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jeudi 19 avril 2018

Une vie de chat : mode d'emploi (magazines)


miaou. La revue pour ronronner de bonheur, trimestriel, 170 p. , 10€ (une version "collector" est en vente en librairies pour 12,95€), Prisma Presse, avril 2018

Tout pour le chat, et pour celles et ceux qui vivent avec. La naissance, les premiers jours, d'heure en heure ou presque ; l'odorat, la vue, l'ouïe, la perception des vibrations, parfaits pour les chats ; en revanche, leur sens du goût est limité (ce que ne dit pas la publicité TV, qu'ils ne regardent pas, de toute façon). Comment s'exprime le chat, quel est son langage corporel ? Que disent ses miaulements, ses ronronnements ? L'inventaire du mode de vie des chats commencé dans ce premier numéro est à suivre. Passées les pages style de vie (du chat), nous trouvons une page gadget, un sujet d'histoire (le chat de Louis XV), un sujet documentaire (les chats dans un temple bouddhiste), des interviews, des photos de chats, des anecdotes sur les chats, des étiquettes avec des images de chat, des cartes postales avec des chats...  Et un dossier "Vivre dans la peau d'un chat".

Le chat, depuis l'Egypte antique, occupe une place particulière dans l'imaginaire et dans les maisons. De tous les animaux domestiqués, c'est le moins utile (il fut considéré comme "utile" en Egypte et il l'est encore dans les fermes, pour écarter les souris). Animal qui tient compagnie, bien obligé ! Le chat dont on parle dans le magazine vit dans les maisons et les appartements dont il ne sort guère, plus ou moins prisonnier. Terriblement "dhommestique", comme disait Jacques Lacan.
Le chat mène grande vie dans la BD, vie commencée dans la presse le plus souvent  : "Le Chat" de Philippe Geluck fait ses premières apparitions dans le quotidien belge Le Soir, le "chat du rabbin", qui parle et veut faire sa bar-mitzva (par Joann Sfar) fait ensuite une carrière au cinéma, Garfield (1978), chat dévoreur de lasagnes et téléspectateur grognon, commence sa vie dans un comic strip qui fut, en syndication, un succès de la presse quotidienne américaine. Tous ces chats sont plus malins que les humains. Comme dans La Fontaine, anthropomorphisme oblige, dont Miaou ne manque pas non plus. Méditatifs, philosophes, les chats ? Peut-être, c'est du moins ce que prétendaient Charles Baudelaire et Claude Lévy-Strauss...
Dans la presse française, on compte une centaine de titres et hors-séries consacrés au chat publiés depuis une trentaine d'années. La concurrence est rude. C'est un peu moins que les titres concernant les chiens, et cela sans compter la presse animalière généraliste comme 30 millions d'amis qui n'ignore pas les chats (source : Base MM). On sait aussi le succès des photos de chats sur les réseaux sociaux et leur contribution aux travaux de reconnaissance d'images et de classification portant sur le distinction chien / chat (cf. la compétition lancée par Kaggle en 2013). Et puis, n'oublions pas le chat de Schrödinger qui vit ou /et mœurt dans la mécanique quantique !


Miaou est un magalivre (magazine + livre) ou, si l'on préfère, un Mook (magazine + book) ; 85 000 exemplaires ont été mis en vente selon l'éditeur, Prisma Media. Le mook représente un nouveau format, plus livre que magazine ; on en compte de plus en plus parmi les innovations presse récentes. Distribution mixte, en librairies et points de vente presse, en attendant une hybridation numérique complémentaire, une appli ? "Bel objet", se vante Laura Stioui, l'éditrice du titre. Magazine robuste, agréable à consulter, qui peut trouver sa place partout, et même être rangé, sur une étagère. Et peut se garder longtemps : son contenu est intemporel, et tout public : la passion des chats est universelle, elle ne connaît pas d'âge, de générations, d'époques, de styles de vie ("les amoureux fervents et les savants austères", disait Baudelaire). Et pourtant, la passion des chats distingue les fractions de classe, comme l'a vu Disney qui oppose "aristochats" et chats de gouttière... Sans doute, le positionnement de Miaou, quelque peu attrape-tout (famille, psychologie, féminin) mais délibérément non animalier (pas d'éthologie, etc.), sera-t-il amené à se préciser avec l'usage. "Culture chat" ! dit-elle, habile.

