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dimanche 10 mars 2024

La nouvelle vague informatique, en cours de déferlement ?

 Mustapha Suleyman, Michael Bhaskar, The Coming Wave. Technology, power, and the twenty-first century's greatest dilemma, New York, Crown, 2023, 332 p., Bibliogr.,  Index. La bibliographie est disponible sur Internet, classée par ordre alphabétique.

Voici un ouvrage qui marque une date, peut-être même une époque : il y est question d'intelligence artificielle.

L'auteur - c'est celui dont le nom est écrit en plus gros caractères sur la couverture - après avoir travaillé pour DeepMind puis Google est maintenant à la tête d'une nouvelle startup lancée en 2021, financée puis avalée par Microsoft en mars 2024, Reid Hoffman, Bill Gates, Eric Schmidt et Nvidia : Inflection AI, qui vient de lever 1,3 milliard de dollars.

 Mais cet essai concerne surtout la startup DeepMind. "In 2010 almost no one was talking about AI (artificial intelligence)" et, quinze ans plus tard, l'intelligence artificielle est partout, dans le monde des techniciens et des scientifiques, et dans le monde de l'argent. DeepMind fut créée à Londres en 2010, et achetée par Google au début de 2014, après que Facebook y eut renoncé ; l'auteur de ce livre, Mustafa Suleyman, fut l'un des trois fondateurs de DeepMind. Il lui fut aussi reproché de mal traiter les employés et des responsabilités lui furent retirées en 2019 ...

Le livre se compose de trois parties. La première s'intéresse à l'histoire des technologies : comment elles ont franchi les étapes et forcé le développement d'un "problème d'endiguement" ("the containment problem"). Les vagues de technologies se succèdent ("a wave is a set of technologies coming together around the same time, powered by one or several new general-purpose technologies with profound societal implications"). Ces technologies aux conséquences sociales formidables s'implantent, deviennent bientôt invisibles puis vont de soi. Ainsi le langage, l'agriculture et l'écriture furent à l'origine de trois vagues essentielles ; plus tard, l'usine, le développement du bronze et du fer, l'imprimerie, l'automobile, l'électricité, Internet prirent le relais. Toutes ces technologies prolifèrent sous l'effet de la chute de leurs coûts de développement et d'un accroissement de la demande. Le livre ressemble parfois à du Marshall McLuhan, à du Harold A. Innis ; il se veut prophète et annonce les changements à venir, ceux qu'il faut espérer et ceux qu'il faut craindre.

La deuxième partie, c'est la prochaine vague. Partant de AlphaGo, quand Google vainquit les champions du monde du jeu de Go et remit l'intelligence artificielle dans la tête des chercheurs, avec la biologie, la robotique et le quantum computing. Ensuite vint ChatGPT et les LLMs (large language models). Voilà l'essentiel. Pour le reste, le livre raconte des histoires, des anecdotes, les raconte bien, d'ailleurs, et elles sont souvent pertinentes. Elles énoncent les possibilités politiques qui guettent le monde dans lequel nous vivrons et dont la Chine sera sans doute la puissance dominante. Alain Peyrefitte nous avait prévenus, dès 1971, dans son essai grand public : "Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera"... 

L'homo technologicus est pris dans une ménagerie d'intelligences, concluent les auteurs :"Our mental, conversational worlds will inextricably include this new and strange menagerie of intelligences". Et de laisser imaginer un monde où les drones et les robots seront partout, où le génome humain sera élastique et la vie un peu plus longue. Encore une prophétie ?

jeudi 28 décembre 2023

Médias : qui les possède ?

MEDIAS français. Qui possède quoi ?Le Monde Diplomatique, Décembre 2023 (double page centrale)

Qui possède les médias ? En France ? Non ! Utilisés par les Français(e)es, non et non, les médias français, seulement les médias français ! Donc aucun des fameux GAFAM (Google, Amazon, Apple, Facebook, Microsoft) n'est concerné, ni Netflix, ni Disney, ni même Uber, mais on n'en finirait pas de lister les "ni". Alors, à quoi bon cette présentation ? On ne saura rien de Twitter (reclassé X par Tesla) ou de Gmail ou de YouTube, ou encore des nouveaux produits de l'intelligence artificielle (ChatGPT, etc.). On ne saura rien non plus des géants chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, etc.). Alors ? 

Dans le titre, au centre du tableau, est imprimé en tout petit, "français". Ah! Il ne s'agit donc que des médias français. Les lecteurs et lectrices du Monde Diplomatique auront ainsi l'illusion qu'il existe, autour d'eux et elles, des Français et Françaises qui peuvent vivre dans la douce illusion de consommer des médias français. Ce document est "devenu un classique", nous dit-on, à apprendre en classe alors, aurait-dit un de mes profs ... sait-on jamais ? 

Mais il y aurait alors un travail - des travaux - à accomplir pour répondre à la question "qui possède" les médias utilisés par les personnes qui vivent en France. Mais plus que du graphisme, utile certes, il faut surtout mettre en place des recherches en économie, en gestion, en sociologie peut-être aussi. Et d'abord, peut-être, qu'est-ce qu'un média en 2024 ? Qui doit répondre à cette question ? La recherche universitaire en économie et en gestion, d'abord ? Peu probablement les écoles de journalisme, trop dépendantes des médias...


mercredi 22 juin 2022

Un authentique roman policier de la Silicon Valley: Theranos

 John Carreyrou, Bad Blood. Secrets and Lies in a Silicon Valley Startup, Vintage,  New York, 341 p. Index, 11,45 $

"Fake-it until you make-it culture"! Peut-être ou peut-être pas ! Cette histoire aura coûté un milliard de dollars à l'ensemble des investisseurs de Theranos dont ce livre raconte les mésaventures. Du début à la fin, cela aura duré 14  ans, de 2004 à 2018. Elizabeth Holmes, la créatrice, a 19 ans lorsqu'elle abandonne l'université en 2003, sans diplome (dropout), pour créer Theranos. En 2022, elle est condamnée (20 ans de prison) et la société est liquidée.

C'est, en fait, un véritable roman policier que l'auteur a réussi à rédiger, sans doute involontairement, mais on est pris jusqu'à la fin par son enquête, sa finesse, et l'entêtement professionnel du journaliste. Car même si l'on sait, dès le début, comment cela se termine pour les principaux acteurs de l'histoire, plutôt mal en l'occurrence, les lecteurs sont tenus par les détails et les mouvements de l'intrigue, par ses multiples rebondissements. Pourtant il n'y a pas de quoi s'inquiéter, il ne s'agit que du travail d'enquête d'un journaliste ! Oui, mais quel travail lorsque le travail est bien conduit ! Il faut dire d'abord que l'ambiance dans l'entreprise dont le journaliste analyse les événements est lourde : des employés sont virés sans préavis, Theranos fait prendre des risques à ses usagers, et le secret est partout... Les tentatives de Theranos pour impressionner et dissuader les contacts du journaliste furent d'ailleurs nombreuses et Theranos aurait sans doute pu fonctionner encore longtemps sans cette enquête.

Beaucoup de témoins importants sont convoqués. Certains ont reçu la fondatrice à de multiples reprises, tel Rupert Murdoch, le patron de News Corp., qui a investi plus de 100 millions de dollars, eut l'honnêteté de refuser d'intervenir pour contrôler l'auteur du livre, pourtant journaliste travaillant pour l'un de ses médias, Wall Street Journal ("a tabloïd magazine" comme se permettra de le qualifier Elizabeth Holmes). On peut noter les frères Walton (de Walmart), le président de Cox Entertainment, une ministre, Betsy DeVos (Department of Education du Président Trump), chacun y laissa une centaine de millions de dollars. La famille Clinton, la mère, alors candidate au élections présidentielles, est aussi présente dans les rencontres d'Elizabeth Holmes. Joe Biden, en juillet 2015, il est alors vice-président, visitera aussi Theranos : on lui montrera un faux labo et il n'y verra que du vrai. Pourtant tout était faux.

