et cartographie. Magazine confortable, de garde, qui vieillira bien. Les articles sont parfaitement illustrés, clairs. Le pari cartographique apporte une lisibilité innovante et constitue une entrée féconde pour s'orienter dans les principaux sujets. Les notions de patrimoine ne sont jamais loin. Bien positionné entre histoire et territoire, traditions et terroirs, L'âme des lieux devrait avoir un bel avenir.
vendredi 1 juin 2018
Patrimoine national, tous héritiers ?
La presse magazine constitue un observatoire des passions françaises ; le patrimoine est l'une de ces passion et, semble-t-il, l'une des obsessions françaises. D'ailleurs, n'y a-il pas chaque année, depuis les années 1980, des journées du patrimoine : 17 000 lieux, 26 millions de visiteurs (en 2016). Voilà qui promet un bel avenir à ce magazine, entre les châteaux et les églises, les marchés et les remparts, les beffrois et les forts, les routes, les anciennes usines... Le second numéro (juin 2018) porte sur "les sites touristiques de France les plus visités" mais évoque aussi la fameuse tarte des sœurs Tatin et le Cadre noir de Saumur ("école de l'excellence à la française"). Son premier hors-série est consacré aux "40 plus beaux châteaux de France" (juillet 2018, 9,9 €).
Qu'est-ce que le patrimoine ? Ce que l'on possède (et qui nous possède ?), ce dont certains héritent et qu'ils transmettront peut-être à leur tour, tout comme un patrimoine génétique, ensemble de "lieux de mémoire", carte de l'identité nationale. Quand on naît Français, quand on le devient, on hérite, bon gré mal gré, d'un patrimoine national. Dans ce patrimoine, il y a des monuments conçus pour que les générations futures se souviennent (du latin monere, faire se souvenir). Et, parmi les monuments, il y a les ponts auxquels est consacré ce premier numéro.
Pont du Gard, pont d'Avignon, pont Valentré à Cahors, viaduc métallique de Garabit (1900, Gustave Eiffel), viaduc de Millau... Indispensables à la circulation, ils commémorent aussi (Alexandre III, Louis-Philippe, Arcole, Iena, Austerlitz, Sully, etc. ). Découvertes. PATRIMOINE propose un dossier sur les ponts de Paris, sans le pont Mirabeau, sans Apollinaire... Dommage, mais il y a tant de ponts et de viaducs en France. On aurait pu faire figurer le viaduc de Chaumont dans l'inventaire et combien d'autres... Dans son numéro 3, Découvertes. PATRIMOINE inscrit la collection des ouvrages de La Pléiade ("le fleuron de la littérature française, Gallimard), Honoré de Balzac (son roman, Les Illusions perdues) et le cassoulet dans son inventaire du patrimoine. Le numéro 3 est consacré aux églises.
Le patrimoine suscite une floraison de titres dans la presse : environ 300 titres depuis 2003 (cf. infra, source : Base MM, janvier 2019), dont plus de 200 hors-séries. L'attribution d'une catégorie à un magazine n'est pas commode car, pour la plupart des titres, le thème du patrimoine se combine à l'histoire, à la région, à l'architecture, à la cuisine, au transport, au tourisme. La notion de patrimoine est confuse et ses contours sont flous : "le train c'est aussi notre patrimoine", annonce le magazine Le Train Nostalgie (lancé en avril 2015, trimestriel, 14,9 €). Notre comptage est plutôt restrictif - et discutable : nous y intégrons les routes (ainsi, chaque année Moto Revue publie un hors-série sur "les plus belles routes de France" qui fait une part belle au patrimoine) et les villages ("Les plus beaux villages de nos régions", hors-série annuel de Détours en France, "Les plus beaux villages de bord de mer", hors-série de Télé Star, mai 2018, 7,9 €), "Partir en France" (juin 2018) titre sur "Les 50 plus beaux villages" (sous-titre : "A la découverte du plus beau pays du monde"). Notre statistique comprend donc une part inévitable d'intuition et comporte certainement, hélas, de nombreuses omissions. La notion de patrimoine ne va pas sans épouser les arbitraires d'une époque.

