Affichage des articles dont le libellé est cuisine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cuisine. Afficher tous les articles

lundi 19 février 2024

Notre temps, un magazine pour passer le temps

 Notre temps, mars 2024, 132 p., mensuel, 4,4 €

De qui est-ce le temps ? Quel temps, celui qui passe, celui auquel on appartient ? Si l'on s'en tient à la une de ce magazine, à la photo qui illustre ce numéro mensuel, on ne peut douter : il s'agit du temps des trentenaires. Mais en feuilletant le magazine, le doute s'installe, et il s'agit plutôt de la seconde partie de la vie, de celle qui précède et anticipe la retraite, la maladie, la mort, les petits enfants, partie de vie jamais nommée mais horizon toujours présent de toutes les décisions, médicales ou économiques. Mais enfin, déclare une actrice interviewée, "il y a de beaux rôles pour les actrices de plus de 50 ans". D'autant que la part de la population des "50 ans et plus" s'accroît régulièrement... 

Si l'on en croit l'OJD et l'ACPM, l'audience de ce titre est de 2,4 millions de personnes, composée d'un tiers d'hommes et de deux tiers de femmes. Les abonnements représentent 81% de la population des acheteurs du titre ; des fidèles donc. Rappel : en France, une personne sur cinq a au moins 65 ans (source : INSEE, 2022) et la France compte 66 millions de personnes, donc 13 millions sont la cible de Notre temps, cible du magazine papier et/ou cible du site Internet de ce même titre. Au total d'ailleurs, ce magazine est de facto le premier des magazines, juste derrière les hebdomadaires de fin de semaine et ceux de télévision dont les audiences sont menacées par les divers outils numériques.

En gros titre, en rouge, donc, de ce numéro de mars : la retraite des femmes. Cela constituera le "cahier central" intitulé "vos droits et votre argent" : tout d'abord, le logement qui est traité en tenant compte de l'avancée en âge ("après un veuvage", etc...), des déménagements. Ensuite, vient la retraite : le passage à la retraite est souvent difficile pour les femmes, retraite dont le calcul financier est compliqué par des carrières interrompues par les enfants, par le métier du mari, qu'elles suivent, en général.

Puis, après un peu d'activités manuelles (un "tote bag brodé"), il sera question de la cuisine, de celle que l'on se mijote, centrée ce mois-ci sur le citron ,"un zeste de soleil" ; 6 pages lui sont concentrées, avec des recettes mais aussi des conseils diététiques (la santé toujours !), mais rien sur le citronnier qui pousse dans le jardin ou sur le balcon, dommage ! Ensuite, il est question du marché : l'églefin, les oranges sanguines, les radis red meat et les asperges ; puis du supermarché ("Banc -test : les crottins de chèvre", avec les prix au kg). Articles utiles, voire indispensables. Ensuite, des recettes pour les feuilletés.

L'agriculture ("le bio a pris racine", 2 pages pour un bilan qui reste modeste), et le salon des séniors. Puis une page pour l'année 1974 ("Souvenirs, souvenirs", cela s'est chanté, il y a bien des années). Le dossier santé est consacré à la musculature, il est suivi de deux pages sur les compléments alimentaires, puis d'un dossier sur la presbytie, d'un dossier sur une innovation médicale, les ultrasons pour améliorer la situation du coeur et, enfin les fleurs sauvages : c'est beau et bon pour le sol.

Ensuite, vient la culture avec le cinéma et les DVD, des romans (il y en a même un sur Spinoza, philosophe malin, si loin de son temps !). Puis viennent quatre pages, dans le cadre des "Amours historiques", sur celle qui deviendra l'héroïne du Roman de la rose, épouse de Louis IX, dit Saint Louis, à qui les français de religion juive devront de porter une rouelle d'étoffe jaune, suggestion faite au roi en 1269 par un juif converti ! Ensuite, quatre pages sur Evreux, puis cinq pages sur Sri Lanka : tourisme, ici ou là-bas.

Finalement viennent les jeux, mots croisés, mots fléchés, le bridge, etc. puis la publicité et les annonces classées (pp. 110-132) : au total, environ 38 pages de publicité dans le magazine, presque toutes utiles.

Concluons. Manifestement, dans Notre temps, il y en a pour tous les goûts, pour de nombreuses lectures actives (moi, j'aime bien les recettes) : il y en a pour un mois. Magazine multitâche sans être généraliste, il est conçu pour aider ses lectrices et lecteurs à devenir vieux. Alors qu'est-ce que c'est qu'être vieux, que devenir vieux ? Ce magazine donne des réponses à ces questions futiles mais vitales que l'on ne se pose pas, sauf parfois le soir quand on ne dort pas. Les réponses sont intelligentes, variées. Du très bon travail, assurément. "Notre temps, le plaisir d'avoir son âge", promet la régie publicitaire du titre. Peut-être !

dimanche 11 décembre 2022

Un magazine qui se veut beau : manifestement optimiste !

 BEAU demain. Magazine manifestement optimiste, trimestriel, automne 2022, 16 €, 196 p. distribution MLP.

C'est un magazine que l'on nous promet trimestriel. Il est beau comme un livre. Bien sûr, le beau est difficile à définir et le magazine "écoute la richesse de ce temps fragile mais créatif, curieux, généreux et militant". Ainsi il "Renoue avec le beau. Et permet de l'éprouver". Voilà le programme qu'annonce la rédactrice en chef, Charlotte Roudaut (p. 12), face à une bouteille de Champagne, Blanc de Blancs, de Ruinart. Donc pas de définition mais des exemples, et la publicité en fait partie, celle de Chanel qui se vante d'un "temps d'avance sur la beauté", celle du rouge d'Hermès pour qui "la beauté est un geste", celle du livre de Michel Pastoureau qui raconte "l'histoire d'une couleur, le blanc", ou d'Agata Toromanoff, "Sculpter la lumière", "Panorama en 500 lampes", et enfin, celle pour la Suisse ("J'ai besoin de nature, J'ai besoin de Suisse"). 

En fait, il y a de tout dans Beau : un article sur Patti Smith qui évoque l'environnement, un article sur des librairies de Tokyo, ou encore sur Ali Akbar piéton de Paris, vendeur de journaux à Saint-Germain des Prés.  Il y a un article sur le lavomatic à New York qui invite à refuser la machine à laver domestique, celle que chacun a chez soi. Et puis, il ya la moisson par Triticum (à Rouen), de la cuisine avec une tarte "citrouille, épices et chantilly de coco", il y a aussi la nouvelle vague du design au Portugal. On rencontre encore le prix Nobel d'architecture, Diébédo Francis Kéré, qui invente des bâtiments au Burkina Faso. On rencontre aussi Jean-Guillaume Mathiaut, sculpteur sur bois et architecte. Car il faut de tout pour faire un magazine, et il y a de tout dans Beau

Comment ne pas penser à Platon et à l'Hippias Majeur ? "Récemment, en effet, dans une discussion où je blâmais la laideur et vantais la beauté de certaines choses, je me suis trouvé embarrassé par mon interlocuteur. Il me demandait, non sans ironie : " Comment fais-tu, Socrate, pour savoir ce qui est beau et ce qui est laid ? Voyons, peux-tu me dire ce qu'est la beauté ?" Et moi, faute d'esprit, je restai court sans pouvoir lui donner une réponse satisfaisante." (Platon, Hippias Majeur, 286 d, 1921 - 1965, Paris, Les Belles Lettres, texte établi et traduit par Alfred Croiset). Beau reprend ainsi le dialogue de Platon, "Sur le beau, genre anatreptique". Qu'est-ce qui est beau ? Par exemple, dit le dialogue, une belle jeune fille, une belle jument, une belle lyre, une belle marmite, l'or, l'ivoire, la cuiller en bois de figuier ou encore le plaisir causé par la vue ou l'ouïe... On n'aboutit à rien ou à tout, au bout de cet inventaire, et Socrate de conclure que "le beau est difficile" (304 e). Dialogue infructueux donc, mais réaliste ! C'est le sens d'anatreptique, Socrate a tout mélangé et l'on aboutit à rien, à une aporie (ἀπορία). Pas de définition, seulement des objets, plus ou moins beaux.

Beau, le magazine nous fait penser à ce dialogue platonicien : il y a du beau partout et le beau est difficile à définir. On l'invente, on le trouve, au hasard des rencontres. Bonnes lectures, bonnes idées... car le magazine a une longue espérance de vie ; il sera lu et relu, au cours d'une vie qui dépassera les trois mois de sa périodicité annoncée. Et l'on attend les prochains numéros : quels contenus ? Pour les réponses, relisez l'Hippias majeur car "le beau est difficile" mais le magazine est optimiste !

lundi 23 novembre 2020

S, un magazine "positif, inspirant, sans tabou". Diable !

 S. Le magazine de Sophie Davant, bimestriel, CMI Publishing, 3,8 €, 148p.

N'étant pas dans la cible, j'ai commencé par la faim / fin et les recettes de cheffe. Sophie Davant propose quatre recettes. La première est une de carpaccio de saumon, facile. La seconde des pâtes aux deux saumons, frais et fumé, avec des spaghettis. Pas très compliqué mais appétissant. Cela se complique avec un "magret de canard déglacé au miel" et on en mangera volontiers. Enfin, cela se termine par un "moelleux au chocolat encore coulant" qui doit être succulent. Bon pour une entrée dans le magazine, c'est sympa, clair, bien expliqué. "Plaisir assuré".