La créatrice imitait délibérément le patron de Apple, comme lui elle s'habillait de noir ; elle fit appel à la même agence de publicité ("Apple envy" !),  prenait une voix grave... Un ancien professeur de Stanford, sans doute ébloui, la compara à Newton, Einstein, Mozart, Léonard de Vinci ! Theranos avait le culte du secret et faisait signer des "non-disclosure agreements" à ses employés ; ceux-ci n'avaient pas le droit d'indiquer Theranos sur leur profile Linkedin, pas le droit non plus d'utiliser Google Chrome (Theranos prétendait craindre d'être espionné par Google !). En 2013, Theranos passa un accord de partenariat avec Walgreens pour des prises de sang dans les magasins (la collaboration cessera en juin 2016, et Walgreens entamera alors un procès. Le board de Theranos comptait nombre de personnalités : Henry Kissinger, George Shultz, etc. La société compta jusqu'à 800 employés, avant d'être liquidée, finalement.

Après avoir lu ce livre, un vrai documentaire ou un roman policier, vous ne lirez plus les promesses des entreprises qui vous assurent la santé, le sommeil, le bonheur, avec tranquillité. Mieux vaut savoir ce qu'il en est vraiment. Comment ? C'est là que les médias ont un rôle à jouer. Le jouent-ils correctement, honnêtement ? Pas vraiment. Ils se répètent les uns les autres, ils interviewent les acteurs de la pièce, contribuant à leur notoriété, sans se soucier de la réalité. Quand, aujourd'hui, on parcourt la revue de presse de Theranos, on est affligé. Car ce n'est pas à une pièce de théâtre que l'on a assisté, c'est le vrai monde. A quelques exceptions près, la presse n'a pas fait son travail, sauf Wall Street Journal qui fut d'ailleurs menacé, en vain, par Theranos.

jeudi 4 février 2021

Le smartphone à plein régime pour tout le monde

Mieux utiliser votre smartphone et votre tablette - Le guide pas à pas & conseils utiles, Pleine Vie, Hors série N° 58, 124 p.    

Il y a tout ou presque dans ce magazine, tout ce que vous voulez, tout ce que vous pouvez vouloir faire avec un smartphone ou une tablette, que vous soyez débutant-e, que vous changiez de marque d'appareil, que vous vouliez améliorer votre compétence et devenir un peu plus fort-e. A la une, une série d'expressions qui commencent par "Je" : tout y est des savoir-faire que l'on peut vouloir acquérir et maîtriser avec ces appareils, y compris l'application "Pleine Vie" (à télécharger).

La cible est celle du magazine (Reworld Media), donc cela vise plutôt les plus de cinquante ans, pour autant qu'une cible définie par l'âge ait encore du sens dans ce domaine. Car les plus de 50 ans constituent une cible de plus en plus confuse : elle mêle à quelques oisifs et retraités des gens qui travaillent, qui ont besoin d'une formation, qui changent encore de métier, qui doivent encore élever leurs enfants... Et puis, ce sont des lectrices et lecteurs qui doivent sans cesse apprendre à vivre.

Dans le magazine, les explications et le mode d'emploi sont simples. J'ai été parfois surpris par la présence des mentions Facebook et Cie (WhatsApp, etc.) comme allant de soi d'autant que leur sécurité est de plus en plus mise en question (cf. le débat avec Apple). Mais dans l'ensemble, les savoir-faire mentionnés, décrits, expliqués, témoignent que le smartphone, plus que la tablette, sont des outils courants ; tout le monde doit savoir s'en servir et le minimum se trouve dans ce magazine, pour tous les moments de la vie, ou presque, de la maternelle à l'arrière grand-mère (en 2021, on compterait désormais 76% des 11 ans et plus équipés d'un smartphone selon le Pôle numérique Arcep – CSA). Manque peut-être un index des noms, des fonctions... 

A mon avis, il est temps pour un tel magazine de faire évoluer sa cible, de l'élargir ou, du moins, de suivre l'évolution de la population : les "50 ans et plus" représentent désormais une bonne partie de la population, française, une bonne partie de celles et ceux qui prennent des loisirs, des vacances, qui travaillent, qui s'occupent d'enfants (les leurs ou / et ceux de leurs propres enfants). Ce ne sont pas des inactifs en fin de vie : la liste des savoir-faire à maîtriser, telle qu'elle est donnée à la une est parfaite. Il faut simplement la complexifier car l'informatique nécessaire est aussi devenue un exercice vital pour toutes et tous, une formation continue, indispensable.


jeudi 16 juillet 2020

Des clés carto pour notre monde


"Les clés carto pour comprendre le monde", hors-série, l'éléphant. la revue de culture générale, 152 p. , ScriNeo, 16 €

Le titre dit tout : le magazine explique le monde à l'aide de la cartographie et ce principalement grâce à la collaboration de l'IGN (Institut national de l'information géographique). C'est donc globalement de géographie dont il est question. Cela commence par une excellente BD consacrée à Erathostène, qui dirigea la bibliothèque d'Alexandrie et entreprit de mesurer la circonférence de la Terre, avec succès (en 230 avant notre ère). Ensuite, Jacques Lévy, normalien et Professeur,  explique la notion de "capital spacial", notion qui renvoie à celle, voisine, de "capital culturel" (Pierre Bourdieu), et joue comme variable essentielle dans l'explication du vote (André Siegfried toujours !). Et l'auteur, interviewé, de conclure du rôle de l'école : "l'intérêt de la société tout autant que de ses membres est d'avoir des individus créatifs et agiles". Est-ce le cas en France aujourd'hui ? 

Remarquable article de Jean-Luc Arnaud (CNRS) sur le Service géographique de l'armée qui montre le retard pris par l'analyse géographique du territoire national, retard militaire : "De l'Ancien Régime à la IIIe République. Histoire d'un art au service du pouvoir". L'Institut national de l'information géographique et forestière, créé en 1940, est désormais devenu un outil indispensable à l'aménagement des territoires, à la surveillance des eaux, des sols, des forêts. Les dessinatrices gravent les cartes (ce sont des femmes, uniquement, jusqu'en 1970). La photographie aérienne quant à elle, doit beaucoup aux B-17, bombardiers de l'armée américaine, désarmés et recyclés pour la paisible cartographie ; ils sont remplacés aujourd'hui par des Mystères 20.
On apprend beaucoup de choses en lisant ce magazine : par exemple, qu'il n'y a pas d'accord franco-italien pour la carte définitive du mont Blanc, ou encore l'histoire de la sauvegarde difficile des temples d'Dabou Simbel en Egypte, la mesure de l'élévation du niveau des mers (3 mm par an en Méditerranée). Un article met aussi en relation le service commercial Google Maps et le Géoportail de l'IGN, service public qui crée la donnée, que Google se contente d'agréger.

L'article sur les forêts de France (un tiers de la surface du territoire national) part d'un constat : la forêt française est privée pour les trois quarts, situation qui freine la réalisation d'un inventaire. Qui donc possède les forêts français : dommage, on ne nous le dit pas ! La forêt française reste une richesse importante qui compte douze espèces d'arbres dominants (sans compter ceux de la forêt de Guyane) quand la Finlande n'en compte que deux.
Enfin, Marseille, avec son marégraphe, donne le niveau zéro de l'altitude et permet de dire que, depuis 1885, la mer a monté de 16 centimètres : réchauffement climatique !