Tout est prétexte à patrimoine. Quelques exemples récents : en mars 2018, Le Point titre : "comment sauver le patrimoine français". "Soyons fiers de nos territoires", titre #Nous, le nouvel hebdomadaire du groupe Nice Matin lancé en avril 2018. Châteaux & Patrimoine est publié en mai 2018 (trimestriel, 5,9 €). Le magazine Pyrénées évoque "l'héritage romain" et invite à la "découverte d'un patrimoine d'exception" (numéro spécial, juin 2018, 6,95€). "Découvrez les trésors de notre patrimoine", (hors-série de Détours en France, juin 2018). Géo publie en juin 2018 un hors-série sur le Tour de France : "étape par étape, les trésors et pépites de notre patrimoine" (6,9 €). Quant au nouveau magazine Storia Corsa, il est sous titré "histoire et patrimoine" (juin 2018, 9,9 €). Télé Star en juillet 2018 publie un trimestriel Jeux intitulé "Patrimoine & Régions"... Télérama, plus radical, titre : "Réinventons le patrimoine !" (15 septembre 2018). Quant à Ça m'intéresse - Questions & Réponses, il consacre son numéro de janvier 2019 aux "secrets de notre patrimoine" (la perruque de Louis XIV, la Tour Eiffel, les vieux cépages, le Mont Saint-Michel...).La notion de patrimoine est large et dépasse les monuments, tout le passé, l'histoire peuvent être dits patrimoine : la culture (musique, littérature, cinéma), la cuisine et le vin également et même la publicité peinte (pignons publicitaires de longue durée). Quid du patrimoine agricole, du patrimoine industriel, des anciens ateliers, des moulins, des canaux, des vignobles (cf. l'œnotourisme), des jardins : Marianne a publié un hors série sur "les derniers vrais fromages de France"(juin 2015, 7,5 €) tandis que Le Figaro magazine publie, en mai 2018, "les 100 inventions qui font la fierté de la France" (mayonnaise, douche, soutien-gorge...).
Notons encore que beaucoup des monuments du patrimoine relèvent d'une "architecture de domination" comme les monuments gallo-romains, les arcs de triomphe (triomphe de qui ?), de lieux d'exercice du pouvoir d'anciennes classes dominantes : châteaux, palais, tribunaux, voies romaines, casernes...
La notion de patrimoine ouvre d'ailleurs bien des problèmes que l'on pourra trouver délicats : ainsi les noms des ponts de Paris, comme ceux des boulevards extérieurs, n'en fissent pas de célébrer la légende militaire napoléonienne. Voulons-nous encore commémorer cette histoire alors que se construit une Europe qui se veut paisible et accueillante aux touristes ?En mars 2019, Le Parisien annonce un hors-série régulier consacré au patrimoine : Patrimoine & balades. Le premier numéro traite des châteaux. (5,9 €)
Découvertes. PATRIMOINE est un magazine qui sensibilise son lectorat à la dimension historique du patrimoine, à l'architecture, à la technique des constructions monumentales. Invitation intelligente au tourisme "culturel" en France, heureuse vulgarisation. Devrait intéresser les annonceurs malins (et leurs conseils !).
Pierre Nora, Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1984-1992.
MediaMediorum, Musées et patrimoines : une histoire transnationale
Marc Combier, Les publicités peintes de nos nationalales (2 vol.)
lundi 26 mars 2018
Koï : l'Asie, proximité du lointain
Koï, 100 pages, bimestriel, Magazine de société des cultures asiatiques, bimestriel, 5,9 €. Abonnement : 30 €
"Koï" drôle de nom pour un magazine ! "Koï" signifie carpe en japonais, poisson dont on raffole en Asie et connu pour remonter le courant. Tout un programme.
Lancé en septembre 2017 au terme d'une opération réussie de crowdfunding (KissKiss BankBank), Koï traite des cultures asiatiques en France. D'abord, soulignons le pluriel, non exhaustif, et, ensuite, le fait qu'il ne s'agit pas d'exotisme, mais de cultures établies en France, parfois depuis longtemps. L'Asie, si lointaine, est proche !
Koï traite logiquement de la deuxième génération, intégrée. Loin de tout "communautarisme", prendre les questions de l'immigration par l'intégration ? "Deuxième génération. Culture fusion : ils sont le trait d'union entre tradition et modernité", titrait le N°1 qui consacrait un article aux "Cambodgiens de France".
Quelle est l'ambition culturelle du magazine ? Faire comprendre, faire valoir par touches légères, les cultures de grandes régions d’Asie en France : Chine, Viet Nam, Japon, mais aussi Thaïlande, Indonésie, Singapour "ville jardin du futur", Laos.
Cuisine et gastronomie, bien sûr, BD, cinéma, musique, urbanisme, tourisme, médecine. Présentation des fêtes et de leurs rituels : fête du Têt au Viet Nam, Nouvel An khmer, Hanami au Japon, Nouvel An lunaire en Chine (chunyun, 春运), fête chinoise des morts (Qing Ming, 清明)… Un soupçon d’exotisme mais pas trop. Volonté de faire découvrir, aimer ces cultures par un grand public non averti mais curieux. Donner envie d'y goûter, de lire, écouter, voir...
