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mardi 9 juin 2020

Les femmes n'existent pas, mais ce sont des hommes qui le disent !


Eliane Viennot, L'âge d'or de l'ordre masculin. La France, les femmes et le pouvoir - 1804-1860, Paris, CNRS Editions, 381 p.,  Bibliogr., Index

Voici un ouvrage agressif. Mais c'est bien la moindre des choses que de dénoncer fermement l'histoire du patriarcat qui a étendu son pouvoir sur l'ensemble social, économique, militaire, religieux français. 
L'auteur (Eliane Viennot, elle, préfère dire "l'autrice") est historienne et spécialiste de l'accès des femmes au pouvoir. Son ouvrage se lit aisément, avec plaisir même, bien que l'accumulation des faits - qui lui donne raison - finisse par ennuyer un peu. La période qui va d'un empire à l'autre, d'un Napoléon à l'autre, n'est pas brillante pour les femmes. Et l'auteur va explorer les lois, les textes, les théories, tous les innombrables discours qui oublient les femmes ou plutôt les ramènent sans cesse au repos du guerrier et à l'entretien des foyers, quand ce n'est pire. La loi salique domine en tout domaine pour exclure les femmes de tous les pouvoirs. Le titre dit "le pouvoir" mais il faut entendre "les pouvoirs" car tout le monde en est : pouvoirs politiques, pouvoirs économiques, pouvoirs intellectuels, pouvoirs religieux. Chacun de ces pouvoirs contribuent à l'exclusion politique et intellectuelle des femmes, chacun à sa manière, et ils convergent chacun avec son discours : ce demi-siècle est décidément terriblement uniforme sur ce plan.
Et la plupart des "grands" hommes de ce demi-siècle de surenchérir : Sainte-Beuve, Gustave Lanson et même Stendhal, Musset, et puis le pseudo-révolutionnaire Proudhon. Et Michelet, et Auguste Comte aussi ... Il faudrait tous les citer mais il y en a trop : même Marx et Engels ne peuvent être épargnés.

Les temps finiront par changer, certes. Mais il reste encore bien des moyens aux hommes de dominer les femmes : moyens sociologiques de la domination scolaire, par exemple, moyens juridiques (cfInégalités ? Les familles responsables, et complices, de reproductions inégalitaires qui durent). Quelques femmes échappent, mal gré tout, à la vindicte : Georges Sand, Madame de Staël par exemple. Et en 1859, une institutrice décroche le baccalauréat. C'est le signe des temps à venir, le début d'un rééquilibrage dans l'acquisition d'un capital culturel légitimé, rééquilibrage qui prendra quand même plus d'un siècle et demi. Mais aujourd'hui, les femmes sont les mieux diplômées.
Enfin, voici un bon livre qui fait le tour de la question et qui devrait permettre de changer le ton et les contenus des manuels d'histoire, dès l'école élémentaire, et d'histoire de la littérature, d'histoire des sciences et de la philosophie pour les années ultérieures.


vendredi 20 novembre 2009

Foot : à la télé, l'arbitre !

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14 millions de téléspectateurs en France, selon Médiamétrie, des millions d'autres dans le monde ont vu la main de Thierry Henry sur le ballon.  Hélas, l'arbitre de la décision n'était pas devant son écran et il n'a rien vu. Tel Fabrice à Warterloo, placé au coeur de la bataille, il n'a rien compris à ce qui se passait. "Nous avouerons que notre héros était fort peu un héros en ce moment", commentait Stendhal.

Voilà des années que l'arbitrage du football est en retard de quelques technologies et commet des erreurs que des millions de personnes contemplent. Or des millions d'euros sont en jeu puisqu'il y va de l'accès d'une équipe "nationale" à une compétition "mondiale" ; de cette sélection, dépend le résulat des chaînes de télévision qui ont acheté les droits. Ainsi ne s'agit-il plus seulement d'une erreur sportive mais aussi d'une erreur économique. Et comme les politiciens, en campagne électorale permanente, viennnent parader aux matchs, comme on engage, hélas, drapeaux et hymne nationaux, l'erreur peut même devenir diplomatique. Imaginons une situation similaire lors d'un match France-Algérie...
L'image du football souffre de telles erreurs d'arbitrage : quelle leçon de morale sportive pour les enfants, les éducateurs et les amateurs qui chaque semaine sont sur les terrains ! Trichez, mentez impunément !

Le foot veut l'argent de la télé mais il ne veut pas de son arbitrage : cette incohérence ne saurait durer. La FIFA, qui conçoit ces réglements, semble en être restée au temps de la radio, tandis que les fans de foot vivent au temps d'Internet et de la télévision numérique. En refusant l'arbitrage de la vidéo, la FIFA met les joueurs et les arbitres dans des positions intenables. Comment imaginer qu'un match comme celui-ci, qui se joue sur un terrain mondial (global soccer field, aurait dit M. McLuhan), puisse n'être arbitré que localement.

