Affichage des articles dont le libellé est INSEE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est INSEE. Afficher tous les articles

dimanche 4 mai 2025

Le Japon pour le connaître mieux, un peu

 Sencha. Le slow media par Japon infos,ou Le magazine du Japon, 52 p., 11.9 €, bimestriel, abonnement 6 numéros, 99 €

 C'est un nouveau magazine destiné à cclles et ceux qui son amoureux du Japon ou qui vont le devenir... en lisant ce magazine ! Pour comprendre doucement, lentement !
Le premier article a pour objet les fêtes de la nouvelle année et le premier lever de soleil mais aussi le repas emblématique dont la tradition change (quelques statistiques pp. 14-15). 
Le deuxième article évoque des lieux qui n'ont pas eu de chance dans l'histoire, dont Hiroshima, victime des militaristes japonais d'abord et qui aujourd'hui se veut, mais un peu tard, "Cité de la Paix", et manifeste contre les armes nucléaires (qui tuent trop, trop vite !). 

Un article évoque l'évolution démographique et les familles monoparentales au Japon, familles vivant dans la pauvreté ; ce sont bien sûr les femmes qui conduisent seules ces familles, les ex-maris ayant déserté le foyer et rechignant à payer la pension alimentaire (ce type de  délabrement familial est international, la France n'y faisant pas exception (cf. INSEE), quant aux Etats-Unis, n'en parlons même pas !

A l'autre extrémité du transsibérien se trouvait autrefois le Japon avec la ville de Tsuruga et ses plats appétissants comme le "katsudon" (côtelettes de porc frites). Et puis viennent deux articles sur des destinations touristiques, Tottori et Gunma. Ensuite, un article sur le cinéma qui évoque le festival de Kinotayo et, pour finir, une interview de Pierre Jacerme, qui a enseigné en prépa à Henri IV et qui est aujourd'hui l'auteur d'un livre sur le Japon (Visages du Japon).
Enfin, est évoquée l'oeuvre de Keiji Nakazawa sur les mangas puis on notera deux colonnes sur le film Black Box Diaries qui raconte le viol d'une journaliste par un patron de presse proche des milieux politiques dirigeants. Le film qui est diffusé en salles à Paris, ne l'est toujours pas au Japon ! Il y a décidément encore quelques progrès à faire, au delà du folklore, du tourisme et de la cuisine !

Le magazine fait voir, entrevoir à peine, le Japon d'aujourd'hui, un peu, mais aussi surtout celui d'hier. Les articles sont courts (trop ?) et les lecteurs aimeraient sans doute en savoir plus. Mais c'était le premier numéro, alors, attendons la suite. Le Japon, malgré tout cela ressemble quand même souvent à l'Occident : viols, familles monoparentales...

lundi 28 septembre 2020

Des cadres et des professions intellectuelles supérieures, de plus en plus nombreux

 Virginie Forment, Joëlle Vidalenc, Les cadres : de plus en plus de femmes, INSEE Focus, N°205, 25 septembre 2020

Il y a 5,2 millions de cadres en France, représentant 19% de la population active ; leur nombre a presque triplé en quarante ans (on ne comptait que 1,8 million cadres en 1982). Les cadres sont surtout plus diplômés que le reste des personnes en emploi dans la population française : plus de 9 sur 10 sont issus de l'enseignement supérieur. 54% d'entre eux sont titulaires d'un diplôme d'enseignement supérieur de niveau Bac + 5 mais 14% d'un niveau Bac +2...

Sauf dans la fonction publique, les hommes cadres sont encore les plus nombreux. Les femmes sont plus nombreuses surtout parmi les professionnels de l'enseignement secondaire général et technique, les médecins et pharmaciens salariés, ainsi que les cadres spécialistes des fonction administratives et financières. Quand vont-elles en général finir par dépasser les hommes ? Bientôt...

Les cadres travaillent plus souvent à temps partiel et sont beaucoup moins souvent en situation de sous-emploi.

En fait, le portrait que donne l'INSEE des cadres et professions intellectuelles supérieures montre ses insuffisances : la catégorie cadre est trop confuse voire floue, vétuste même. Elle mêle des activités de statut professionnel différent. Passons sur les "professions de l'information, des arts et du spectacle", qui méritent un traitement statistique à part. La catégorie des ingénieurs et cadres techniques d'entreprise mêle les cadres sortis de grandes écoles (Centrale, X, ENS) et celles et ceux qui sortent de formations plus élémentaires, moins défendues. Et l'on pourrait analyser de la même manière la catégorie des "professeurs" qui confond tranquillement les professeurs de collèges et celles et ceux qui enseignent dans une classe préparatoire prestigieuse... Que dire des cadres de la fonction publique qui mêle les préfets et leur employés ?

Il faut donc retoucher cette classification, la moderniser pour qu'elle fasse mieux voir des différences. Aujourd'hui, elle ne parle plus assez, elle dissimule plus qu'elle ne révèle. Mais peut-être, n'est-ce pas son rôle social que de dissimuler ?

Source : INSEE, Enquête Emploi 2019


samedi 23 novembre 2019

Ciblage socio-démo et data ?


Les professionnels de la publicité française, depuis toujours, segmentent et décrivent les consommations selon quelques grandes catégories issues de la comptabilité nationale et de la prévision, catégories élaborées pour la gestion des finances publiques, reprises par la sociologie de la culture, la sociologie politique, le marketing, etc.
A la base, le socio-démo exploite la segmentation selon le sexe et l'âge, les niveaux de revenus, les groupes de professions. En France, une administration publique dépendant du Ministère de l'économie et des finances, l'INSEE, produit, collecte et diffuse cette statistique de référence (qui sert, entre autres, au calage des enquêtes).

A l'aide du socio-démo, on voudrait rendre compte, et non expliquer, des comportements de consommation, des intérêts pour des produits, des fréquentations de services. Les socio-démo sont devenues des noms de cibles marketing (femmes 15-24 ans, enfants de 11-14 ans, personnes de plus de 60 ans, etc.). Ensembles et appartenances avec lesquels on établit des corrélations plutôt que des explications.
Car, en réalité, les données socio-démo n'expliquent pas, elles décrivent une appartenance, souvent confuse. Les hommes s'intéressent à l'automobile, fréquentent des sites d'automobile. Parce que ce sont des hommes ? Non, parce qu'il leur faut changer d'automobile et rêver un peu aussi. La visite d'un site automobile trahit une intention, consciente ou pas, un désir. Si l'on cherche des internautes qui envisagent de changer de véhicule, on les trouvera notamment parmi ceux qui ont visité un site de crédit automobile, un site de constructeur, un site comparateur d'assurances, un article sur la sécurité automobile, et notamment parmi ceux qui cumulent plusieurs de ces comportements. Hommes ou femmes ? Jeunes ou vieux ? Qu'importe, c'est l'intention qui compte : les données nous dispensent des socio-démos.

Le reciblage (retargeting, remarketing) est l'exploitation directe de cette proposition évidente. Si telle personne a visité un site d'ordinateurs, c'est peut-être qu'elle envisage d'acheter un ordinateur. Si elle n'en n'a pas acheté encore (shopping cart abandonment), adressons lui un message vantant des ordinateurs.
Les cibles ainsi définies sont dites comportementales (ou contextuelles ou lexicales, variations du comportemental). Quand la réalisation d'une intention est proche, immédiate, on se trouve dans la performance ; quand elle est différée, lointaine, on dit que c'est de l'image de marque (branding). Une image de marque est une intention en puissance, latente, en attente d'être énoncée, pensée puis réalisée.
Le travail sur la data (comportements, lexique, etc.) remplace avantageusement le recours aux catégories socio-démographiques.
Connaît-on sa cible avant ? Pas toujours : la cible est ce que l'on a touché. Alors pourquoi donne-t-on tant d'importance au socio-démo ?

dimanche 3 novembre 2019

Les usages d'Internet en France: des inégalités sans surprise


Stéphane Legleye, Annaïck Rolland (division Conditions de vie des ménages, Insee), "Une personne sur six n’utilise pas Internet, plus d’un usager sur trois manque de compétences numériques de base", INSEE Première, N° 1780, 30 octobre 2019.

L'INSEE vient de publier une étude sur la place d'Internet dans la vie des ménages français.
Tout d'abord, internationalement, en Europe exclusivement, les Français se tiennent dans la moyenne, un peu au-dessous, comme l'Espagne, le Portugal ou l'Irlande mais bien loin derrière l'Islande, les pays scandinaves, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou l'Allemagne. Découpage géographique qui en recoupe d'autres, très anciens (catholiques / protestants ; couverture des toits en tuiles / ardoises, etc.) ; la France est plutôt à la traîne, derrière l'Europe du Nord ; mais elle se situe devant l'Europe du Sud et de l'Est. A moins que ce ne soit le niveau de vie : la Norvège, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la Suisse, la Finlande et le Royaume-Uni sont en tête.