Il y a déjà, en France, beaucoup de magazines traitant de l'Asie, la plupart sont spécialisés : s'adressant aux fans de culture japonaise (cf. Médias du Japon en France : animes, mangas et jeux vidéo), des magazines traitant de la Chine, de la K-pop... Koï, en revanche, qui se veut généraliste, occupe une place originale en visant le grand public mais aussi l'Asie en France. Pour se dépayser tout près de chez nous, car la Chine, le Viet-Nam, la Corée, c'est un peu ici aussi. Une partie de la richesse de ce pays, de son "patrimoine". Koï, introduction à l'Asie en France.
mardi 15 décembre 2015
Pour le numérique, rien ne vaut un magazine papier
Voici pineapple, un magazine lancé en novembre 2014 par airbnb à destination de sa "communauté" (sic) et pour la publication duquel des discussions seraient en cours avec Hearst Magazines, l'éditeur de O, the Oprah magazine, Cosmopolitan, Good Housekeeping Magazine, etc. (cf. infra). Normal, Hearst Magazines est l'éditeur de la presse de l'habitation, or la spécialité de Airbnb, c'est la maison, celle qu'on loue pour les vacances ou le week-end, dans tous les sens de la transaction propriétaire / locataire. Avec Airbnb, chacun peut être tour à tour propriétaire et locataire.Le magazine pineapple s'apparente à une sorte de coffee table magazine destiné aux foyers qui utilisent airbnb. Il s'agit manifestement d'entretenir le lien avec les clients (notion qu'euphémise avec insistance la terminologie, "communauté" pour désigner les clients).
Le premier numéro, 128 pages, était vendu 12 $. Les histoires publiées évoquent Séoul, San Francisco et Londres. Le magazine était annoncé pour une périodicité trimestrielle et, depuis un an, on attend le deuxième numéro.
Quelle place occupe un magazine pour une plateforme dans un marché biface ("two-sided markets", selon l'expression de Jean Tirole) ? Bonus pour fidéliser, forger le sentiment d'adhésion à une "communauté" et de partage ? Outil de recrutement ?
Décidément, le numérique aime le papier. Amazon et Alibaba le confirment.
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| Copie partielle de la page abonnements du site Hearst Magazine |
lundi 21 septembre 2015
La Chine est proche : magazine en chinois et en français
La Chine n'est guère visible encore en France. Pourtant, on nous avait prévenus, il y a longtemps : "Quand la Chine s'éveillera..." , prémonition attribuée à Napoléon, en 1816 ! Elle s'est éveillée. La France numérique a les yeux fixés sur la Silicon Valley et sur Apple, Google, amazon, Microsoft, Facebook... tandis que ces entreprises, elles, n'ont d'yeux que pour la Chine... Tout comme les studios de cinéma américains qui se mettent à produire en chinois (Warner Bros., par exemple).Voici un magazine publié par l'Institut Confucius en France (孔子学院). Présent dans de nombreuses villes universitaires et régions françaises (Alsace, Bretagne, La Rochelle, Montpellier, Pays de la Loire, Nice, Paris, Poitiers, etc.), l'Institut, ouvert en 2004, a pour vocation l'enseignement de la langue chinoise et la diffusion des cultures chinoises à l'étranger, à la manière du Goethe Institut, de l'Institut Cervantès, du British Council ou de l'Alliance française... Le site de l'Institut, en 7 langues dont le français, se consacre à l'enseignement du chinois.
Comme ces instituts dépendent d'un organisme gouvernemental chinois (Hanban), on y a vu parfois des instruments de propagande du gouvernement chinois (cf. Pierre Bonnard, "Soft power chinois : faut-il fermer les Instituts Confucius ?", Rue 89, 4 novembre 2014). Un universitaire américain, Marshall Sahlins, y a même dénoncé un danger pour l'université ("Academic Malware") !
Institut Confucius. Magazine en chinois et en français, trimestriel, 5,99 €, 82 p, dos carré.
Ce magazine luxueux dédié à la langue et à la culture chinoises est bilingue. Le numéro en cours, propose des articles sur l'architecture, l'urbanisme, les villages, la peinture, la langue (un idéogramme expliqué : dans ce N°4, 家 qui signifie famille, chez soi, valeur fondamentale du confucianisme), la préparation aux examens de chinois (HSK), etc. Pas de publicité mais un peu d'autopromotion.
Une application a été développée qui, pour l'instant, reste rudimentaire, se contentant de publier les numéros du magazine en anglais (PDF).
Alors qu'il existe une presse à finalité didactique pour les langues (allemand, anglais ou espagnol), une place prometteuse est certainement à prendre pour le chinois. Plusieurs publication se positionnent déjà sur ce marché : Magazine Chine (Chine informations) lancé en janvier 2014 est consacré à l'actualité et au tourisme. Planète chinois, publication adaptée depuis 2009 par le CNDP de The World of Chinese se positionne comme la "revue de tous ceux qui étudient le chinois". Signalons encore Chine sur Seine, revue publiée par le Centre culturel de Chine à Paris ou Prespectives chinoises, revue académique du CECF (depuis 1992).
