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jeudi 23 août 2018

Les médias sociaux des enfants passent au papier

Swan & Néo. Le magazine officiel, 5,9 €, 68 p., Mondadori France, N°1 juillet 2018.

Le succès des influenceurs sur les réseaux sociaux ne serait pas aussi parfait s'il n'était complété par des magazines papier, qui leur permettent de bénéficier du réseau de distribution de la presse et de l'exposition incomparable qu'il apporte. Hybridation multicanal ?
En partenariat avec le magazine Closer Teen, Swan & Néo s'adresse aux enfants qui ont l'âge de fréquenter l'école élémentaire et les premières années de collège. Swan a bientôt 7 ans et Néo 13 ans. Dès l'édito, nos deux héros et acteurs se vantent de leur puissance sur les médias sociaux, YouTube et Instagram surtout. Les chiffres mis en avant ont de quoi faire pâlir n'importe quelles données de diffusion ou de lectorat de la presse pour enfants : ici, on parle en millions avec YouTube (près de 4 millions d'abonnés) et en milliards avec Instagram ("2,1 milliards de vues") : leur "famille de cœur", famille très étendue ! Miracles des analytics !

Comme pour L'Atelier de Roxane (réalisé par le même éditeur), les quatre membres de cette famille sont au centre du magazine, avec ses animaux (lapin, poissons rouge et jaune, hamster et cochon d'Inde). Tous sont tour à tour acteurs des vidéos que tourne quotidiennement la maman, Sophie. "Le métier de vivre" à l'époque du numérique, en quelque sorte. Les parents sont producteurs.
Le premier numéro comprend notamment des articles sur les parcs d'attraction (avec une pub en page 4 de couverture), sur les divertissement des enfants : jeux vidéo, mangas, BD, jeux de plage... Beaucoup de photos (l'album), peu de textes, généralement brefs (sur le mode SMS, avec les inévitables expressions empruntées à l'anglais). Un article sur Snapchat, un sur le look (vacances d'été et rentrée), un cahier de jeux, et surtout des idées de shopping, 12 pages : vêtements, accessoires, gadgets, mentionnant les marques et les prix (rédactionnel ou publicité, native advertising ?).

Ce type de magazine emprunte beaucoup à la presse enfants traditionnelle mais elle se rapproche aussi parfois du unboxing, pratique de marketing apparue aux Etats-Unis, il y a plusieurs années, très populaire sur YouTube, qui consiste à filmer le déballage d'un produit, d'un appareil (on dirait parfois du téléachat). Swan & Néo représente l'une des évolutions possibles de la presse enfants, plutôt tournée vers la consommation que l'éveil et en synergie avec les médias sociaux.
Influenceur est un métier. Métier lucratif pour les parents ? Quid des enfants ? Le travail des enfants étant réglementé, l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique (OPEN) s'est saisi du sujet : "les enfants stars sur YouTube, bonne ou mauvaise idée ?" Le débat est lancé...
A rapprocher de l'interdiction récente du  téléphone portable à l'école. Nos sociétés et les institutions d'éducation doivent apprendre à vivre avec les médias sociaux tout comme il leur fallut apprendre à vivre avec la radio et la télévision.
Faut-il laisser le champ libre aux médias sociaux ?

Références
  • Cesare Pavese, Le métier de vivre (Il mestiere di vivere: diario 1935-1950, Einaudi, 1952), traduit de l'italien, Paris, éditions Gallimard.
  • MediaMediorum, Social media at the French newsstand


lundi 11 juin 2018

Social media at the French newsstand: hybridization of influencers?



The press has always taken advantage of other media to create new magazines, even if it was thereby helping its competitors on the advertising market: radio, cinema, television and video games. It is therefore not too surprising to see the digital media give birth to magazines. At the beginning, television networks brought new blood to the press (TV Guide), now social media are injecting their dynamics into the legacy media. We should also remember that the press itself is still a hybrid medium, paper and digital. This hybridization is welcome as well as favorable to an association with digital media and their influencers.

Recently, two major European publishers, Hachette and Mondadori, each launched a French magazine (paper first) to cover young digital stars. YouTube brings an audience of modern youth that the press so badly needs. In exchange, the magazines offer YouTube stars legitimacy and add to their visibility (reach): France boasts more than 20,000 points of purchase for the press. Moreover, these magazines also generate their own online presence, website, and app, re-enforcing awareness and the reputation of Youtube stars and their channels where, as influencers, they advertise and sell products.
YouTube is the new television for the new generation (in addition to Netflix); according to Pew Research Center, it is the most favorite popular platform among American teens (13-17 years). They use it more than Snapchat, Facebook, Instagram or Twitter.
Will these magazines become a new kind of TV guide for these digital times?

L'atelier de Roxane (Roxane's workshop)
Roxane is a so-called influencer, a "socialtubeuse". She boasts 2 million followers/subscribers on social media. Reminiscent of a woman's magazine, Mondadori publishes L'atelier de Roxane fortnightly for a price of 5.90 Euros (7 USD). Published as a special issue of Closer Teen, it is distributed via newsstands throughout France. The magazine has 68 pages and targets kids, young teenagers and their mothers. No brand advertising in the first issue but every item, cooking tool or fashion, is for sale on an online store (promotion): we count 77 items for sale in the magazine, ranging from 1.59€ (for a dog treat) to 455€ (for a mixer). 77 micro-influences and recommendations, and so well done: no impression of clutter! You want to trust Roxane's bits of advice! Micro-influencers show a new advertising business model for the media.
A digital version can be read on the publisher's website for 4.50€ (4 USD) and on YouTube, of course. Cooking is the major subject (cake design): baking made simple (easy)for everyone ("la pâtisserie accessible à tous"), mostly with recipes for sweets, pastry, and candy. Roxane covers fashion as well: "Mon look of the day".
In "My Life": Roxane introduces her family, her husband and their two kids (11 and 7 years old), and their dog. "Nos abonnés font partie de notre vie, de notre famille" ("Our subscribers are part of our life, a part of the family"). Roxane is 28 years old and trained as a child care worker. She presents herself as a friend and sounds like a fun mom, her tone is somehow demagogue, she seems too old to speak that way. Nevertheless, the magazine is cleverly positioned, both as a parenting magazine (DIY, cooking) and a kids magazine.