Sophie Davant, personnalité de la télévision grand public, "accessible et inspirante", mère de deux enfants, divorcée, bientôt soixante ans. L'ancienne de "Télé Matin" lance un magazine "positif, inspirant, sans tabou" (c'est son sous-titre). Directrice éditoriale, Sophie Davant y signe quelques articles ; j'ai aimé et retenu notamment :

  • l'interview de son amie, écrivain et journaliste, Katherine Pancol, "une femme libre" ; et la copine de balancer, sur le milieu littéraire : "un milieu, qui a couvert Matzneff pendant trente ans parce que c'est un homme, est difficile à respecter" (Gabriel Matzneff, auteur de Gallimard, est "visé par une enquête pour viols sur mineurs", Le Monde, 24 septembre 2020).
  • le conseil impératif qu'elle donne aux femmes : "être indépendante financièrement. Travailler à être soi à 100%", même si "tout est plus difficile quand on est une femme"...  
  • l'interview de Francis Cabrel, son rapport à la paternité et à sa femme : "il a fallu de la patience à mon épouse. Ca n'a pas dû être simple" (S.D. : "Elle vous l'a dit ? F.C. : "Elle me l'a dit" [Il rit]. 
  • les pages tourisme ("Evasion") qui vous mèneront "Du bassin d'Arcachon à la Normandie" : suivons le guide, et nous verrons.
Beaucoup de sujets que n'aborde guère la presse féminine. Et le magazine traite aussi de la brocante, de la décoration, d'avoir des cheveux blancs, d'avoir 50 ans ("le nouveau 20"), du style vestimentaire et du maquillage de Sophie Davant ; le magazine parle aussi de chirurgie esthétique, du deuil, du départ des enfants, des fêtes, des cadeaux, de la ménopause, de la permaculture et puis, encore de la déco, du recyclage, et puis...; et puis, eh! bien, c'est la fin : et nous revoilà à la cuisine. Il faut que j'essaie une de ces recettes : allons-y pour les pâtes aux deux saumons. Nous en reparlerons, bientôt !

Le groupe qui publie S est le groupe CMI (qui, en France, publie également Elle, Télé 7Jours, Art et Décoration). Le premier numéro comporte quelques pages de publicité : pour les pistaches, Orange, Intermarché, l'eau thermale, Tena, le Café de Paris (le vin), etc ; mais la publicité la plus discrète est celle que le magazine offre pour de nombreux objets et produits divers, des adresses...
Le magazine, un féminin classique, tient beaucoup dans ce premier numéro, par sa directrice éditoriale. Sa personnalité suffira t-elle à donner au titre de la durée ? Le numéro 2 est annoncé pour janvier.

vendredi 14 août 2020

Pâtisserie de chez vous ?

"Fou de Pâtisserie, La France en 120 pâtisseries sucrées de nos régions", opus #10, Hors série, août - septembre - octobre, 212 p., Index des recettes (p. 210). Adresses pour chacune des quatre régions (Cahier technique, pp. 163-209).

Alors voilà un livre pour les fous de pâtisseries, pour ceux et celles qui sont déjà des professionnels et ceux et celles que cela prend de temps en temps, de se professionnaliser, le temps d'un week-end ou de quelques vacances. 212 pages pour 120 recettes. 

La France est divisée en quatre chapitres renvoyant à des restaurants et des pâtissiers professionnels de la région. Et il y en a pour toutes les saisons, pour tous les goûts, et pour tous les talents.

Beaucoup de recettes sont en quelque sorte des chefs d'oeuvres. Et les amateurs prendront le temps pour réussir leur dessert favori, celui qui mettra en relief tous leurs talents.

Je n'ai aucun espoir gastronomique mais je vais essayer une recette dite de "pain d'épices à l'ancienne", je ne devrais pas la manquer : je fais du pain d'épices depuis plus de 20 ans avec mes enfants. Alors, allons-y !

La recette est claire. Pourtant, la farine "T45" est introuvable, alors j'ai pris la farine banale. Pour le reste, j'ai tout trouvé à la maison ou presque. Il m'a fallu une bonne heure, vaisselle comprise (la recette prévoit 25 minutes de préparation), et 10 minutes d'infusion. On peut garnir le pain d'épices avec un mélange de confiture d'oranges et d'abricots. J'ai essayé, je trouve que cela n'apporte pas grand chose, mais c'est plus joli.

Et voilà !

C'est bon ; au petit déjeuner, trempé dans le café au lait. Il faut améliorer la recette en jouant avec les confitures. J'ai mis de la confiture d'oranges amères et de la marmelade de citrons verts, comme l'indique la recette (p.j.), mais on doit pouvoir mieux faire.







samedi 11 juillet 2020

Beau, bon et utile pour cuisiner l'été



Saveurs Green. Le magazine naturellement responsable, bimestriel, juillet-août 2020, 124 p.

Voici nouveau un magazine qui tient ses promesses : il est bourré de recettes "végétariennes et équilibrées", accompagnées de conseils (l'"avis de la nutritionniste"). Il y en a pour tous les goûts, pour les grands et pour les enfants, pour ceux qui veulent "se dépolluer" (les "assiettes détox"), pour les sportives, et de nombreux plats plus sérieux aussi... et enfin des desserts glaces et des sorbets.
Dos carré, excellentes photos, le magazine est beau et facile à feuilleter. Et il y a des menus rapides - "à table dans 20 minutes"- et des plats plus lents qui demandent une préparation plus sophistiquée. Mais pourtant tout à l'air facile, à portée de la main !
Enfin le magazine donne envie de partir, mais pas nécessairement loin, à Troyes "en Champagne", par exemple. Carnet d'adresses en fin de magazine, sommaire des recettes. Et il y a des trucs pour nettoyer sa cuisine, un régime pour démarrer des moments de running, des idées sur le sucre, pour y démêler le vrai du faux. Bien sûr, il y a de la publicité, mais si bien placée qu'elle passe presque inaperçue d'autant qu'elle retient l'attention des lecteurs et lectrices (beau contrat de lecture). En début de magazine, il y a des "actus green", des idées pour l'apéro... Bon, vous avez compris, il y a tout ce dont on peut rêver pour cuisiner l'été. Et le magazine est fait pour être lu et gardé, collectionné même.

Excellent magazine. Bien équilibré, bien conduit. Du travail de professionnel-le-s. On a tellement envie de goûter tant de plats, que l'on va finir par s'abonner.

jeudi 2 juillet 2020

On est bien à la campagne en été



Bien à la campagne. Jardin, cuisine, maison... inspirations pour une nouvelle vie, trimestriel, Reworld Media, 4,95 €, 116 p.

Comment mieux profiter de la vie à la campagne cet été : tel est le programme de ce trimestriel. Le magazine prétend donner des "inspirations pour une nouvelle vie" : après cette période de confinement, il fallait nous redonner le moral, nous redonner des envies, de la joie de vivre.
Des envies de cuisiner des confitures maison (cerises, de rhubarbe avec gingembre, de figues avec citron et pignons), des envies aussi de melon cuits par le soleil (c'est l'étymologie : μήλων + π ε ́ π ω ν !) et de figues (le magazine en signale huit variétés !), des envies de fleurs, de cuisine au barbecue, et de Bourgogne blanc pour l'accompagner (Saint-Véran, Rully, etc.).

Et puis, il y a l'agenda de l'été : quand semer, arroser, récolter, désherber, tailler ... Quelles plantes supportent la sécheresse ? Quels conseils donnent les expert(e)s pour que le jardin n'ait pas soif ? Brumiser de l'eau sur les plantes, biner le sol s'il n'est pas paillé, conserver les boutures de vacances... Un article est consacré aux ruches, un autre aux hortensias japonais, un autre aux animaux du jardin ("accueillir une chouette dans son jardin", ou bien un hérisson). Et puis, il y a l'herbe à Robert, ce géranium sauvage qui, entre autres, dissuade les moustiques mais dont la tisane est bienfaisante. Les tomates ? Comment et quand les planter, puis les cueillir ?
La Provence au pays des ocres invite à voir le Luberon à vélo. Enfin, peut-on encore : vivre à la campagne, randonner dans le Jura, visiter le Gévaudan (pour saluer les loups) ou Granville en Normandie. Et le magazine se termine par deux pages d'invitations à la lecture.
Beau magazine qui offre de la lecture utile, des idées. La publicité ? Il y en a peu et celle pour le train suffit à convaincre de partir. Le magazine tient la promesse de son titre : on doit être bien à la campagne, en été. Et il nous convainc d'en tirer tout le profit possible.

lundi 3 février 2020

Midnight Diner : un livre de cuisine japonaise télévisée



Yarō Abe & Nami Lijima, La cantine de minuit. Le livre de cuisine, Le Lézard Noir, 144 p., 15 €.