Signalons, pour compléter l'univers domestique des félins,
  • Mon CHAT Superstar, hors-série de Télé 7 Jours, septembre 2018 (cf. supra)
  • Tama, la chatte devenue chef de gare de Kishi et idole des voyageurs japonais
  •  neko atsume, un jeu video japonais de Sony Entertainment, appli pour smartphone lancée fin 2014. En attendant les chats, qui ne viennent que quand les joueurs ont éteint l'appli (cf. infra).
  • CryptoKitties, un jeu pour ordinateur (Chrome, Firefox) avec Blockchain, qui permet de son nourrir un chaton, de vendre, de collectionner des kitties...
Copie d'écran du jeu neko atsume ("cat collection"), appli lancée en 2014

jeudi 6 septembre 2012

Cuisine : les recettes de notre histoire

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Cuisine Actuelle passe en revue cinq décennies de cuisine, de 1950 à 2000. Deux passions majeures des lecteurs de magazines sont réunies dans ce hors-série : la cuisine et l'histoire. Ce N°100 ((3,9 €) compte 100 pages ; il comporte un index des plats évoqués (un index des ingrédients de base serait bienvenu).
Cuisine Actuelle, lancé en 1977, publie chaque année 12 numéros réguliers auxquels s'ajoutent 6 hors-série thématiques. Pour un abonnement annuel (38,9€), le mensuel offre une yaourtière...
Dérivé de Femme Actuelle, c'est une marque de Prisma (groupe Gruner + Jahr / Bertelsmann). Selon l'OJD 2011, sa diffusion France Payée est de 159 000 exemplaires ; son lectorat est de 3,8 millions de personnes dont 3 millions de femmes (Source : One 2011). Le taux de circulation est de 24 lecteurs par exemplaire.
  • La revue historique évoque d'abord quelques produits emblématiques de ces cinq décennies, produits dont l'illustration publicitaire et le packaging appartiennent à l'histoire culturelle du siècle : le casse-croûte BN, la levure Alsa dans un sachet avec son Alsacienne en costume régional, danette, La vache qui rit, en portions dans une boîte ronde, la moutarde Amora et ses verres illustrés (cf. infra)... On aurait pu ajouter les sucettes de La Pie qui Chante, Banania, les Entremets Franco-russes, le chocolat Lanvin, la chicorée Leroux... La publicité pour ces produits a contribué à la socialisation de générations d'enfants avec des outils scolaires (protège-cahier, buvards, images à coller dans des albums, porte-plume, double-décimètres). La plupart de ces marques, régionales et artisanales, ont été rachetées par des groupes alimentaires multinationaux (cf. la bataille d'Amora selon L'Express).
  • Cuisine Actuelle dresse ensuite un inventaire de plats français traditionnels et courants, cuisine de tous les jours, sans frime, souvent bon marché : langue de boeuf, steak au poivre, côtes de porc, pâté de campagne, tomates farcies, pommes au four, râble de lapin, gratinée, paupiettes, raclette, parmentier, quiches... Cette cuisine populaire s'est enrichie d'importations : riz cantonnais, tiramisu, crumble, chili con carne, risotto, sushi...
  • Une "rétrospective gourmande" montre en photos l'évolution esthétisante de certains plats traditionnels, le relookage de la poule au pot, de la salade de betteraves et de l'oeuf en gelée ("Variations gourmandes", p. 70-74).
  • Un inventaire des présences de la cuisine à la télévision ("les petits plats dans l'écran" !) parcourt ce demi-siècle, de Raymond Oliver à "Top Chef" (M6) ou "Master Chef" (TF1).
On savait bien que la "cuisine actuelle" a une géographie ; ce hors-série rappelle qu'elle a aussi une histoire. Cette dimension est toutefois peu développée par ce numéro qui s'en tient à l'histoire récente et à quelques points de repère générationels (chansons, mode, etc.). On aimerait en savoir plus sur la diffusion de ces mets traditionnels, leur dé-régionalisation, l'effet de l'histoire coloniale (fruits exotiques, épices, etc.), des technologies (cocotte-minute, robots mixers, fours, moulin à café et cafetière, wok, grille-pain), l'influence nipponne, celle des Pieds Noirs...
A lire ce numéro, on se demande comment un pays doté d'une telle tradition culinaire a pu se laisser aller à importer une restauration rapide de masse sans goût. L'histoire de la cuisine courante plus encore que celle de la gastronomie est celle du goût : comment se transmet-il, comment se structure-t-il ? L'influence de la cuisine industrielle l'emporte-t-elle sur celle de la cuisine familiale ? Quel est l'effet des cantines (scolaires, universitaires, d'entreprise) ? On oublie que la cuisine et l'art culinaire touchent au coeur même du patrimoine, de la socialisation, de l'urbanisme, de l'aménagment du territoire...