Le marché des langues (traduction automatique, assistée par ordinateur - TAO, entre autres) devrait prendre de l'importance, suivant la mondialisation des échanges commerciaux, universitaires, scientifiques, touristiques. L'école préparant mal à cette mondialisation, l'autodidaxie doit y pourvoir. Les supports numériques mobiles sont sans doute des moyens essentiels pour cet apprentissage continu, tout au long de la vie. Quelle sera la place du magazine dans ce monde plurimédia ? Quelles synergies entre ces divers supports tant il semble que les supports numériques ne condamnent pas le papier (cf. Deutsch perfekt, magazine du Goethe Institut).
dimanche 25 mai 2014
Magazines : histoire et proximité du lointain

hier en FRANCE. une histoire de la vie quotidienne des Français au XXe siècle
bimestriel, 6,5 €, 68 p.
Encore un magazine qui exploite le filon historique. Au cours des dix années passées, ce sont près de 1 300 titres nouveaux et hors série qui ont choisi une thématique historique ; toute l'histoire est mise à contribution par la presse magazine, histoire ancienne ou contemporaine, histoire culturelle, histoire militaire, religieuse, histoire régionale, histoire du sport, de la musique, histoire de l'automobile, histoire de l'art... (Source : Base MM, 31 600 titres).
A l'évidence, la presse française est travaillée par l'histoire, et notamment par le passé proche, par le XXe siècle et ses guerres. Tout fait histoire, disait l'Ecole des Annales. Histoire vivante, multiple, Hier en France, pour son premier numéro juxtapose et isole six faits d'histoire banale : la tuée du cochon, Saint-Germain des Près à la Libération, le cyclisme entre les deux guerres, les maisons de prostitution, Cointreau, les femmes de marins.
Documentés, ces faits sont évoqués, illustrés avec des photos, surtout des cartes postales. Or la carte postale, si elle est un document précieux, est l'image embellie, grand public, que se donne une époque d'elle-même, qu'elle met en avant, un cliché souvent. La carte postale pose : risque de folklorisation (tourisme) que les faits et le commentaire doivent contrebalancer, rectifier.
Entrée bon gré mal gré dans l'Europe, bousculée par de nouvelles immigrations, réinventée par l'économie et les médias numériques, la France d'aujourd'hui ne peut plus se reconnaître dans ses images du siècle passé. Ni le village de la France rurale où l'on tuait le cochon, ni l'économie du charbon et les corons ne disent plus rien aux générations d'aujourd'hui. Hier, c'est tellement loin ; la France dont parle le magazine n'est plus.
Restent deux types de passés que le magazine aborde et construit.
D'une part, les racines lointaines, vagues et presque oubliées du présent : le vélo et les "forçats de la route", ou encore, les marques, par exemple. Ainsi, dans ce numéro, l'histoire de Cointreau et de son Triple-Sec est rappelée, avec sa publicité : packaging, affiches et premier film de cinéma publicitaire. Il y a aussi le Tour de France et sa caravane publicitaire.
D'autre part, il y a l'histoire de ce qui a disparu et dont ne reste presque rien, sinon des romans, des musées et des images : la mine, la silicose, les grèves, les catastophes, la pêche en mer au loin, les naufrages, terre-neuvas... France fondamentale et fondatrice qui s'estompe, Germinal et histoire au baccalauréat. Les catastrophes minières ont lieu ailleurs...
"Proximité du lointain", dit-on, que cette histoire sans événements historiques, histoire sans histoire de tous les jours d'autrefois, "lieux de mémoire" où l'on a du mal à se retrouver, à s'imaginer. La presse magazine du rayon histoire en fait son miel : elle est, avec ses centaines de numéros, le manuel périodique d'histoire contemporaine.
mercredi 23 janvier 2013
HistoireS : "ça s'est passé près de chez vous"
Trimestriel, 5,95 €, éditions Bayard (avec le site d'histoire, herodote.net et les éditions Milan Nature et Territoires), 116 pages.
L'histoire, l'histoire toujours recommencée... par plus de 700 titres qui lui sont consacrés depuis 5 années (2008-2012, nouveaux titres et hors-série. Source MM). L'histoire est une thématique qui attire bien plus de titres que la cuisine (400) et plus que le sport (450). Cette statistique n'est pas fortuite : comment expliquer ce goût en France pour l'histoire de France ?
Le positionnement de ce titre est la région : "L'histoire ancrée dans son territoire", dit l'édito. Beaucoup de cartes, de photos (tourisme et histoire font bon ménage). Des adresses pour vivre l'histoire en voyage ("Strasbourg pratique", "Nantes pratique", ) : musées, restaurants, guides, circuits, monuments, etc. Beaucoup de dates, fresques, anniversaires pour repérer les événements dans ces "lieux d'histoire".
Peu de publicité (régions, édition). Beaucoup d'auto-promotion pour les titres du groupe Bayard, dont La Croix).