On les a connus et aimés sur Netflix : les héros de Midnight Diner sont désormais accessibles au public télévisuel des pratiquants : en effet, un livre de cuisine est à leur disposition qui mêle habilement des pages de mangas, celle de Yarō Abe, et les recettes de Nami Lijima. On y retrouve les plats que l'on a vu servir dans l'émission, et leur mise en scène simple.

Les recettes sont pour la plupart faciles puisque le petit restaurant ne propose à la carte que de la soupe miso au porc et du saké, mais le patron sera toujours heureux de préparer les mets pour lesquels les clients apportent leur concours sous le forme d'éléments divers à cuisiner. Et ainsi l'on goûtera, par exemple, la crème aux oeufs, l'omelette aux tomates, la salade de vermicelles, les spaghettis napolitains, le riz au tororo, le ragoût de taro aux calamars, les nouilles froides (avec n'importe quelle garniture disponible), le ragoût à la crème (pour les hivers rigoureux), les boulettes onigi grillées, les beignets d'oignons, des chikuwa frits, la salade de pommes de terre (avec jambon et concombre), le katsudon (porc pané) et le nikujaga (boeuf et pommes de terre)...
Au milieu du livre, les lecteurs trouveront un dialogue entre les deux auteurs du livre qui partagent leurs souvenirs de bons petits plats, et des occasions de nombreuses nostalgies de leur enfance.

En fait, le livre accompagne l'émission qui accompagnera le livre. L'un appelle l'autre, et ils vont bien ensemble, constituant un ensemble pluri-média, pratique. Reste à trouver les ingrédients japonais, ce qui n'est pas toujours facile si l'on n'est pas au Japon mais, avec Internet...

Voici l'application de la recette de la recette de l'omelette aux tomates (Karen est au fourneau !). C'est simple, et c'est bon (pp. 40-42). D'abord, il faut faire cuire les tomates ; ensuite on les verse sur les oeufs battus ; ici, la cuisinière a ajouté de la ciboulette, et l'on pourrait y ajouter d'autres éléments, notamment des lardons, des oignons...






mercredi 15 mai 2019

La presse cuisine, on en n'a pas soupé !


La Grenouille à Grande Bouche. La société à travers ce que l'on mange, 116 p, 13€

Derrière (sous) ce titre étrange, se trouve un fort beau magazine qui intéressera ceux qui s'intéressent à l'histoire sociale et/ou ceux qui aiment cuisiner. Les auteurs sont d'origines, d'âges et de compétences diverses (crowd sourcing oblige) ; la publicité est absente : le lecteur est le payeur, pas la marchandise. Une seule page, quand même pour des cafés et chocolats acheminés et fabriqués à Morlaix (Grain de Sail) selon des normes respectueuses de l'environnement. La soupe, c'est d'abord loin de la frime et de la gastronomie pédante, la maison maternelle, le chez soi, la famille.

Chaque numéro est thématique. Le premier numéro est consacré à la soupe ; le suivant sera consacré au lait. La ligne éditoriale est déclarée par le sous-titre : sciences sociales et alimentation, on est ce que l'on mange, dit-on aussi. L'alimentation est traitée par les auteurs comme un analyseur des sociétés. Alors, que dit, que révèle la soupe à propos des sociétés, de leur organisation, de leurs contradictions, de leurs illusions aussi.

Cela commence par une histoire des soupes industrielles conçues pour nourrir à bon marché la population ouvrière et maintenir la force de travail en état de produire : Liebig et Royco, Knorr, le bouillon KUB. Bel éclairage, une lumineuse leçon d'économie sur le capital humain. Avec des avis sans concessions de l'UFC-Que Choisir et de Foodwatch.
La dominante régionale du titre est bretonne mais on trouve aussi des éléments concernant le Nord ("la Louche d'or") et la Champagne troyenne  ("Kantinetik"). Un article évoque la tradition de la soupe au lait pour célébrer les mariages en Bretagne. Non loin du folklore, on trouve quelques pages de Germinal (Emile Zola) pour se rappeler la qualité des portraits du romancier et la vie ouvrière dans le Nord en pays minier où la soupe occupait une place essentielle dans l'alimentation.
Beaucoup d'idées de lecture (la soupe aux livres) y compris de livres dits "d'enfants". Une playliste pour des soupes à écouter !

Beaucoup de recettes, d'origines diverses, sont expliquées, commentées. Un gros plan sur les soupes de poisson avec l'interview d'un poissonnier de Rennes (qu'en dirait un poissonnier de Toulon ?), un article sur la soupe miso (Japon) et des recettes de soupes "anti gueule de bois".
Bien sûr, chaque lectrice regrettera l'absence de certaines soupes qui lui sont proches : celle de la garbure (du Béarn), celle de la chorba des dîners de Ramadan (ah! la chorba blanche algéroise !), celle des gaudes avec son lait froid (Bresse), "the chicken soup" (pas celles de Campbell qu'a peintes Andy Wharol (1968) et auxquelles allude la une du magazine mais celle, traditionnelle, que recommandait Maïmonide, dite parfois "Jewish penicillin", soupe qui requinque. Manque aussi "l'alphabet soup" qui permet aux enfants d'écrire leur nom sur le bord de l'assiette mais qui désigne aussi la surabondance d'acronymes rencontrés dans les médias, le web et la publicité. Et la soupe à la queue de boeuf (Ochsenschanzsuppe ou Oxtail soup)... La grenouille a de quoi publier un second numéro consacré aux soupe.

Il y a des tests produits, appétissants (il y a des enfants testeurs, bien vu). Il y a un point lexical sur la soupe, clair et  bien utile (vous saurez enfin la différence entre soupe et potage, consommé et bouillon, etc.) ; il y a des rubriques santé et des tests de trois lieux d'achat ("le panier de la grenouille"), des faits divers, les épices, les herbes : en fait, il y a de tout chez cette grenouille, sauf l'explication du titre (je ne l'ai pas trouvée : a-t-il été tiré au hasard dans la dictionnaire, comme Bourbaki ?). Une géographie de la France des soupes serait bienvenue.

La revue se veut "participative", elle est parrainée par un animateur de France Inter ("on va déguster"). Lisez l'édito (ci-contre) : tout y est (bien) dit. Richement illustré, la diversité de ce magazine en fait un véritable "lieu de savoir" culinaire.
Notons la créativité continue des magazines de presse cuisine française : cf. le trimestriel 180°C . Des recettes et des hommes.

N.B. Pour la presse cuisine dans ce blog, cliquer ici.

lundi 2 juillet 2018

A Too Good Witch : une sorcière bien aimée



The Good Witch est une série TV diffusée par la chaîne américaine Hallmark Channel. Spinoff d'un film du même nom, elle en est à sa quatrième saison : 38 épisodes de 48 minutes, entre février 2015 et juillet 2018 (en prime time, le dimanche).

Sorcière bien-aimée, ensorcelante ? "Bewitched" (du nom d'une série des années 1960, sur ABC) ? Cette sorcière est sympa mais pas très drôle (ce n'est  la sorcière Camomille !). Sérieuse en diable. Ses pouvoirs ? Elle devine, anticipe les besoins, les intentions (et même les intentions d'achat !)... Un don d'intuition qu'elle a transmis à sa fille.
Elle connaît les simples et connaît des "trucs" de grands-mères. Notre sorcière tient un magasin, Bell Book & Candle où, un peu apothicaire, elle vend, et souvent offre, des bougies, des perles, des bijoux fantaisie, de la papeterie, des livres, petits cadeaux pour toutes les occasions. La culture des loisirs créatifs est présente dans la série ainsi que la cuisine. "Too good to be true", Good Witch est aussi bonne cuisinière ; elle assure la coexistence affectueuse et respectueuse de la médecine scientifique et de la médecine alternative, onguents et tisanes, sirops et baumes qu'elle distribue généreusement, avec intuition. Mère attentive, elle est cultivée, plurilingue et sportive. Séduisante... The Good Witch est une bonne fée, et l'on pourrait presque évoquer, avec Gérard de Nerval "la fée des légendes éternellement jeune" (Sylvie, 1868).

Tout le monde est beau et gentil dans la petite ville provinciale de Middleton construite par la série : une mairie, un établissement d'enseignement secondaire, un bistro, une boutique de fleuriste, une salle de cinéma, un bureau de poste, un commissariat de police. Les soucis majeurs viennent des couples qui s'usent, déraillent, divorcent et se séparent et doivent jongler avec les enfants et le travail et un nouveau partenaire. Une histoire de familles décomposées qui tentent de se recomposer.
Série sans violence, sans religion, sans crimes, sans armes où journalistes, habitants et policiers peuvent coexister pacifiquement. Une Amérique rêvée où l'on ne chôme pas, où les emplois trouvent par miracle la candidature idéale. Féminisme raisonnable mais ferme, les hommes n'occupant guère que des seconds rôle dans cet univers de petits commerces créés et dirigés par des femmes. Seule ombre à ce tableau irénique : la spéculation immobilière qui rôde et menace parfois....