WEBUZZ. Le magazine n°1 des stars du web (Number one magazine for web stars)
Launched in February by Hachette Presse, the monthly is almost exclusively dedicated to YouTube and its numerous influencers (although there is also an article about Snapchat, one about Instagram, one about Facebook). 3.95 €, 100 pages.
On the cover, Norman, 31 years old (not a teenager!) is a French star on YouTube who boasts 10 million followers. Most of the magazine content covers YouTube culture with articles such as "YouTube is my only friend" ("YouTube est mon seul ami") or another covering a visit of the YouTube building in Paris. Webuzz presents many portraits or interviews of YouTube stars, mentioning the number of followers.
Who are the advertisers? Fashion, Galeries Lafayette (department store), a hip-hop FM radio station, comic books, a novel (by Zoella). Among the articles: a clever one discussing the communication gap, comparing the younger generation's lifestyle to that of their parents ("Retrobuzz"), articles about video games, a "shopping" page (about fashion, between 7.90€ and 69€), a cooking article (cake with lots of M&Ms, a recipe from Roxane). Conclusion: "Everyone can become a star, send your video" ("à toi la gloire"). With YouTube, every teenager can hope for their 10 minutes of fame.

Both magazines share a style, a vocabulary, teenager slang, allusions, Frenglish, gestures, body language, facial expressions ("techniques of the body", Marcel Mauss), tastes, grimaces. These patterns of a new culture (probably short-lived) call for a new ethnography. Again the social networks are full of "intimate strangers", too intimate to be true ("family", "my only friend"!).

References
  • Richard Schickel, Intimate Strangers. The culture of Celebrity in America, 2000, 334 p.
  • Ruth Benedict, Patterns of culture, 1934, 291p.
  • MediaMediorum, "Les médias sociaux des enfants passent au papier", August 2018

jeudi 22 juin 2017

Formats publicitaires : la TV américaine, du 30 au 6 secondes ?


Le format standard des messages publicitaires de la télévision américaine a longtemps été l'immuable 30 secondes (précédé avant les années 1960 de messages durant 60 secondes). C'est sur ce format standard qu'ont été fondés les calculs de GRP (puissance, coût) pour les networks nationaux.
Tableau 1.
Evolution de la durée moyenne des messages (%)
sur les networks nationaux (network time). Source ITV.
La part du 15 secondes a progressé lentement, d'abord de manière discrète sous la forme de faux 30, accolant deux messages de 15 secondes (back to back) d'une même marque. Pour les quatre grands networks historiques, linéaires, le 15 secondes l'emporte désormais sur le 30 secondes (cf. Tableau 1).
En 2016, la répartition des formats publicitaires sur les divers types de supports linéaires (%) était la suivante (cf. Tableau 2) :

Tableau 2. Les formats publicitaires selon les types de chaînes et les stations locales (spot). %. Source ITV.
Fox Network Group (News Corp.) décide d'adopter, dès août 2017 un format de 6 secondes pour les messages publicitaires diffusés sur ses supports numériques (cross-device : Fx, Fox News) et ses contenus consommés à la demande ; les messages seront "inévitables" (unskippable). Ce format court, déjà proposé par YouTube, veut optimiser l'efficacité publicitaire sous deux contraintes : les capacités créatives, d'une part, et l'intérêt du téléspectateur, son attention, d'autre part. Il s'agit peut-être d'une première étape, d'un brouillon avant le passage sur la télévision linéaire (network et stations O&O) ? Test ? Expérimentation?
La facturation prend en compte la visibilité estimée à partir du video quality score de Moat ; la création publicitaire est internalisée chez Fox NG.
Les premiers annonceurs sont Duracell et Mars ; les spots sont placés dans un écran (pod) court de 29 secondes inséré dans le direct et le streaming à la demande de l'émission "Teen Choice 2017". L'écran est précédé d'un avertissement de 5 secondes invitant à être attentif parce que l'interruption publicitaire ne durera que 29 secondes.
Le risque du format court est qu'il accroisse le sentiment d'encombrement (clutter), à durée pubicitaire égale. La réduction de l'encombrement publicitaire ne peut passer que par un meilleur ciblage donc à une exploitation des données collectées concernant ces supports.

L'annonce est symbolique d'une convergence en train de se faire : convergence avec le streaming et notamment avec YouTube (YouTube TV? ) dont Fox reprend le format. Hégémonie du numérique, et notamment de Google, dès lors qu'il s'agit de vidéo.


N.B.
  • Moat a été racheté par Oracle pour plus de 850 millions de dollars, en avril 2017.
  • En 2016, Facebook a repoussé la limite de durée des vidéo sur Instagram de 15 à 60 secondes.

mardi 10 novembre 2015

Saveurs des blogs culinaires


Spécial blogs culinaires. Hors série de SAVEURS, 5,9 €, octobre 2015, 140 p. Index alphabétique des blogs et des recettes, des comptes Instagram. Carnet d'adresses.

Les blogs intègrent et alimentent la presse papier. 50 blogueuses et blogueurs prennent le pouvoir dans ce hors-série consacré à la cuisine.
Il s'agit de contributions délimitées, atomisées, élémentaires que le magazine agrège : les recettes, trucs, astuces, tours de main, conseils (how-to dans les blogs américains) conviennent bien à ce type d'exposition et d'organisation. S'adapte à tout ce qui relève des loisirs créatifs, du bricolage maison. Les loisirs créatifs, c'est le sens pratique, des habitus partagés, loin des légitimités établies. Des énoncés simples aussi, listes d'ingrédients, phrases brèves à l'impératif cordial...

Le hors série sélectionne et publie 127 blogs et 91 recettes.
Scandant le magazine, quatre double pages thématiques liées à la cuisine : pour les outils "du plan de travail", les livres, les ingrédients ("le placard idéal des blogueuses"), deux pages pour les astuces.
Le format est simple et clair, facilitant le feuilletage, la lecture et l'utilisation : deux pages par blogueuse, la page de gauche réservée à une "bio" avec anecdotes et photo d'identité, la page de droite pour deux recettes avec photos. Belles photos, d'ailleurs.
De tout cela se dégage une atmosphère de cordialité et complicité qui sied à la cuisine et aux échanges. Manifestement, quelque chose est en train de s'inventer.

Assiste-t-on à une transformation du journalisme par le Web et les réseaux sociaux ? S'agit-il de dé-professionnalisation ou de professionnalisation progressive d'amateurs (Pro-Ams) ? Une extension du domaine professionnel des journalistes qui deviennent découvreurs, éditeurs ? Une évolution de l'économie et des économies domestiques (on-demand economy ?) ? A suivre...
Ce hors séries de Saveurs confirme une piste d'innovation pour la presse qui finit par s'enrichir de la culture Web et mobile sans renoncer au papier. Saveurs est également présent sur l'Appstore d'Apple. Déjà, As You Like avait donné le ton empruntant aux "blogueuses, instagrameuses et créatrices connectées" : "féminin dénicheur de talents". Depuis, il y a eu aussi, entre autres, L'Atelier scrapbook : le meilleur des scrapblogueuses, bimestriel, 6,9€, octobre 2015 pour les loisirs créatifs.