Voici la région qui entre dans l'édition historique, entre la nation et la ville. La région (regere) règne-t-elle sur le coeur des Français ? Ramener l'histoire à ce qui s'est passé près de chez nous, dit encore le sous-titre. Nos racines ? Au sommaire de ce premier numéro, deux régions et une ville : la Bretagne, la Bourgogne et Strasbourg. Strasbourg que l'on découvre ville d'une région d'Europe (Elsass-Lothringen / Alsace -Lorraine), ville capitale, ville carrefour (Strassen-Burg), ville rhénane ("Fille de l'Ill", dit-on, et du Vater Rhein ?). Cartes et plans relief (p. 92-95) illustrent clairement cette position ("le dessous des cartes"). Ville plurilingue aussi où cohabitent l'allemand et le français, l'alsacien et le yiddish mais le thème des langues n'est pas abordé tout comme manque la culture juive alsacienne seulemement évoquée à propos du massacre des Juifs de 1349 : "la plupart sont rassemblés dans leurs cimetières et brûlés vifs" (par qui ?). Rien sur l'incendie de la synagogue en 1940 (par qui ?)...
Comment raconter ensemble l'histoire et ses histoireS (noter le pluriel en majuscule et en rouge dans le titre) ? Pour juxtaposer ces deux approches, Annales et anecdotes, temps long et événement, le magazine multiplie les modalités narratives et les angles de vues : plans, archives, références bibliographiques, interview imaginé (Turgot, ministre des finances de Louis XIV, terriblement actuel), beaucoup de belles images, un récit illustré de l'épopée d'Anne de Bretagne. La Bourgogne et ses vins, photos de paysages et d'objets anciens. Au milieu de tout cela, un peu d'histoire récente semble loin du sujet : l'actualité de l'année 1962, en noir et blanc,"cette année là" (sans Claude François !).
Magazine total qui veut saisir et unir deux tendances pour former son lectorat, le sens du terroir et des territoires, d'une part, le goût de l'explication historique, d'autre part. Ceux qui aiment l'histoire y trouveront leur bonheur et, peut-être, l'envie d'aller approfondir dans des ouvrages plus longs et plus savants. Beau travail éditorial.
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vendredi 8 juin 2012
La France heureuse 1945-1975
Historia, Paris Match, 1945-1975 Les trente glorieuses. La France heureuse, Hors-séries, 130 p., 8,9 €
La France a changé. Les années que nous vivons n'ont plus cet air de bonheur d'autrefois, et elles ne sont pas glorieuses, assurément. Deux titres réalisent en commun un Hors-Série d'histoire contemporaine, magazine musée, album de photos souvenirs. Nostalgie d'une France qui semblait prospère et heureuse !
Dans un format BD avec couverture cartonnée, l'ouvrage suit le canevas de l'ouvrage de Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible publié en 1979. Le fil historique est interrompu par des flash-backs d'histoire plus ancienne, en contre-point.
Cette histoire est d'abord celle de la croissance et du progrès technique, celle d'une France sans chômage (1% en 1955) dans laquelle se développe une société dite de consommation : automobile, tourisme, transistor, téléviseur, 45 et 33 tours, électro-ménager et, pour accompagner et faire vendre ces produits, la publicité commerciale : à la radio, sur des murs, dans la presse mais pas à la télévision.
Dans cette société, l'économie suscite une classe de cadres et des classes moyennes (futurs CSP+ du médiaplanning), et, pour les former, ouvre les portes des lycées et des universités. Nouvelle démographie scolaire et universitaire, sans laquelle le printemps de 1968 aurait été comme les autres.
La plupart des événements de ces trente années portent en germe les problèmes d'aujourdh'ui : le "poids de l'immigration" (p. 128), les ghettos en banlieues, la dépendance pétrolière, la construction de l'Europe, l'Etat providence (allocations familiales, sécurité sociale), le salaire minimum (SMIG), etc.
Trente année pour changer les moeurs : la pilule (merci De Gaulle) et le planning familial. Le mouvement de libération de la vie des femmes s'accentue, sexualité, accès à tous les emplois : la première femme est admise à l'Ecole Polytechnique en 1972, mais les femmes restent sous-payées (p. 53).
- Cette "glorieuse" histoire est aussi celle des médias : la radio-télévision d'Etat (ORTF) et son ministre de l'information, les magazines féminins, la radio devenue portable, "périphérique" et commerciale, Salut Les Copains et ses "idoles" sur Europe 1 avec un magazine people qui diffusera plus d'un million d'exemplaires à des adolescents (on importe pour la reconstruire à la française la notion de teenager), les films, le show biz et leurs people pour peupler les magazines (dont Paris Match et Lui). Oubliées, hélas ! semble-t-il, L'Huma Dimanche (1948, plus d'un million d'exemplaires) et sa fameuse Fête annuelle...
- Sous-estimée l'hégémonie culturelle et politique du Parti communiste qui domine tous les débats de cette période.
