Affichage des articles dont le libellé est terroir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est terroir. Afficher tous les articles

lundi 3 juillet 2023

La Voix de l'Ain en vacances d'été

 Destination 01, Eté 2023, Evadez-vous !, supplément à La Voix de l'Ain, 84 p.

Ce magazine se termine par "L'agenda des sorties 2023" qui répertorie les festivals, les visites, les concerts, les randonnées dans le département. Et il commence par une carte touristique où l'on peut situer, d'Est en Ouest : la Bresse, les Dombes, le Bugey et le Pays de Gex.

Cela se poursuit avec le "Terroir et bonnes tables" ; la gastronomie est une spécialité de l'Ain et les produits locaux le démontrent. La carpe des Dombes, la galette de Pérouges, la tarte bressane, la quenelle sauce Nantua, les crêpes parmentières ou les grenouilles à la persillade sont des spécialités régionales au même titre que les fromages, Morbier ou Bleu de Gex. Et n'oublions pas la volaille de Bresse ! On nous emmène aussi à la découverte du Pouilly-Fuissé, Bourgogne réputé.

Et le magazine poursuit ainsi évoquant le patrimoine de la région, patrimoine fait de nature et de culture. L'histoire est partout, avec le "Musée de la grande vapeur" à Oyonnax (sur l'électricité) ou la Maison d'Izieu dont les enfants et animateurs, raflés par les nazis, finirent leurs jours à Auschwitz en 1944. La Dombes et ses étangs, les gorges de l'Ain et de nombreux lieux qui invitent à la randonnée à pied, à cheval ou à vélo. Bourg-en-Bresse accueille cette année la 18ème étape du Tour de France, et puis nous revoilà dans les Dombes, le Parc des oiseaux, Trévoux et l'on s'embarque en montgolfière... On atterrit dans les Soieries Bonnet et l'usine-pensionnat de jeunes filles, fondés en 1835. Et nous revoilà dans le Bugey, terre de vins, la cuivrerie de Cerdon, le Festival d'Ambronay (musique classique), à deux pas de la Suisse.

Vendre un pays, une région, son été, ses vacances, sa cuisine, ses vins, ses restaurants tel est l'objet de ce magazine régional. Destination 01 vend bien le département. C'est un guide touristique, pour les vacances. Tout y est publicité et rien ne l'est. Tout y échappe aux classifications habituelles. Sa durée de vie est d'un trimestre au moins, et son nombre de reprises en main (non calculé ici) est sans doute très élevé. Comment est-il distribué ? On pense aux touristes de passage, entre autres. Il peut être distribué partout, par chaque commerçant, par chaque administration. Superbe travail, méticuleux, précis, et utile aux commerçants comme aux touristes.

mercredi 28 novembre 2018

Magazines : des lieux qui ont une âme



L'Ame des lieux. Les lieux qui font le monde, trimestriel, lancé au début de l'été 2018. 162 p. 15€. Abonnement : 60€. Editée par les éditions ScriNéo qui publient également les magazines l'éléphant (La revue de culture générale) et Aider (S'engager pour les autres).

Les lieux ont-ils une âme ou bien ne sont-ils pas tout simplement remarquables pour des raisons historiques ou esthétiques générales, ou encore parce que nous les associons à des souvenirs personnels ? Tout comme les choses et autres "objets inanimés". L'édito du N°2 explique la vision du magazine : "La géographie le confirme : un lieu naît de son interaction avec l'homme. Il porte en lui une part de subjectivité, un peu de chacun de nous, un peu de nos histoires, de nos envies, de nos fantasmes..." (Stéphanie Tisserond, Jean-Paul Arif). Ouf ! On échappera donc au romantisme louche des racines et de la terre.
Le concept de L'âme des lieux est d'associer histoire et tourisme, réalisant une "revue curieuse et voyageuse". Le premier numéro conduit les lecteurs dans des "endroits qui [nous] rendent heureux" : Venise, bien sûr, et de manière plus originale, l'Ile d'Elbe , Tipaza (Algérie), les volcans d'Islande, le Verdun des Vosges, les toits de Paris, la Dordogne et le Périgord, la Réunion : il y en a pour tous les gouts, Bohin dans l'Orne (où l'on fabrique des aiguilles), Le Touquet, Sancerre et Chavignol...