Cette collaboration de l'ancien et du moderne, de divers supports, de blogs issus du Web publiés sur papier, peut évoquer ce qui se passe en vidéo / TV avec YouTube et les mcn. Par exemple : All Things Hair, chaîne de coiffure créée par Unilever avec ses "hair care how-to videos". Ou encore le journalisme citoyen (citizen journalism) tel que le pratique CNN avec iReport (cf. "Defeated by social media, CNN overhauls iReport", par Ricardo Bilton).

lundi 4 mai 2015

Magazine féminin ? As You Like... devient Oh! my mag


Oh !my mag : résultat de la fusionne du magazine papier As you like avec le site ohmymag en septembre 2017. Mensuel, 3 €.

As you like par Prisma (Gruner + Jahr), 152 p.
Lancement : 135 000 exemplaires. Trimestriel, 3€. "le meilleur des blogs en version papier". Site web.

ohmymag s'adressait à une cible féminine avec les ingédients habituels : style de vie, tendance, mode, beauté, luxe, cuisine. On dit plutôt lifestyle et food ! Et l'on déclare viser les millenials.

As you like devient Oh ! my mag. Le magazine de Prisma, portait un titre presque shakespearien ! Il avait failli s'appeler Follow, titre abandonné pour des raisons légales. Certes ce titre aurait bien collé à son positionnement éditorial : repérer des influenceurs et les tendances à suivre. Mais avec "comme il vous plaira" (traduction classique du titre de la pièce), le titre regagne des degrés de liberté et un ton est annoncé : légéreté, caprices, espièglerie. Plaisir des consommations et des comportements d'abord...
La couverture le dit en photo : il s'agit d'un magazine féminin et c'est bientôt l'été.

Qu'est-ce qu'un magazine féminin ? 
L'évolution de notre société aligne progressivement le statut des femmes sur celui des hommes et réciproquement, aussi n'est-il plus guère de territoires de consommation strictement féminins ou strictement masculins, hors des "techniques du corps". Reprenons la terminologie classique de Marcel Mauss, anthropologue (1934) : les techniques du corps incluent les soins du corps, le maquillage, les régimes alimentaires, la forme, la santé, les vêtements, la sexualité, la naissance, l'enfance. C'est dans les techniques du corps que presse féminine ou presse masculine trouvent leurs terrains de prédilection respectifs, leur spécialité marketing (Unique Selling Proposition).

Dans un magazine, tout autant peut-être que l'éditorial, la publicité commercialisée énonce et construit a posteriori la cible escomptée. Un magazine qui publie des messages publicitaires pour célébrer et vendre des produits féminins sera dit féminin.
Quels produits trouve-t-on dans As you like, qu'il s'agisse de la publicité ou des rubriques shopping (guide d'achat) ?
Inventaire : joaillerie, soins (épilation, bronzage, coiffure, minceur, régime), maquilllage, vêtements, décoration, accessoires. Voilà pour le cadrage féminin ; ne sont absentes, parmi les techniques du corps, que la naissance et l'enfance qui font généralement l'objet de sous-ensembles spécifiques de magazines féminins. Hors techniques du corps, on trouve dans le magazine de la publicité pour la cuisine, l'automobile et le voyage, qui sont des produits mixtes.

Journaliste ou blogueuse ?
L'innovation éditoriale essentielle du magazine consiste dans le principe d'une collaboration journalisme + blogs et réseaux sociaux (Instagram, Pinterest). Modèle économique popularisé par The Huffington Post. La blogueuse a-t-elle statut de journaliste (formation professionnelle, carte professionnelleetc.) ? Oui, dit le droit français, si la majorité de ses revenus provient du journalisme (cf. article L.7111-3 du Code du travail), oui, par conséquent, si la rédaction d'un blog est reconnu comme journalisme... On tourne en rond.
L'originalité éditoriale de As You Like vient des Blogs Hellocoton (plateforme de blogs achetée par l'éditeur en 2012) : les femmes sont auteurs. Ensuite, vient une sélection trimestrielle de contenus publiés sur les blogs, les réseaux sociaux. Two step flow of communication !
"Le magazine connecté qui explore le web et déniche les talents d'aujourd'hui et de demain", ainsi se définit le magazine. Elargie, la presse devient à son tour média de médias : le numérique a copié et dévalisé le papier ; en retour, le papier s'inspire des seules innovations éditoriales du numérique, les réseaux sociaux. "Stratégie rupturiste", annonce le communiqué de presse de lancement. "Ce magazine va dans le sens de la transformation que vit la presse féminine aujourd'hui, en se servant de son déploiement digital pour se réinventer", explique Pascale Socquet, Editrice du pôle Femmes de Prisma Media. Une volonté de repenser la presse féminine est déclarée, une expérience est lancée ; plutôt que de juxtaposer papier et support numérique, ce magazine organise et orchestre une synergie féconde entre eux. Saluons cette innovation qui se propage (cf. le hors série du magazine Saveurs consacrés aux "Blogs culinaires", 16 octobre 2015 : "nos 50 blogueuses coup de cœur" et leurs recettes).

Des blogueuses comme tastemakers, influençeuses influencées ; "blogger outreach" : les marques suggèrent des tests aux blogs, qui recommandent (ou pas) leurs produits ; ensuite, le magazine suit les blogs, leur emprunte des idées (blogger outreach campaigns). Ainsi, le prescripteur n'est directement ni le journaliste ni la marque.
Innovation éditoriale ? "Le meilleur de la toile", "être au fait des nouvelles tendances en matière de mode, déco, beauté, cuisine, et tourisme au travers de reportages sur des personnalités tendances". Des "personnalités" sont déclarées "tendance", elles sont repérées comme telles par des blogueuses spécialisées dans les tendances : à leur tour, ces blogueuses transmettent les tendances aux lectrices qui les suivent et deviennent tendance, accentuant ainsi la tendance, accélérant sa diffusion : self-fulfilling prophecy ? Magazine people, au second degré ? Prédictif ? Tout cela, sans doute.

Avec As you like, les blogueuses étaient autant actrices - au double sens du terme - que journalistes. Comment, dès lors, ne pas penser aux propos de Jacques dans la pièce de Shakespeare (As you like it, Acte II, scène VII) :

"All the world's a stage, 
And all the men and women merely players;
They have their exits and their entrances, 
And one man in his time plays many parts ..."