Signalons ausi un événement médiatique discret mais riche de sens : Weborama, Spacefoot et Footeo avaient invité leurs supporters - dont quelques étudiants du Master 226 de Dauphine - à regarder le match, en numérique, sur très grand écran, aux Champs-Elysées (salle Publiciscinémas). On avait l'ambiance de fête et des images superbes : si l'arbitre avait été là, il aurait tout vu.
Les salles de cinéma trouvent un nouveau débouché dans ces spectacles sportifs. Déjà, aux Etats-Unis, des salles diversifient leurs sources de revenu en rediffusant des opéras (cf. Metropolitan Opera Live in HD), des manifestations sportives, et même la messe.
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dimanche 30 novembre 2008

La tentation du papier


La pente de la presse, récemment, c'est de passer au numérique, corps et biens. Sans trop savoir : oeuvre de Panurge ? Suivre sa pente, pourvu que ce soit en la remontant, recommandait un héros de Gide. Nonfiction.fr suit cette maxime ; c'est un site consacré aux ouvrages récemment publiés : sciences sociales ou humaines, art, philosophie. Tout sauf la fiction ? Presque, car le site ne couvre ni le jardinage, ni le bricolage, ni la cuisine, ni la santé, ni les loisirs créatifs ou numériques. Qui comptent pour une part importante du chiffre d'affaires de l'édition.

Ce titre en ligne, pour son premier anniversaire, s'offre une version papier dans les points de vente (20 000 exemplaires, selon les MLP qui le distribuent. N.B. : sans loi Bichet, il serait mort né). Cet éditeur fait à rebours le chemin de ses concurrents qui commencèrent leur vie dans le papier, pour passer, non sans mal, sur Internet. Rythme trimestriel ; en ligne, il est quotidien, 4,9 € le numéro. Quadri, bon grammage, 100 pages, agréable à feuilleter et à lire. Belle maquette.
Le contenu ? L'objectif de donner envie de lire, d'éveiller la curiosité, d'informer de la parution de nouveaux ouvrages est partiellement atteint. A mon avis, trop de politique politicienne (on a déjà tout entendu, jusqu'à la nausée), impression parfois de communiqués de presse des "piètres penseurs", toujours les mêmes... On attend d'un tel magazine un positionnement plus rare, moins "microcosme", pas news du tout, différenciant... Exemple, la place exceptionnellement raisonnable accordée à la Chine (3 articles), à François Jullien et Anne Cheng (mais on aimerait aller plus loin). 

Peu d'annonceurs pour ce premier numéro : Allocine en quatre de couv, Radio France en 3 (pour les émissions sur les livres), les Editions du Félin en 2 ; à l'intérieur, quelques publicités pour une librairie (Mollat, Bordeaux, le magazine L'Histoire, evene.fr, un site sur l'art, Philosophie Magazine, donc des annonceurs captifs, principalement. Médiaplanning tautologique, conservateur par défaut. Quand même, ni Amazon, ni Gallimard, ni Hachette, ni chapitre.com ... Espace mal vendu ou mal acheté ? Pourtant, c'est dans une revue comme celle-ci que la publicité devrait évoquer les automobiles, les parfums, les montres, les vacances, les ordinateurs ... Evidemment, si l'on ne conçoit les plans médias qu'à partir des données en "bécanes" (AEPM ou OJD) dans les agences média, aucune chance. Car un titre nouveau n'y est pas, restant invisible aux repèrages du marché, aux médiaplanners... En revanche, on apprendrait du site Internet et de ses analytiques (mais je doute que Google Analytics y suffise) ... Associer la régie du papier à celle du site ? Pourquoi pas, même combat de l'affinité, de la long tail ? Transferts d'outils. A étudier ...

600 "rédacteurs", annonce le magazine pour le site. Quel est leur statut ? Journalistes ? "Jeunes chercheurs, journalistes, militants politiques, syndicaux et associatifs et créateurs de sites Internet" dit la présentation au-dessus de l'ours. On n'est pas loin d'une sorte de crowd sourcing restreint... Intéressant.

Alors que les grands prédicants déclarent la presse papier condamnée, le mouvement à rebours de NonFiction.fr suscite l'intérêt. Tentation du modèle mixte ? Oracom prend des riques : pourquoi pas ? Spécialisé dans la presse des télécoms et du numérique (plus d'une douzaine de titres), l'éditeur a l'habitude des esssais et erreurs ... Voici une contribution en acte aux Etats généraux de la presse écrite !

Même si l'on redoute une diminution des ventes de livres et le basculement éventuel des lectures sur suppports électroniques, le modèle économique mixte attire les magazines consacrés aux livres, chacun visant son segment particulier : la non-fiction"l'actualité par les livres du monde" (Books Mag), les romans (Service Littéraire, "le magazine des écrivains fait par les écrivains" consacré aux romans et qui se veut un "Canard Enchaîné culturel") ... pour ne citer que les très récents. 

En suivant ces innovations hardies, à contre-courant, on pense à cette remarque de Stendhal dans Le Rouge et le Noir (II, XI), digne de Mandelbrot : "Quelle est la grande action qui ne soit pas un extrême au moment où on l'entreprend ? C'est quand elle est accomplie qu'elle semble possible aux êtres du commun." En gestion, seul le réalisé prouve le possible ; le non réalisé ne prouve rien, et surout pas l'impossible. Donc, suivons l'avenir de cette initiative.