Pour ce qui est de la "capacité numérique" et des "usages d'Internet", le diplôme s'avère discriminant mais, néanmoins, les chômeurs sont mieux placés que les autres inactifs et retraités (effet d'âge, effet de la nécessité ?), de même que les ménages avec enfants (les enfants enseignent et forment leurs parents).
Un quart de la population est encore incapable de s'informer à l'aide d'Internet. Notons que 49% des usagers d'Internet se trouvent incapables de chercher des informations administratives (33% sont incapables de trouver des informations sur un produit ou un service) : ce qui pointe leur défaillance, certes, mais aussi celle de l'administration et de l'Etat : il faut inventer sans cesse une didactique spécifique capable de promouvoir les usages d'Internet.

Part de personnes ayant une incapacité ou en situation d'illectronisme 
L'illectronisme, maladie sociale, est lié au diplôme (3,5 % des diplômés de l'enseignement supérieur, 43,9 % des non diplômés), au fait de vivre dans le monde rural et, surtout, à l'âge (3% des 15-29 ans contre 67,2 % des plus de 75 ans) ; même si ce taux d'illectronisme a, d'une manière générale, fortement baissé depuis dix ans (2009).
La conclusion de l'étude, sans surprise, est qu'il faut lutter contre l'illectronisme, cause de "vulnérabilité sociale", parmi d'autres : "Ne pas avoir accès à Internet ou ne pas savoir utiliser les outils numériques représente donc un réel handicap". Mais si cette étude est sans surprise, c'est aussi parce qu'elle s'en tient aux généralités... Aller fouiller dans les détails donnerait à mieux comprendre la société française contemporaine.
Une des principales leçons que l'on peut également tirer de l'étude est le besoin de services publics d'Internet chargés d'enseigner son usage, services qui pourraient être confiés systématiquement, entre autres, à des entreprises du secteur public (éducation, transports, santé, postes, etc.) mais également aussi aux banques, aux commerces...
En fait, pour conclure, plus on est pauvre et moins on accède aux services d'Internet, mais ceci est vrai de toutes les pratiques culturelles, et on le sait depuis longtemps... Cette étude le confirme dans ses grandes lignes, et c'est bien.

lundi 5 août 2019

Une autre France, et ses concepts




Un ouvrage presque récent de Christophe Guilluy, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires (Paris, Flammarion, 2014, 186 p.), pose, au-delà d'un sous-titre inutilement racoleur, au-delà des réflexions politiques (ce n'est pas notre sujet), des questions essentielles qu'une science des médias ne peut éluder.

L'une des thèses les plus importantes de Christophe Guilluy, pour qui analyse les médias, leurs audiences et leurs usages en France, est la mise en question de l'usage des catégories de l'INSEE. De catégories de description sont-elles devenues des catégories d'observation puis des catégories de pensées ? Leur évidence finit par aveugler. Omniprésentes et omnipotentes pour décrire la société et l'économie françaises, dans les cours comme dans la presse, on ne voit qu'elles : des cadres supérieurs, des villes de plus de 100 000 habitants, des ouvriers, etc. Christophe Guilluy propose non seulement de regarder ailleurs mais surtout de regarder autrement, de changer de lunettes, c'est à dire de catégories.

Le premier des concepts remis en question est celui de territoire et, avec lui, celui de France urbaine (métropoles) opposés à France rurale et France péri-urbaine. Volant en éclats dans le même mouvement critique, se trouve la notion de "classe moyenne", héritée des Trente Glorieuses, trente années de croissance économique en France (pour qui ?). Notion discutable, s'il en est. Christophe Guilluy s'en tient à opposer des "catégories supérieures", plutôt à l'aise sinon aisées, à une population qui se caractérise par sa  fragilité, qu'il appelle "nouvelles classes populaires" et qu'il regroupe sous la notion de "France périphérique". Cette notion suppose donc une France centrale, celle des grandes métropoles. Exit les classes moyennes dont il déclare prévoir la disparition en Occident : ce sera le titre de son dernier ouvrage, No society. La fin de la classe moyenne occidentale (Paris, 2018, Flammarion, 242 p.).
Sans doute faut-il re-catégoriser la population vivant sur le territoire français. Si les catégories dont nous disposons pour les analyses socio-économiques sont inadéquates, c'est comme si l'on regardait le monde avec des verres déformants. Et, dans ce qui est vu de travers, mal analysé, mal décomposé, il y a sans doute les audiences qui font grand usage des catégories de l'INSEE (elles ne font guère que les additionner). Et derrière les audiences, il y a les médias dont le modèle économique est fondé sur la commercialisation, totale ou partielle, d'audiences mesurées, c'est à dire de la majorité d'entre les médias qui vivent essentiellement de la publicité. Mais, plus avant, n'est-ce pas avec les catégories de l'INSEE d'abord que l'on tente de constituer des échantillons représentatifs de la population française (quotas) capables, nous dit-on, d'en analyser les problèmes ?

Alors, il faut re-présenter les classes populaires. L'auteur ne peut guère échapper au cercle de sa logique : pour décrire le monde tel qu'il le voit, il lui faut s'appuyer sur les catégories existantes, quitte à les critiquer. Quotas pour construire échantillons et panels, sondages et enquêtes en tout genre, englués dans les catégories héritées de la célébration des Trente Glorieuses (Jean Fourastié) ; "pieuses" ou "frileuses", des journalistes rectifieront.
Plusieurs remises en questions s'imposent donc : les représentations socio-économiques calquées sur des catégories INSEE, les représentations du territoire (rural / urbain), on peut y ajouter encore les représentations générationnelles (les classes populaires sont trans-générationnelles). Toutes ces représentations sont inadéquates, obsolètes, surannées. La "France périphérique" (qui représenterait 60% de la population française) s'étend au-delà des références géographiques et dénonce une "relégation culturelle" : la classe moyenne n'existe plus. Elle n'intègre pas, ou n'intègre plus, la petite fonction publique et les retraités, par exemple.

Actif / inactif ? Catégories inopérantes. L'auteur leur préfère le "continuum socio-culturel", classe dangereuse que forment les jeunes, actifs et retraités issus de catégories modestes (souvent actifs encore), ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, les ménagères, les étudiants, ceux qui sont à la recherche d'un emploi, et même ceux qui, découragés, n'en cherchent plus... Cette "classe" de la "relégation culturelle" où le haut ne parle pas au bas. Elle est prise en otage par l'automobile dont l'étau se resserre au fur et à mesure que les transports publics perdent pied (SNCF), que les parkings gagnent du terrain, et le territoire, qu'il aurait fallu aménager, est déménagé.
La mondialisation ? L'auteur évoque la population "sortie des écrans radars des médias" comme des radars de "la classe politique", toute l'attention de ceux-ci se concentrant sur les banlieues (les "quartiers").

Iconoclaste, l'ouvrage est parfois agaçant mais c'est peut-être bon signe. Signe qu'il est temps de faire le ménage et de repenser autrement les distinctions sociales.
Alors, est-ce un bon livre ? Oui, puisqu'il s'efforce de repenser les outils socio-économiques considérés comme classiques depuis une cinquantaine d'années. Il essaie de penser une économie qui ne marche plus aussi bien que l'on prétend (que l'on voudrait) : mais le résultat est encore loin d'être convaincant. Alors, il faut continuer, remettre en chantier les concepts anciens, en inventer de nouveaux... Les "gilets jaunes" ont-ils disparu ? Pas sûr. Ils n'existaient pas, en 2014, quand La France périphérique parut...

Bibliographie
Christophe Guilluy, "La classe moyenne n'existe plus", Emile Magazine, 15 mars 2019
Christophe GuilluyNo society. La fin de la classe moyenne occidentale, Paris, 2018, Flammarion, 242 p.
Christophe Guilluy, Fractures françaises, Paris, 2010-2013, Flammarion, 186 p.
OCDE, L’AVENIR DU TRAVAIL. La situation de la FRANCE, Perspectives de l’emploi 2019,
Marie Charrel, Le lente déclin des classes moyennes, Le Monde, 12 avril 2019, p.15
OECD, Employment Outlook 2019. The Future of Work, avril 2019, 345 p.

lundi 4 mars 2019

Travail: et toi, tu fais quoi dans la vie ?



Welcome in the jungle, février 2018, trimestriel, distribution MLP, 114 p. 6,9 €. Dos carré.