Et puis, le magazine donne de nombreux autres éclairages liés à la cartographie : les zones à risques pour les prochaines épidémies, l'état de la concurrence russo-américaine, l'histoire de la guerre européenne en 1939-45, la "ruée vers l'Ouest" français, l'industrie minière en Australie, le méridien de Greenwich et les albatros qui, armés d'une balise, peuvent repérer les navires de braconniers... Et le magazine, dont je suis loin d'avoir tout dit, se termine par un article sur Julien Gracq, normalien et géographe, marcheur impénitent, surtout : "La description, c'est le monde qui ouvre ses chemins, qui devient chemin, où déjà quelqu'un marche ou va marcher". Très bel article de Sophie Doudet, qui nous prend pour ce que nous sommes : des humains qui parcourent un petit bout de notre monde, avant de le quitter. Signalons encore, en fin de magazine, une bibliographie, bien faite, "pour aller plus loin", pour les lecteurs curieux (enseignants, étudiants, parents ... vous, lectrice et lecteur).

Voici un magazine qui donne une idée de ce que peut apporter une presse bien conduite : une introduction aux savoirs qui joue avec tous les éléments du style journalistique, y compris des éléments de jeux ("jouer pour retenir"), des photos, des histoires, des cartes, des quiz, des articles de longueurs différentes, des dessins, des images de satellites artificiels. Cette revue de culture générale met donc tout en oeuvre pour le plaisir et le savoir de ses lecteurs. Sans publicité, elle-mérite d'être gardée, parcourue à nouveau, et encore. C'est une belle réussite de presse et d'édition et qui commence par une formidable question de sa direction: " Combien de données faudra-t-il encore produire avant que les hommes ne se décident à réagir collectivement face à l'urgence écologique ?"

4 de couv du magazine


jeudi 5 mars 2020

Quibi, la télé mobile sera lancée dans un mois


Quibi, la télé pour smartphones, qui devrait bientôt se lancer, vient de lever 750 millions de dollars qui s'ajoutent au milliard de dollars levés au premier tour. Le premier tour comptait parmi ses premiers investisseurs Alibaba Holding et de nombreuses sociétés hollywoodiennes (dont Disney, Warner Bros., Sony Pictures, etc.).
Quibi promet des vidéos de moins de dix minutes, payées 4,99 $ par mois (7,99 $ sans publicité) : 50 shows dès le premier jour dont la moitié de "daily essentials" et des films découpés en chapitres. Les premiers annonceurs seront, entre autres, Walmart, Procter & Gamble, Pepsico, General Mills, et Google (Alphabet). 150 millions de dollars ont été investis pour la première année... Les spots dureront 6, 10 ou 15 secondes ; ils seront places avant les shows et seront inévitables (unskippable).
La chaîne envisage de réagir rapidement à la demande des auditeurs et des annonceurs et ajustera en conséquence. “I think within three or four months we’re going to understand what consumers love… and we’ll be able to adjust our content strategy quite nimbly”, déclare Meg Withman, sa directrice (ex. HP CEO). Pour l'instant, voici les programmes envisagés : "All the projects coming to Quibi, Jeffrey Katzenberg's bite-size streaming service", par Tyler Aquilina.

 La chaîne Quibi ("Quick Bits") sera lancée le 6 avril 2020 (sans manifestation publique en raison du Coronavirus) et elle offre trois mois gratuits ("90-day free trial"). Alors, la vidéo sur portable, cela va marcher, ou pas ? Il faut parier !
Verizon y avait renoncé après avoir annoncé un service un peu semblable, Go90, en 2015. Trop tôt ? En revanche, YouTube a gagné 15,5 milliards de dollars en 2019 et joue beaucoup sur le portable.


mercredi 5 février 2020

L'internet des choses de la vie


Des millions ou plutôt des milliards d'appareils connectés selon diverses modalités : entre eux, entre eux et des utilisateurs (via des applis et des smartphones), entre eux et des entreprises mères (installation, surveillance, maintenance), etc. Et bien sûr, il y a l'internet des choses industrielles. Des milliards de chiffre d'affaires à l'horizon ?
Mais il y a aussi l'internet des choses de la vie, de la vie quotidienne, consumer IoT : le chauffage (thermostats), l'éclairage, la serrure, les rideaux, le détecteur de fumée, les objets que l'on perd souvent (les clefs : pour les retrouver : Tile), l'aspirateur, les caméras de surveillance que vendent aussi les compagnies d'assurance, la santé, toute la smart home... c'est un monde de capteurs (sensors) et d'algorithmes que nous habitons, et habiterons de plus en plus. Capteurs de sons, d'humidité, de température, de lumière, de vitesse. Et l'automobile qui se conduira bientôt toute seule (LIDAR, etc.). Et, ici, il n'y a pas de fake news : des choses parlent aux choses dans leur "folie de machine" (Guillaume Apollinaire : "Les tramways feux verts sur l'échine // Musiquent au long des portées // De rails leur folie de machines"...).

Donc, prendre toutes les choses comme des faits sociaux, en inversant la règle célèbre d'Emile Durkheim ou en reprenant celle de Wittgenstein "Die Welt ist alles, was der Fall ist" (comme il l'énoncera à son tour : "le monde est tout ce qui arrive", traduira Pierre Klossovski). Les médias comme prolongements, la ville, le marché, le centre commercial, les transports, etc.
Quelles données ? Toutes : celles des observations armées par des capteurs, données composées et organisées en amont, pré-construites (cf. Bachelard). "Machines talk, we listen", déclare Augury. L'importance primordiale du Wifi, de sa qualité et de sa fiabilité : en cas de panne, que se passe t-il pour la température des pièces, les alertes de sécurité, etc.
Quid de la sécurité des objets gérant la sécurité ? Question de maintenance prédictive, de la mesure des consommations pour la maison intelligente ? Pour Minim, "To the smart home, the broadband quality is only as good as the WiFi signal". On pense au "Texte sur l'électricité" de Francis Ponge qui convainc que "l'électricité existe, que les appareils d'application existent, qu'il s'en trouve ou va s'en trouver (de plus en plus nombreux) dans chaque bâtiment, dans chaque demeure..." ou à la domotique, dont nous pouvons dire de même que veulent s'emparer les câblo-opérateurs (Comcast, etc.) ou Google avec Nest, Amazon, Apple...

Les problèmes spécifiques posés par ces choses connectées : la sécurité, le diagnostic à distance, la détection des anomalies, fingerprinting, identification du lieu, de l'appareil, du consommateur, les tests, les gestes... sont aujourd'hui les problèmes essentiels d'Internet. Notre vie est chaque jour davantage organisée et veillée par Internet.

mercredi 18 septembre 2019

Artificial Intelligence: is the race open?

Number of acquisitions in artificial intelligence
(Source: CB Insights)

Artificial Intelligence is going to be everywhere, integrated into more and more companies, into more and more fields. Therefore, we observe a race to acquire new companies, people or technology in that field.
Google and Apple lead the way; they are especially using artificial intelligence for their new phones (it started with SIRI) and now, of course, for new companies.

635 acquisitions since 2010, according to CB Insights (17 September 2019). The very big companies started the movement, but now, smaller companies are entering the race and are acquiring companies in the field. Cybersecurity and healthcare are also sought out, as well as Media and Entertainment companies.