Oh ! my mag reprend et mêle des éléments du site Ohmymag (avec appli et vidéo) et du papier As you like. Synthèse logique, qui a sans doute des raisons économiques. La presse se cherche et cherche et semble revenir sans cesse à son point de départ, en le modernisant. La modernisation est dans l'articulation papier / numérique et dans l'articulation périodique / hors-série.

vendredi 20 février 2015

flow magazine ou le triomphe du papier


flow, pour l'amour du papier. Prisma Media (groupe Bertelsmann) a lancé en février 2015 un nouveau magazine sur le marché français. Vendu 6,95 €, bimestriel, il a été tiré à 160 000 exemplaires et compte 140 pages. Abonnement annnuel : 38 € (6€15 le numéro). En juin 2015, Prisma annonce 80 000 exemplaires vendus pour les 2 premiers numéros, dont 4 500 abonnements.

flow est déclaré "féminin" par l'éditeur. Il vise "les femmes de 35 à 50 ans, ouvertes d’esprit, positives, qui aiment la papeterie et la beauté des choses", selon les indications données à la distribution (Presstalis). Ciblage plutôt flou et c'est bien (l'analyse data dira l'écart entre le lectorat imaginé et le lectorat atteint). Le titre relève également, selon les taxonomies en cours dans la presse, de la catégorie des "loisirs créatifs".
  • Le modèle économique renvoie à une économie internationale de la presse : conception et recherche marketing (coûts fixes) sont amorties sur plusieurs marchés : Pays-Bas, France, Allemagne. Le concept a été mis au point aux Pays-Bas (groupe Sanoma). Une édition internationale est publiée en langue anglaise. Aux coûts fixes par numéro s'ajoutent des coûts de traduction (coûts variables). 
  • Publicité ? Un peu : Guerlain, Nuxe, Lancôme (4 de couverture). Promotion : des livres et un magazine des Editions Pisma. Et le shopping, format petites annonces avec adresse, photo ; carnet d'adresses en fin de magazine.
  • Le magazine comporte une forte présence numérique : tablettes, Web, Instagram, Facebook, Pinterest, Twitter.
  • La catégorie "loisirs créatifs" est féconde : en France, elle s'accroît d'une centaine de titres chaque année (nouveaux titres + hors séries) depuis 2005 (cf. infra, Base MM).
flow, c'est le triomphe du papier, des "amoureux du papier"

Le déclin du papier et de la papeterie s'accompagne d'un repositionnement. Bien sûr, les magazines ont une affinité naturelle avec les activités recourant au papier (patrons, carterie, décoration, cahiers, origami, coloriage). Si la modernité numérique lui substitue des écrans, cette modernité fait aussi de la papeterie un objet de luxe et de distinction, d'inutile beauté ; un même phénomène s'observe déjà avec la calligraphie et les outils d'écriture, porte-mine ou stylo à plume (cf. Le Stylographe, qui se veut "magazine de haute-écriture", lancé en 2002).
Par son aspect papier, flow se rapproche du scrapbooking : d'ailleurs, par exemple, le numéro de février de Passion Scrapbooking offre en cadeau "16 pages de papiers et étiquettes scrap". Voir aussi Passion Cartes Créatives (cf. le hors série de mars 2015 consacré au faire-part).

Nombre de titres nouveaux et de hors-série dans la catégorie "Loisirs créatifs"
2004-2014.  Source : Base MM (février 2015)
La partie éditoriale met l'accent sur une créativité personnelle d'apparence modeste, mise en œuvre à la maison, sans prétention ni frime, qu'il s'agisse de cuisine, de bricolage ou de crochet. Positionnement européen original que l'on peut rapprocher de Landlust en Allemagne.
flow connaît en Allemagne un grand succès que souligne et analyse l'hebdomadaire allemand Der Spiegel : "Magazin-Erfolg Flow".
La tonalité du magazine, son esthétique vont délibérément à contre-tendance. ("Flow wirkt wie ein Gegenentwurf zu modernen Medien", écrit Sebastian Hammelehle dans Der Spiegel). Le côté "loisirs créatifs" est parcouru comme un fil rouge par une interrogation lucide sur notre relation à la communication et aux technologies numériques : débrancher ? multitasking ? vitesse ? Les articles questionnent avec scepticisme les styles de consommations numériques : "L'instant plutôt que l'instantané", "Une chose après l'autre, SVP". On n'attend pas ces pages de philosophie, écrites à la manière d'Alain ("Les idées et les âges"), de H. D. Thoreau (Walden) ou de Tom Hodgkinson (cf. "Vivre autrement ? Quelle place pour le numérique ?").

flow pose de manière nouvelle - et implicite - la question de l'avenir de la presse. Si cet avenir semble presque exclusivement numérique pour l'information, il appartient certainement au papier pour les magazines de loisirs créatifs (cf. "Lire la presse, c'est faire : loisirs créatifs, déco, bricolage, cuisine",  "Loisirs créatifs : La Maison Victor, magazine professionalisant"). Ne perdons pas de vue que cette catégorie de titres représente près d'un cinquième de la nouveauté presse depuis dix ans, près de la moité si l'on y adjoint les magazines pour "faire" - et non seulement pour lire -consacrés à la cuisine, à la décoration, au jardinage et au bricolage.

lundi 3 février 2014

Self service : enquêtes à vendre


Survata vient de publier les résultats d'une étude, une de plus, sur l'évolution de Facebook chez les adolescents américains.
Selon cette enquête, reprise ici ou là, l'usage de Snapchat et d'Instagram grignoterait celui de Facebook. La marge d'erreur déclarée est de 4,9%.
Notre propos n'est pas d'ajouter une approximation ou une erreur à toutes celles que propage le Web sur ce sujet. En revanche, nous voulons pointer une évolution du marché des études.

Le taux de non-réponse n'est pas indiqué : les non répondants
("I doo'nt use any of these") sont exclus des résultats
Le site de Survata publie le questionnaire qui a été utilisé (ce qui est fort rare) ; il précise la taille de l'échantillon interrogé et la date de passation : 365 personnes de 13 à 17 ans, du 17 au 20 décembre 2013. Survata expose sa méthodologie mais ne donne pas les résultats permettant de contrôler la qualité des réponses collectées.
Le questionnaire est diffusé sur des sites d'éditeurs ("quality sites", "around the Web"), volontaires et sélectionnés, en échange de contenus proposés aux répondants (video, e-book, etc.).
Jusque là rien que de classique : c'est la pratique des collecteurs de données, des panels...
Les problèmes commencent avec l'interprétation de ce résultat. Quelle est sa fiablilité ? Qui sont les répondants (biais) ? La représentativité par rapport au recensement américain est assurée pour l'âge, le sexe et la géographie (avec quelle granularité ?). Mais ensuite ? Quel degré de représentativité, par exemple, par rapport au mode d'utilisation du Web (technographics : appareil, O.S., etc.), au milieu social (capital économique et culturel) ? Peut-être n'a-t-on interrogé que des possesseurs d'iPhone 5, de milieux aisés, etc.
  • Les résultats (Excel et Statwing) sont fournis dans les 24 heures suivant la passation.
  • La politique des prix pratiquée est simple et lisible : $1.00 le répondant. 
  • Le modèle économique est sans doute efficace. Les coûts sont faibles et presque tous fixes : les cadeaux bon marché, la distribution du questionnaire et des cadeaux est gratuite. L'analyse des données recueillies est automatique.
  • Pas de travail pour réunir un échantillon avec des quotas difficiles (de plus, on n'interroge que des internautes) 
  • Pas d'études de cadrage (establishment survey). 
  • Les coûts variables sont faibles : relecture et correction du questionnaire, marketing
Surdata, entreprise sortie de l'incubateur YCombinator en 2012, annonce sa couleur : accurate, fast, affordable (juste, rapide, bon marché).
Enquêtes et sondages en ligne concurrencent déjà et concurrenceront de plus en plus sur les enquêtes traditionnelles (par téléphone, par courrier, face à face). Survata n'est qu'un exemple. Google Consumer Survey ou Polar sont du même ordre, tout comme SurveyMonkey et bien d'autres (cf. par exemple, la liste établie par GreatBook). Sans compter les enquêtes sur mobile : cfPalmopinion, par exemple, qui propose des enquêtes sur smartphone pour le marché chinois.