"Tu fais quoi dans la vie ?", titre le premier numéro de ce magazine consacré à l'emploi, au travail, "média dédié au travail" : "on passe un tiers de nos vies à bosser", rappelle d'emblée le magazine, justifiant ainsi son existence. On pourrait ajouter que l'on passera de plus en plus de temps à changer de travail, à chercher du travail, à se former pour un autre travail. Le travail, le souci du travail et de l'employabilité débordent largement la population active telle que la définissent le BIT ou l'INSEE. Pourtant, il n'y a pas en France - à ma connaissance - de magazine concurrent qui embrasserait la place du travail dans les vies. Au-delà des petites annonces donc.
"Tu fais quoi dans la vie ?""la question qu'on déteste mais qu'on adore poser", précise la une (beau graphisme, jouant avec les points). Question centrale pour le journalisme. Suffisamment vague et peu directive pour être féconde et pourtant que tout le monde comprend, chacun à sa manière. A la différence des questions sur la "profession et catégorie socioprofessionnelle" faussement précise pour les enquêtes (au moment même de l'enquête, catégorie de classement pertinente a posteriori). Répondre à cette question, n'est-ce pas raconter sa vie ? "Question de clichés", titre un article : quelle vie n'est pas un cliché ?

Le sommaire illustre de multiples réponses à la question, normal puisqu'il n'y a pas de sot métier : "mon village, 700 habitants et une startup", dialogue entre "le flic et l'avocat" (bien loin des séries), la vie difficile des salariées enceintes au Japon, les data scientists (confrontation de six profiles d'entre eux/elles), le métier d'enseignant contractuel des "profs sans diplôme" (statistique édifiante et triste : la France manque de profs de maths ! Bravo !) et puis le lecteur rencontre nombre de métiers inattendus qui feraient rêver des enfants jouant aux noms de métier : tradeuse, espion, réalisateur de motos sur mesure, sauveteur de plantes, dealeuse d'art et créatrice de bijoux...
La mise en page est élégante, la lisibilité parfaite, servie par des trouvailles rédactionnelles : par exemple, des articles à base de citations, de vécu ("Je me suis fait virer" : superbe traitement de la question en deux pages de citations percutantes) ou encore le montage, face à face, à cinq siècles distance, d'une  une page de Thomas More (Utopia, 1516) et une liste d'énoncés (réalistes et surréalistes) entendus à propos du télétravail (depuis Biarritz), cette utopie ?
Plus que de la jungle, le monde du travail semble plutôt relever des "eaux glacées du calcul égoïste" (Karl Marx). Et encore, rien sur la grève, peu sur le chômage, les stages...

Le titre du magazine, que l'on ne perçoit pas au premier abord (en haut, à gauche), annonce la couleur et la tonalité : l'emploi, le métier, la profession, c'est la jungle. Welcome To The Jungle. WTTJ. Sous ce titre avait déjà été lancé un trimestriel gratuit, début 2016, s'adressant aux étudiants (avec un premier dossier sur les métiers de la restauration, "le food"). Le trimestriel a publié en mars 2018 un numéro consacré aux nouveaux médias. Au magazine est bien sûr associé un site. Pas d'encombrement publicitaire : une seule page, élégante et discrète, pour la Société Générale.

Lancements de titres de presse traitant de l'emploi, dont hors-série (2003-2018). Source Base MM, mars 2019

L'innovation presse concernant l'emploi et de travail passe beaucoup par les hors séries (cf. supra). Il n'est guère de secteur économique que ne couvre au moins un hors-série du type "guide de l'emploi", des écoles ou des formations, plus ou moins régulier, annuel souvent. Par exemple, le magazine Phosphore, désormais presque seul depuis que L'étudiant a abandonné ce terrain, publie des "guides des métiers" visant les étudiants. Notons encore des hors-série pointus. :"Les métiers du numérique, jeu vidéo, cinéma" (Jeux vidéo), "Tous les métiers du cheval" (Cheval magazine), "Les métiers de l'aérien" (Aviation et Pilote), "Les métiers d'art en France" (Connaissance des Arts). "Moi freelance. "Le guide des indépendants" (socialter),  "Les métiers de l'archéologie" (Archéothéma), etc. On parle aussi des métiers très tôt aux enfants (Wapiti, par exemple, publie "50 métiers pour les fans de nature et de science") ; il existe aussi, depuis 2010, un magazine pour devenir fonctionnaire : Vocation Service Public et particulièrement enseignant (Vocation Enseignant). Quant aux portraits professionnels, ils constituent un genre journalistique à part entière, dispersé dans tous les segments de la presse (par exemple : "Vies de médecin" dans le Quotidien du médecin)...

Avec ce thème "tu fais quoi dans la vie", ce magazine aborde un territoire immense et en friche qui déborde l'emploi et le strict métier : il y a du pain sur la planche. On peut donc espérer de beaux numéros, par exemple, les stages, le travail domestique, la mobilité, les métiers que l'on quitte, le repas pris au travail, les robots (sujet déjà évoqué dans ce numéro)...

Référence
INSEE, Nomenclatures des professions et catégories socioprofessionnelles
INSEE, Population active / Actifs

jeudi 1 mars 2018

daron magazine : pères sévères, ou pas ?



daron : les hommes et les enfants d'abord, "Le magazine des pères qui savent se servir d'une éponge". bimestriel, 5,9 €, 84p. Distribution Presstalis.

Mise à jour mars 2019.
Des pères de famille, Charles Péguy, qui eut quatre enfants, disait qu'ils étaient les "grands aventuriers du monde moderne". Cela vaut bien un magazine que l'on dira masculin puisqu'il existe des magazines féminins pour traiter de la grossesse, des jeunes enfants... Et il existe aussi des magazines dits parentaux...

Financement participatif 
daron a été mis en vente pour le week-end de la fête des pères, les 17-18 juin 2017.
Le lancement du magazine a été participatif (crowd funding), organisé par la plateforme de financement Ulule.
Le financement participatif est à l'origine de plusieurs innovations récentes de la presse magazine française : le mensuel L'Accent Bourguignon, le mensuel bilingue Verity Magazine (avec la plateforme KissKissBankBank), Les SportivesAAARG!, le mensuel de BD ou Gonzaï avec Ulule comme daron.

daron vend son espace aux annonceurs avec élégance : des pages de publicité axées sur le rock (concerts, e-commerce édition), sur la santé aussi... Affinité ? On ne ressent pas d'encombrement. Editorial riche : articles sur le droit, sur le voyage, sur les règles, le rasage, sur les pères dans les séries télé, sur les comptines, etc. Le lecteur et la lectrice ne s'ennuieront pas.

Le père, parent pauvre de la presse traditionnelle
L'objectif éditorial de daron : réalisme d'abord ; redresser l'image des pères, s'opposer à celle qu'en donne une presse traditionnelle, dite "féminine", à celle qu'en donne la publicité peut-être ?
"Si daron s'adresse aux pères, c'est aussi, et avant tout, pour parler d'eux, en questionnant, pour la première fois, quelle est leur vraie place aujourd'hui, et en donnant au passage une vision plus conforme à la réalité, plus en phase avec le quotidien des familles que les préjugés et les stéréotypes encore trop souvent véhiculés dans la presse traditionnelle". "Le père a toujours été le parent pauvre de la presse traditionnelle", affirme Hugo Gaspard dans l'édito. Iconoclaste, daron se promet ainsi de "transgresser les codes de la presse masculine". Vaste programme ! Mais que veut dire dans ce cas "transgresser les codes" ? Quels codes ?

Aborder une parentalité transformée par la divorcialité (familles décomposées, recomposées), par l'adoption, par le chômage aussi... Cible marketing ? Intention d'être père ? Qu'est-ce que la masculinité ?
La paternité modifie le style de vie d'un homme : réduction de son activité professionnelle (cf. Stéphanie Govillot, INSEE, "Après une naissance, un homme sur neuf réduit ou cesse temporairement son activité contre une femme sur deux", INSEE première, 25 juin 2013). L'influence d'une naissance sur la carrière, plus subtile, est sans doute plus difficile à repérer, à évaluer, à dire...

Le métier de père dure toute la vie : changer le bébé, lui donner son bain, aider une adolescente à aimer les maths et le solfège, lire des histoires à n'en pas finir, cuisiner, participer à la réunion des parents d'élèves, amener le bébé chez le pédiatre, aller au supermarché, partager la liste des courses, aider à trouver des stages, un premiers emploi... daron a un bel avenir éditorial devant lui car les changements de vie qu'amène la paternité sont plus lourds que ne le mesurent les indispensables statistiques démographiques (la fatigue et ses variations, le stress, les soucis incessants, l'impossible gestion des emplois du temps conjugués...).
Combien de pères en France, quels âges, quels enfants ? Difficile de savoir. L'INSEE nous apprend que l'on comptait en 2013 plus de 6 millions de couples avec au moins un enfant de moins de 18 ans. Au moins autant de pères actifs donc (lecteurs potentiels) ? Et combien de grands-pères, "vaincus par un petit enfant" (Victor Hugo) ? Et la démographie ne dira pas tout : au-delà du cadrage, combien faudra-t-il beaucoup de données, subtilement collectées et analyséespour échapper aux lancinants clichés, qu'il s'agisse de journalisme ou de publicité. A propos, qu'en disent les mères, et les enfants ?