Comme "When Calls the Heart" et  "Chesapeake Shores",  séries diffusées par la même chaîne, "Good Witch" illustre une "autre Amérique" aussi exagérée et irréelle que celle des séries policières courantes. Une Amérique (la série est tournée au Canada) peu spectaculaire, qui ne s'exporte pas. Loin de Hollywood et des critiques condescendants dont ce n'est pas la culture. Les audiences sont confortables mais pas assez jeune au goût des annonceurs. Netflix, en revanche, indifférent aux goûts des publicitaires mais attentifs à ceux de ses abonnés, reprend la série (cf. GRP contre abonnements).


lundi 11 juin 2018

Social media at the French newsstand: hybridization of influencers?



The press has always taken advantage of other media to create new magazines, even if it was thereby helping its competitors on the advertising market: radio, cinema, television and video games. It is therefore not too surprising to see the digital media give birth to magazines. At the beginning, television networks brought new blood to the press (TV Guide), now social media are injecting their dynamics into the legacy media. We should also remember that the press itself is still a hybrid medium, paper and digital. This hybridization is welcome as well as favorable to an association with digital media and their influencers.

Recently, two major European publishers, Hachette and Mondadori, each launched a French magazine (paper first) to cover young digital stars. YouTube brings an audience of modern youth that the press so badly needs. In exchange, the magazines offer YouTube stars legitimacy and add to their visibility (reach): France boasts more than 20,000 points of purchase for the press. Moreover, these magazines also generate their own online presence, website, and app, re-enforcing awareness and the reputation of Youtube stars and their channels where, as influencers, they advertise and sell products.
YouTube is the new television for the new generation (in addition to Netflix); according to Pew Research Center, it is the most favorite popular platform among American teens (13-17 years). They use it more than Snapchat, Facebook, Instagram or Twitter.
Will these magazines become a new kind of TV guide for these digital times?

L'atelier de Roxane (Roxane's workshop)
Roxane is a so-called influencer, a "socialtubeuse". She boasts 2 million followers/subscribers on social media. Reminiscent of a woman's magazine, Mondadori publishes L'atelier de Roxane fortnightly for a price of 5.90 Euros (7 USD). Published as a special issue of Closer Teen, it is distributed via newsstands throughout France. The magazine has 68 pages and targets kids, young teenagers and their mothers. No brand advertising in the first issue but every item, cooking tool or fashion, is for sale on an online store (promotion): we count 77 items for sale in the magazine, ranging from 1.59€ (for a dog treat) to 455€ (for a mixer). 77 micro-influences and recommendations, and so well done: no impression of clutter! You want to trust Roxane's bits of advice! Micro-influencers show a new advertising business model for the media.
A digital version can be read on the publisher's website for 4.50€ (4 USD) and on YouTube, of course. Cooking is the major subject (cake design): baking made simple (easy)for everyone ("la pâtisserie accessible à tous"), mostly with recipes for sweets, pastry, and candy. Roxane covers fashion as well: "Mon look of the day".
In "My Life": Roxane introduces her family, her husband and their two kids (11 and 7 years old), and their dog. "Nos abonnés font partie de notre vie, de notre famille" ("Our subscribers are part of our life, a part of the family"). Roxane is 28 years old and trained as a child care worker. She presents herself as a friend and sounds like a fun mom, her tone is somehow demagogue, she seems too old to speak that way. Nevertheless, the magazine is cleverly positioned, both as a parenting magazine (DIY, cooking) and a kids magazine.

WEBUZZ. Le magazine n°1 des stars du web (Number one magazine for web stars)
Launched in February by Hachette Presse, the monthly is almost exclusively dedicated to YouTube and its numerous influencers (although there is also an article about Snapchat, one about Instagram, one about Facebook). 3.95 €, 100 pages.
On the cover, Norman, 31 years old (not a teenager!) is a French star on YouTube who boasts 10 million followers. Most of the magazine content covers YouTube culture with articles such as "YouTube is my only friend" ("YouTube est mon seul ami") or another covering a visit of the YouTube building in Paris. Webuzz presents many portraits or interviews of YouTube stars, mentioning the number of followers.
Who are the advertisers? Fashion, Galeries Lafayette (department store), a hip-hop FM radio station, comic books, a novel (by Zoella). Among the articles: a clever one discussing the communication gap, comparing the younger generation's lifestyle to that of their parents ("Retrobuzz"), articles about video games, a "shopping" page (about fashion, between 7.90€ and 69€), a cooking article (cake with lots of M&Ms, a recipe from Roxane). Conclusion: "Everyone can become a star, send your video" ("à toi la gloire"). With YouTube, every teenager can hope for their 10 minutes of fame.

Both magazines share a style, a vocabulary, teenager slang, allusions, Frenglish, gestures, body language, facial expressions ("techniques of the body", Marcel Mauss), tastes, grimaces. These patterns of a new culture (probably short-lived) call for a new ethnography. Again the social networks are full of "intimate strangers", too intimate to be true ("family", "my only friend"!).

References
  • Richard Schickel, Intimate Strangers. The culture of Celebrity in America, 2000, 334 p.
  • Ruth Benedict, Patterns of culture, 1934, 291p.
  • MediaMediorum, "Les médias sociaux des enfants passent au papier", August 2018

lundi 26 mars 2018

Koï : l'Asie, proximité du lointain


Koï, 100 pages, bimestriel, Magazine de société des cultures asiatiques, bimestriel, 5,9 €. Abonnement : 30 €

"Koï" drôle de nom pour un magazine ! "Koï" signifie carpe en japonais, poisson dont on raffole en Asie et connu pour remonter le courant. Tout un programme.
Lancé en septembre 2017 au terme d'une opération réussie de crowdfunding (KissKiss BankBank), Koï traite des cultures asiatiques en France. D'abord, soulignons le pluriel, non exhaustif, et, ensuite, le fait qu'il ne s'agit pas d'exotisme, mais de cultures établies en France, parfois depuis longtemps. L'Asie, si lointaine, est proche !
Koï traite logiquement de la deuxième génération, intégrée. Loin de tout "communautarisme", prendre les questions de l'immigration par l'intégration ? "Deuxième génération. Culture fusion : ils sont le trait d'union entre tradition et modernité", titrait le N°1 qui consacrait un article aux "Cambodgiens de France".
Quelle est l'ambition culturelle du magazine ? Faire comprendre, faire valoir par touches légères, les cultures de grandes régions d’Asie en France : Chine, Viet Nam, Japon, mais aussi Thaïlande, Indonésie, Singapour "ville jardin du futur", Laos.
Cuisine et gastronomie, bien sûr, BD, cinéma, musique, urbanisme, tourisme, médecine. Présentation des fêtes et de leurs rituels : fête du Têt au Viet Nam, Nouvel An khmer, Hanami au Japon, Nouvel An lunaire en Chine (chunyun, 春运), fête chinoise des morts (Qing Ming, 清明)… Un soupçon d’exotisme mais pas trop. Volonté de faire découvrir, aimer ces cultures par un grand public non averti mais curieux. Donner envie d'y goûter, de lire, écouter, voir...
Koï ne craint pas d'être parfois utilement didactique : à propos du vocabulaire, de l’explication du symbolisme des fêtes, etc. A quand des approches des langues asiatiques, tellement stimulantes pour les francophones (décentrement), trop peu présentes dans les établissements scolaires et universitaires français, obsédés par l'anglais ? On trouvera dans le magazine des articles sur le Cambodge, la jungle et les éléphants ; sur la pâtisserie française revue par Mori Yoshida, un chef japonais qui donne sa recette du "Beige", un entremet séduisant ; sur les aromates asiatiques, les chocolats... Quelques pages de publicité bienvenues, en affinité, enrichissent le contenu éditorial... Koï présente également un agenda culturel et littéraire bien meublé. 

Au-delà d'un exotisme bon enfant, notons un article poignant sur les agressions racistes dont sont victimes, en France, des personnes d'origine ou d'allure asiatique, agressions qui n'ont pas - pas encore ? - attiré la solidarité méritée. Agressions, insécurité ne peuvent qu'augmenter les difficultés vécues par les immigrations asiatiques et nuire à l'intégration, et même au tourisme (cf. le travail doctoral de Simeng Wang (Illusions et souffrances. Les migrants chinois à Paris, Editions Rue d'Ulm, 2017). Sociologiser, c'est désenchanter mais c'est aussi dénoncer en énonçant.
Il y a déjà, en France, beaucoup de magazines traitant de l'Asie, la plupart sont spécialisés : s'adressant aux fans de culture japonaise (cf. Médias du Japon en France : animes, mangas et jeux vidéo), des magazines traitant de la Chine, de la K-pop... Koï, en revanche, qui se veut généraliste, occupe une place originale en visant le grand public mais aussi l'Asie en France. Pour se dépayser tout près de chez nous, car la Chine, le Viet-Nam, la Corée, c'est un peu ici aussi. Une partie de la richesse de ce pays, de son "patrimoine". Koï, introduction à l'Asie en France.

dimanche 15 octobre 2017

Presse cuisine : 180°C, comfort thought for food

Numéros 3 et 6 (octobre 2015).