La 4 de couverture du N°2 : un sommaire
Le magazine traite "l'actu par les cartes", rubrique qui fait voyager dans le temps aussi. Dans le premier numéro, cela commence par la culture des cerises et le Vaucluse. Une carte et un peu d'histoire, la burlat. La nostalgie du temps des cerises nous prend "mais il est bien loin"... Puis la  rubrique traite de la bière, des glaces. Dans le deuxième numéro, la rubrique élargit son horizon au Brésil puis à l'Europe ("les migrants, géographie d'un malaise"), à la Nouvelle Calédonie, avant l'élection, à la Russie, à Israël. La rubrique continue avec "la désertification rurale en France". Car "le désert croît" ! : de la Corrèze à la Haute-Marne jusqu'aux Ardennes, se dessine une diagonale inquiétante où le nombre de médecins diminue et où il ne fera pas bon être malade. Enfin, la Pologne face à son histoire : après Auschwitz, un antisémitisme qui n'en finit pas de renaître, Solidarnosc, l'occupation soviétique...
Le coeur du deuxième numéro, c'est Chicago, ses plages le long du lac, ses hauts immeubles (dont la Tribune Tower, immeuble néo-gothique, qui fut jusqu'en juin 2018 le siège du quotidien Chicago Tribune), Chicago river et ses canaux, le métro aérien ("the L"). "Windy city", certes mais "my kind of town", anyway). Bien vu. Une centaine de pages plus loin et l'on arrive à Lons-le-Saunier (Jura) patrie de La Vache qui Rit, qui germanophobe en temps de guerre, fut wagnérienne (Wachchyrie !).
Chaque numéro s'achève par une recette de cuisine : risotto de la plaine du Pô et kouign-amann de Douarnenez pour les premiers numéros.
Toutefois, un spectre hante cette géographie avenante : celui du tourisme qui défigure, des foules qui déferlent, compromettant la valeur et l'âme des lieux et risque de ruiner "l'esprit d'ici" que met en avant "le magazine de l'art de vivre en région" (ESPRIT D'ICI, 2012, Burda).

En fait, ce magazine sans publicité a des airs de documentaire géographique, extrêmement varié et habilement conçu ; pour rêver, anticiper des voyages ou des lectures, apprendre et se distraire, entre anecdotes, cartes postales et cartographie. Magazine confortable, de garde, qui vieillira bien. Les articles sont parfaitement illustrés, clairs. Le pari cartographique apporte une lisibilité innovante et constitue une entrée féconde pour s'orienter dans les principaux sujets. Les notions de patrimoine ne sont jamais loin. Bien positionné entre histoire et territoire, traditions et terroirs, L'âme des lieux devrait avoir un bel avenir.

dimanche 15 octobre 2017

Presse cuisine : 180°C, comfort thought for food

Numéros 3 et 6 (octobre 2015).

180°C . Des recettes et des hommes. Trimestriel, dos carré. 194 pages. 20 €. Abonnement annuel, 40€.
Site Internet : http://www.180c.fr/

Retour sur 180°C, trois ans après, à l'occasion du numéro 10 de l'automne 2017.  Rien n'a changé : cela reste un très beau magazine, sans publicité (anticipation rationelle de l'adblocking !), épais et relié comme un livre, format magazine, un mook ou magalivre ("cookzine !"). Vendu en librairie. Fait maison. Lancé en avril 2013. Edité par des "passionnés indépendants" et acheté sans aucun doute par des lecteurs tout aussi passionnés et indépendants. Magazine haut de gamme, s'exclamerait, en toute démagogie, un communiqué de presse passe-partout. Magazine qui valorise sa distinction, à l'opposé de tout ce qui standardise le goût.