En décembre 2018, Daron a sorti son premier hors-série, "le papa de Sasha" (16 €). En février 2019, le magazine Milk fait sa une sur "l'évolution du père"... Le père gagne du terrain rédactionnel !

N.B. daron ? Pourquoi ce mot ancien signifiant parent, "mot vieilli resté dans l'argot" (mais il y a aussi "daronne") ? Le "maître de la maison" (chef de famille ! ), dit le vieux Littré. Le mot est-il connu aujourd'hui, de qui ? En tout cas, "daron", sans majuscule, fait moins sérieux que père, met à distance pour mieux inciter à réfléchir en pères, sévères ou pas.


Références

Fabienne Daguet, INSEE Première, N°1663, 28 août 2017.

Laurent Lesnard, La famille désarticulée. Les nouvelles contraintes de l'emploi du temps, Paris, PUF, 2009, 213 p.

Médias en miettes : la semaine des conjoints actifs

Alice Mainguené, "Couple, famille, parentalité, travail des femmes. Les modèles évoluent avec les générations, INSEE Première, 1 mars 2011

Fathers, magazine trimestriel, 15€, mars 2015

Sara Brachet et al., "Avoir des enfants dans un contexte d’incertitude économique : une comparaison entre l’Allemagne et la France",  Allemagne d'aujourd'hui, N°28, 2016/4

"Etre père aujourd'hui", Enquêtes départementales de l'UNAF / UDAF, 2015-2016

mardi 30 mai 2017

Téléviseur : la fin du monopole


Pourquoi a-t-on tellement besoin de répéter que le téléviseur n'est en rien menacé par les autres écrans, celui de l'ordinateur, celui du smartphone ou de la tablette ? Qui faut-il rassurer ? Les annonceurs et leurs agences avant l'ouverture du marché publicitaire (upfront market), les fabricants et vendeurs de téléviseurs ?

La statistique trimestrielle que publie Nielsen concerne les adultes (18 ans et plus, pourquoi ?). Selon l'estimation de Nielsen, le téléviseur l'emporte sans conteste sur les autres écrans quant à la durée de consommation : plus de 500 milliards de minutes tandis que l'ordinateur n'en prend que près de 32 milliards, le smartphone 11 milliards, la tablette près de 5 milliards. C'est surtout ce qu'a retenu la presse spécialisée...
En revanche, lorsque l'on prend en compte l'âge des répondants, le téléviseur voit sa part décroître pour les plus jeunes générations. Qu'en serait-il pour les pré-adolescents ? Une même évolution s'observe en France chez les plus jeunes, les cadres... (cf. synthèse du CSA).

La télévision est de moins en moins consommée uniquement sur le téléviseur dont le monopole s'effrite et, avec lui, sa place centrale, point focal dans l'univers domestique. Que deviennent alors les notions de "family viewing time" ou d'audience conjointe, voire même celles de prime time ou de "foyer TV" (TVHH) ? Et avec la fin du monopole du téléviseur, c'en est fait de la télévision comme mass média d'information, de divertissement et de publicité. D'ailleurs, l'enquête de U.S Energy Information Administration confirme que le nombre de téléviseurs par foyer décline...
Ordinateurs, tablettes et smartphones sont aussi des supports domestiques. Souvent même, ils accompagnent (ou s'accompagnent de) l'usage de la télévision (social TV) : partage de l'attention... Mise à jour : AT&T (DirecTV) propose un abonnement TV pour tablette (Prime) à partir de 10$ / mois (20 août 2017).

Sans monopole du téléviseur, la question du média planning TV se pose de manière différente : il faut disperser les messages selon les appareils. Les appareils comptent peut-être autant que les horaires. Le ciblage devra faire appel à la data afin de tenir compte des duplications, faire valoir les répétitions (effective frequency), les parcours du téléspectateur au cours de la journée, de la semaine voire du mois (Live, Live+1, Live+7, etc.), d'appareil en appareil.

L'économie de la télévision multi-support demande une nouvelle mesure, de nouveaux analytiques. D'autant que la notion de ménage, elle-même est bousculée : augmentation du nombre des ménages, réduction de leur taille (on compte de plus en plus de ménages d'une ou deux personnes), familles monoparentales, etc. Le ménage tend vers la personne (cf. Fabienne Daguet, INSEE Première, 28 août 2017). Tout comme l'équipement...

Source : Nielsen, The comparable metrics report, May 25, 2017

vendredi 20 mars 2015

Small business is very big business

Copie d'écran de l'appli Ads Manager

Facebook annonce 2 millions d'annonceurs dans le monde (800 000 chaque mois). La majorité de ces annonceurs sont des petites, voire toutes petites entreprises, des PME (SMBs) voire des microentreprises, TPE, auto-entrepreneurs, entreprises unipersonnelles, etc.).

Semble visée par Facebook la très longue traîne des tout petits annonceurs qui recherchent pour leurs messages publicitaires des données rares et très discriminantes, pour le ciblage et la segmentation de précision. On compte 3 millions de microentreprises en France.
Ce sont de tout petits annonceurs qui travaillent avec des petits budgets, généralement sans intermédiaires, sans agences de publicité, procédant par essai et erreur, sans délai. Tout se passe comme s'ils faisaient des tests de campagnes en temps réel. D'ailleurs, un tel produit publicitaire pourrait constituer, pour des agences et de plus gros annonceurs, des occasions de tester les réactions à leurs créations (images, textes ou vidéo).

Avec Ads Manager, Facebook met à disposition des annonceurs des outils simples, à l'ergonomie évidente, qui permettent la gestion des campagnes depuis un mobile. L'appli Ads Manager for iOS (iTunes) permet d'accomplir les tâches courantes de création (édition), d'analyse des performances, de planning et de gestion budgétaire. Le tout sur mobile : Facebook est le média définitif de l'ère du mobile. "Self- média" publicitaire, cette appli abaisse la barrière à l'entrée dans la publicité et assure une réduction des coûts de transaction, d'apprentissage aussi. Simple, toujours à portée de la main, réactivité sans problème, Self-service. La vie sociale inclut la vie économique, le marché et notamment l'économie informelle, "à hauteur d'homme" (cf. Laurence Fontaine, Le marché. Un bien public).
Facebook peut également compter sur la migration vers le mobile des annonceurs du marketing direct, des petites annonces. C'est le marché des annuaires, des médias locaux, de proximité : PHR, PQR, radio, télévision, affichage, DOOH, digital indoor (écrans contextuels).
; elles
Facebook se place dans la tradition ouverte sur le Web par eBay (1995) et par Google (AdWords, 2003). Sa panoplie pour viser le marché local s'accroît des outils de paiement mobile via Messenger, et d'outils de recherche pour le e-commerce (acquisition de TheFind).

N.B. 
En 2012, l'INSEE comptait en France 2,6 millions de Très Petites Entreprises (TPE, moins de 10 salariés ETP) ; elles contribuent pour 9% au PIB et œuvrent principalement dans le commerce, les services aux particuliers et aux entreprises, la construction. Sources : INSEE, BPI France (Observatoire des PME, 2015).

dimanche 8 décembre 2013

Socio-démos : les CSP Moins

.
Qui a déjà entendu parler des CSP Moins ?
En marketing, il n'y en a que pour les CSP+ (CSP Plus). Les agences, les médiaplaneurs, les planneurs stratégiques privilégient la cible des CSP Plus, voire des CSP++, leurs semblables, leurs frères, leurs sœurs, leur groupe de référence. En revanche, les CSP Moins intéressent moins.

Qui sont les CSP Moins ?
D'abord, on ne dit pas CSP Moins, de même que l'on ne dit pas "pauvre" ou "bas revenus" ; on euphémise plutôt : "modestes". Les CSP Moins, ce sont les ouvriers et les employés.
Ensemble, selon l'Enquête emploi de l'INSEE (2012, cf. infra), les catégories "ouvriers" et "employés" représentent presque la moitié (48,9%) de la population active en France métropolitaine ("en emploi") ; elles représentent plus de la moitié de la population active féminine (53,5%) et un peu moins de la moitié de la population active masculine (44,7%).
6,6 millions de femmes et 6 millions d'hommes : les CSP Moins sont majoritairement des employéEs et des ouvriers ; une employée a souvent un ouvrier pour conjoint. Homogamie ?