The new buyers are looking for companies in retail and speech, healthcare and sales: NLP mostly. Nevertheless, Apple acquired companies like RealFace (Israel) and Novauris Technologies (United Kingdom), while Google acquired Api.ai, a company that develops software enabling developers to use chatbots. Along the same lines, we see Microsoft acquiring the Canadian company Maluuba (speech recognition, NLP) or, in 2010, Apple acquiring the Californian SIRI.


vendredi 7 décembre 2018

Comcast - Disney, match retour sur terrain numérique


Walt Disney, client de Google Ad Manager
Comcast et Disney, deux méga-groupes de divertissement télévisuel, se sont opposés dans une double bataille pour l'achat. Disney a emporté XXI Century Fox tandis que Comcast emportait finalement le réseau européen Sky aux enchères.

Jusqu'à présent, Disney (ABC, ESPN) utilisait les services de Freewheel pour la gestion publicitaire (video adserving). Or FreeWheel appartient à Comcast.
Disney a donc lâché Freewheel. Et que pensez-vous qu'il arriva ? Ce fut Google Ad Manager qui l'emporta. Superbe occasion pour Google de pénétrer plus avant le marché publicitaire de la télévision :"With this new relationship, Disney will bring its entire global digital video and display business onto Google Ad Manager, which will serve as its core ad technology platform", déclare Google Ad Manager dans un bref communiqué de presse.

Effet indirect des fusions et acquisitions, des démantèlements en tous genres et des recompositions. Paradoxe étonnant : Disney, comme les autres grands groupes de télévision (AT&T, CBS) redoute Netflix, alors ils s'allient à Google à qui appartient YouTube... Pour Google Ad Manager, c'est assurément le marché du siècle ("a strategic relationship") que de prendre en charge et orchestrer la totalité du numérique publicitaire de Walt Disney (mobile, vidéo, display, applis, streaming aux Etats-Unis et à l'étranger) ; on parle d'un budget de dizaines de millions de dollars ! N.B. Google Ad Manager compte déjà de nombreux clients dans la télévision américaine : CBS (dont CBS All Access), AMC, A&E Networks, Bloomberg, Lifetime, The CW, BBC America...

Tout ceci confirme combien le marché de la télévision est la proie primordiale des GAFAM / FAANG : Netflix, Google, Apple, Facebook, Amazon ne pensent qu'à la télévision, depuis toujours. Chacun s'y attaque à sa manière.

Références

dimanche 2 décembre 2018

Gestion des médias numériques et morale


The Drucker Institute a publié son classement annuel des entreprises américaines cotées (NYSE, NASDAQ) les mieux gérées (best run), pour reprendre l'expression de Wall Street Journal. Des grandes entreprises du numériques y occupent les premières places confirmant leur puissance et leur solidité tant financière que managériale. Notons toutefois que la satisfaction des consommateurs n'est pas optimale.
IBM est à la dixième place, Facebook à la 23ème (insatisfaction des consommateurs), Disney à la 48ème, Netflix à la 126ème place tandis que Comcast est reléguée à la 186ème place, payant la légendaire insatisfaction de ses clients.
Méthodologie : Ici. Définition de l'efficacité (effectiveness) par The Drucker Institute : "faire ce qu'il faut et le faire bien" ("doing the right things well"). N.B. je ne trouve pas meilleure traduction...

Attention : il s'agit d'un classement qui ne concerne que les Etats-Unis. La situation serait sans doute différente si l'on prenait en compte la responsabilité sociale en Europe, notamment. Un bonne gestion ne doit-elle pas équilibrer responsabilité sociale et solidité financière ("financial strength"), le respect des lois et contribution au bien public ?

Ce qui distingue entre elles, à première vue, ces entreprises numériques et média, ce sont la satisfaction des clients et la responsabilité sociale. La morale, l'éthique ? Dans ce cas, encore un effort ! (cf. tous les manquements : The year of the miss).

Drucker Institute, Claremont Graduate University, December 2018





lundi 27 août 2018

The Pencil is Back: from Thoreau to Google


Plate celebrating Thoreau as pencil-maker in Library Way,
a street leading to the New York  Public Library (picture FM)
With computers and tablets, we can now use a pencil. Henry David Thoreau would have enjoyed it, for sure. since the American writer and philosopher managed his father's company producing pencils. Following his student years at Harvard (1837-1840), Henry David Thoreau worked in his fathers' factory. He improved the fabrication of pencils by creating a new mix of graphite and clay; his pencils became famous.
Not to forget: there is a National Pencil Day, celebrated on the 30th of March!

The new "digital" pencils use a screen as one uses paper. One can write, annotate, create notes, draw with different colors and widths, erase; one can search too, select and copy text, pictures, etc. One can use the pencil as a magnifying glass or as a laser pointer. The old pencil, the "stylus", and its associated gestures and ergonomy conquer the computer. And returns to tablets. Eternal history of media culture; the old survives in the new. The Pixelpen imitates the pencil like the Amazon Kindle imitates the book; like the computer with its keyboard has imitated the typewriter, like paper has imitated the wax tablet... Every media disruption exploits a tradition and createzs a new one.
With the new Pixelbook, a "slate" from Google, is a Pixelpen sold separately (with a cute little "pen loop" to attach the pen to the keyboard, see picture infra). The Pixelpen uses a small battery.
"Who wants a stylus?" asked Steve Job in 2007, making fun of the Palm Personal Digital Assistant. Well, the stilus is back! And, of course, "one more thing": there is an Apple Pencil that charges when attached to an iPad!
"Stilum prendere" (take a stylus), Cicero used to say some twenty centuries ago! Nothing in the media is absolutely new...

Pixelbook and Pixelpen (Google)
References
Henry Petroski, The Pencil. A History of Design and Circumstance, New York, Alfred Knopf, 2010 (cf. chapter 9, about Thoreau: "An American Pencil-Making Family".