Cette évolution est l'effet de l'automation que permet et généralise le travail numérique : self service (chacun conçoit et réalise sa propre enquête), dématérialisation. De nombreuses enquêtes de référence des médias se mettent à suivre cette voie pour abaisser leurs coûts. Toute nostalgie plus ou moins luddiste sera vaine : il s'agit plutôt désormais de mettre en place des contrôles garantissant rigueur scientifique et information des utilisateurs quant aux limites des méthodologies.

dimanche 29 décembre 2013

Facebook uncool ?

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A partir d'un travail universitaire, financé par l'Union européenne, un chercheur déclare que, pour les jeunes de Grande-Bretagne, Facebook est "mort et enterré" : "it is basically dead and buried".
Cette affirmation a été reprise par de nombreux médias, telle quelle.
La formule résume les conclusions tirées d'une étude ethnographique. Selon cette étude, laissant Facebook à leurs familles, les jeunes de 16-18 ans se tourneraient vers d'autres réseaux, d'autres applis : Snapchat, Instagram, Twitter, WhatsApp.

La question que suggèrent ces conclusions est surtout celle de leur crédibilité, et d'abord de leur possibilité scientifique. Car, en fait, que peut-on savoir ?
A quelle méthodologie se fier ? Comment des adultes, des chercheurs peuvent-ils savoir ce que pensent et font les adolescents, en général, et en matière de réseaux sociaux, en particulier ?
  • De quelle ethnologie relève cette recherche ? S'agit-il de déclarations ? S'agit-il d'observations ? Conduites dans quelles conditions sociales (tout enquête établit un rapport social) ? Pendant combien de temps ? La situation d'observation ne risque-t-elle pas de perturber les personnes observées (observer effectHawthorne effect) et d'en affecter les comportements ?
  • Qui sont les adolescents enquêtés ? A quels milieux sociaux appartiennent-ils, quel est leur situation scolaire, avec ce que ceci implique de maîtrise des codes langagiers, de capital culturel, de capital social, etc. ? Des garçons, des filles ? Quel est leur équipement numérique ? Comment ces variables affectent-elles leurs opinions, leurs attitudes, leur expression ? Car comment imaginer quelque unanimité...
La question raisonnable et primordiale paraît plutôt : à quelle(s) condition(s), non intrusive(s), pourrait-on savoir ce que les adolescents font et pensent de Facebook et d'autres réseaux sociaux ? Quel pourraient-être les modes de production d'un tel savoir, leurs limites ? Comment le valider ?
En communiquant les conclusions d'une telle enquête au grand public, le chercheur laisser croire que l'on peut savoir, que c'est simple, alors que justement, comme l'on dit avec Facebook : "it's complicated". On reconnaît là les problèmes de la vulgarisation et de la communication aux non-spécialistes : le grand public demande des prophètes du monde social et il leur demande des propositions simples et frappantes, des révélations. Difficulté du métier de journaliste.

Une partie de la réponse à la question du public de Facebook se trouve chez Facebook (et Instagram), sans doute à partir d'une étude longitudinale des membres, de leurs comportements, de leurs interventions sur le réseau.
Facebook, j'imagine, se pose ces questions. J'imagine aussi que le chercheur a interrogé Facebook...
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samedi 21 décembre 2013

Beyoncé, lancement sans bruit, sans publicité

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Le nouvel album "Beyoncé" est un succès de ventes. De ventes numériques. Effet de surprise. Lancé aux Etats-Unis, le 13 décembre 2013 à minuit, en exclusivité sur iTunes (Apple). Pour 15,99 dollars, 14 titres et 17 vidéos : binge-listening d'abord ! La vente à l'unité commencera une semaine après, le CD encore plus tard, sans doute, juste avant les fêtes.
Un lancement purement numérique est moins cher, assure la discrétion des préparations et limite les risques de fuites. Succès considérable pour iTunes.
Evidemment, la distribution classique n'a pas apprécié : le groupe Target a déclaré que ses magasins ne vendraient pas le CD à sa sortie (mais Wal-Mart a pris le contre-pied et vendra). Amazon est hors jeu.

Lancement sans publicité. Réussite hors conteste. Escalade de superlatifs ("fastest selling album ever on the digital music store") et surenchères d'annonces : 600 000 albums vendus en trois jours aux Etats-Unis, plus d'un million dans "le reste du monde"... tant et tant de records annoncés comme des scores.
L'événement est construit sur et par les réseaux sociaux : annoncé sur Instagram, repris par Facebook, Twitter, etc. Les réseaux et les blogs ont propagé et multiplié la nouvelle de la publication. Le bouche à oreille a fait le reste. Les médias sont hors jeu.
Variante de la stratégie du Blockbuster ? Rare réussite, de plus en plus rare dans le show business de la musique (Adele, Lady Gaga, Timberlake, peut-être). Ce lancement constitue une remise en chantier des stratégies commerciales : binge, lancement instantané, sans préparation visible (no advance marketing), pas de single, pas de RP, de promotion, etc. (comme l'ont fait en 2013 déjà David Bowie pour "My Bloody Valentine mbv" ou Death Grips pour "Government Plates").