180°C . Des recettes et des hommes. Trimestriel, dos carré. 194 pages. 20 €. Abonnement annuel, 40€.
Site Internet : http://www.180c.fr/

Retour sur 180°C, trois ans après, à l'occasion du numéro 10 de l'automne 2017.  Rien n'a changé : cela reste un très beau magazine, sans publicité (anticipation rationelle de l'adblocking !), épais et relié comme un livre, format magazine, un mook ou magalivre ("cookzine !"). Vendu en librairie. Fait maison. Lancé en avril 2013. Edité par des "passionnés indépendants" et acheté sans aucun doute par des lecteurs tout aussi passionnés et indépendants. Magazine haut de gamme, s'exclamerait, en toute démagogie, un communiqué de presse passe-partout. Magazine qui valorise sa distinction, à l'opposé de tout ce qui standardise le goût.

Autour du thème de la cuisine, de belles photos, suggestives, appétissantes. Des conseils techniques. Des recettes, des simples et des compliquées, chères ou bon marché. Des lectures. Des digressions documentaires (le saké, etc.), des reportages. Le magazine fait feu de toutes les armes du journalisme.
Deux numéros par an, jusqu'à présent : un numéro printemps - été, un numéro automne - hiver, pour commencer, pendant cinq ans.
D'abord semestriel, 180°C est devenu trimestriel en janvier 2018 (N°11). Symptôme de succès du modèle économique, c'est à dire d'abord de succès du "contenu" : en presse comme en cuisine, la qualité peut donc payer.
Le numéro 10, le dernier semestriel, après cinq années, publie une "Déclaration de l'hédoniste", "libres-mangeurs" contre "les monstres de la malbouffe" : on s'y réfère à Aristippe de Cyrène et à Epicure. Pourquoi pas mais, en ce qui concerne Epicure, c'est plutôt risqué : il vante d'abord les désirs "naturels et nécessaires" alors que le gourmet se plaît aux mets non nécessaires. Donc, consommer Epicure avec modération, et pardon pour cette parenthèse cuistre ! Plutôt se rallier au cyrénaïque et aux "plaisirs actuels" mais 'hédonisme ne va pas sans prudence (phronesis, φρόνησις).

Cuisines et produits de saisons, comme la mode (rubrique marché). Des articles bien écrits, parfaitement mis en scène : fécondité de la relation texte / illustration). Un peu d'humour et beaucoup de goût. Des créations aussi, des innovations. Et des classiques retrouvés comme le fish and chips, le boeuf bourguignon, les poireaux vinaigrette, la glace à la vanille ou le maquereau au vin blanc. Sont évoqués aussi des ustensiles et des produits du terroir comme le couteau de la Creuse, la fourme de Montbrison, la cocotte...

Le magazine qui ne dissimule pas un positionnement écologiste, sourcilleux quant à la "liberté d'expression culinaire", dénonce la mal-bouffe industrielle servie par de puissantes relations presse (cf. l'édito du N°6, par le rédacteur en chef, Philippe Toinard sur l'affaire du tweet "la polémique #Nutella"). L'indépendance des journalistes, c'est aussi une affaire de cuisine et de marketing.

Autour de la cuisine, l'éditeur publie aussi : un traité de Miamologie décrypté par le pourquoi, consacré aux fondamentaux de la cuisine ; Man&Food, un ouvrage de vulgarisation sur l'ethno-histoire de la cuisine ("7 écosystèmes et peuples autosuffisants") ; les Cahiers de Delphine (publication exclusivement digitale avec recettes hebdomadaires et produits "anecdotés").
180°C contribue à diversifier la presse cuisine, déjà très peuplée (le mot "cuisine" est l'un des quatre mots les plus fréquents des nouveaux titres de presse, dont hors-séries, depuis 2003). Plaisir de la lecture allié à celui de l'anticipation gourmande et de la réalisation culinaire.

Le modèle économique de ce magazine confirme une alternative plausible à celui d'une presse traditionnelle en difficulté : distribution hors des circuit Presstalis ou MLP, pas de publicité donc pas de mesure de l'audience. Périodicité longue pour un magazine "de garde", comme on dit du vin, qui se bonifie avec le temps. Slow food pour une lente lecture, un magazine qui se rumine.
Le magazine pourrait sans doute tirer profit de la connaissance de son lectorat et de ses lectures (data), dans l'intérêt des éditeurs et des lecteurs complices : approfondir une comparaison avec Netflix (le rôle des recommandations) pour affermir son modèle économique... 180°C n'échappera pas à une évolution numérique.

Pour l'instant, le site se contente d'accompagner le magazine. Site clair, simple, sans publicité, ergonomique, en synergie habile avec le magazine papier. Il propose, en amorce, le début des articles publiés (mise en appétit) ainsi qu'un index des recettes avec vignettes photos, à un clic de la recette. Les librairies vendent aussi les "anciens numéros" qui ne se démodent pas ; un numéro ne chasse donc pas l'autre comme dans le veut la règle actuelle des points de vente : 180°C suit un modèle hybride et luxueux de distribution qui laisse la possibilité à l'acheteur de binge reading, ou de re-lecture, comme Netflix.
La presse n'est pas morte, elle change.

N.B. Pour la presse cuisine dans ce blog, cliquer ici.
Retour du marché : filets d'omble chevalier avec épinards (naturels...). N° 10, octobre 2017

lundi 27 mars 2017

Netflix et les 1300 clusters


"De gustibus non est disputandum", apprend-t-on à l'école : ne pas discuter des goûts. Maxime que pourrait adopter Netflix. Inutile de discuter ou critiquer les goûts, mieux vaut les admettre, les respecter, les suivre.
Finalament, Netflix considère que ce qui distingue les téléspectateurs, c'est moins leur appartenance socio-démographico-économique que leurs consommations télévisuelles. La sociologie relie en corrélations les consommations et les appartenances socio-démographiques, les unes et les autres déclarées, les unes expliquant les autres. Netflix n'explique pas mais se contente de prédire des consommations futures à partir de l'analyse des consommations passées, observées, récentes, d'où se déduisent des recommandations. Markovien.

Au-delà du jugement de goût : les mythèmes médiatiques
Prédire ou expliquer, ce n'est pas la même chose, soulignait le mathmaticien René Thom. Prédire a une visée opérationelle dont la validité est vérifiable à terme, expliquer a une visée spéculative, rarement vérifiable.
Pour effectuer ses anticipations, Netflix dispose des données provenant des choix et préférences de programmes effectués par ses millions d'abonnés, dans quelques dizaines de pays, pendant des années (dataset).
Netflix regroupe ces comportements en clusters de goûts ("taste communities"), plus de 1300, construits, découverts par des opérations de machine learning. Ces clusters sont rebelles à l'intuition première, spontanée (donc à la déclaration). Bien sûr, chaque abonné peut appartenir à plusieurs clusters : avoir regardé des westerns classiques et des soaps coréens (K-pop), des films avec Depardieu, d'autres avec Meryl Streep ou Jane Fonda, des séries où l'on cuisine...
Le machine learning déconstruit les productions télévisuelles et cinématographiques un peu à la manière dont Claude Lévi-Strauss déstructurait les mythes pour en découvrir les "grosses unités constitutives ou mythèmes" et la combinatoire. Chaque unité constitutive, dit Lévi-Strauss, "a la nature d'une relation", de "paquets de relations"...

La langue de Netflix, c'est la traduction
La personnalisation et la recommandation sont au bout de ces clusters, avec la langue des sous-titres et la localisation technique, dont la gestion du cache qui varie selon les ISP, les téléviseurs... Les combinaisons de langues peuvent demander jusqu'à 200 traducteurs pour traiter 45 langues d'une émission (le catalogue lui-même est publié en 25 langues). Pour paraphaser Umberto Eco, on dira que la langue de Netflix est la traduction, et ce sera de moins en moins l'anglais des native speakers.

Pour répondre aux besoins de sa programmation internationale, Netflix a été amené à développer une plateforme de traduction ("translator testing platform"). Netflix a donc son propre test de recrutement de traducteurs (Hermes) avec des questions à choix multiples pour calculer un score aisément. Les tests concernent la compétence langagière (notamment les tournures idiomatiques) mais aussi la maîtrise des aspects techniques du sous-titrage (timing, ponctuation, césure, etc.). Ainsi, Netflix, sans que l‘on n'y ait pris garde, est-il devenu l'une des plus importantes entreprises de l'industrie de la traduction dans le monde. Sans doute pourrait-elle un jour commercialiser ses services de traduction (à des MVPD, des éditeurs, des réseaux sociaux, des studios, etc.). Elle fait se rencontrer, sur sa place de marché, des traducteurs / sous-titreurs, d'une part, et des documents à sous-titrer (émissions, films), d'autre part. Alors que les vidéo regardées sur le web le sont souvent sans le son, le sous-titrage a un bel avenir, sous-titrage enrichi de notations culturelles adaptées à langue / culture cible et à la langue /cible /origine. Car ce que l'on ne comprend pas dans une émission étrangère, ce n'est pas seulement la langue mais aussi les allusions, les sous-entendus, les comportements et gestes symboliques...