lundi 23 juillet 2018

Netflix et les GAFA. Le bal des acronymes


Le journalisme comme la pédagogie produisent des simplifications et parfois en abusent : on avait les GAFA pour désigner un groupe de quatre entreprises ayant en commun d'être américaines d'origine, de réaliser un énorme chiffre d'affaires et d'afficher une capitalisation boursière extraordinaire et une croissance soutenue. De cet ensemble, on extrait le duopoly, sous-ensemble désignant Facebook et Google caractérisés par leur domination du marché publicitaire aux dépens des médias (publishers, legacy media) mais aussi avec leur complicité intéressée.
La faiblesse conceptuelle de l'acronyme GAFA est gênante. Certains y ajoutent Netflix pour créer les FANG (Facebook, Amazon, Netflix, Google) ou FAANG (Facebook, Apple, Amazon, Netflix, Google) ou FAMGA, ensemble qui inclut Microsoft (GAFAM). Où met-on la barre ? Quid de Snapchat, de Twitter, de Spotify, de IBM ou Oracle, Adobe ?
L'hétérogénéité arbitraire de ces ensembles est flagrante. Ne vaut-il pas mieux s'appliquer à distinguer clairement ces six entreprises, plutôt que s'obstiner à les confondre ?
Simplifions, sans entrer dans le détail des diversifications en cours ou à l'essai en ne retenant que les principaux éléments de leur chiffre d'affaires.
  • Facebook et Google sont des supports de publicité et collectent des données avec l'accord, au moins tacite, de leurs utilisateurs, en échange de services (réseau social, courrier, messagerie, cartographie, etc.). L'essentiel de leur chiffre d'affaires (86% pour Alphabet / Google, la totalité pour Facebook) provient de ces métiers. Leur présence sur le marché vidéo et TV est significative (YouTube TV).
  • Netflix produit et distribue des films, des séries TV mais n'a aucun revenu publicitaire ; si Netflix étudie les comportements de ses abonnés (données de consommation), il ne se préoccupe évidemment pas de mesure publicitaire de l'audience (ignorant superbement Nielsen et consorts). En revanche, Netflix est annonceur et contribue au chiffre d'affaires des médias traditionnels dont il est par ailleurs client (achat de droits de séries, de documentaires aux studios, etc.). Netflix est un pur média (pure player).
  • Amazon est une entreprise très diversifiée : AWS (cloud computing, serveurs, etc.), production et diffusion de video (Prime Video), distribution de produits de toutes sortes (logistique, livraisons), points de vente. Amazon est un support de publicité, de plus en plus important, innovant. C'est aussi un annonceur.
  • Apple conçoit, fabrique et vend des appareils (ordinateurs, téléphones, tablettes, montres) et des logiciels pour les utiliser (servcies). De là provient l'essentiel de son chiffre d'affaires. Apple est annonceur et n'a pas de revenus publicitaires (sauf les App Store Search Ads). Tout comme Netflix, Apple ne se sert pas des données d'observation de ses clients à des fins publicitaires ; tout comme Netflix, il n'appartient pas à ce que son président a stigmatisé du nom de "data-industrial complex" (Tim Cook, 23 octobre 2018). Apple a ses propres points de vente. 
  • Microsoft conçoit, réalise et vend des logiciels : Windows, Azure (cloud computing, etc.). Microsoft est support de publicité et collecteur de données personnelles, notamment avec MSN, Skype et LinkedIn (qui s'apparentent à des réseaux sociaux). Microsoft est également annonceur. 
Du point de vue des médias traditionnels dont le modèle d'affaires est largement fondé sur la publicité, Netflix et Apple ne sont pas des concurrents directs ; au contraire, ce sont des annonceurs courtisés par les médias et les agences média, des clients prestigieux.
La fureur de dénoncer peut conduire à tout confondre. Les seuls points communs de ces six entreprises plurinationales sont d'être américaines (côte Ouest) et de recourir à un mode de production et distribution numérique fondé sur l'intelligence artificielle (données, machine learning, algorithmes, etc.) .
En confondant, on occulte. On occulte surtout la faiblesse croissante des médias traditionnels, particulièrement européens et les causes profondes, structurelles de cette faiblesse.

Si l'on n'y prend garde, les expressions GAFA, GAFAM ou FAANG constituent des obstacles épistémologiques à la connaissance économique, elles relèvent des obstacles de type linguistique ("habitudes toutes verbales", disait Gaston Bachelard), denkmittel biaisant ou bloquant l'analyse et la compréhension. La douteuse évidence de ces pseudo catégories nuit à la clarté. Qui a intérêt à cette confusion ?

Ce que vendent ces entreprises, principalement 
Référence

  • Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifiques. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective, Paris, Vrin, 1934.

dimanche 8 juillet 2018

Droit voisin pour la presse : une simple question de Droit


Les droits voisins du droit d'auteur (neighbouring rights, verwandte Schutzrechte) donnent la possibilité à tout média (publisher) de se faire rémunérer pour ses contenus repris ailleurs, sur Internet et les réseaux sociaux notamment. La Commission des affaires juridiques du Parlement européen avait adopté le rapport sur la directive relative au droit d’auteur dans le marché unique : 15 voix contre 10 et deux abstentions pour l'article 13 qui porte sur le copyright et 13 contre 12 pour l'article 11 qui porte sur les liens renvoyant à des contenus (agrégation). La directive donne aux publications de presse les mêmes droits que la musique et la vidéo, le droit d'être rémunéré pour son travail. Hélas, le 4 juillet, le texte a fait l'objet d'un nouveau vote, défavorable, celui-ci ; il reste un espoir, le même texte sera encore une fois soumis au Parlement en séance plénière, en septembre 2018.

Les opposants à cette loi sont principalement les grandes entreprises américaines de la communication numérique réunies dans le lobby européen EDIMA, "trade association" qui représente, au-delà du fameux "duopole" (Facebook, Google), Apple, eBay, Microsoft (LinkedIn), Snap, Twitter (cf. infra). L'argumentation pro domo de ces entreprises, toutes américaines, met en avant la liberté d'expression et la crainte de la censure, comme si c'était là leur souci ! Elles vont jusqu'à prétendre que serait la fin d'Internet. Tartufferies ? En fait, il s'agit pour elles de pouvoir continuer à profiter gratuitement de contenus produits à grands frais par les médias ; aux termes de la directive, elles devraient payer le contenu qu'elles exploitent, reprennent, copient...

Les médias (publishers) et les industries culturelles en général (dont la presse, etc.) sont évidemment favorables à cette loi qui assurerait une rémunération de leurs créations, de leur travail (journalisme, etc.) et, tout particulièrement, de leur curation. Cette curation est inexistante, inconcevable même, dans les réseaux sociaux : on l'a vu récemment, avec le déferlement de "fake news". La nécessité d'un journalisme rigoureux et responsable a été démontrée sans conteste par les errements récents et continus des réseaux sociaux, notamment de Facebook. Tout indique pourtant que, sans droit voisin, l'information n'a plus de modèle économique convaincant (pour les lecteurs, pour les investisseurs). On oppose au droit voisin que, avant le droit d'auteur (mis en place au XVIIIème siècle), les auteurs se débrouillaient quand même : c'est oublier qu'il leur fallait, sans cesse, mendier le soutien d'un prince.
La culture et l'information exigent l'indépendance des médias et des journalistes à l'égard de de tous les pouvoirs : l'absence de rémunération des droits d'auteur les place sous la dépendance des principales plateformes numériques. De plus, aucune de ces plateformes n'est française, aucune n'est européenne. S'y ajoute une dépendance étrangère dont on a compris qu'elle affectait les élections. Après les présidentielles américaines, à qui le tour ? Aux élections européennes ?

Copie d'écran du site de l'EDIMA saluant le vote du parlement européen

EDIMA, lobby des GAFAM et autres à Bruxelles, hostile au droits voisins.
Références

mardi 27 septembre 2016

La presse et son droit voisin


Laurence Franceschini, assistée de Samuel Bonnaud-Le Roux, Rapport de la mission de réflexion sur la création d’un droit voisin pour les éditeurs de presse, Ministère de la culture et de la communication, Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, Paris, 2016, 41 p.

Faut-il, pour la presse, mettre en place un droit voisin du droit d'auteur épousant l'évolution technologique comme cela a été fait pour la musique et l'audiovisuel (cf. La protection par les droits voisins, Code de la Propriété Intellectuelle) ? Fin 2015, la question est posée par la Commission Européenne qui demande aux pays membres d'examiner "la possibilité offerte aux titulaires de droits de délivrer des licences et d’être rémunérés pour l’utilisation de leurs contenus, y compris les contenus diffusés en ligne". Le travail de Laurence Franceschini et de Samuel Bonnaud-Le Roux contribue à la réflexion pour une réponse française en examinant le contexte juridique dans lequel ce droit peut s'inscrire. Laurence Franceschini est Conseillère d'Etat, elle a été nommée médiatrice du cinéma en novembre 2015.