Toutefois, attention à l'attribution. Ne perdons pas de vue qu'un tel lancement est porté par un énorme capital de notoriété, par des années de publicité répétée pour fabriquer la marque "Beyoncé". Combien de GRP avant de réussir un lancement sans publicité ? Combien de présence accumulée, calculée et continue sur les réseaux sociaux, de Facebook à Tumblr, d'Instagram à Twitter ? Tout un travail professionnel d'exhibition de la vie privée, (artiste total people) de popularité spontanément calculée ("Beyhive") ? Les contenus eux-mêmes semblent répondre à un calcul d'optimisation mêlant des moments tendres, des moments dénudés (explicit !) et un manifeste féministe avec la romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie ("Flawless"). C'est cela le talent : un calcul tellement réussi qu'il est invisible.


samedi 23 novembre 2013

fricote, cuisine de la table au portable

La une du numéro 13 (novembre 2013)
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Beau magazine autour de la gastronomie.
Trimestriel, 132 p, dos carré
4,5 € ; 18 € l'abonnement annuel
Lancé à 50 000 exemplaires, en novembre 2010
Distribution Presstalis

"Fricot" est un bon vieux mot français (breton ?) qui désigne une viande en ragoût, un plat fricassé. Quant au verbe "fricoter", qui signifie d'abord cuisiner à feu vif, il peut connoter aussi des activités louches, parfois galantes.
Beau titre, à prendre au second degré, en contrepoint du sous-titre, L'Epicurien Urbain, que glose, au bas de la une : "food - design - photo - graphisme et bouche à oreille". Tout est dit si l'on observe que fricote, le titre, est manuscrit sans majuscule, tandis que le sous-titre, immédiatement au-dessous, est en capitales.
Positionnement rédactionnel intriguant, quand même. Epicure, philosophe végétarien et sobre, vantait l'ataraxie et une gestion prudente des désirs. Depuis Rabelais (je crois), on l'associe souvent aux plaisirs de la table ; il est vrai qu'il appréciait le bon vin. Déjà, il a donné son nom à un cigare cubain. En fait, le mot "épicurien" ne connote plus Epicure : l'épicurien d'aujourd'hui serait plutôt hédoniste. A chacun son snobisme : qui lit encore Epicure ou Lucrèce ? Quant à "urbain" : le lectorat escompté par ce magazine vit, mange et fricote dans les grandes villes : même countrytoute culture nouvelle vient des villes (il existe aux Etats-Unis un format de radio et un style "urban country").

Le magazine est "branché food". Food, comme fooding, street food, food douche, slow food, junk food, foodgasm, foodie... Il publie même un questionnaire d'auto-évaluation : "food attitude". fricote aborde la gastronomie et la cuisine sous un angle esthétique, en connivence constante avec la culture Web, c'est cela, sans doute, son côté urbain : la cuisine de l'époque numérique.
Le magazine est publié en deux langues ; la colonne de gauche, écrite en français, est traduite en anglais dans la colonne de droite. Bizarre. Quelle peut être la cible de ce bilinguisme, ni les francophones, ni les anglophones à qui une seule des deux langues suffit ? Extension à des lectorats peu francophones, touristes ? Didactisme ? Pourquoi traduire plutôt qu'écrire en anglais directement, improviser en anglais sur le même thème plutôt que transposer ?

A la une du numéro 13 (novembre 2013), le smartphone.
  • Cuisine mobile. Le smartphone, omniprésent à table, posé ostensiblement à droite de l'assiette, consulté à tout bout de champ. "Photo call", "Food art via instagram" : le magazine traite de l'habitude de partager un plat en ligne, d'une photo, Snapchat ou Instagram. Food snapping rituel, les réseaux sociaux, Facebook, Pinterest, Tumblr, notamment, relayent et prolongent le plaisir de la cuisine et du repas. Ce qui pose parfois des problèmes de droit d'auteur : dans certains restaurants, comme au musée, il est interdit de photographier. Mais le marketing reprend vite ses droits : une citation sur Instagram ou Pinterest, un snap peuvent amener des clients. Nouvelle urbanité.
  • Faire voir la cuisine. La photographie des assiettes (double cadre et marie-louise), celle des ingrédients et de la vaisselle mis en scène comme des natures mortes inspirent une esthétique gastronomique nouvelle (Fubiz.net a sa rubrique), esthétique que le magazine semble illustrer lorsqu'il montre des recettes en cours de réalisation, recommande des tables... Manet, Chardin à l'époque de la sensibilité et de la reproduction numériques : la photo avec le mobile fait "voir le voir"...
Signalons encore, dans ce numéro, "Deux mains à la une", interview de Jean Jullien (news of the times) avec d'incisives illustrations par l'interviewé. Et encore, une analyse des scènes de cuisine dans la série "Friends"...

lundi 18 novembre 2013

The Time of Snapchat: towards an ephemeralnet?

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Social networks and photo messaging, Facebook is getting less young, young people might prefer Snapchat. Maybe, maybe not: by the way, do we have audited stats for mobile apps?
Send me a snap! You get it, it's gone. Snaps are ephemeral: they disappear a few seconds after they are opened (from 1 to 10 seconds, sender's choice), unbundled temporary states of mind. Snaps are definitively unique. And Snapchat is not the only ephemeral messaging app, there is also Leo, Confide, Blink (acquired by Yahoo!) or Frankly, for instance. On the other hand, Instagram has launched a private photo-sharing service (Instagram Direct). No more broadcast: are social apps trying to reassure and avoid privacy issues ?
Update June 2014
"The liquid self", as the Snapchat blog says, questions "the assumed permanence of social media content" and the "unchanging identity".
"Liquid self" : it sounds like Zygmunt Bauman and his "liquid modernity". We are living "in an age of uncertainty". Social communication of this age should be temporary. Is Snapchat a social media for a time of "social disintegration", an "era of instantaneity" and "immediate data of consciousness" ("données immédiates de la conscience", Henri Bergson).
Linearity of time has always been disrupted by technology (books, records, DVR, mailboxes, catchup TV, etc.). Books, letters and photos are kept, archived: libraries. On the contrary, Snapchat reduces the flow of time into instants, lost forever in a stream of life, while Facebook builds a "timeline" ("Timeline is the story of your life", says Mark Zuckerberg).

Snapchat, like YounityFrankly, FYEO or Wickr in some ways, brings no trace, no memory, no past, nothing to forget. No old data, only present, no story, no storytelling. Memorylessness (as in a Markov chain). No nostalgia?
As Zygmunt Bauman notes: "A swift and thorough forgetting of outdated information and fast ageing habits can be more important for the next success than the memorization of past moves and the building of strategies on a foundation laid by previous learning." Snapchat can be understood as a symbolic revolution in the form of time. Is our time now made of moments, a succession of brief innovations, no history but snaps. Is digital technology of communication changing time?
After all, maybe an erasable Web would be better, safer... But no digital past, no data!

N.B.
- With Poke by Facebook Poke, you could choose how long the message you are sending will be available (up to 10 seconds).
- Of course, you can still make a screenshot of a Snapchat message.
- Some brands are testing ephemeral advertising (cf. "Social Snapping").

Update : July 2016, Snapchat introduces Snapchat Memories.