- Trop peu sur la douleur des Pieds Noirs rapatriés, sur les harkis abandonnés, sur l'incroyable impéritie de l'administration française. Plaie longtemps non refermée de la (dé)colonisation ; l'est-elle ?
- Trop peu, comme disait Camus, sur l'école laïque et l'intégration réussie des immigrés italiens, polonais, espagnols, portugais.
- De drôles de concepts ont été forgés pour célébrer et décrire l'euphorie, inégalement répartie, des Trente Glorieuses : culture de masse, mass média, temps libre, niveau de vie, civilisation des loisirs, société de consommation... Sciences sociales ou journalisme ?
Un peu avant Fourastié et ses "Trente Glorieuses", en 1973, Alain Peyrefitte publie un essai qui retentit aujourd'hui comme un avertissement lucide, Quand la Chine s'éveillera... le monde tremblera, puis, en 1976, un livre à la résonance clinique, Le Mal français. Mal chronique ! Une France moins heureuse entre en scène, désillusionnée : endettement, chômage, dépendance énergétique, balance commerciale déséquilibrée, échec scolaire, communautarismes, violences urbaines...
Quarante ans plus tard, des média numériques prennent le pas sur les médias des "trente glorieuses", désillusionnés, eux aussi.
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lundi 2 mai 2011
Camping, caravanning : les médias d'une culture
A qui suit attentivement la presse, la publication régulière de nombreux titres traitant du camping et du caravanning constitue le signe d'une activité sociale et économique importante. Comme souvent, la presse témoigne de pratiques sociales, culturelles que le brouhaha people re-couvre (sport, infos, etc.) et dissimule à l'analyse.
Plus qu'un miroir, la presse est un outil pour dé-couvrir la vérité des pratiques sociales et suivre leur évolution. La presse du camping et du caravanning est une presse thématique ciblante, à la fois pour les annonceurs captifs (véhicules, équipements, accessoires, terrains représentent un gisement naturel d'annonceurs), mais aussi pour des annonceurs "hors captif" qui visent des comportements culturels que les outils habituels de la presse laissent passer. Mailles du médiaplanning culturel trop lâches, comportements et valeurs trop humbles, éloignées des propres pratiques et valeurs du milieu publicitaire, et que la sociologie spontanée ne voit pas. A ce ciblage socio-culturel, s'ajoute le ciblage géographique, par commune, que permet l'enquête annuelle sur l'hébergement touristique (inventaire des terrains de camping, classés 1 à 4 étoiles, et de l'hôtellerie ; données disponibles depuis 2002).
| Linéaire automobile : la presse du camping et du caravanning |
- Camping et caravaning consacrent d'abord des vacances et un tourisme d'automobilistes, français et européens, que traduisent les titres des magazines, et leur classement dans la catégorie "auto" :
- Camping et caravanning. Le caravanier (1965), Camping-Car magazine (1978)
- Le Monde du plein-air. Caravane magazine (1988), Le Monde du camping-Car (1988)
- Mobil Home plus Magazine, La France en camping-car (2003), Annonces camping-car (1999)
- Voyager en camping car (2008), Esprit camping-car (2007)
- Camping-car Hôtes (2009), Camping car d'hôtes. Le Mag (2006)
- L'argus camping-car (2006), L'essentiel du camping-car (2010), Evasion camping-car (2006)
- Deux mensuels B2B, pour les professionnels
- Décisions (1998) pour les "décideurs de l'hébergement de plein air"
- L'officiel des terrains de camping, "magazine des professionnels de l'hôtellerie de plein air"
- Des hors série
- HS Remorques (Le Monde du plein air)
- HS Mobile Home (Camping et caravanning)
- HS Fourgons aménagés (Camping-Car magazine)
- HS Mobil-homes et chalets (Le Monde du Camping-Car)
- HS 40 itinéraires en France (Vacances en Camping-Car)
- HS Guide d'achat locatif 2012 (Décisions)
- HS Habitat locatif (L'officiel des terrains de camping)
- HS Spécial Camper (Combi Magazine)
- HS Super Wi-Fi (Décisions, septembre 2017)
- Nouveauté 2017
- Van Life magazine : l'évasion en fourgon aménagé, trimestriel, 5,9€, éditions Larivière
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| juillet 2017, trimestriel, 5,9 € éditions Larivière |
Le camping et le plein air ont suivi l'urbanisation industrielle et les conquêtes sociales du Front populaire (congés payés) ; le besoin de plein air prit alors une coloration presque militante d'un retour à la nature, de vacances pour tous, explicite dans divers mouvements sociaux : Wandervogel, Jeunese au Plein Air, colonies de vacances, scouts et éclaireurs, etc.). Aujourd'hui, les liens du camping avec ces origines se sont distendus et c'est une culture avec des pratiques dispersées allant du spartiate au luxueux. Avec ses diverses modalités, le camping reste sans doute une solution de vacances économiques pour des touristes disposant de plus de temps que d'argent. Comme la plupart des pratiques culturelles, il s'organise en un champ structuré qui à son tour, structure les pratiques : techniques du corps, guide d'achats, équipement et magasins (Au vieux campeur), presse, des séries télévisées et des films.