Pourquoi des droits voisins ?
Laurence Franceschini justifie ainsi la nécessité de mettre en place des droits voisins pour les entreprises de presse : "Les droits voisins trouvant leur raison d’être dans l’investissement que les entreprises effectuent, la question de leur instauration au bénéfice des éditeurs de presse se pose compte tenu des investissements qu’ils réalisent et de l’utilisation du contenu de la presse liée au numérique."
Deux constats fondent cette réflexion :
  • D'une part, les entreprises de presse investissent pour la création de contenus originaux : rémunération des journalistes, salaires chargés, frais de mission, marketing (dont sites, applications, mesure, etc.). Le montant de cet investissement est aisément calculable ; il faut y ajouter l'évaluation de la prise de risque de l'éditeur. L'ensemble constitue un investissement à protéger.
  • D'autre part, ces contenus sont utilisables, et utilisés en partie par des entreprises du numérique qui en retirent divers profits, publicitaires notamment, sans compter la notoriété, l'image, la fidélisation, etc.
Les éditeurs de presse sont en droit de réclamer une rémunération pour l'utilisation de leurs contenus. Sont visés les agrégateurs, les plateformes numériques ainsi que les robots d'indexation (web crawlers) producteurs de panoramas de presse (dont le principe existe depuis très longtemps. (Cf. Naissance d'une presse européenne d'information politique).
Ce que changent la publication de la presse sur le Web et les outils numériques de collecte automatique, c'est la facilité de réalisation de tels panoramas ainsi que l'échelle élargie de leur diffusion (en extension, profondeur et complexité de ciblage). Il y a un indiscutable risque de destruction de valeur (destruction créatrice ?).

Le droit doit donc être adapté pour permettre à l'éditeur d'être rémunéré au titre d'une œuvre collective, au-delà du droit d'auteur. Quel est le métier de l'éditeur ? "Le métier d’éditeur consiste à créer une marque éditoriale", affirme le rapport de Laurence Franceschini. De cette définition, elle conclut qu'il manque un droit protégeant sans ambiguïté les investissements de l'éditeur et lui donnant du pouvoir pour agir, équilibrer les partenariats (vendre, négocier, percevoir une compensation, se défendre devant les tribunaux, etc.).
"Au regard de l’importance des investissements effectués par les éditeurs de presse, un droit voisin de l’éditeur, constitue la contrepartie de la reconnaissance de son rôle spécifique. Il serait logique qu’un tel droit fasse partie de l’actif immatériel de son fonds de commerce, puisse être valorisé, être l’objet de contrats et fonder plus efficacement une action en contrefaçon".

Résumons. Un éditeur investit pour créer une marque éditoriale. La protection de cet investissement demande l'établissement d'un droit voisin pour défendre cette marque. Intérêt économique et nécessité juridique se confondent.

L'objectif est-il d'unifier les droits voisins des médias, presse, télévision, musique ? Ce ne serait pas déraisonnable puisque l'économie et les technologies numériques tendent vers l'indifférenciation des médias : qu'il s'agisse d'information ou de divertissement, l'entreprise de presse produit de plus en plus de vidéo. Toute entreprise média consiste à créer une marque média : TF1, Le Monde, NRJ sont des marques média. On pourrait aussi parler de plateforme media ("One Global" dit l'ACPM qui fusionne plusieurs études). Omnicanal : web, mobile, applications, PDF, papier, e-commerce.
La reconnaissance de droits voisins est d'autant plus urgente pour la presse que les contenus des médias sont de plus aisément désagrégeables, atomisables, dispersables et réagrégeables. La plupart de ces miettes de contenus sont désormais mesurables et participent de la puissance totale d'une marque média : il y a réagrégation par la mesure.

Notons encore quatre points :
  • le droit voisin ne doit compromettre ni la liberté de l'information ni le droit de citation.
  • le droit du producteur de base de données (donc de DMP ?) n'est pas différent et relèverait de ce même droit voisin. 
  • la question des archives pose celle de la durée s'appliquant au droit voisin. 
  • ni la durée ni la périodicité ne constituent plus des caractéristiques distinctives des médias (cf. binge reading comme binge watching, consommation de la presse à l'article sur le principe de la VOD).
N.B. Le rapport évoque les exemples belge, allemand (Leitungsschutzrecht : le jugement du tribunal de Berlin est donné en annexe, en allemand) et espagnol de mise en place de dispositifs législatifs s'apparentant au droit voisin.

samedi 31 octobre 2015

Câble et téléphonie mobile aux Etats-Unis : stratégie Wi-fi


Comcast, ainsi que d'autres opérateurs du câble américain, se rapprochent de la téléphonie. En passant par le Wi-Fi. Devant la perspective de chute des abonnements (cord-cutting), les MVPD envisagent une nouvelle source de revenus : le quad play qui associe Internet, TV, téléphonie fixe et mobile comme le fait déjà AT&T avec DirecTV. Ayant dû renoncer à la fusion avec Time Warner Cable, Comcast s'oriente vers une nouvelle voie de croissance.

Comcast vient d'annoncer son intention d'exercer l'option de MVNO avec Verizon ; suite à un accord avec Verizon Communications, signé en 2011, des tests pourront commencer 6 mois après cette annonce, la commercialisation du service dans un an. Dans ce cas, Comcast revendrait un service de téléphonie mobile basé sur le Wi-Fi accessible dans ses zones de couverture (WiFi-first phone). Comcast déclare disposer de 11,7 millions de hot spots Wi-Fi publics aux Etats-Unis.
Là où il n'a pas de Wi-Fi, Comcast pourrait revendre les services de Verizon ou de Sprint.
Time Warner Cable, au titre du même accord, pourrait exercer la même option.

Par ailleurs, les détenteurs de fréquences terrestres (broadcasters), dont les stations O&O de NBCU, peuvent revendre une partie de leurs fréquences à la FCC (reverse auction) qui, à son tour, pourra les revendra aux enchères aux opérateurs de téléphonie mobile (forward auction).

De son côté, le câblo-opérateur américain Cablevision (que vient de racheter Altice) a déjà mis en place un service mobile mais uniquement basé sur le Wi-fi, depuis février 2015 (Freewheel, 9,95 $ / mois pour les abonnés de Cablevision, 29,95 $ pour les non abonnés). Cablevision dispose de 1,1 million de hotspots.
Et Google ? Google travaille à une option semblable, Project FI, montée avec les opérateurs de téléphonie Sprint et T-mobile ; sa technologie permet à tout moment de sélectionner la connection la plus adéquate.

L'entrée des MVPD (Multichannel Video Programming Distributors) sur le marché de la téléphonie mobile constitue évidemment une concurrence inquiétante pour les entreprises de téléphonie. Elle peut constituer une incitation à des fusions entre MVPD et téléphonie. Pour l'appréciation de la concurrence dans le secteur, voir la FCC : Mobile Wireless Competition Report, 17th Annual Competition Report, December 18, 2014.

samedi 13 novembre 2010

The Google School

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Google has become the university for the media. When companies try to hire away Googlers they recognise the added value Google brought to their employees' basic training. Google is for the media today what Procter used to be for marketing. Google experience multiplies the educational investment made at universities. What companies recruting from Google admit is: we need people with a Google experience (i.e. we do not know how to train people for the jobs we need to fill). 

Le débat journalistique sur le débauchage d'employés de Google par des entreprises oeuvrant dans des domaines voisins (dont, dernièrement, Facebook) met en évidence le rôle majeur joué par Google dans la formation aux métiers des médias. Avoir "fait Google" est une référence sur le marché des emplois média ; par conséquent, il est normal de vouloir "faire Google" pour en sortir ensuite mieux diplômé. Google est devenu un lieu éminent de formation et de légitimation des formations, comme le fut Procter and Gamble pour le marketing. En débauchant des Googlers, les entreprises média saluent en acte le travail de formation qui s'accomplit chez Google.
Au lieu d'une approche people de la question, mieux vaudrait s'interroger sur le rôle des entreprises innovantes dans la formation, sur leur relation - dialectique - aux universités, etc. Dans quelles universités recrute Google, comment ? Quelle est la valeur ajoutée de Google à cette formation initiale qui donne un tel prix à certains "Googlers"? La question de la relation des universités aux entreprises, tellement ressassée, devrait être reprise à l'aide de cet exemple. Veut-on que nos étudiants soient recrutables par Google ou prétend-on faire le travail de Google ?
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mardi 3 août 2010

Sur la diffusion des résultats de recherches

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On a pu lire, dans des médias et des sites couvrant Internet, que, selon une étude menée par des chercheurs d'une université américaine (Northwestern University), les étudiants américains, qualifiés parfois de "digital natives", ont un usage "sans conscience" d'Internet et font une "confiance aveugle" à Google. Sic. Comment sait-on cela ? Quelle en est la matière "première" ? Etude de cas.