References
Bauman, Zygmunt, Liquid Modernity, Polity Press, 2000
Bauman, Zygmunt, Liquid Times. Living in a time of Uncertainty, Polity Press, 2007
Bergson, Henri, La Pensée et le mouvant, Essais et conférences, 1903-1923, in Œuvres, Paris, PUF, 1959
Bergson, Henri, Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889, Paris
Jurgenson, Nathan, "Temporary social media", Snapchat blog, July 19, 2013
Jurgenson, Nathan, "The liquid self", Snapchat blog, September 20, 2013.
Manjoo, Fahrad, "Do we want an erasable Internet?, WJS.com, December 22, 2013.

jeudi 27 juin 2013

How new a media is Facebook

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  • 1 million advertisers / month (28 days) : very big and very small, SMBs and local
  • Increasingly a true worldwide media
  • Moving fast. Example, in a week or so, Facebook introduced: hashtags, new advertising formats, social gifting with Amazon, new metrics (PTAT), etc.
  • Mobile first: Facebook, and of course Instagram - now going video - are primarily mobile media. Facebook's Home, a tentative innovative User Interface, might look like a mistake for the time being but the next attempt might be the good one.
  • Next? A Facebook news reader? We'll see...

  • Of course, Facebook makes mistakes; of course there are failures, but there are also successes. By doing so much, Facebook is no doubt learning a lot.
    In comparison, think of traditional media, such slow media. There are more changes with Facebook in one week than in those media over an entire year.

    What makes Facebook so different? What are traditional media missing?
    The pace of change, the daring to risk. The key, according to Mark Zuckerberg? "Move fast and break things","Done is better than perfect"...


    Some other posts concerning Facebook

    dimanche 5 mai 2013

    "sometimes, journalists get stats wrong"

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    L'un de mes profs lorsqu'il évoquait une affirmation mal vérifiée, ajoutait souvent, d'un air malicieux, "dans une certaine mesure, qu'il faudrait d'ailleurs mesurer...".
    Un quotidien britannique rapporte que le site de Facebook a perdu 10 millions de visiteurs aux Etats-Unis et 2 millions en Grande-Bretagne.
    • La statistique semble ignorer la connexion via l'appli de Facebook, or, comme le notent les auteurs de l'article, les internautes sont nombreux à abandonner leur connection Web pour se connecter à Facebook avec l'appli. Notons encore que l'appli Facebook est la plus téléchargée de l'Apple Store ; Instagram, qui appartient à Facebook, est la troisième (Source : Apple, cf. iTunes).
    • La statistique est issue d'un panel dont la représentativité est difficile à estimer, notamment, par exemple, pour les générations les plus concernées par Facebook, pour les étudiant(e)s américain(e)s (ni "home" ni "work"). Il faudrait pour être plus précis se référer à un audit neutre de la méthodologie du panel.
    • Pour tout clarifier, le quotidien évoque une étude de l'entreprise socialbakers sur l'érosion de l'audience de Facebook. Or cette conclusion est démentie par les auteurs de l'étude qui laissent entendre que les journalistes concernés n'ont peut-être pas tout compris : "sometimes, journalists get stats wrong", ironise Jan Rezab, P-DG de socialbakers, in "Clarification to Guardian’s Wrong Article, Again...".
    Conclusion. On ne sait rien. Comme dit Jan Rezab, "The bottom line here is that there is no story". Facebook ne commente pas. Pourquoi le ferait-il ? Cette non-histoire pose le problème de la reprise par les journalistes de statistiques qu'ils ne peuvent vérifier. Info ou intox ?

    Mise à jour, 14 juin 2013 : à propos de l'affaire NSA PRISM et du journalisme : Ed Bott "How did mainstream media get the NSA PRISM story so hopelessly wrong?"
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    mardi 25 septembre 2012

    Let's make the mall interactive

    Mall in a Parisian suburb. September 2012.

    Showcasing cars at malls. Some days, lots of people pass by the cars, look at them, other days less. Depending on the weather, on the period of the year, the period of the day... Who knows?

    What is the car's "audience"?
    Do we know how many people had an Opportunity To See the car (OTS)? Do we know if people came back to look at the car again, and if so, how many times? The same day or the next week? Deduplicated audiences are not easy to measure.

    Does the audience matter?
    Of course: it matters to the brand and it matters to the mall. Both not only need to know the number of people or the frequency of their visits (these numbers are important for branding, for setting the price for advertising space); they especially want to reach some of these shoppers again, to retarget them on a smartphone.

    The mall could build a panel, launch a loyalty card (using smartphones)... Those interested in the car would receive a message on their smartphone: "Would you like to know more about the car?", "What about a test run? If so, send us a mail, a text; let's make an appointment".... There must be a solution for interactivity: apps, QR codes, etc. Such marketing tools could provide rich data and useful analytics.
    Passers-by interested in the car would probably like to know more about it, but they do not have the time to stop or to ask a vendor (not even to mention that sometimes there is no one to talk to). They might be busy, shy, their kids can't wait. Maybe the mall is just too crowded! If they could just "like" the car with Facebook, twit about it, share a picture with Instagram or Pinterest... Without interactivity, these passers-by are lost to the brand and to the local car dealers.

    Conclusion
    Such an operation - the equivalent of an open house - deserves the red carpet treatment. This is an extremely important advertising opportunity... And yet, neither the car manufacturer nor the mall can know exactly how successful it is.  Of course, there are so-called "intercept" surveys. How representative are the samples? What about those people who refuse to be intercepted?
    It is about time all this business thinks digital!
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    lundi 17 septembre 2012

    iTunes: from Ping to Facebook

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    Share with iOS 6: Facebook,
    Twitter and Chinese Weibo ( 新浪微博)
    Ping, the social network launched by Apple two years ago, closes at the end of September. It "will no longer be available" as the euphemization goes (cf. infra). As a social network for music, all kinds of music, Ping should have succeeded. On paper it was very promising. But it proved disappointing, despite the strong support of iTunes and its million users and music fans.
    Why? Probably because of Facebook. Facebook,- more than YouTube, which seems to become more and more a place for broadcast, like radio or TV. For most people, Facebook is the natural place for sharing music with friends. Music is what we share with friends. Music is social, it is often the basic cement of friendship, a first step in sharing feelings and love.

    Apple has drawn the conclusion from the Ping experience and will now collaborate with Facebook. Facebook and Twitter (already in iOS 5) will both be fully integrated. From iTunes, you can now share and like directly on Twitter or Facebook. In iOS 6, by the way, the YouTube app is no longer installed by default. All of this sounds like a major ongoing battle, Google (YouTube and Google +) on the one hand, Facebook and Apple on the other.