Cette plateformisation donne à Netflix des airs d'Amazon qui commercialise sa plateforme logistique, son cloud computing ou Mechanical Turk, d'abord développés pour son propre usage... Netflix commercialiserait également sa technologie de streaming aux compagnies aériennes. Ainsi fait aussi The Washington Post (racheté par Amazon) qui vend les plateformes d'édition et de publicité qu'il a développées pour répondre à ses propres besoins.
Sommes-nous en train d'assister à une uberisation de la traduction ? Reste à Netflix à produire pour ses traducteurs des outils d'aide ou d'automatisation partielle à la traduction et au sous-titrage, tout comme les chauffeurs d'Uber utilisent son logiciel de facturation, sa cartographie...
Notons que YouTube a choisi une autre voie pour la traduction, celle du crowd-sourcing avec "Contribute translated content". On peut évoquer aussi une plateforme de recrutement (ressources humaines) comme celle de EasyRecrue...


Références

Pierre Bourdieu, Monique de Saint-Martin, "l'anatomie du goût" in Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 2, n°5, octobre 1976. Anatomie du goût, cf. Persée
Pierre Bourdieu, La distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Editions de Minuit, 1979, 
Claude Lévi-Strauss, Librairie Plon, 1958, (Chapitre XI, "La structure des mythes")
René Thom, Prédire n'est pas expliquer, Paris, 1991

Cf. Variety, September 25, 2017


jeudi 1 décembre 2016

Midnight Diner: une série de petites histoires japonaises sur Netflix

Couverture du manga
(Anime News Network)

Le générique lance de belles images nocturnes de Tokyo, de Shibuya, centre de Tokyo où tout le monde se croise. Carrefour de néons, de couleur et de précipitation. Sous-titres en anglais.
C'est l'histoire d'un restaurant de nuit, ouvert de minuit à 7 heures du matin. La série réalisée par Joji ­Matsuoka est basée sur un manga de Yaro Abe, manga primé qui a connu un succès considérable au Japon.
Ce restaurant cuisine des plats de cuisine familiale presque triviale, on y sert aux noctambules du saké et de la bière. Chacun y écoute l'histoire de son voisin, de sa voisine, dans la vie urbaine, sous l'œil bienveillant du chef ("master").

Choix remarquable de Netflix qui sert cette série de 10 épisodes de moins d'une trentaine de minutes (depuis le 21 octobre 2016). Choix sans grand risque puisque cette série exploite un filon de notoriété avéré : en plus du manga, elle a été précédée de deux ensembles d'épisodes et d'un film. Succès d'audience à chaque fois.

Les habitués qui se rencontrent dans le restaurant, fatigués de la journée, sont en général de modestes héros, humbles, parfois un peu ridicules mais beaucoup de générosité et de tendresse les habitent. Des histoires d'amour improbables se dénouent, des complicités se créent : une femme tricote pour déclarer sa flamme, une chauffeure de taxi, aux amours contrariées, dit la fièreté de son métier, une Coréenne émigrée travaille pour payer les dettes de ses parents, un acteur que le public boude, un joueur de mahjong et son jeune fils...

La série décentre, elle bouscule l'ethnocentrisme du téléspectateur occidental que la culture télévisuelle japonaise désoriente : la langue d'abord, la bande-son, la politesse méticuleuse (les techniques du corps), les calligraphies, les plats et les manières de cuisiner. Le titre de chaque épisode renvoie au met cuisiné ce jour là (l'omelette au riz, etc.). On notera l'art subtile de filmer le travail du cuisinier qui montre la place des couleurs dans la cuisine japonaise, l'élégance des baguettes, le bruit des cuissons... Claude Lévi-Strauss, qui fut un amoureux fervent du Japon, recommandait aux occidentaux d'en "apprivoiser l'étrangeté" (L'autre face de la Lune. Ecrits sur le Japon, Paris, Seuil, 2011). "Midnight Diner" y contribue...

"Midnight Diner", montre l'ambiance tendre d'un lieu public étroit et réconfortant, un bistrot de quartier (Shinjuku) ; on peut penser au diner de Edward Hopper, mais sans le sentiment de solitude ("Nighthawks", 1942). Synthèse d'exotisme du quotidien (pour les télépectateurs occidentaux), de vignettes, de portraits rapidement brossés. L'ambiance, le bistro comme point de concours du social, la structure narrative tout cela fait penser aux textes de Henri Calet, Joris-Karl Huysmans et parfois à "How I met your mother" (CBS).


jeudi 7 janvier 2016

Les mots et les choses dans les titres de la presse française


L'analyse lexicologique porte sur l'ensemble des termes présents dans les titres du corpus : tous les nouveaux titres et tous les hors-séries depuis 2003, soit 24 080 titres. Sont exclus de la collecte les titres de jeux et mot croisés, les titres de la presse syndicale et d'entreprise, de la presse des administrations territoriales, de la presse électorale, associative, etc.

Avant le comptage, nous avons effecué un nettoyage en plusieurs étapes. D'abord en excluant les signes de ponctuation (on compte 1092 points d'exclamation et 246 points d'interrogation), puis en évacuant les mots-outils et mots vides (stop words) : prépositions, conjonctions, articles, pronoms. Enfin, nous avons pratiqué une lemmatisation pour ne garder des mots que leur forme canonique (infinitif, masculin, pluriel). Sont regroupées à cette occasion les orthographes diverses d'un même terme (erreurs, translittérations variables de mots arabes, chinois, japonais, russes, turcs), des équivalences (& / et), recours ou non au tiret, abrévations, abandon ou non de signes diacritiques (accents)...
Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.

L'histogramme obtenu pour la distribution des mots évoque la loi de Zipf. Une longue traîne de mots dont peu de mots émergent en tête de distribution.

La syntaxe des titres ne fait pas dans le sentiment (ou très rarement), elle est strictement dénotative faite de juxtapositions (parataxe de mots), de génitifs. On compte 5 144 prépositions "de", 2 004 conjonction "et" (hypotaxe), 1 017 "en".
"Vous", vocatif de l'apostrophe est présent 118 fois avec les adjectifs possessifs "votre" et "vos" (509) : injonctions à la participation, à l'appropriation, à la personnalisation de la réception peut-être (cf. le nombre de points d'exclammation : 1092 contre 246 ). Acte de langage, valeur performative. "Montez votre PC 100% gaming" (H-S PC Gamer), "Votre grand horoscope", "Réussir votre prépa" (Jogging international), "Votre histoire", "Rénover votre maison" (H-S Viva déco),  Défendez vos droits, "Les médicaments et vous" (H-S Notre Temps), etc.

Au terme de cette analyse, qu'avons-nous pu apprendre ?
  • Le mot le plus fréquent est "guide", il appartient à la définition d'un genre intervenant dans la composition d'un magazine tout comme les mots "recettes", "achat" et "idées". La dimension primordiale de la presse française, et la raison essentielle de son succès, est sa fonction d'utilité (cardinale), la satisfaction des consommateurs (lecteurs utilisateurs). 
  • Passés les 1 000 premiers mots, on peut observer une longue longue traîne de 13 000 mots mobilisés par les titres. Effet indirect de la loi Bichet : la presse magazine est diverse, changeante, riche. Des milliers de mots n'ont qu'une occurence. Richesse de mots, diversité d'idées ?
Les mots qui suivent le mot "guide" (fréquence décroissante) énoncent des thèmes, des domaines d'application de ces genres : cuisine, automobile, maison, histoire, sport... Cette liste corrobore celle des domaines distingués dans l'analyse en catégories et centres d'intérêt.
Le titre, s'il est l'élément majeur du paratexte -pour reprendre l'expression de Gérard Genette dans Seuils, relève surtout du marketing, qu'il s'agisse des titres de presse ou des titres de livres. Il appartient d'abord au packaging.

dimanche 20 décembre 2015

Presse française : une année hors-séries


L'année 2015 aura vu paraître plus de 1200 titres nouveaux. Parmi ces nouveaux titres de papier, on compte deux tiers de hors-séries. L'innovation continue de la presse est manifestement le fait des hors-séries, c'est un plébiscite en acte de la loi Bichet. Comme l'indique l'histogramme ci-dessous, alors que le nombre de lancements de nouveaux titres diminue régulièrement depuis 2004, les lancements de hors-séries sont de plus en plus nombreux depuis 2012, rejoignant le niveau de 2008.
Comment les hors-séries sont-ils pris en compte dans les statistiques, diffusion et lectorat, de la presse ? Le terme de hors-série n'a de justification que réglementaire (les messageries de presse en produisent une définition complète : périodicité, présentation, etc.) : le hors-série est plus spécialisé que les numéros de la série habituelle sans la rompre absolument. Il est généralement concentré sur un sujet, sur un genre, un événement. Toutefois, les hors-séries ne sont pas considérés comme des produits presse papier à part entière (cf. les définitions par Presstalis).

Les thématiques qui contribuent le plus à la publication de hors série sont principalement la cuisine, l'histoire, les loisirs créatifs dont la création et la décoration de la maison. Les genres dominants sont le guide, le mode d'emploi, la recette, le savoir-faire, la didactique et, plus encore, le guide d'achat. Par construction, ces genres sont proches du genre publicitaire : faire connaître un produit, un service, un outil, en exposer les intérêts, les comparer, apprendre à s'en servir, trouver où l'acheter... ce sont là des objectifs publicitaires.