Camping (2006 puis 2010) a connu le succès (plus de 5,4 millions d'entrées en salles pour le premier film). L'intrigue a pour théâtre un camping ("Les Flots bleus"). La série "Camping Paradis" (TF1, lancée en 2006, réunit plus de 9 millions de téléspectateurs pour son premier épisode) témoigne de la place et de l'actualité du camping dans la culture populaire ( "Die Camper", une série du même genre, fut diffusée en Allemagne : 117 épisodes de 23 mn, sur RTL de 1997 à 2006).
Les mises en scène de cette culture et de ses traits principaux, comme comédie, non sans condescendance, rappelle que, même luxueux et cher, le camping reste une "culture moyenne" (comme les sociologues ont qualifié scientifiquement la photographie d'"art moyen". Mais la sociologie du camping et du caravanning reste à construire sans omettre les réseaux sociaux qui s'y tissent et la tendresse qui les imprègnent.
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mercredi 1 septembre 2010
EXPOS
EXPOS, "Le guide des plus belles expositions à Paris, en France, en Europe" vient de paraître. Magazine bimestriel, 2,9 € (abonnement annuel, 6 numéros, 15 €).
Les musées, les expositions occupent une place croissante dans les consommations culturelles. Liés au tourisme, au patrimoine, à l'éducation et à la "bonne volonté culturelle", ils constituent un vaste domaine que la presse peut exploiter dans l'intérêt des publics et des expositions.
Ce nouveau titre concentre tout ce qui, aujourd'hui est susceptible de favoriser la réussite de la presse magazine papier. La maniabilité (petit format), des informations locales (130 villes), un guide facile à utiliser, factuel (sommaire par ville, adresses, dates, sites Internet, prix), européanisé (une partie en anglais). Résultat impeccable : clair, sobre, efficace.
La publicité captive (galeries, musées, réservations / billetterie, etc.) passe bien, apporte des informations complémentaires.
A quand d'autres langues, des applis, un site à part (avec avis des visiteurs sur les expos, etc. ) ? Une articulation papier / numérique, adaptée aux besoins spécifiques du domaine est à inventer (cf. L'iPhone au musée).
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vendredi 9 janvier 2009
DOOH à Berlin, renaissance numérique
Voici quatre exemples.
- Le métro accueille des écrans Infoscreen (Groupe Ströer). Des grands écrans qui s'éteignent quand arrive le train et se rallument quand il part. Contenus : météo, infos (fournies par la chaîne de TV N24) et publicité. Les messages sont vendus à la seconde, à la journée et demi-journée (durée : de 5 à 20s). Etude par téléphone (CATI), 1950 personnes interviewées pour les dix grandes villes concernées entre le 6 et le 19 décembre 2006... Voici, les informations pour réaliser un plan média avec ce support aujourd'hui à Berlin (17 stations), si je comprends bien : 2 à 300 personnes interviewées, des données datant de deux années, pas de saisonnalité, pas de tendance, seuls les Berlinois sont interrogés (pas les touristes alors que les écrans sont à dessein installés dans des lieux touristiques (Friedrichstrasse, Potsdamer Platz ...).
- Touchandtravel permet l'utilisation d'un porte-monnaie électronique pour voyager sur le réseau ferré. La seconde phase de tests commence en décembre 2008. Le téléphone portable sert de support.
- Internet dans le centre commercial, Sidewalk Express : en attendant que tout le monde puisse accéder à Internet via un support portable. Voici une installation qui ne désemplit pas, et témoigne des sous-équipements mobiles et d'un besoin impératif de connexion permanente. Les écrans d'accueil sont vendus aux annonceurs.
- Dans les wagons du métro (U-Bahn), Berliner Fenster, des petits écrans doubles dans plus d'un millier de wagons (1,5 million de voyageurs). Etude d'audience classique : 1166 interviews par téléphone. Etudes d'impacts. Dernière étude disponible : mai-juin 2001.
| "Nous vous remercions pour votre attention" |
Ce secteur publicitaire nouveau a grand besoin d'une grande étude plus fréquente voire continue, auditée, avec un seul grand panel. L'exigence qui se fait jour avec insistance dans le médiaplanning et l'achat d'espace publicitaire d'une approche opérationnelle 360° pluri-média doit être prise au sérieux, a fortiori lorsqu'il s'agit d'un seul média.