Autour du thème de la cuisine, de belles photos, suggestives, appétissantes. Des conseils techniques. Des recettes, des simples et des compliquées, chères ou bon marché. Des lectures. Des digressions documentaires (le saké, etc.), des reportages. Le magazine fait feu de toutes les armes du journalisme.
Deux numéros par an, jusqu'à présent : un numéro printemps - été, un numéro automne - hiver, pour commencer, pendant cinq ans.
D'abord semestriel, 180°C est devenu trimestriel en janvier 2018 (N°11). Symptôme de succès du modèle économique, c'est à dire d'abord de succès du "contenu" : en presse comme en cuisine, la qualité peut donc payer.
Le numéro 10, le dernier semestriel, après cinq années, publie une "Déclaration de l'hédoniste", "libres-mangeurs" contre "les monstres de la malbouffe" : on s'y réfère à Aristippe de Cyrène et à Epicure. Pourquoi pas mais, en ce qui concerne Epicure, c'est plutôt risqué : il vante d'abord les désirs "naturels et nécessaires" alors que le gourmet se plaît aux mets non nécessaires. Donc, consommer Epicure avec modération, et pardon pour cette parenthèse cuistre ! Plutôt se rallier au cyrénaïque et aux "plaisirs actuels" mais 'hédonisme ne va pas sans prudence (phronesis, φρόνησις).

Cuisines et produits de saisons, comme la mode (rubrique marché). Des articles bien écrits, parfaitement mis en scène : fécondité de la relation texte / illustration). Un peu d'humour et beaucoup de goût. Des créations aussi, des innovations. Et des classiques retrouvés comme le fish and chips, le boeuf bourguignon, les poireaux vinaigrette, la glace à la vanille ou le maquereau au vin blanc. Sont évoqués aussi des ustensiles et des produits du terroir comme le couteau de la Creuse, la fourme de Montbrison, la cocotte...

Le magazine qui ne dissimule pas un positionnement écologiste, sourcilleux quant à la "liberté d'expression culinaire", dénonce la mal-bouffe industrielle servie par de puissantes relations presse (cf. l'édito du N°6, par le rédacteur en chef, Philippe Toinard sur l'affaire du tweet "la polémique #Nutella"). L'indépendance des journalistes, c'est aussi une affaire de cuisine et de marketing.

Autour de la cuisine, l'éditeur publie aussi : un traité de Miamologie décrypté par le pourquoi, consacré aux fondamentaux de la cuisine ; Man&Food, un ouvrage de vulgarisation sur l'ethno-histoire de la cuisine ("7 écosystèmes et peuples autosuffisants") ; les Cahiers de Delphine (publication exclusivement digitale avec recettes hebdomadaires et produits "anecdotés").
180°C contribue à diversifier la presse cuisine, déjà très peuplée (le mot "cuisine" est l'un des quatre mots les plus fréquents des nouveaux titres de presse, dont hors-séries, depuis 2003). Plaisir de la lecture allié à celui de l'anticipation gourmande et de la réalisation culinaire.

Le modèle économique de ce magazine confirme une alternative plausible à celui d'une presse traditionnelle en difficulté : distribution hors des circuit Presstalis ou MLP, pas de publicité donc pas de mesure de l'audience. Périodicité longue pour un magazine "de garde", comme on dit du vin, qui se bonifie avec le temps. Slow food pour une lente lecture, un magazine qui se rumine.
Le magazine pourrait sans doute tirer profit de la connaissance de son lectorat et de ses lectures (data), dans l'intérêt des éditeurs et des lecteurs complices : approfondir une comparaison avec Netflix (le rôle des recommandations) pour affermir son modèle économique... 180°C n'échappera pas à une évolution numérique.