CSP Plus et CSP Moins partagent la France en deux parties égales en nombre, comme une médiane. Il semble que cette structure n'évolue guère et que la fraction inférieure des professions intermédiaires se paupérise, tandis que se développe une précarisation qui touche particulièrement les familles monoparentales, femmes seules et leurs enfants (CSP Moins Moins ?).
Société d'héritiers et d'immobilité sociale : dans 7 cas sur 10, les enfants d'ouvriers deviennent ouvriers et les enfants de cadres deviennent cadres (cf. Camille Peugny, Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale, Paris, Seuil, 2013). L'ascenseur scolaire ne marche guère.

La publicité ne cible guère les CSP Moins ; elle les touche au travers de ciblages démographiques, les femmes, les hommes, les ménagères, les tranches d'âge, les parents. On oublie (refoulement ?) que la moitié des effectifs de ces cibles courantes sont des CSP Moins. Ces deux catégories ne sont pas homogènes ; ainsi les employés réunissent des personnes avec des statuts différents : employés de la fonction publique (code INSEE 54) ou personnels des services directs aux particuliers (code INSEE 56). De plus, s'il existe des ouvriers non qualifiés, on oublie qu'un employé sur deux est non qualifié.
De quelles "données" (data) dispose-t-on concernant les CSP Moins, dans la mesure où les personnes appartenant à ces catégories sont sans doute moins présentes sur le Web (à vérifier) et y laissent donc moins de traces ?

Autres posts socio-démos :

samedi 14 septembre 2013

Socio-démos : les étudiants, catégorie sociale illusoire

.
Appelons "étudiant" toute personne inscrite dans un établissement d'enseignement post-secondaire (privé ou public) et titulaire d'un baccalauréat (depuis 1808, examen universitaire d'entrée à l'université). L'étudiant se définit par une tranche d'âge et une fréquentation d'établissements de formation supérieure au-delà d'une douzaine d'années passées à l'école primaire et secondaire.
Il y a mille raisons pour que le marketing cible un segment "étudiants" : il constitue une tranche d'âge mixte, jeune, urbaine, active, de plain-pied avec la culture la plus récente (numérique, musicale, mode). Propageant goûts, styles de vie, opinions, c'est bientôt une classe d'âge en cours d'installation et d'équipement, de fidélisation aux marques. C'est ce que livre l'intuition au marketing : les étudiants représentent essentiellement une tranche d'âge. De là à considérer qu'ils forment un groupe social homogène, une condition, il y a loin car le groupe "étudiants" recouvre des disparités de statut telles que l'on doit se demander si la catégorie "étudiants" est pertinente et féconde pour l'analyse socio-économique et le marketing.

D'abord la démographie
On compte en France près de 2,4 millions d'étudiants (année universitaire 2012-2013) ; on n'en comptait que 310 000 en 1961, il y a cinquante ans.
Avec les élèves de 15 et plus, les étudiants représentent plus de 8% de la population française ; cette catégorie est un peu plus large que celle des éudiants telle que l'entend le ministère de l'éducation car elle inclut les élèves de 15 ans et plus non étudiants, encore scolarisés dans des établissements secondaires. L'INSEE inclut cette catégorie globale, élèves et étudiants (CS 84) dans le Groupe 8, intitulé "Autres personnes sans activité professionnelle" (Cf. tableau ci-dessous et INSEE, Guide analytique, p. 617).

En un demi-siècle, on est passé en France d'une université restreinte à une université élargie. Le taux de réussite au bac est de 92% en 2013 : on compte 678 000 candidats (une génération représente un peu moins de 800 000 personnes). 72% des bacheliers s'inscrivent dans l'enseignement supérieur à la rentrée suivante. Etre étudiant semble désormais une étape normale de la vie, entre 18 et 24 ans.
Devenant banale, la catégorie des étudiants est de plus en plus féminine : à 20 ans, 50% des femmes sont étudiantes, 40% des hommes, traduisant la meilleure réussite scolaire des filles (INSEE, "Diplôme le plus élevé selon l'âge et le sexe en 2011"). Selon l'OVE, 56% des étudiants sont des femmes (57% des inscrits à l'université selon l'INSEE en 2011).

Des inactifs ?
On qualifie les étudiants d'"inactifs" ; l'INSEE les classe dans les "inactifs divers autres que retraités" (cf. tableau ci-dessous). Cette catégorie d'inactifs, classe résiduelle et hétéroclite, semble sans fondement économique et sociologique. Qui de moins inactifs aujourd'hui que les étudiants qui associent, tout au long de l'année, activité universitaire (cours et examens) et activité salariée ?
  • 70% des étudiants effectuent des stages (on parle de 1,2 à 1,6 millions de stagiaires, cf. Génération Précaire). De plus en plus souvent rendus obligatoires par la formation et le diplôme, les stages sont également décisifs pour la recherche d'un emploi ; figurant en bonne place sur la C.V., ils constituent de plus en plus souvent une première étape avant un hypothétique CDD. Les stages et leurs variantes instituent de facto une alternance emploi salarié / études : horaires d'entreprises, faible rémunération, précarité souvent... D'ailleurs, observe l'INSEE, "les apprentis et stagiaires en entreprise" ne devraient pas être classés parmi les étudiants mais "parmi les actifs".
  • Près de trois étudiants sur quatre exercent un emploi rémunéré au cours de l'année, dont un quart en été (Source : Observatoire national de la vie étudiante- OVE, 2010).
  • Stages et emplois procurent l'essentiel des ressources de beaucoup d'étudiants.
Les étudiants dans la nomenclature INSEE (2003). Mise à jour le 20 février 2012. 
Définition des inactifs selon l'INSEE : "personnes qui ne sont ni en emploi (BIT) ni au chômage : 
jeunes de moins de 15 ans, étudiants, retraités, hommes et femmes au foyer, personnes en incapacité de travailler..." 
Etudiants "héritiers" ?
Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron dénonçaient, au début des années 1960, l'illusion sociologique et journalistique qui aimait à voir dans les étudiants "un groupe intégré et une condition professionnelle" (Les héritiers. Les étudiants et la culture, Editions de Minuit, 1964). L'illusion s'est perpétuée et consolidée dans la catégorisation. Pourtant, les variables socio-économiques classiques divisent toujours le groupe "étudiants" ; l'origine sociale se perpétue dans le choix des filières, dans l'habitat (un tiers des étudiants habitent chez leurs parents. Source : OVE) et dans les revenus (les étudiants bénéficient de versements, inégaux, de leurs parents) mais aussi dans les loisirs, les séjours à l'étranger...
Surtout, le type d'études menées reste corrélé à la PCS des parents : les enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures sont sur-représentés dans les études de gestion, d'ingénieur, de santé (études qui débouchent immédiatement sur un emploi). Comme dit l'étude de l'OVE : "rappel de l'origine". Les femmes sont sous-représentées dans les filières scientifiques et d'ingénieurs mais majoritaires en Lettres et sciences humaines, études qui donnent un accès difficile au marché de l'emploi. Après "les héritiers", vient "la reproduction"...
Ainsi, les étudiants se distinguent et se définissent d'abord par leur origine sociale (capital culturel et capital humain s'en suivent), mais, surtout, ils se définissent par leur sortie, le groupe social auquel ils vont appartenir au bout de leur formation et qu'anticipent déjà, peu ou prou, les stages. "Avenir de classe et causalité du probable" (Pierre Bourdieu), amor fati.

Du point de vue des sciences sociales et du marketing, ne serait-il pas plus rigoureux et efficace de classer les étudiants dans la catégorie sociale de leur parents ou dans la catégorie où ils deviennent actifs plutôt que d'en faire une catégorie socio-professionnelle autonome qui n'ajoute guère à la tranche d'âge ? La catégorie sociale "étudiants" est illusoire.


Autres posts socio-démos :

mercredi 7 août 2013

Socio-démo : ménage, ménagère, manager

.
Un ménage peut être défini comme un ensemble d'unités de consommation (UC) : dans cettte évaluation, un adulte compte pour 1, les autres personnes de plus de 14 ans pour 0,5, les personnes de moins de 14 ans pour 0,3. Par exemple, un foyer composé de deux adultes et deux enfants de moins de 8 et 11 ans compte 1 + 0,5 + 0,3 + 0,3 = 2,1 UC (échelle OCDE, recommandée par l'INSEE) ; cette échelle, qui succède à l'échelle dite d'Oxford, est critiquée pour sous-estimer le coût des enfants.

Selon l'INSEE, un ménage est composé des personnes vivant dans la même résidence principale. La notion de ménage est indifférente aux liens de parenté ; le ménage peut ne compter qu'une personne. Pour appartenir à un ménage, les membres doivent faire "bourse commune" (contribution et partage).

En 1982, l'INSEE est passé de la notion de "chef de ménage" à celle de "personne de référence du ménage", ainsi définie :
"La personne de référence du ménage est déterminée à partir des seules 3 personnes les plus âgées du ménage. S'il y a un couple parmi elles, la personne de référence est systématiquement l'homme du couple. Si le ménage ne comporte aucun couple, la personne de référence est l'actif le plus âgé (homme ou femme), et à défaut d'actif, la personne la plus âgée".
Même modernisée, cette définition rend mal compte de la réalité économique et culturelle, de l'économie domestique.