Buvard Verres AMORA décorés La Fontaine

mercredi 16 mai 2012

Sur le hoodie de Zuckerberg

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Le hoodie de Mark Zuckerberg restera l'emblème de l'entrée de Facebook au NASDAQ. On attendait du fondateur qu'il mît costume sur mesure, avec cravate et chaussettes assorties. Ce fut son habituel hoodie, sweat shirt avec capuche, sa signature : "signature hoodie". Lors de la cérémonie d'entrée en bourse, le CEO du NASDAQ offrira un hoodie à Mark Zuckerberg.

Dans ce hoodie, on a dénoncé un manque de déférence envers les acteurs du théâtre financier. Mark Zuckerberg ne jouerait pas le jeu comme il faut : son costume ne serait pas celui qui convient aux décors, à la situation. "Immaturité", stigmatise un "homme de finance". Interviewé par Bloomberg TV, un analyste déclare : "Je pense qu'il lui faut montrer aux investisseurs le respect qu'ils méritent parce qu'il leur demande leur argent" (texte en anglais ci-dessous). Rappelons que Zuckerberg a porté cravate pour rencontrer des Présidents (Etats-Unis, France). Le port du hoodie est un acte délibéré de communication.
Dans cette sémiologie vestimentaire, le hoodie symbolise l'écart entre la culture des ingénieurs, des développeurs, geeks et jeunes entrepreneurs, d'une part - Zuckerberg cumule plusieurs titres de noblesse de ce champ - et la culture des financiers, d'autre part. Folklore et réalité des startups, situation qui confronte des socialisations, des légitimités, des conformismes. Querelle de Modernes et d'Anciens. Déjà Google, dans son manifeste des premières années, revendiquait d'être "sérieux sans costume" ("You can be serious without a suit").

Pourquoi tant de bruit pour un simple hoodie ?
L'allure révérencieuse à quoi s'attend spontanément l'analyste, c'est le fameux obsequium spinoziste : "obéissance" et propension à suivre (sequi) les règles tacites du jeu social. "Volonté constante" qui est soumission par défaut, insensible, involontaire (à la différence de l'obséquiosité, ostentation, qui en fait trop). Savoir-vivre inculqué qui fait savoir rester à sa place et avoir le sens pratique de son placement. Alexandre Matheron, commentant le texte de Spinoza, voit dans l'obsequium "l'ultime résultat du conditionnement par lequel l'Etat nous façonne à son usage et qui lui permet de se conserver", le degré zéro de l'habitus, en somme. Pierre Bourdieu y soupçonne les bases du respect sacré de l'ordre social, "sacré qui se glisse dans des riens". Le hoodie fait voir, précipite ce sacré qu'un rien irrite.
En fait, le hoodie de Mark Zuckerberg traduit la phrase clef de sa lettre aux futurs actionnaires de Facebook, maxime qui désarçonna certains "hommes de finance" : "Nous ne réalisons pas des services pour gagner de l'argent, nous gagnons de l'argent pour réaliser de meilleurs services.”

Mise à jour 17 août 2012
Alors que The Los Angeles Times évoque les difficultés boursières de Facebook, revient la critique du style de Mark Zuckerberg par certains analystes. Occasion de trahir une antipathie condescendante pour Mark Zuckerberg (l'article ne dit pas ce qu'a créé ou inventé cet arbitre de la "corporate etiquette") :
"Zuckerberg's indifference to traditional corporate etiquette — he wore sneakers and his trademark hoodie for Facebook's first big investor meeting — is viewed as disrespectful of the corporate world he needs to win over.
"His behavior is what I would expect of someone his age — the hoodies and everything else," said Chris Whalen, senior managing director at Tangent Capital Partners in New York. "He's trying to appeal to his audience instead of being responsible to his investors. His job now is to run the company."

Sur le style de Facebook, voir l'ouvrage de Katherine Losse, The Boys King. A Journey into the Heart of the Social Network, 2012

Mise à jour 20 août 20124
En août 2014, la question de l'étiquette des ingénieurs du numérique revient avec la nomination de Mikey Dickerson à la tête du US Digital Service.

Références
Michael Pachter, analyste pour Wedbush Securities (cf. supra : vidéo de l'interview) :
I think that’s a mark of immaturity. I think that he has to realize he’s bringing investors in as a new constituency right now, and I think he’s got to show them the respect that they deserve because he’s asking them for their money.”

Mark Zuckerberg's Letter to Prospective Facebook Investors, Forbes, Feb. 1, 2012. "We don’t build services to make money; we make money to build better services".