Alors que la presse d'information politique occupe le devant de la scène - de sa scène - relayée par les radios et la télévision, la presse que les consommateurs achètent est une presse utile, utilisable, une presse associée à la vie quotidienne à la maison. Presse domestique donc, qui trône au milieu du foyer. Déjà, au tout début de l'histoire de la presse magazine, triomphait Le Journal des connaissances utiles qui se voulait le "recueil encyclopédique de la famille" (hebdomadaire lancé par Emile de Girardin en 1831, 50 000 exemplaires chaque samedi).

En 2015, le prix de vente moyen du hors-série fut de 7,7€ (9,2€ pour un hors-série Histoire et 5,4€ pour un hors-série Cuisine). Le hors-série est cher ; son prix d'achat témoigne de l'intérêt que lui accordent ses lecteurs. Comme dit Presstalis, "le prix n'est pas un frein à l'achat". L'économie des hors-séries signale, pour la presse magazine, un modèle économique moins dépendant de la publicité et des "aides" à la presse.
Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.

mardi 10 novembre 2015

Saveurs des blogs culinaires


Spécial blogs culinaires. Hors série de SAVEURS, 5,9 €, octobre 2015, 140 p. Index alphabétique des blogs et des recettes, des comptes Instagram. Carnet d'adresses.

Les blogs intègrent et alimentent la presse papier. 50 blogueuses et blogueurs prennent le pouvoir dans ce hors-série consacré à la cuisine.
Il s'agit de contributions délimitées, atomisées, élémentaires que le magazine agrège : les recettes, trucs, astuces, tours de main, conseils (how-to dans les blogs américains) conviennent bien à ce type d'exposition et d'organisation. S'adapte à tout ce qui relève des loisirs créatifs, du bricolage maison. Les loisirs créatifs, c'est le sens pratique, des habitus partagés, loin des légitimités établies. Des énoncés simples aussi, listes d'ingrédients, phrases brèves à l'impératif cordial...

Le hors série sélectionne et publie 127 blogs et 91 recettes.
Scandant le magazine, quatre double pages thématiques liées à la cuisine : pour les outils "du plan de travail", les livres, les ingrédients ("le placard idéal des blogueuses"), deux pages pour les astuces.
Le format est simple et clair, facilitant le feuilletage, la lecture et l'utilisation : deux pages par blogueuse, la page de gauche réservée à une "bio" avec anecdotes et photo d'identité, la page de droite pour deux recettes avec photos. Belles photos, d'ailleurs.
De tout cela se dégage une atmosphère de cordialité et complicité qui sied à la cuisine et aux échanges. Manifestement, quelque chose est en train de s'inventer.

Assiste-t-on à une transformation du journalisme par le Web et les réseaux sociaux ? S'agit-il de dé-professionnalisation ou de professionnalisation progressive d'amateurs (Pro-Ams) ? Une extension du domaine professionnel des journalistes qui deviennent découvreurs, éditeurs ? Une évolution de l'économie et des économies domestiques (on-demand economy ?) ? A suivre...
Ce hors séries de Saveurs confirme une piste d'innovation pour la presse qui finit par s'enrichir de la culture Web et mobile sans renoncer au papier. Saveurs est également présent sur l'Appstore d'Apple. Déjà, As You Like avait donné le ton empruntant aux "blogueuses, instagrameuses et créatrices connectées" : "féminin dénicheur de talents". Depuis, il y a eu aussi, entre autres, L'Atelier scrapbook : le meilleur des scrapblogueuses, bimestriel, 6,9€, octobre 2015 pour les loisirs créatifs.

Cette collaboration de l'ancien et du moderne, de divers supports, de blogs issus du Web publiés sur papier, peut évoquer ce qui se passe en vidéo / TV avec YouTube et les mcn. Par exemple : All Things Hair, chaîne de coiffure créée par Unilever avec ses "hair care how-to videos". Ou encore le journalisme citoyen (citizen journalism) tel que le pratique CNN avec iReport (cf. "Defeated by social media, CNN overhauls iReport", par Ricardo Bilton).

dimanche 13 septembre 2015

Fous de cuisines : éloges de la folie culinaire


fou de cuisine, bimestriel 5€. 124 pages. Dos carré. Editions Pressmaker. Distribution Presstalis.

Le titre désigne, sans ambiguïté, les lecteurs que vise ce magazine : les fous et folles de cuisine. Le sous-titre donne d'emblée une idée du sommaire type : "Tendances. Inspirations. Pas à pas. Fiches techniques. Recettes."

Commençons par la fin du magazine, on y trouve : un index des recettes, un tableau des mesures et quantités (poids, températures, conversions) utilisées dans les recettes : bonne idée, car qui sait qu'une cuillerée à café de levure pèse 3 g et une cuillerée à café de café, 8 g ?
On y trouve encore une page rappelant les adresses citées, un cahier sur l'outillage (lexi-ustensiles), des fiches techniques, un lexique de l'équipement de base, un lexique des mots et expressions, clair et sans chichi, un cahier de recettes enfin. Inutile de préciser combien tout cela est utile, que l'on soit débutant ou amateur éclairé. Ou gourmand intrépide : si les photos séduisent et éblouissent, impressionnent même, ces pages didactiques à la fin peuvent rassurer, semblant dire aux lecteurs : mais si, osez, vous allez y arriver !

fou de cuisine est un très beau magazine. Avec des photos séduisantes et efficaces, une maquette claire, sans harcellement publicitaire, trois pages seulement et quelques promo discrètes, utiles. Continuez avec peu de pub, mais, à chiffre d'affaires constant, mais vendez la très cher : car vous le valez bien (que votre régie se souvienne : elle ne vend pas des pages mais plutôt des passionné-e-s qui achètent de bons produits), de l'engagement, dit-on ! fou de cuisine est un magine engageant.

Pressmaker publie aussi FOU de Pâtisserie depuis deux ans. La maquette de fou de cuisine reprend celle de fou de pâtisserie, le sucré avant le salé, tous deux aussi alléchants. Même recette pour les deux magazines, côte à côte sur les linéaires. Economies d'échelles. Commencer par le dessert est un rêve d'enfants.

Eloge de la folie culinaire
fou de cuisine met en scène une cuisine à la fois classique et créative. Cuisine avec parfois des produits rares, cuisine qui demande de la préparation. Les recettes ne semblent pas très simples à réaliser même si les textes rassurent et si le magazine n'est pas chiche en conseils : il présente habilement une dimension pédagogique avec des pas à pas commodes (20 photos légendées pour la recette du bar de ligne), pas à pas qui démontent et organisent les opérations en cuisine, depuis le choix et l'achat des produits jusqu'au dressage. De plus, la recette s'épice souvent d'un soupçon bienvenu d'histoire (cf. articles sur le magret de canard, la carotte, l'épine-vinette).

17 chefs imposants sont présents au générique, dès la couverture. Effet attendu de la médiatisation de la cuisine. Décidément, la peoplisation est partout, après les stars du cinéma et des variétés, celles des sports spectacles, des chefs d'entreprises numériques et des politiques - qui auraient pourtant, les uns comme les autres, mieux à faire que se donner en spectacles -, voici les stars montantes de la cuisine. Comme d'habitude, on ne parle que des chefs, dont on assure ainsi la promotion ! Dommage, car derrière tout chef, il y a une équipe, des apprentis, des stagiaires, "les petits, les obscurs, les sans-grades", cuisiniers inconnus... tuttistes. Mais rendre compte d'une équipe est sans doute d'un journalisme plus difficile, moins courant...

En plus des recettes : le magazine propose un gros plan gastronomico-touristique sur la ville d'Aix-en-Provence : tables, terrasses, boutiques, desserts... On pourra aussi lire une rubrique sur les livres de cuisine (2 pages) réalisée avec la Librairie gourmande, une rubrique shopping, et aussi des descritions de techniques (la cuisson au chalumeau), des curiosités (le vin orange), des enquêtes (l'introduction de la moutarde dans le Vexin, par exemple).
Magazine dense, sans en avoir l'air, et qui donne faim de gourmandise et envie de cuisiner. Muriel Tallandier, directrice de la publication et de la rédaction, dans un édito-manifeste, évoque nos humanités à propos de cette cuisine. Ecrire et décrire la cuisine, l'illustrer, comme le réussit fou de cuisine, contribue à la défense de cet humanisme. Du potager au marché, du verger aux épices, la cuisine française se voudrait un humanisme, et qui sans doute résistera longtemps à l'intelligence artificielle, à l'automatisation et aux algorithmes. Et aux pesticides ?


Plus belle la cuisine ?
A titre de rappel de l'importance de la cuisine pour la presse, notons que Prisma publie la même semaine, en parapresse, un livre de cuisine dérivé d'une série télévisée populaire, "Le cuisine de Plus belle la vie" (480 p., 12,99 €). Bouillabaisse et crème catalane, poivrons et sardines : il s'agit de cuisine méditerranéenne, évidemment, la série se déroulant à Marseille ("La Méditerranée dans vos assiettes"). "Régalez-vous à la table du Mistral", dit encore le sous-titre. Pour mémoire, "Plus belle la vie", une sorte de soap opera lancé en été 2004, sur FR3, compte en prime time près de 3 000 épisodes et, en moyenne, plus de 4 millions de téléspectateurs par épisode.