Une journée moyenne en métropole, en 2010.  Source : INSEE, Layla Ricroch et Benoît Roumier, o.c.
Quelle est la réalité de la vie des ménages ?
On peut l'approcher par le budget-temps des membres d'un ménage. C'est l'objet du travail de recherche effectué par Layla Ricroch et Benoît Roumier (cf. "Depuis 11 ans, moins de tâches ménagères, plus d’Internet", INSEE Première, N°1377, novembre 2011). Comment évolue la répartition des tâches domestiques dans les ménages ? Le temps passé à la cuisine diminue, comme celui passé au ménage et aux courses. Les hommes bricolent moins et s'occupent davantage des enfants. Mais, surtout, principal résultat de cette enquête, les femmes assurent toujours la plus grande partie des tâches domestiques. Elles y consacrent moins de temps qu'avant, mais toujours beaucoup plus que les hommes (une heure et demie de plus). Notons toutefois, "l'invisibilité du travail domestique masculin" (cf. Florence Weber, Le travail à-côté. Une ethnographie des perceptions, Paris, editions HESS, 1989, 2009) et la notion, délibérément imprécise, de semi-loisir, rebelle au calcul (cf. Philippe Coulangeon, Pierre-Michel Menger, Ionela Roharik, "Les loisirs des actifs : un reflet de la stratification sociale", Economie et statistique, N° 352-353, 2002).

Qui décide de quoi dans un ménage, de quels achats ? Qui est "Principal-e Responsable des Achats" (RDA, PRA) alors que le nombre de ménages comptant deux actifs devient la norme et que les femmes sont plus diplômées que les hommes (cf. INSEE, Diplôme le plus élevé obtenu en 2011, selon l'âge et le sexe) ? Quel achat fait l'objet d'une décision collective, négociée, "familiale" (problème d'attribution) ? 
Pour l'essentiel, les femmes sont majoritairement responsables des achats domestiques ("main shopper") dont elles sont les principales prescriptrices et utilisatrices (FMCG, alimentation, etc.). D'après Kantar (Worldpanel, "Le shopper version homme"), dans 15% des cas, les hommes sont responsables des achats. Dès lors, en toute logique, les femmes ne sont-elles pas par défaut personnes de référence ? Si dans un ménage il y a des femmes, la plus âgée devrait être "personne de référence du ménage"... Pour le reste, la définition usuelle de l'INSEE s'applique (le plus âgé, etc.). Plutôt que de ménagère, ne vaudrait-il pas mieux parler de managers du ménage, voire même d'auto-entrepreneur, entrepreneur de soi-même (Michel Foucault) ? Ne parle-t-on pas parfois aux Etats-Unis des femmes comme "household CEOs", PDG du ménage ?

En attendant que la terminologie épouse l'évolution des moeurs, et que l'appliquent les questionnaires de recrutement des panels et les enquêtes de cadrage, la télévision continue de vendre des cibles "ménagères". Désormais, on parle même de "ménagères numériques" : moins de 50 ans, responsables des achats et qui se connectent à Internet au moins une fois par semaine, selon Media in Life. Pourquoi moins de 50 ans, alors qu'un nombre croissant de femmes accouche après 35 ans (cf. INSEE) ? Pour l'étude de référence de la presse, One / Audipresse, est ménagère "la femme qui dans le foyer se définit comme telle" : mais quelle femme aujourd'hui se définit comme ménagère ? Prudente, l'étude donne des statistiques pour chacune des trois catégories : ménagère, personne de référence, responsable des achats... 

vendredi 15 mars 2013

Critique d'une ethnologie des médias. Questions de méthodologies

.
La compréhension des usages privés des médias comporte des difficultés a priori insurmontables.

Que peut-on savoir ?
Les usages privés des médias relèvent d'habitudes, de gestes quotidiens, souvent inintentionnels, de micro-décisions ; comme les usagers n'y prêtent guère attention, ne sont pas conscients des éléments de leur activité, ces usages sont réfractaires aux déclarations, questionnaires ou entretiens. Les réponses obtenues par questionnement ("extorquées", disait Pierre Bourdieu) à propos de ces usages sont peu crédibles ("If you torture the data enough, nature will always confess", la maxime de R.H. Coase s'applique).
Les enquêtes classiques saisissent les tendances générales des comportements. Un modèle du genre, pour citer un cas récent, est l'enquête décennale "Emploi du temps" de l'INSEE qui met en oeuvre une méthodologie totale (face à face au domicile de l'enquêté, carnets journaliers et semainiers, collecte assistée, etc.). L'enquêteur doit faire confiance à l'auto-analyse effectuée par l'enquêté lorsqu'il remplit les documents : or l'enquêté est plus ou moins précisément "conscient" de ce qu'il fait. Il résulte de cette enquête une connaissance de l'évolution des modalités de consommation de la télévision au domicile au cours des trente dernières années (cf. "Plus souvent seul devant son écran").

Que peut-on espérer ? 
Observer des usages, c'est inévitablement observer un usager qui sait qu'on l'observe (nous le voyons nous voyant le voir) ; dès lors, le dispositif d'observation perturbe la scène observée (mesurée), et l'altère. Comment l'enquêteur peut-il se trouver en situation d'observation de la vie privée des usagers sans que cette intrusion perturbe cette vie privée ? Que pourrait décrire l'enquêteur de ce qu'il voit, alors que, "menant" un entretien (et mené par lui), il lui faut aussi prendre des notes, prendre des photos. Filmer l'entretien ? L'enquêté se sait filmé... Multiplier les capteurs ? L'enquête ethnographique se trouve toujours coincée entre une contrainte d'efficacité et un souci déontologique (respect de la vie privée, propriété inaliénable des données personnelles, etc).

Prenons un exemple : que peut-on savoir des usages privés des écrans et de l'éventuelle socialisation télévisée qui s'en suit (dite "social TV" ; cf. l'étude du CSA sur ce sujet) à l'aide des outils classiques ?
  • On sait ce qu'en révèlent les cookies qui permettent de suivre à la trace les actions, réactions et interactions des téléspectateurs internautes (ou internautes téléspectateurs). 
  • On en connaît éventuellement les énoncés (des signifiants) collectés sur les messageries, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les sites visités, etc.
  • Grâce à l'audimétrie, on dispose des audiences (nombre de consommateurs, durée des consommations) et des noms de programmes reçus sur divers appareils (watermarking). On peut mettre en corrélations données audimétriques et données provenant de réseaux sociaux.
  • En revanche, on ne saura rien du sens des observations effectuées (gestes, interactions éventuelles), de tout ce qui relève du "perceptual computing". Rien des opérations mentales qui accompagnent, guident et justifient ces pratiques familières et intimes (l'intime ne se déclare pas). Pour cela, il faudrait une approche ethnométhodologique (cf. les travaux de Aaron V. Cicourel, Harold Garfinkel, etc.).
En période d'innovation technologique continue, les raisonnements média ("indigènes") sont peu lisibles car le "sens pratique" des utilisateurs (multiscreentasking) est encore en voie de routinisation et de réglage, d'autant que ces comportements, bien que privés, n'échappent certainement pas au regard et au jugement d'autrui (cf. les "arènes des habiletés techniques" que l'ethnologue étudie à l'usine). Quelle est, par exemple, l'articulation des appareils lors des "usages simultanés" ? Le second écran (tablette, smartphone) n'est-il utilisé, comme on le postule, que de manière ancillaire, au service de ce qui (se) passe sur l'écran du téléviseur (Erwin Goffmann parlerait de "side-involvement") ? Ou bien est-ce le téléviseur qui n'est qu'un média d'accompagnement des supports mobiles ? De plus, il n'y a sans doute pas toujours articulation entre les deux écrans mais seulement juxtaposition (corrélation) d'utilisations indépendantes.