Henry Blodget, "The Maturation of the billionaire Boy-Man", New York Magazine, May 6, 2012

Brent Lang, in The Wrap, "Among the Facebook founder's perceived sins were his decision to wear a hoodie and keep audience-members waiting while he went to the bathroom. At 28, Zuckerberg is a technological wunderkind, but he's more accustomed to the looser Silicon Valley zeitgeist than he is with the more buttoned-up style of Wall Street".

Spinoza, Traité politique, II, 19. (1675 ; PUF, 2005, p. 108-109).
"Obsequium autem est constans voluntas id exequendi, quod jure bonum est et ex communi decreto fieri debet". Traduction de Charles Ramond : "Tandis que "l'obéissance est la volonté constante d'accomplir ce qui est bon selon le droit et doit être fait selon le décret commun". Brent Lang (cf. supra) rappelle que le hoodie a été considéré comme un "péché" ("perceived sin") : à l'obsequium (II, 19. "peccatum est..."), Spinoza oppose le "péché"comme désobéissance...

Alexandre Matheron, Individu et communauté chez Spinoza, nouvelle édition, 1988, Editions de Minuit, p. 349. Bibliogr, Index.

Pierre Bourdieu, Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Paris, 2012, Seuil, Bibliogr., Index.
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lundi 11 avril 2011

Vidéo : synergies bouquet TV et grande distribution

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DISH Network, bouquet satellite de chaînes de télévision, a racheté Blockbuster. La vente aux enchères suivait le dépôt de bilan. La faillite de la chaîne de magasins de location de DVD et jeux vidéo fait suite à diverses erreurs de gestion. Aussi ne faut-il pas l'interpréter comme l'annonce de la fin du DVD, que dément le succès de Netflix, RedBox et d'autres (cf. Vidéo : la grande distribution du DVD à la VOD).
Blockbuster, troisième fournisseur de télévision payante après Comcast et DirecTV, compte environ 14 millions d'abonnés (impossible de trouver des chiffres officiels, ce qui n'est pas bon signe : Dish Network perd des abonnés). Deux remarques intermédiaires, en marge.
  • La transition vers la dématérialisation des consommations est lente. La force d'inertie des habitudes, des équipements est sous-estimée. Beaucoup de foyers utilisent encore leurs VHS et leur magnétoscope. Nos petits prophètes du numérique sont pressés d'annoncer des révolutions : mouches du coche, ils vivent de les prédire, menaces par-ci, opportunités par là (il faut inscrire cette fable au programme des diplômes de gestion) !
  • En revanche, dans les entreprises, les changements sont soudains : il y a deux ans, Blockbuster comptait 5 000 magasins aux Etats-Unis (il en restera 1 700) et 60 000 salariés  ; comment ne pas penser aussi à Borders, autre chute spectaculaire... Dans un secteur fragilisé, les erreurs se paient cher et comptant.
Pour se représenter l'importance stratégique de ce rachat, il faut imaginer BSkyB ou le groupe Canal + rachetant en Europe de grands distributeurs de DVD déjà engagés dans la VOD en ligne.

Fort de cette acquisition, DISH Network pourra pénétrer le marché de la VOD (streaming) en conduisant les clients de Blockbuster vers le bouquet ; cette synergie peut constituer un atout dans la concurrence avec les opérateurs de télévision payante. Comme Blockbuster a déjà lancé le service de streaming pour ses clients, il ne reste plus qu'à mieux le vendre aux abonnés de Dish Network.

Mais nous devons placer cette acquisition dans une autre perspective : la collaboration de Dish Network avec Google. Cette collaboration concerne deux domaines de la télévision.
  • Google TV : la télévision connectée est accessible pour les abonnés du bouquet (Logitech Revue est proposé en promotion aux abonnés de Dish Network pour 179 $).
  • Google TV Ads : cette place de marché. propose aux annonceurs des emplacements sur de nombreuses chaînes thématiques du bouquet (liste des chaines). Le principe est celui de Adwords. Google TV Ads est un laboratoire de la publicité télévisée pour Google. A terme, les deux directions pourront être combinées.
L'achat de Blockbuster accroît les moyens de Dish Network qui déja, grâce à Google TV, donne accès à Netflix, Amazon Video, Hulu, etc. La vidéo à la demande, au détriment des chaînes, apparaît de plus en plus comme la dimension essentielle de l'accès aux loisirs numériques. Facteur d'émiettement de l'offre, la VOD favorise un médiaplanning publicitaire de type self service, tel que le propose Google TV Ads.
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