L'enquête et la publication : "Trust Online: Young Adults’ Evaluation of Web Content"
  • Ces énoncés (travail de réécriture de journaliste ou de blogueurs) renvoient à une enquête déclarative et qualitative dont les données ont été collectées au printemps 2007. Donc avant Chrome, Bling, Facebook, Twitter, l'iPhone, etc. 
  • L'enquête portait sur 1060 étudiants d'un cours de rédaction, "First Year Writing Program" (échantillon représentatif stratifié) ; parmi eux, seuls 102 étudiants ont été observés et interviewés. 
  • Ces étudiants (undergraduates) de l'University of Illinois à Chicago n'ont rien à voir avec Northwestern University, l'université des chercheurs), connue pour ses formations et labos en marketing, en journalisme, en media (Medill School of Journalism). 
  • L'article rendant compte de l'enquête est publié par l'International Journal of Communication (Volume 4, 2010) par Eszter Hargittai, Lindsay Fullerton, Ericka Menchen-Trevino, Kristin Yates Thomas.
  • Les auteurs parlent de "wired generation"et de "digital literacy" pour qualifier ces étudiants et non de "digital natives", notion journalistique sans pertinence, absente de l'étude de référence. Ils observent d'ailleurs des écarts significatifs de compétence numérique ("In both the larger group as well as the subsample, there is considerable variance on our digital literacy measure suggesting that we have both very digitally savvy and much less knowledgeable respondents in the study".
  • L'article précise clairement et méticuleusement les procédures d'échantillonage, de passation, d'analyse. Les consignes de recherche sur Internet (tasks, une quinzaine) sont listées en annexes.
La situation d'observation est évidemment construite, artificielle, riche en artefacts possibles : "Respondents sat at an Internet-connected computer with the researcher right next to them reading the tasks"). La discussion - sorte d'auto commentaire - étant enregistrée (enregistrements audio + captures d'écran). Tout cela (80 heures d'enregistrement et 770 pages de transcription) est codé puis analysé. Pratiques d'analyses qui restent nécessairement intuitives, malgré toutes les précautions prises.
Ce que l'on observe est au mieux le comportement de ces étudiants en situation d'observation, suivant des consignes qu'ils n'ont pas choisies, lues par un(e) enquêteur(trice) assis(e) à côté d'eux, sur un ordinateur qui n'est pas leur ordinateur personnel, donc sans leur propre configuration personnalisée : cookies, bookmarks, raccourcis, etc.
Tous ces faits qu'oberve et enregistre cette enquête conduite selon les règles de l'art, sont faits. Leur exploitation suppose un travail épistémologique préalable, une réflexion sur le mode de production de ce savoir, plaçant les limites de ce que l'on peut attendre de cette méthologie courante, parfaitement mise en oeuvre.
De mon point de vue :
  • L'inadéquation croissante de ce type de méthodologie à la compréhension des usages d'Internet pourrait être une conclusion majeure de ce travail.
  • Le sérieux du travail accompli selon les règles de l'art et selon les rituels de publication ne dissimule pas la complexité et la lourdeur de ce type d'enquêtes, pour un faible rendement (cf. la conclusion ds auteurs, citée en annexe).
  • Il faut se demander ce que ce travail doit aux exigences de publication dans des revues, publications indispensables à la carrière (publish or perish). C'est aussi une des dimensions épistémologiques de ce type de recherche. Les règles du jeu des carrières, conçues au 19ème siècle et pour des publications papier, doivent s'adapter à l'ère numérique.
  • D'où vient la notoriété des marques (Google, Yahoo, Wikpedia, WebMD, etc.) évoquée dans la conclusion ("brand", "branding and routines", ) ? Elle est produite par les usages grands publics ("prior experience"). L'université peut-elle créer des marques pour orientéer et baliser le travail des étudiants avec et sur Internet ?
  • Comparer avec ce que donneraient 
    • une observation "passive" et une analyse "automatique" des comportements d'un très large échantillon de personnes au moyen de logiciels de type webanalytics, analyse allant du surf aux comportements de transformation (clicks, achat, téléchargement, impression, courrier, etc.). Il n'y aurait alors plus de biais liés à la situation d'enquête (très contraignante) ni aux consignes (du coup, on passerait de figures imposées à des figures libres)
    • des analyses socio-linguistiques des sites visités et des termes utilisés pour les recherches (Google, Weborama, Ramp, OpenAmplify, etc.).
  • On pourrait imaginer une sortes de contre-enquête à fin confirmatoire  :
    • répondre aux mêmes consignes sans utiliser Internet, directement ou indirectement. Cela situereait les résultats de l'enquête première dans une plus large perspective (on et off-line). Essayez, juste pour voir ! Bonne chance !
    • pour la crédibilité (credibility) et la fiabilité (trustworthiness), effectuer une enquête équivalente pour évaluer les comportements d'un même public avec, au choix : des manuels scolaires, des médias d'information. La dépendance des utilisateurs envers les marques n'y est sans doute pas moindre. Qui doute d'un manuel scolaire, qui a les moyens de douter d'un manuel scolaire, d'un média ? 
    • dernière suggestion : mener une telle enquête (non déclarative) parmi les enseignants, les journalistes, les étudiants en pédagogie ou en journalisme.
Journalistes et vulgarisateurs reprenant cet article ou, plus généralement, reprenant un article évoquant cet article ou cette recherche, ont surtout trouvé ce qu'ils recherchaient "spontanément", ce qui peut faire un titre et a une chance d'être cité  : une condamnation d'Internet et de Google comme outils de travail scolaire. La doxa du moment ou, selon l'expression de Bacon, "les idoles du marché" (Novum Organum, XLIII). L'épistémologie, la circonspection méthodologique, la nuance dans l'interprétation ne sont pas leur métier. Devraient-elles le devenir (formation des journalistes) ?

Annexes
Conclusion des auteurs : "Our findings suggest that students rely greatly on search engine brands to
guide them to what they then perceive as credible material simply due to the fact that the destination
page rose to the top of the results listings of their preferred search engine. Users also rely on brands in
other contexts, from going directly to the Web sites of offline brands with an online presence to online only
brands with which they have prior experience."
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mardi 8 juin 2010

La nouvelle expérience télévisuelle

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Les étudiants du Master 226 de l'université Paris Dauphine organisent un colloque sur "la nouvelle expérience télévisuelle". En sortant de cours, les conversations allaient bon train et certains étudiants m'ont mis au défi de traiter le sujet par la négative. Défi relevé, en cette période d'examen, à la manière des dissertations classiques, en trois parties.

Première partie. Où l'on acccorde à cette question quelques concessions positives. D'abord, il y a davantage de chaînes pour la plupart des foyers. Ensuite, les écrans des téléviseurs sont plus agréables, les images plus belles. Et il y a plusieurs appareils au domicile.