La cuisine est l'un des secteurs les plus dynamiques de la presse magazine française, avec une quinzaine de titres nouveaux et une cinquantaine de hors série en 2015 (de janvier au 15 septembre) pour la catégorie "cuisine, gastronomie, vins", près de mille titres depuis janvier 2003 (Source : MM). Voilà pour les magazines centrés sur le thème, car, bien sûr, il y a de la cuisine dans de nombreux titres classés maison, santé, féminins, jardin, loisirs créatifs, tourisme, et même dans des magazines pour enfants. D'ailleurs, chacune de ces catégories publie de temps en temps un hors série cuisine.
La puissance d'une catégorie de presse ne tient donc pas seulement à la puissance de ses titres classiques, titres phares, anciens, soutenus par une régie publicitaire puissante et des statistiques à fin publicitaire, elle tient aussi au renouvellement continu des titres par des créations, des hors séries - qui sont aussi hors mesure de diffusion ou de lectorat, pour le plus grand bénéfice de la part de marché des titres plus mûrs.
Le dynamisme de la presse cuisine se lit dans la composition d'un magazine comme fou de cuisine, dans son esthétique aussi : rôle de la photographie, du papier, outils didactiques pour des lecteurs à convertir qui passeront à l'acte culinaire. Structure que l'on peut appliquer à d'autres types de magazines. Lire pour faire, pour avoir envie de faire, pour acheter, pour raconter une recette, une dégustation... "How to do things with words?" Avec une telle qualité, qui n'a pas de prix, de tels magazines ont de beaux lectorats devant eux.

lundi 6 juillet 2015

Socio-démo : les grands-parents


Une catégorie massive
Hebdomadaire Pèlerin, 2 juillet 2015
Il y a plus de 15 millions de grands-parents en France ; on n'en comptait que 12,6 millions en 1999, selon l'INSEE. Les grands-parents sont de plus en plus nombreux et ils sont de plus en plus jeunes. Le premier des petits-enfants arrive quand les grands-parents ont passé la cinquantaine, vers 55 ans en moyenne, les femmes un peu plus tôt que les hommes. Les grands-parents sont donc en majorité des grands-mères (7 sur 10). A partir de 70 ans, 80% des français sont grands-parents (cf. histogramme ci-dessous, source : Nathalie Blanpain,  Liliane Lincot, INSEE Première, N° 1469, octobre 2014 ). C'est donc une catégorie socio-démographique importante autant par son nombre que par les budgets de consommation qu'elle contrôle. De plus, en contact fréquent avec ses petits-enfants, elle bénéficie de leur incitation et de leur sympathie numériques.

Les grands-parents sont partie intégrante de la famille. D'ailleurs, le droit des grands-parents ressemble par de nombreux aspects à celui des parents : droit de visite et d'hébergement, droit de correspondance ; obligation alimentaire en cas de défaillance des parents. La relation, en cas de conflit, est confiée au juge des affaires familiales.

La grand-parentalité : catégorie socio-démographique ?
Les grands-parents ne constituent pas une catégorie première, il s'agit d'une catégorie floue, mixte, relevant autant de l'âge (séniors) que de la situation familiale : adultes avec enfants, mais sans responsabilité directe, immédiate, les enfants étant la plupart du temps hors du foyer grand-parental. Cette catégorie renvoie à une dimension de l'appartenance familiale, à un lien entre générations, à une dépendance flexible. Comme catégorie socio-économique, elle se compose d'actifs et d'inactifs, de retraités au statut économique et professionnel très variable.
Pour toutes ces raisons, les grands parents s'avèrent difficiles à cibler, d'autant que n'y correspond pas de média spécifique, même s'il existe un magazine s'adressant à eux : GRANDS-parents. Le magazine des grands-parents actuels // Le magazine des jeunes séniors actifs (bimestriel, lancé en 2010, 2,9€) ; de temps en temps, est publié un numéro spécial ou un hors-série, par exemple, "Être grands-parents", hors-série de La Croix (décembre 2008, 7 €). Une marque de café (Grand'mère) a tenté de faire événement en lançant une fête des grands-mères (premier dimanche de mars, depuis 1987). Le succès est encore mitigé.
En termes de ciblage, ce n'est donc que des données que peut venir une solution. Quels comportements, quelles données caractérisent et identifient les grands-parents ?

Le métier de grand-parents
GP GRANDS-parents juillet 2015
A la fin du XIXème siècle, L'art d'être grand père, le recueuil de vers de Victor Hugo (1877) a inauguré une nouvelle "politique de l'intime", mettant en valeur l'indulgence, l'art pour les adultes de "gâter" les enfants, et les enfants des enfants. Puisque l'enfant est innnocence, sa place dans la société, l'attitude des adultes à son égard doivent être reconsidérées. Tout comme la pédagogie qui s'apparente encore à la discipline militaire (cf. à la même époque, la dénonciation des parents violents dans le roman de Jules Vallès, L'enfant, publié en 1878 en feuilleton).

Dans son dossier intitulé "Au bonheur d'être grands-parents", le magazine Pèlerin (Editions Bayard) illustre ce qui était, il y a un siècle et demi, une révolution et qui est devenu la règle : les grands-parents apparaissent comme des "passeurs de vie et d'amour", des "confidents de tous les instants". Grands parents + petits-enfants, c'est la formule pour un bonheur et une complicité partagés, en marge des parents : s'ils sont - et ont été - des parents, les grands-parents ne sont pas les parents et ne veulent pas l'être.

A la relation affective et éducative, s'ajoute souvent une relation économique : les grands-parents aident les familles de leurs enfants (transferts générationnels). "Nounou avant tout", ils gardent les petits-enfants après l'école, et, pour les enfants scolarisés en maternelle, le mercredi (cf. Olivia Sautory, Drees, Vincent Biausque et Joëlle Vidalenc, Le temps périscolaire et les contraintes professionnelles des parents, INSEE Première, septembre 2011). Les grands-parents accompagnent aussi les enfants à leurs activités péri-scolaires ("Mamie taxi"). De plus, ils s'occupent aussi des petits-enfants pendant les grandes vacances. Solidarité essentielle qui aide les parents des petits-enfants à traverser les périodes difficiles. Mais que les grands-parents trouvent parfois fatigante.

Aux grands-parents, on attribue les bénéfices de l'âge et de la tradition, du bonheur domestique. Les trucs et les recettes des grands-mères occupent une place importante dans les magazines de loisirs créatifs. La grand-mère évoque surtout la cuisine et notamment la pâtisserie et les gâteaux des fêtes.
"EWA La pâtisserie de nos grands-mères" (février 2005, 4 €) ; Femme Actuelle propose un hors-série avec "750 astuces et trucs de grand-mère" (janvier 2015, 4,5 €), "La pâtisserie de Noël de grand-mère", Les bonnes recettes d'autrefois (octobre 2014), "Les gâteaux préférés de grand-mère" (mars 2013), La cuisine des grands-mères (Télé CAB SAT, septembre 2012), "105 recettes et astuces de grand-mère" (Cuisine actuelle, août 2011, 3,5 €), "Pâtisserie façon grand-mère" (Cuisine sympa, novembre 2010, 3,5 €), "La bonne cuisine aux herbes de grand-mère", Les bonnes recettes d'autrefois (mars 2009), "Les recettes de pâtisserie de grand-mère" (DIANA La pâtisserie facile, novembre 2008, 5 €). Souvent, la grand-mère ou le grand-père cuisinent mieux que les parents : ils prennent le temps de gâter leurs petits-enfants et de cuisiner avec eux.

Libérés des contraintes du métier de parent, les grands parents partagent des propriétés qui en font une cible primordiale, tant pour les contenus éditoriaux que pour le marketing. Même si leur participation économique est appéciée, il voudraient plutôt être du côté des loisirs, du temps libre avec leurs petits enfants que du côté de la contrainte, scolaire ou autre. A eux les jeux, les voyages, les randonnées, les spectacles...
Copie d'écran. Source : INSEE, 15 millions de grands-parents, octobre 2013

Autres posts socio-démos :
Références

Claudine Attias-Donfut, François-Charles Wolff, "Les comportements de transferts intergénérationnels en Europe", Économie et statistique, N° 403-404, 2007

Nathalie Blanpain,  Liliane Lincot, "15 millions de grands-parents", INSEE Première, N° 1469, octobre 2014

 Francine Cassan, Magali Mazuy, Laurent Toulemon, "Douze millions et demi de grands-parents",  INSEE Première, N° 776, mai 2001

Vincent Gourdon, Histoire des grands parents, Paris, Perrin, 2001, 702 p. Bibliogr., Index.

Hugo (Victor), L'art d'être grand-père, 1877

Benini Romain, "La religion dans l'Art d'être grand-père de Victor Hugo : une politique de l'intime", Etudes romantiques, novembre 2009, ENS-LSH, 10 p.

Olivia Sautory, Drees, Vincent Biausque et Joëlle Vidalenc, "Le temps périscolaire et les contraintes professionnelles des parents", INSEE Première, N° 1370, septembre 2011