Pour l'instant, le site se contente d'accompagner le magazine. Site clair, simple, sans publicité, ergonomique, en synergie habile avec le magazine papier. Il propose, en amorce, le début des articles publiés (mise en appétit) ainsi qu'un index des recettes avec vignettes photos, à un clic de la recette. Les librairies vendent aussi les "anciens numéros" qui ne se démodent pas ; un numéro ne chasse donc pas l'autre comme dans le veut la règle actuelle des points de vente : 180°C suit un modèle hybride et luxueux de distribution qui laisse la possibilité à l'acheteur de binge reading, ou de re-lecture, comme Netflix.
La presse n'est pas morte, elle change.

N.B. Pour la presse cuisine dans ce blog, cliquer ici.
Retour du marché : filets d'omble chevalier avec épinards (naturels...). N° 10, octobre 2017

mercredi 23 janvier 2013

HistoireS : "ça s'est passé près de chez vous"

.
Trimestriel, 5,95 €, éditions Bayard (avec le site d'histoire, herodote.net et les éditions Milan Nature et Territoires), 116 pages.

L'histoire, l'histoire toujours recommencée... par plus de 700 titres qui lui sont consacrés depuis 5 années (2008-2012, nouveaux titres et hors-série. Source MM). L'histoire est une thématique qui attire bien plus de titres que la cuisine (400) et plus que le sport (450). Cette statistique n'est pas fortuite : comment expliquer ce goût en France pour l'histoire de France ?

Le positionnement de ce titre est la région : "L'histoire ancrée dans son territoire", dit l'édito. Beaucoup de cartes, de photos (tourisme et histoire font bon ménage). Des adresses pour vivre l'histoire en voyage ("Strasbourg pratique", "Nantes pratique", ) : musées, restaurants, guides, circuits, monuments, etc. Beaucoup de dates, fresques, anniversaires pour repérer les événements dans ces "lieux d'histoire".
Peu de publicité (régions, édition). Beaucoup d'auto-promotion pour les titres du groupe Bayard, dont La Croix).

Voici la région qui entre dans l'édition historique, entre la nation et la ville. La région (regere) règne-t-elle sur le coeur des Français ? Ramener l'histoire à ce qui s'est passé près de chez nous, dit encore le sous-titre. Nos racines ? Au sommaire de ce premier numéro, deux régions et une ville : la Bretagne, la Bourgogne et Strasbourg. Strasbourg que l'on découvre ville d'une région d'Europe (Elsass-Lothringen / Alsace -Lorraine), ville capitale, ville carrefour (Strassen-Burg), ville rhénane ("Fille de l'Ill", dit-on, et du Vater Rhein ?). Cartes et plans relief (p. 92-95) illustrent clairement cette position ("le dessous des cartes"). Ville plurilingue aussi où cohabitent l'allemand et le français, l'alsacien et le yiddish mais le thème des langues n'est pas abordé tout comme manque la culture juive alsacienne seulemement évoquée à propos du massacre des Juifs de 1349 : "la plupart sont rassemblés dans leurs cimetières et brûlés vifs" (par qui ?). Rien sur l'incendie de la synagogue en 1940 (par qui ?)...
Comment raconter ensemble l'histoire et ses histoireS (noter le pluriel en majuscule et en rouge dans le titre) ? Pour juxtaposer ces deux approches, Annales et anecdotes, temps long et événement, le magazine multiplie les modalités narratives et les angles de vues : plans, archives, références bibliographiques, interview imaginé (Turgot, ministre des finances de Louis XIV, terriblement actuel), beaucoup de belles images, un récit illustré de l'épopée d'Anne de Bretagne. La Bourgogne et ses vins, photos de paysages et d'objets anciens. Au milieu de tout cela, un peu d'histoire récente semble loin du sujet : l'actualité de l'année 1962, en noir et blanc,"cette année là" (sans Claude François !).