Deuxième partie. Où l'on évoque l'expérience concrète, courante du téléspectateur.
D'abord, il lui est difficile de trouver et sélectionner un programme. La presse de télévision est de moins en moins adaptée. La télécommande ? A raison d'une par appareil (set-top box, manétoscope, lecteur enregistreur DVD, téléviseur, etc.), embouteillage assuré sur la table basse, où, de toute façon manque celle dont on a besoin. Navigation laborieuse. Un bug ? On débranche tout, on rebranche, et l'on attend que tout se réinitialise. La nostalgie de Windows 95 nous étreint. Et soyons charitable, ne parlons pas des modes d'emploi des appareils : ils ne sont pas conçus pour être lus.
Quand il s'agit de naviguer, de rechercher et trouver quelque chose, aller d'Internet à la télé est une expérience déprimante, insupportable : Google, Apple, par pitié, aidez les !


Troisième partie. Où l'on explore, en synthèse, la liberté du téléspectateur (note du claviste : la liberté, c'est toujours pratique en troisième partie !).
L'offre élargie de télévision s'achète en bouquet. Le marketing des opérateurs est en retard de plus d'un siècle sur celui du fleuriste qui laisse ses clients composer leur bouquet librement, fleur à fleur. En télé, des allumés du marketing ont concocté des bouquets insensés. Car eux savent mieux que le consommateur. Ils choisissent à sa place, de peur qu'il ne choisisse pas les bonnes chaînes, le plus de chaînes possibles, et que certaines chaînes, du fait de l'insupportable liberté du téléspectateur, se trouvent privées d'audience. Le bouquet, vous dis-je ! Alors que le marketing des produits numériques ne parle que personnalisation, souhaite que "cent fleurs s'épanouissent", l'opérateur de télévision impose ses bouquets, SA télé.
Parlons VOD. Formidable, mais l'offre est restreinte et la longue traîne est à la traîne. Mais nous voici à nouveau à la merci de la télécommande. Errer, touche après touche, en haut, en bas, à gauche, OK... et parcourir une arborescence aux catégorisations bizarres. Mauvaise touche ? Trop tard, mais c'est payé. Et l'on recommence tout à zéro ! iTunes, amazon, par pitié, aidez les !


Conclusion. Le téléspectateur est né libre et partout il est dans les fers des chaînes et des grilles... des ergonomies lourdes et d'un marketing condescendant. Et, pour couronner cette expérience, en plus de la facture de l'opérateur, tombe en automne celle de la redevance. Expérience annuelle, en rien nouvelle. L'habitus télévisuel n'a pas évolué depuis la télécommande et le magazine TV : il reste prisonnier de gestes analogiques. 

Bon, la dissertation est un genre à forme fixe, le sujet est imposé.
J'aurais dû faire rêver : rattrapage, VOD, télé connectée, HD, 3D, interactivité, widgets, etc. J'aurais pu parler télécommande iPad, capping publicitaire transféré en télévision, Hulu, Netflix... Certes, mais, ici et maintenant, l'expérience télévisuelle vraiment nouvelle, c'est YouTube et Dailymotion. La "nouvelle expérience télévisuelle", c'est à Internet surtout qu'on la doit. 
Et pour le Grand Soir de la révolution numérique, comptons plutôt sur Google et Apple.
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mercredi 24 mars 2010

Le décodeur pour mesurer l'audience de la TV

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Aux Etats-Unis, depuis quelque temps, plusieurs entreprises mesurent l'audience de la télévision regardée au foyer en traitant les données qui transitent par le décodeur (Set-Top Box, STB). La STB fournit des données seconde à seconde, sans déranger les téléspectateurs mais il ne s'agit que de l'audience des foyers, pas celle des personnes. TiVo avec son panel d'enregistreurs numériques recruté dans trois grandes agglomérations, Google avec le bouquet satellite Dish Network, Rentrak avec un panel de stations locales ont déjà mis en oeuvre une telle mesure foyers.

Nielsen, qui assure la mesure traditionnelle au moyen d'audimètres (people meter) connectés aux téléviseurs mais aussi avec des carnets d'écoute pour les petits marchés (DMA) envisage à son tour de combiner aux données STB sa méthode habituelle pour les données individuelles (comme Nielsen le pratique déjà avec Google et Dish Networks). Ceci permettrait à Nielsen, qui ne mesure actuellement que quelques 90 chaînes parmi une offre qui en comprend des centaines, de mesurer toutes les chaînes reçues et de rendre ainsi la longue traîne télévisuelle exploitable par la publicité.
Mais tout cela reste compliqué et cher, demande des opérations statistiques complexes et discutables. De plus, il reste un problème de recrutement car il faut rassurer les foyers quant à la confidentialité de la procédure. Le modèle économique de cette mesure semble fragile.

D'autant que, au bout du compte, il manquera toujours une part croissante d'audience TV réalisée ailleurs que sur le téléviseur du foyer et loin de la STB, en mobilité : ordinateurs, smartphones, tablettes et consoles diverses, et tout ce qui est réception hors foyer dans les transports, les points de vente, les restaurants, les hôtels, les bars...

La solution convaincante, traitant de TOUTE la télévision reçue, ne pourra qu'être site centric, basée sur des cookies (ou des identifiants uniques équivalents) à la manière d'Internet. Une telle mesure permettra des exploitations publicitaires de la télévision semblables à celles qu'a développées Internet (adnetworks, marketing comportemental, reciblage, vente à la performance, etc.). Dans combien de temps la réception de la TV passera-t-elle par une voie Internet ? En attendant, la mesure classique joue la montre.

mercredi 10 mars 2010

Google guide TV

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Google est le moteur de recherche pour près des deux tiers de la population américaine, notamment pour la vidéo.
La connexion Internet est de plus en plus fréquente sur les téléviseurs américains (en janvier 2009, un acheteur américain de téléviseur sur quatre a choisi un téléviseur connecté web, selon iSuppli).
Google collabore depuis 2007 avec Dish Network, bouquet satellite de 14 millions d'abonnés, pour la commercialisation de l'espace publicitaire d'une centaine de chaînes du bouquet (Google TV Ads).
Enfin, depuis quelque temps, Google teste Android sur des set-top boxes (décodeurs) de foyers abonnés ; ces abonnés peuvent utiliser le moteur de recherche de Google pour trouver les programmes qu'ils veulent regarder. Le clavier se substitue alors à la télécommande, les mots des émissions (speech-to-text) se substituent aux catégorisations des programmes.
  • Grâce à ses différentes méthodes de collecte (cookies) et d'analyse des informations (lexicales), Google disposera d'une connaissance des comportements et des décisions de consommation des téléspectateurs en matière de choix de programmes. Cette information est primordiale pour les chaînes de télévision, les producteurs, les réalisateurs, la confection des grilles de programmes... Pour tout le marché de la télévision, contenus et diffusion.
  • De plus, Google associera certainement son système de vente d'espace publicitaire (display et mots clés) aux recherches effectuées par les téléspectateurs, comme sur Internet, assurant la gratuité du service pour les opérateurs (câble, satellite, télécom) comme pour les utilisateurs individuels.
  • Les émissions des chaînes de télévision traditionnelle seront sur le même plan que la vidéo diffusée sur Internet et en compétition directe avec elle. YouTube sera naturellement en bonne position sur la présentation des résultats des recherches, étant donné l'importance de son offre vidéo.
Dans une telle situation, Google prendrait possession du linéaire virtuel de télévision, contrôlant les emplacements, les facings, les têtes de gondole, les stop rayon, etc., se réservant éventuellement les bons emplacements pour YouTube, sa marque distributeur (MDD). Google referait ainsi en télévision le coup d'Internet.
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