lundi 29 septembre 2008
Les cht'is : la fabrication de l'autochtone
Ainsi, le Nord, pour des publications comme Ch'tis Magazine, Lattitude Nord ou Pays du Nord, "le magazine qui défend fièrement les couleurs de ses régions", comme pour le film, oscille entre régionalisme et folklorisation, exaltant la cuisine, la langue, l'accent et les patois, l'architecture, les paysages et la chaleur de l'accueil (déjà, Enrico Macias, l'Algérien de Constantine, avait chanté "les gens du Nord"...). Le Nord, c'est aussi le sport : l'enfer du Nord (Paris - Roubaix) et ses pavés, "Les Corons", chanson de Pierre Pierre Bachelet devenue hymne des fans du Football Club de Lens, les "Sang et Or". Symptomatique : lâchée par les Houillères, cette équipe professionnelle sera relancée par la mairie : la défense et l'illustration de la région passent désormais par les collectivités locales, qui lancent leur magazine médias (développement économique, tourisme) et tentent de faire coïncider circonscription électorale et géographie culturelle.
Dans une telle perspective, les éditeurs mettent en avant ce qui unit. Donc, oubliées Fourmies la Rouge à qui l'on doit le Premier Mai, coups de grisou et coups de poussières, Courrière-les Morts à qui l'on doit le repos hebdomadaire obligatoire. Quelle place donner après Germinal à cette barbarie au principe de la "civilisation" industrielle ? Réhabiliter les friches industrielles, aménager les ch'terrils, ouvrir un musée des luttes ouvrières, créer un ballet, "Conditions humaines" (2007), de Pietragalla sur des vies de mineurs... Louis Aragon écrivit un poème, "Enfer-les-Mines" (1940) ... "Rien n'est à eux ni le travail ni la misère"...
mercredi 9 juillet 2008
L'avenir média de la météo
On attribue au romancier américain Mark Twain la phrase qui donne la clé du succès médiatique de la météo : "Everybody talks about the weather but nobody does anything about it" (tout le monde parle de la météo mais personne n'y change rien). La météo est l'un des contenus les plus recherchés par les médias (Weather.com a une audience voisine de celle de CNN.com). Aux informations et prévisions, s'ajoute un aspect documentaire et vulgarisateur : réchauffement climatique, incendies de forêt, tremblements de terre, environnement, etc. Comme le sport et la bourse, la météo se repaît de statistiques mais aussi de cartographie, contenus automatisables, personnalisables, localisables. De plus, les événements météorologiques, presque toujours dramatiques, ne manquent pas et les présentateurs de la télé ont quelque chose de romantique : "Levez-vous orages désirés !" D'ailleurs, la météo a ses stars : James Cantore (The Weather Channel), Catherine Laborde sur TF1.
Aux Etats-Unis, la bataille pour la première chaîne météo, The Weather Channel (TWC), s'achève. Le groupe NBC (General Electric) l'acquiert auprès de Landmark Communications pour 3,5 milliards de $, associé à la Deutsche Bank, General Electric et des hedge funds de Bain Capital et The Blackstone Group. CBS, Comcast et Time Warner qui avaient fait connaître leur intérêt se sont désistés (mais Comcast rachètera NBC). Le prix de 35 $ par abonné est supérieur à celui de l'acquisition, par NBC, de Bravo (chaîne culturelle, 22 $ en 2002) et de Oxygen (chaîne Femmes, 12 $ en 2007). Sundance Channel (chaîne cinéma) a été achetée en 2008 par Cablevision Systems pour 19 $ / abonné (NBC en détenait un tiers).
L'acquisition comprend la chaîne TVC (crée en 1980, 97 millions de foyers abonnés), le site Weather.com (35 millions de visiteurs uniques en juin, selon comScore), Weather Services International (services de prévisions, 5 500 clients), Electronics Corporation (radars météo) et une participation dans Pelmorex (météo canadienne).
Quelle évolution après l'acquisition ? Trois évolutions semblent primordiales :
- Les contenus météo pourront être exploités par toutes les chaînes d'infos de NBCU (NBC, CNBC, MSNBC, stations O&O et affiliées, etc.) et par Internet. Cette acquisition consolide la puissance de NBC sur Internet et en téléphonie au moment où se cumulent les audiences tous médias.
- En 2004, NBC avec ses stations affiliées avait lancé NBC Weather Plus, qui décollait difficilement (la chaîne est toujours dans le rouge). Une fusion des moyens semble inévitable.
- NBC devra augmenter progressivement la contribution des réseaux câblés et opérateurs satellite qui ne versent que 11 c pour retransmettre TWC (selon les standards du marché, on attendrait 25 c).
Et en France ? Lagardère a vendu La Chaîne Météo (bénéficiaire) en 2006 au groupe Meteo Consult (Prosodie)... stratégie mystérieuse.
Mises à jour octobre 2008
- Gulli et Tiji, deux chaînes TV pour enfants de Lagardère, mettent en place une météo adaptée à leur public.
- Le Groupe Figaro acquiert Meteo Consult (10,2 millions de VU /mois selon Nielsen Netratings.
L'avenir média de la météo est au beau fixe !
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