Que peut-on faire ?
Certaines études mobilisent une ethnologie "armée" par des appareils. Par exemple :
Source : Poynter. EyTrack: Tablet Research
  • Time Warner met en oeuvre une recherche recourant au "suiveur de regard" (eye tracking) afin d'observer les comportements de socialisation numérique des téléspectateurs (N.B. Time Warner a investi dans GetGlue, une application de télévision socialisée, en 2012). Ball State University assure la recherche dans les laboratoires du Medialab de Time Warner à New York. 
  • The Poynter Institue for Media Studies étudie les modalités d'usage et de lecture sur tablettes (EyTrack: Tablet Research).
  • ACB (Actual Consumer Behavior) pratique la "vidéo-ethnographie" pour comprendre les comportements des téléspectateurs et l'utilisation de produits dans un "contexte naturel" ("Experienced ethnographers provide clients insight into use and experience of the product in the natural context") : l'observation a lieu au domicile et peut éventuellement être élargie à tous les membres du foyer.
Ces enquêtes mobilisent d'importants moyens techniques pour dépasser, avec des "armes" ethnographiques, les méthodologies traditionnelles ; toutefois, elles perturbent les actions observées.
La première ne se déroule pas dans le lieu "normal" de la pratique que l'on veut comprendre mais dans un domicile artificiel reconstitué en laboratoire (on retrouve ici des pratiques de recherche mises en oeuvre pour l'étude des comportements des consommateurs dans les points de vente).
La seconde demande aux enquêtés de porter des lunettes équipées de deux caméras.
La troisième recourt à la vidéo, tandis que l'ethnographe s'invite dans un foyer où il observe et code ses observations.
Dans tous les cas, sont perdues de vue les exigences d'une ethnographie non intrusive.

Peut-on combiner technique ethnographique et quantifications classiques afin d'intégrer ainsi micro- et macro-sociologies ? Rêverie de psycho-sociologues ? Ne faut-il pas renoncer à l'illusion réaliste et cesser de vouloir dire "le monde comme si je n'étais pas là pour le dire" (cf. Claude Simon, Discours de Stockholm, citant Baudelaire). L'épistémologie des sciences sociales recoupe la théorie du roman.
L'enjeu est d'importance théorique mais aussi managériale : seules des études de qualités peuvent garantir la qualité des emplacements publicitaires, et la qualité de l'engagement des usagers.


Références
  • Nicolas Dodier, "Les arènes des habiletés techniques", in "Les objets dans l'action. De la maison au laboratoire", Raisons Pratiques, N°4, 1993, pp. 115-139.
  • Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Paris, les éditions de minuit, 477 p. Bibliogr, Index.
  • Erwin Goffman, Interaction ritual. Essays on face-to-face behavior, 1967, Pantheon Books, New York, 270 p.
  • Daniel Couturier, et al., La mort de la clinique ?, Paris, PUF, 2009, 153 p. CfMédia-Médecine. Enquêtes marketing et clinique).
  • K. Knorr-Cetina, A.C. Cicourel, et al., Advances in Social Theory and Methodology. Toward an Integration of Micro- and Macro-Sociologies, Boston, 1981, 325 p., Index.
  • Sandrine Medioni, "Désir d'interactivité des consommateurs : une application aux téléspectateurs", 2009. Thèse consultable à la bibliothèque de recherche de l'Université Paris Dauphine. Cf. "Marketing de l'innovation et discours d'accompagnement".
  • Florence Weber, Julien Ténébos, L'économie domestique. Ethnographie du quotidien, Paris, aux lieux d'être, 2006, 127 p., bibliogr..

lundi 11 février 2013

Socio-démo : la retraite et les retraités

.
Pour les magazines qui s'adressent aux personnes de plus de cinquante ans, la retraite est un sujet essentiel (il gagne d'ailleurs progressivement toutes les générations : un relevé de situation est d'ailleurs adressé à tous, dès 35 ans, accessible en ligne). La retraite est un sujet de plus en plus sensible, relayé régulièrement par l'actualité politique (vote de la loi de finances, mouvements sociaux, débats syndicaux, etc.). Il s'agit désormais d'une question sociale et économique indéfiniment actuelle (anticipations, etc.).
Certains titres de presse y accordent une grande importance, et y consacrent des Hors Séries et des numéros spéciaux mettant à jours informations réglementaires, etc. Leur cible primordiale est celle des retraités et de ceux qui le seront bientôt. Deux mensuels se distinguent, Notre temps (Groupe Bayard) et Pleine Vie (Mondadori France) qui comptent respectivement 3,6 et 2,9 millions de lecteurs (Source : Audipresse One, résultats 2011/2012, LDP)
Pour la presse économique, celle de l'immobilier, celle des consommateurs (CapitalLe ParticulierImmo Neuf60 millions de consommateursLes Echos, etc.), il y a matière à expliquer et guider la préparation de la retraite. La presse accomplit alors le premier de ses métiers : informer pour conseiller, guider. Aussi, les magazines mettent-ils en avant leur aspect pratique avec des dossiers et des fiches mis à jour, concernant le montant, l'âge, les droits, la santé, etc.

Avec une espérance de vie qui progresse, le nombre des retraité(e)s s'accroît et cette catégorie devient très importante et de plus en plus hétérogène. On compte actuellement plus de 15 millions de retraités en France (presque un quart de la population française). Sources : DREES, INSEE).

Comment la retraite est-elle prise en compte dans les analyses socio-démographiques ? Plutôt difficilement. Il est vrai que la question est complexe.
Dans la classification de l'INSEE, dite PCS 2003, qui donne la "Liste des catégories socioprofessionnelles agrégées", les retraités ont classés au code 7 qui se décompose en 6 catégories "d'anciens" (cf. infra).

Liste des catégories socioprofessionnelles agrégées (INSEE), Niveau 3
On peut donc pertinemment classer les retraités dans la catégorie correspondant à leur dernière activité ("ancien...") puisque les situations des individus retraités varient significativement selon la/les professions dont ils sont retraités (niveaux de revenu, âges, générations, polypensionnés, etc.). Toutefois, le retraité n'est pas un actif, au sens professionnel du terme ; il dispose de beaucoup de temps libre et d'un emploi du temps flexible. Pour caractériser le retraité, on peut aussi prendre en compte sa situation familiale (grands-parents gardant des petits-enfants, etc.). Quand la santé n'est pas un handicap, cet inactif est souvent très actif (voyages, bricolage, loisirs créatifs et numériques, cours, sport, vie associative, etc.). La retraite n'est pas une profession ; c'est plutôt un statut.

L'INSEE a consacré de nombreux travaux à la situation des retraités en France. Retenons-en les principales conclusions ; elles affectent le marketing de presque tous les annonceurs.

- Le passage à la retraite provoque des changements dans la plupart des domaines de la consommation (habitation, transports, vacances, loisirs, santé, équipement domestique, etc.).
- Toutes les études montrent la forte disparité économique des situations de retraite. Les revenus dont disposent les femmes sont inférieurs ; cette inégalité reflète les écarts salariaux, elle renvoie aussi à la prise en compte de l'activité des mères (temps partiel). De plus, la retraite des femmes est fragilisée par l'évolution des unions conjugales (pensions de réversion, etc.). Cf. le numéro de Notre Temps consacré à la "retraite des femmes".
- Notons que la retraite a également une géographie : le Sud est favorisé (Alpes Maritimes, Var) tandis que la région Nord-Pas-de-Calais ne garde pas ses retraités : la retraite affecte l'aménagement du territoire (les lieux de vacances choisis pendant l'activité professionnelle jouent un grand rôle pour choisir un lieu où prendre sa retraite).

Pour le marketing, il est difficile d'isoler les effets de la retraite ; elle cumule des effets d'âge, de cycle de vie, de santé, de rémunération, de temps libre. En tout cas, elle constitue indiscutablement une donnée indispensable de ciblage et de segmentation de la population (quotas).

Autres posts socio-démos :
Bibliographie
Parmi les travaux de l'INSEE consacrés à la retraite, signalons trois études essentielles qui peuvent être consultées dans France, portrait social - Insee Références, Édition 2012.

jeudi 16 février 2012

Magalogue pour parents, l'art de consommer

.
pourbébé by family, hors série. 1,9 €, 164 p. Groupe Marie Claire. Distribué par les M.L.P.

La plupart des magazines sont en partie des guides d'achat fondés sur des conseils d'experts, qu'il s'agisse de moto, de cuisine, de livres, de voyages, de bricolage, d'informatique, de téléphonie ou d'éducation...
Le contenu, c'est le guide d'achat.

Lorsque l'enfant paraît, le cercle de la consommation applaudit à grands cris. Air connu. Chaque naissance représente un tournant dans la consommation et dans le budget d'un ménage. pourbébé veut aider les parents à prendre ce virage. Aussi, même s'il y a un peu de rédactionnel, le magazine va droit au but : "tout pour équiper bébé". Mission importante, surtout pour les nouveaux parents, inquiets, soucieux de bien faire et souvent incompétents, surtout lors de la première naissance (primipares). Et puis, chaque année, se renouvelle la clientèle : on comptait en France selon l'INSEE, plus de 827 000 naissances en 2011. Un tiers des mères accouchent après 35 ans. Positionnement lucide du magazine résumé dans l'édito de la rédactrice en chef.

Dans le métier de parents, le plus facile est encore d'acheter ; éduquer, aimer, c'est une autre histoire, de longue durée. Mais même acheter n'est pas si simple. La plupart des parents n'ont guère droit à l'erreur, question d'économie, de sécurité, d'efficacité, de commodité. Et ils n'ont pas que cela à faire. Alors pourbébé intervient.

