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mardi 17 mai 2011

Série policière en direct ?

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La vie imite l'art : comment l'actualité ne serait-elle pas perçue comme une série TV ?
L’actualité politico-people donne à suivre une série policière américaine en direct. C'est comme "CSI: New York". Crime Scene Investigation. Proximité de cet univers lointain, grâce à la télé. On est chez soi. Un présumé coupable peut-être innocent que l'on engouffre à l'arrière d'une voiture. Une "grandeur d'établissement", muette, dépouillée de ses attributs de pouvoir. Des éléments de l'enquête plus ou moins connus, d'autres distillés, des hypothèses, des rumeurs, parmi toutes les fausses, imaginer une vraie piste, de quoi alimenter les prochains épisodes. Suspense. Et tout ce qui est hors-champ, présence absente : la "scène" dite du "crime", la prison évoquée sur le mode de "Prison Break". Sur fond d'images cliché de New York, des présentateurs journalistes, énoncent la procédure, cadrés devant des bâtiments choisis. Effets de contexte, sémiologie de prudence.
Screen shot from the beginning credits

"Le juge est une femme". On ne la lui fait pas. Ah ! Bon ! Dans ses précédents rôles, elle en a vu comparaître !  Rappeurs célèbres, actrices... People. Grâce aux séries importées, le théâtre du système judiciaire américain est plus familier aux téléspectateurs que le français, qui a inspiré peu de séries ("Avocats et associés", et "Le juge est une femme", quand même). Le téléspectateur voit s'affairer au 20H tout un monde d'acteurs habitués du prime time, qu'il reconnaît aux uniformes, aux véhicules, aux badges : "Experts" de la "police scientifique". Des grappes de journalistes pour signaler : attention, "événement" ! Et, comme dans "24 heures", il faut laisser à l'action le temps de se dérouler, hors écran. Nous habitons la réalité en téléspectateurs, regards, jugements formés par la sémiologie et le rythme des séries. Notre réalité est télévisée.

Sur Twitter, en revanche, comme en contre-chant, déferlent des mots, mots vachards, mots égrillards, bons mots, le tout émaillé d'adresses raccourcies ; parfois, un peu de rationalité, de générosité, de prudence. Le standard impose son style haché : quelques mots #quelquechose et une timeline qui défile comme un flux instantané de marché (FIM), et des pseudos.

Un jour, on en fera une série, un film. Aujourd'hui, ce n'est pas encore de la télé, c'est la réalité...
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samedi 19 février 2011

Plus belle la vie (PBLV), média total

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Magazine lancé en janvier comme hors-série du guide de programmes TV Télé-Loisirs (Prisma / Bertelsmann). Prix facial : 4 €, pour 116 pages. La mise en place du premier numéro, déclarée par l'éditeur, est de 200 000 exemplaires. Distribution par Presstalis, placé en pile dans le linéaire "Télévision", à côté de Télé-Loisirs. Peu de promotion, juste un peu de PLV ; vendu comme "collector".

Le magazine est consacré à l'émission diffusée du lundi au vendredi sur FR3 où elle réunit en plein prime time (20H10), en face des journaux de Farnce 2 et TF1, plus de cinq millions de téléspectateurs qui regardent vivre les habitants du Mistral, quartier imaginaire de Marseille (où l'émission est tournée), avec sa prison, son commissariat, son bistro, son parc... L'émission co-produite par Telfrance et Rendez-vous Production, a été lancée en été 2004. Elle est diffusée aussi sur France 4 en access (17h05), en Belgique (ladeux), en Suisse (TSR 1) et en Tunisie (Nessma TV) ; l'émission est également accessible en VOD et en DVD. Au total, déjà plus de 1 800 épisodes.
L'émission est servie par de nombreux produits dérivés :
  • des livres (les romans du feuilleton, une BD, un livre de cuisine, un livre documentaire), 
  • un jeu de société, des jeux vidéo, des CD, une appli de jeux pour iPhone (0,79€) 
  • un mensuel (avec DVD) qui a cessé sa diffusion en décembre 2010 et que remplace ce nouveau magazine, 
  • un site officiel avec une boutique en ligne, et aussi un site "non officiel" de fans, un site pour les fans belges, une présence sur Facebook, sur Twitter, etc
  • des T-Shirts, des mugs, des casquettes, etc. et même un scooter aux couleurs de l'émission, MIO (Sym) ! 
Ce magazine est un exemple presque idéal-typique d'un média de médias. Le cinéma, la télévision sont grandes pourvoyeuses de contenus pour la presse, qui la reflète et dont elle profite, non sans hyprocrisie : sans télévision, pas de people ! Avec ce feuilleton, sorte de sitcom / soap opera (du genre "All in the Family"), les téléspectateurs regardent vivre des familles dans leur quotidien. On n'est jamais loin du roman-photo. Avec son audience régulière, ce format se prète bien à un prolongement magazine. Comme le site, le magazine fait voir le hors-champ sans trop céder à la tentation de la distanciation. Making-of, "stars des coulisses", etc.
La mise en page du magazine emprunte aux habitudes des réseaux sociaux (cf. "le mur Facebook du Mistral" où l'on s'exprime en termes de SMS). Un peu de déco, des pages cuisine, musique / cinéma, des tests prospectifs, mots flêchés et sudoku, horoscope. Rien ne manque, sauf la publicité. Ce premier numéro n'en comporte, et s'en tient à des promotions des titres du groupe Prisma.

Cet ensemble médiatique invite à reconsidérer les classifications des médias. Au centre, il y a une émission qui imite la vie, quotidienne, et attire des millions de téléspectateurs. Autour de ce média, circulent des médias ancillaires, multiplicateurs d'images et instigateurs d'usages, prolongeant et amplifiant l'émission par tous les sens (lecture, vidéo, musique, objets) et enfin, s'entretissant, les outils numériques redoublent l'ensemble, invitent à l'action (fans, personnalisation, achats). "Plus belle la vie" peut être qualifié de média total, pluridimensionel, en détournant, mais pas tant que cela, la notion de "fait social total" (Marcel Mauss : fait "où s'expriment à la fois et d'un coup toutes les institutions"). On gagnerait à l'appréhender dans sa totalité, tant au plan de la production que de la consommation et de ses usages publicitaires (médiaplanning, mesure d'efficacité).
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