Magazine total qui veut saisir et unir deux tendances pour former son lectorat, le sens du terroir et des territoires, d'une part, le goût de l'explication historique, d'autre part. Ceux qui aiment l'histoire y trouveront leur bonheur et, peut-être, l'envie d'aller approfondir dans des ouvrages plus longs et plus savants. Beau travail éditorial.
.

dimanche 30 janvier 2011

Kids chef, magazine pour enfants et parents

.
"Tout le monde peut cuisiner même toi" déclare d'emblée ce magazine bimestriel s'adressant aux 8-10 ans : Kids Chef , 5,9 €, publié en janvier 2011. En juin 2010 avait été lancée La Gazette des petits gourmands ("le seul magazine pour enfants que les parents lisent en cachette").
La cuisine est à l'honneur dans la presse : 81 titres (27 nouveaux et 54 hors-série, au moins) en 2010. La presse magazine accommode la cuisine à toutes les sauces et la traite selon tous les angles possibles :
  • selon les ingrédients (riz, épices, tomates, pomme de terre, citrouille, thé, ail, vinaigre, chocolat, vins, champignons, gibier, poisson, fromage, etc.), 
  • selon les régions et les terroirs, les voyages et le tourisme
  • selon les occasions : le marché, le calendrier, les saisons, la santé, les fêtes, le jardin et même l'histoire !
  • tous les plats y passent (crêpes, soupes, desserts, charcuterie, tartes, pâtes, macarons, terrines, etc.) déclinés en recettes pour tous les budgets, sans oublier la décoration de la table.
Un magazine pour enfants est une bonne idée : les enfants aiment cuisiner et la cuisine constitue une discipline d'éveil complête : lire, mesurer, calculer et une école d'adresse (casser les oeufs, remuer, battre, couper, éplucher, verser, râper...).  C'est aussi une heureuse occasion de coopération adulte / enfant.

Certains choix de ce numéro sont discutables : certaines recettes sont improbables pour des enfants (rougets, soupe au pistou), voire imprudentes (beignets d'oignon), certains ingrédients déplacés (Calvados, p. 16). Certains textes sont incompréhensibles pour des enfants (ex : sur Thierry Marx, p. 22). En revanche, les scénarii sont bien dessinés, bien photographiés (tarte Tatin).
Il serait plus motivant pour de jeunes lecteurs de voir dans le magazine des enfants à l'oeuvre, ceci constituerait aussi un bon test des recettes, riche en suggestions pratiques. On peut aussi attendre des contributions de lecteurs, cuisiniers et reporters : assurément, la cuisine pour et par les enfants a un bel avenir.
N.B. Nulle part, me semble-t-il, on n'évoque la vaisselle et le nettoyage du plan de travail. Erreur ! 
.

lundi 29 septembre 2008

Les cht'is : la fabrication de l'autochtone


"Bienvenue chez les ch'tis" (en salle depuis le 20 février 2008) bat des records au Box Office (20, 7 millions d'entrées, plus que "La Grande vadrouille" à quoi s'ajoutent 2,5 millions de DVD vendus et environ 0,6 million de déléchargements "illégaux"). Le film est riche en prolongements média : une BD, un Hors Série de Trucs & astuces sur les blagues ch'tis, un autre de Détours en France ("Dans Ch'Nord"), un DVD porno, "Bienvenue chez les ch'tites coquines" et l'on attend un jeu vidéo de Mindscape. Et puis à la Une, en négatif, une banderole anti ch'tis dans les tribunes, pour finale de la Coupe de la Ligue de football.

Voici maintenant "Ch'tis magazine" (124 pages) dans les points de vente (ci-contre dans un Relay, gare de l'Est à Paris) ; selon l'éditeur, le titre doit être mis en avant près de la caisse dans le Nord de la France (on cible l'identité régionale), mais placé près du rayon "tourisme" dans les autres régions. Double positionnement. La publicité du N°1 provient presque exclusivement d'institutions de la Région, tourisme et développement économique. Le titre est publié par Milan Presse (groupe Bayard) qui compte déjà des magazines sur la Méditerranée, le Pays Basque, les Alpes, les Pyrénées, la Bretagne.