    Why Facebook? Metcalfe's law, the network effect, incites merging,... The barrier to entry for new social networks is now very high. The only place left is for specialized social networks: music, sport, photos, health, wine, cooking, video games... and professional sites  (including LinkedIn, Viadeo, ...). And, except for professional reasons (or hobbies), you probably only use one single network. Facebook is becoming a total, one-stop networking experience: localization (check in), friending, communication, shopping...
    N.B. It should be noted that, in Russia, Rutube, the so-called Russian YouTube, links up with Facebook.

    Specialized social networks for musicians are plenty. Most of them are like marketplaces where people look for jobs and promotion in the music industry. Examples include: Fandalism ("Use Fandalism to show your playing and meet other musicians"); Dilettante, a social network for classical music, did not last long (January 2008 - December 2010); Pitchfolio, "the Worldwide Contact Point and Job Noticeboard for the Classical Music Profession"; Socialnetworkformusicians ("Assert your presence on social networking sites to generate sales AND expand your fanbase!"), etc. These specialized social networks all refer back to Facebook as a meta social network.

    There are obviously two kinds, two levels, of social networking: those which strive to be universal and those which are specialized. In the long run, which category will Pinterest, FourSquare, Instagram, Yelp, etc. belong to?

    Sceenshot of iTunes (September 2012)

    vendredi 31 août 2012

    PhotoPhone : SmartPhoto et phonéographie

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    SmartPhoto se positionne comme "le magazine de la photographie et de l'image avec un smartphone". Le même éditeur publie aussi "images. Le magazine de la photographie et des auteurs contemporains".  
    Lancé en juillet 2012, bimestriel, 68 p., 3,9 € (abonnement 4 numéros, 15 €), le premier numéro compte une huitaine de pages de publicité captive. Annonceurs : opérateur de téléphonie (SFR, Orange), imprimantes (Brother, HP, Samsung), Expos (Salon de la Photo, Dupon les Expos) et SanDisk.

    Voici assurément une bonne idée de magazine car le smartphone devient l'équipement courant, banalisé, pour toutes les générations, utilisé pour les loisirs, la pédagogie mais aussi, de plus en plus, pour le travail (enquête, reportage, prise de notes en photographiant un tableau de salle de réunion, etc.). D'où cette innovation lexicale, le "photophone" (d'après le grec, ce qui est quand même plus cool que l'anglais !).
    Les photos que l'on prend avec un smartphone, on les imprime rarement, on les montre plutôt sur un support numérique (tablette) ou on les envoie directement sur un site de partage. Le magazine couvre la double vocation du smartphone : outil de célébration et de mémorisation domestiques (phtos de familles, vacances, voyages...), outil de  socialisation : de Facebook à Pinterest, de Foursquare à Instagram, le réseau social devient de plus en plus un réseau photographique. Les histoires se racontent en photos et en vidéo. Le magazine Chasseur d'images de novembre consacre un dossierà la "phonéographie" : "Créatif avec un téléphone".

    Chaque nouveau modèle, chaque nouvelle version d'0S et d'appli améliore les performances photographiques des appareils étendant les utilisations des photophones. D'où la question, légitime, que pose le rédacteur en chef dans son édito : "Sous-photo ou photo de demain ?". Le smartphone, selon lui, ouvre le monde de la photo de demain, ce qui justifie l'existence de ce nouveau titre.

    Encore un magazine de papier qui assure la promotion d'appareils numériques. Comme pour Facebook,  etc. la presse magazine remplit son rôle d'éducation à la consommation.

    Le magazine couvre et illustre toutes les facettes de la photophonie, techniques et artistiques.
    • Artistiques, esthétiques
      • Les photos prises par des photographes confirmés avec un photophone sont convaincantes.
    • Pratiques, techniques 
      • Le stockage. Sur ce point, le lecteur reste sur sa faim (rien sur iPhoto, sur Aperture, peu sur iCloud, sur Picasa, Flickr...). Dans les numéros suivants, on attendra des approfondissements et des analyses sur les logiciels et les applis de classement, etc. La question n'est pas triviale, il s'en faut.
      • Les filtres, les réglages, les retouches, les applis, les réseaux sociaux (Instagram, Pinterest). Des guides d'utilisation : luminosité et mises au point pour l'iPhone, sur l'élaguage d'une vidéo.
      • Des articles sur la vidéo, sur un long métrage tourné avec un smartphone, "Olive", sorti en 2011.
    Les pratiques sociales et esthétiques nouvelles qu'engendrent les smartphones invitent à remettre en chantier le  classique de la sociologie de la photographie qu'est "Un art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie (Paris, Editions de Minuit, 1965, 361 p., Index). Ce travail de recherche, dédié à Raymond Aron, fut financé il y a cinquante ans par Kodak : tout un symbole alors que l'entreprise a déposé son bilan cette année. Il y eut le "Kodak Moment" (slogan de la marque), pour désigner un moment mémorable, digne d'être photographié ; il y a désormais le "Smartphone Moment"... La différence entre ces deux "moments" constituerait certainement sans doute une illustration frappante des changements sociaux et culturels qui séparent deux technologies.

    Dossier de Chasseur d'images, novembre 2012
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    mercredi 15 août 2012

    Visibilité : réseaux sociaux et gonflette

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    0 Sancta Visibilitas ! 
    L'économie des médias est une économie de la visibilité (cf. Visibilité et énergie médiatique) ? Il faut être visible. Faut-il ? Visible de qui ?
    Faut-il faire croire aux autres (voire à soi-même !) que l'on est visible ?

    Le nombre de fans comptabilisés par les réseaux sociaux est souvent fallacieux. Certains fans sont produits par des robots. De plus, nombres de fans sont inactifs... Fans d'un jour, d'une heure !

    Gonflette ! On peut aussi bien sûr acheter des followers sur Twitter : c'est ce que proposent Buy Twitter Followers, FanMeNow, etc. Pour une poignée de dollars, on peut s'acheter quelques milliers de followers, des likes sur Facebook ou Instagram, des views sur YouTube. Manœuvres de RP.

    Il y a une app pour évaluer le taux d'inflation global des scores de visibilité : StatusPeople permet d'approcher le taux de faux followers et de followers inactifs parmi les followers d'une marque, d'un politicien, d'une chanteuse ou d'un footballeur. Ce faker score constitue un indicateur pertinent de performance sociale : il a sa place sur le tableau de bord d'une marque. Ci-dessous : le score de Media Mediorum pour Twitter.

    • Désinflation ou taux de gonflette (selon des données citées par Fast Company) : 
      • - 84% Cristiano Ronaldo (12 millions de followers) : 52% faux, 32% inactifs
      • - 77% Lady Gaga (28 millions de followers) : 43% faux, 34% inactifs 
      • - 64% Justin Bieber (27 millions de followers): 31% faux, 33% inactifs