600 produits répertoriés, classés, comparés tacitement. La chambre (literie, mobilier, éclairage, déco), les soins et l'hygiène, l'éveil (on n'ose plus dire "éducation"), la nourriture et la gourmandise, la mobilité (on pourrait dire le transport). Et puis quelques indécidables pour animer les conversations au parc : la peluche, la sucette... et l'indispensable et imprévisible robot multi-fonction.
Le tout est truffé d'avis de parents, de pédiatres. Légitimation par des "experts"! Mais, surtout, en dernière partie, un catalogue de 32 pages, clair et synthétique (voir le sommaire). La publicité, dénotative, est placée dans son contexte, en affinité stricte, ne dérange pas la lecture, l'illustre.

pourbébé est un magalogue utile, utilisable, bien construit.
Reste la question lancinante de la relation du catalogue papier au Web. Certains aspects (classements selon le prix, consultation du site du produit, achat en ligne) seraient plus faciles d'utilisation sur le Web, sur une tablette (cf. Catalogue de catalogues). L'appli famili permet déjà la consultation approfondie de quelques produits, sur iPhone, à partir de la photo de certaines pages, grâce à la réalité augmentée. Comment les parents lecteurs réagiront-ils ? Comment optimiser le mix papier / support numérique, leur modèle économique et leur ergonomie ? Comment exploiter toutes les données produites par un tel mix ?
En essayant. 
.

mardi 29 novembre 2011

Patrimoine et richesse des ménages

.
Hélène Chaput, Kim-Hoa Luu Kim, Lauriane Salembier, Julie Solard
"Les inégalités de patrimoine s'accroissent entre 2004 et 2010", INSEE Première N°1380, novembre 2011

Des études média proposent en France une segmentation de la population selon les revenus déclarés. Les revenus disponibles, même corrigés des transferts sociaux (fiscaux, etc.), même si l'on veut croire à la rectitude des déclarations (il y faut la foi du charbonnier), restituent une image incomplète et sans doute inexacte de la France la plus riche, car il y manque les patrimoines. Or les écarts de patrimoine se sont accrus depuis 2004 (indice de Gini : +1,4%).
L'enquête Patrimoine 2010, réalisée par la division Revenus et patrimoine des ménages de l'INSEE, permet d'y voir plus clair. L'enquête repose sur les déclarations de 15 006 ménages, avec un calage sur la comptabilité nationale (avec la collaboration de la CDC, la BdF, l'INRA, la FFSA, etc.).
Le patrimoine des ménages est défini comme un ensemble d'avoirs : actifs financiers, immobiliers, actifs professionnels, équipement en biens durables, bijoux, oeuvres d'art. Le montant du patrimoine net est le patrimoine total brut dont on a déduit les emprunts en cours.
Que nous apprend, du point de vue de l'activité média et publicité, cette enquête publiée en novembre ?
  • Le patrimoine net croît régulièrement au cours d'une vie, de 30 à 70 ans. Le patrimoine, quant à l'âge, redouble donc les effets du revenu. Ceci renforce le poids de la variable "âge" dans les analyses.
  • Les disparités de patrimoine sont plus discriminantes que les disparités de revenu disponible.
  • Les CSP sont inégalement dotées : les agriculteurs puis les indépendants ont généralement plus de patrimoine, car il leur faut investir dans leur outil de travail (actifs professionnels). De manière plus précise, l'effet patrimoine joue inégalement selon les CSP ; par exemple, il est très important pour les professions libérales, à distinguer nettement des cadres et, plus encore, des professions intermédiaires. Que valent dès lors les notions de CSP+ ou de CSP++ ?  
Mon avis
  • Toujours revenir aux études de base, notamment celles de l'INSEE, lorsqu'elles existent. Leur méthodologie est claire et publique (source).
  • Au terme de cette prise en compte du patrimoine, la segmentation des pratiques média par la fortune paraît moins simpliste. 
  • Ces données favorisent les entreprises média / data disposant d'observations liées à des pratiques de navigation complexes, rares et non à des données ramassées à la fourche, on ne sait où.
  • Ensemble, "Revenus après transferts" + "Patrimoine net" peuvent définir un style de vie économique (propension à dépenser et à épargner, etc.), un parcours familial. Ciblage comportemental discriminant.
  • Resterait encore, pour être complet, à prendre en compte et intégrer le capital culturel (certifié et objectivé, diplômes, capital humain, etc.) et le patrimoine social (relations sociales échangeables et mobilisables), toutes formes de capital qui surdéterminent les données économiques des ménages.

mardi 21 juin 2011

Démographie 2009 : redessiner les cibles média et marketing

.
L'INSEE publie situation démographique de la France en 2009. Quelles conséquences pour le travail média ?
  1. Vérifier la définition de la population de référence (champ), notamment dans les mesures d'audience : soit la France métropolitaine exclusivement, soit l'ensemble outre-mer comprenant les départements (1 870 000 personnes) et les collectivités (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon, Wallis-et-Futuna,Saint-Martin, Sant-Barthélémy: 780 000 personnes)
    1. Total outre-mer : 2 650 000
    2. Total métropole : 64 670 000
  2. Un pays parmi tant d'autres : la France ne représente que 13% de la population de l'Union européenne. Cette Union, en revanche, avec plus de 500 millions d'habitants, occupe une position démographique significative auprès de l'Amérique du Nord et des puissances asiatiques (Chine, Inde, Japon)
  3. Fécondité : les mères accouchent de plus en plus tard 
    1. En moyenne, l'âge moyen à l'accouchement est de 30 ans (29,9 ans en 2009)
    2. La fécondité des femmes de moins de 30 ans diminue et celle des plus de 30 ans augmente
    3. Une génération compte maintenant plus de 820 000 personnes (793 500 naissances en France métropolitaine et 31 000 outre-mer) 
  4. Vieillissement ? Derrière cette notion se cache celle, plus confuse qu'il y paraît, de population dite "active" qui inclut une part de plus en plus significative des 60-75 ans. Cette évolution est riche de conséquences sur les retraites, le patrimoine, les consommations (loisirs, santé)
    1. La population des 15-49 ans, cible préférée des grands médias, est stable depuis 1991 (près de 30 millions de personnes) mais son poids dans la population totale décroît régulièrement : de 50,4% de la population totale en 1991, elle est passée à 45,7% en 2009
    2. Les moins de 15 ans sont en légère augmentation (+ 200 000 personnes)
    3. La tranche des 60 ans et plus a gagné 3,5 millions de personnes ; celle des 75 ans et plus a gagné plus de 1,8 million. Quelle part de ces personnes est active, à quel taux ?
  5. Mariage + PACS : 425 000 cérémonies par an. La presse et le marketing de ces unions ont encore un bel avenir
    1. 251 000 mariages classiques par an
    2. Le nombre de PACS (pacte civil de solidarité) croît : 174 000 en 2009
    3. L'âge moyen des promis au premier mariage augmente (primo-nuptialité) : 31,7 ans pour les hommes, 29,8 pour les femmes. Depuis 1994, cet âge a augmenté de 3 ans pour les femmes comme pour les hommes.
    4. Trente ans représente un tournant dans les âges de la vie. Autrefois, c'était vingt ans. Après l'adolescence, plus d'une dizaine d'années constituent une période intermédiaire, plus ou moins active (emploi, études, loisirs) sans engagement sérieux (couple, enfant, imobilier, emploi). Cet âge définit une cible socialement hétérogène  : modes de vie, niveaux de vie
  6. Féminisation ? 
    1. Non, au contraire. Depuis 1991, le poids des femmes diminue pour les plus de 60 ans ; pour les 20-59 ans, il est passé, en 18 ans, de 50,0 % à 51,6% 
    2. Les générations âgées sur-représentent encore les femmes (63,2% des 75 ans et plus). Cf. graphe ci-dessous.
Conclusions : redessiner les cibles média et marketing
  • Importance d'une période allant de 18 à 30 ans, mal connue, peu appréhendable avec les outils traditionnels qui dissimulent encore cette tranche d'âge au profit des sacro-saints "15-24" et "25-34" ans. Cible à préciser avec les taux de diplômés, d'emplois, d'activité, les rites de passage, etc.
  • Croissance des effectifs de la population âgée de plus de 60 ans. Déjà, la référence des 50 ans est obsolète (enfants à charge bien au-delà de cet âge, éloignement du départ à la retraite, etc.). Où placer la nouvelle barre pour constituer une cible pertinente ? Croiser âge et santé (déficiences, handicap, dépendance, incapacités) pour définir la probabilité d'activité (au sens étendu du terme, incluant les loisirs, les responsabilités familiales, les participations sociales diverses) ?