Nombre de magazines et de Hors Série illustrent un terroir, un patrimoine fait d'histoire et d'art de vivre, et de nostalgie. Toute région, tout pays a ses magazines (cf. Bretons en Cuisine. Média des racines). La ligne éditoriale y tient beaucoup du guide touristique, mais il s'y ajoute aussi une vision enchantée de la région : il faut être "fier d'être bourguignon", alsacien, breton, béarnais ou cht'imi ! Cette presse contribue à raciner une population venue s'installer au gré des migrations et du marché du travail : elle fabrique des autochtones (étymologiquement "issus de cette terre", indigènes), tout en maintenant un lien avec ceux qui sont partis s'installer ailleurs. Héritage et nostalgie pour gérer en douceur l'aménagement affectif du territoire (cf. l'essai de Marcel Detienne sur la frénésie d'autochtonie).

Ainsi, le Nord, pour des publications comme Ch'tis Magazine, Lattitude Nord ou Pays du Nord, "le magazine qui défend fièrement les couleurs de ses régions", comme pour le film, oscille entre régionalisme et folklorisation, exaltant la cuisine, la langue, l'accent et les patois, l'architecture, les paysages et la chaleur de l'accueil (déjà, Enrico Macias, l'Algérien de Constantine, avait chanté "les gens du Nord"...). Le Nord, c'est aussi le sport : l'enfer du Nord (Paris - Roubaix) et ses pavés, "Les Corons", chanson de Pierre Pierre Bachelet devenue hymne des fans du Football Club de Lens, les "Sang et Or". Symptomatique : lâchée par les Houillères, cette équipe professionnelle sera relancée par la mairie : la défense et l'illustration de la région passent désormais par les collectivités locales, qui lancent leur magazine médias (développement économique, tourisme) et tentent de faire coïncider circonscription électorale et géographie culturelle.




Dans une telle perspective, les éditeurs mettent en avant ce qui unit. Donc, oubliées Fourmies la Rouge à qui l'on doit le Premier Mai, coups de grisou et coups de poussières, Courrière-les Morts à qui l'on doit le repos hebdomadaire obligatoire. Quelle place donner après Germinal à cette barbarie au principe de la "civilisation" industrielle ? Réhabiliter les friches industrielles, aménager les ch'terrils, ouvrir un musée des luttes ouvrières, créer un ballet, "Conditions humaines" (2007), de Pietragalla sur des vies de mineurs... Louis Aragon écrivit un poème, "Enfer-les-Mines" (1940) ... "Rien n'est à eux ni le travail ni la misère"...
183 p. éditions du Seuil

Plus elle est ancienne, plus l'histoire devient acceptable : ainsi, Pyrénées Magazine Histoire (éditions Milan également), trimestriel, qui vient de paraître, s'attachera à une histoire plus lointaine, plus consensuelle : châteaux et seigneurs, Gaston Fébus, histoire déjà folklorisée, désamorcée ... people en quelque sorte. De même, Dossier pour la Science inaugure une nouvelle formule avec un numéro intitulé "Gaulois. Qui étais tu ?" ... et revoilà nos blonds ancêtres !

Mais à quoi bon revendiquer des racines ? Pourquoi vouloir se faire autochtone à tout prix ? "C'est le sol de cette langue qui est pour moi le sol français" aimait à rappeler Emmanuel Lévinas, philosophe, autochtone de nulle part. Le rôle des médias dans la célébration d'une identité réduite à la géographie, à la "terre" ne va pas de soi, et peut inquiéter : cette célébration, exacerbée, a eu, et a encore des fréquentations dangereuses (cf. "die Scholle" et son exploitation par les nazis).
Et comment l'innovation, sociale et technique, peut-elle s'extirper de cet état d'esprit tout à la conservation ?
Comment arbitrer entre les leçons du passé et ce qu'il faut dépasser, entre le musée et l'école ? "Utilité et inconvénient de l'histoire", interrogeait Nietzsche : quel partage entre mémoire et oubli "Sans l'alcool de l'oubli le café n'est pas bon" (Aragon) mais il réveille.