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dimanche 26 janvier 2020

Comcast et l'information mondialisée


Suite au rachat de Sky en 2018, NBC Sky World News serait une nouvelle chaîne de Comcast ; elle serait basée à Londres. La nouvelle chaîne ouvrirait une dizaine de bureaux supplémentaires dans le monde et recruterait 100 à 200 personnes qui s'ajouteraient aux 3500 personnes de Sky et NBC auxquelles la chaîne pourrait faire appel.
Dès son lancement, la chaîne viserait 130 millions de foyers téléspectateurs et serait concurrente de CNN et International et BBC World News.

samedi 25 avril 2015

La montre, un écran de plus. Le troisième ?


La montre Apple est, pour l'instant, un événement média construit par Apple et ses thuriféraires. Normal. Mais, passé le bruit de l'événement commercial, viendront des changements silencieux qui affecteront sans doute la tectonique des plaques médiatiques. La montre est le nec plus ultra de la portabilité, de la proximité et de l'intimité. Liée à l'iPhone, elle l'est aussi au iBeacon (capteur capable de notifier sa présence à des passants, et d'entrer en communication avec eux via Bluetooth). Jalon essentiel pour l'Internet des choses. Toute l'économie des médias en sera altérée, celle de l'information et, plus encore, celle des réseaux sociaux.

Comcast, le plus grand des câblo-opérateurs américains (MSO) a proposé, dès le lancement de la montre, une application Apple adaptée à la consommation télévisuelle des abonnés à son service. L'appli XFINITY TV concerne l'iPhone, l'iPad et la montre. Avec elle, la montre devient à la fois un guide TV et une télécommande du téléviseur et de l'enregistreur (DVR). Pebble avait déjà testé ces territoires mais, avec Apple, tout change désormais de dimensions.
Avec la montre, un troisième écran s'insère dans la consommation télévisuelle, compliquant et affinant encore davantage le travail d'analyse globale de cette consommation, y apportant encore plus de data comportementales.
On peut évidemment imaginer que la promotion des émissions sur la montre soit vendue aux chaînes linéaires, tellement dépendantes des horaires.
Quant à la lancinante question de l'appartenance des données, elle se posera de manière exacerbée (droit de propriété).
Copie d'écran du site de Comcast Corporate

jeudi 25 décembre 2014

The old age of news


According to Nielsen, the median age of American TV news channel viewers is :

58 for CNN, 61 for MSNBC, 68 for Fox News (prime time)
61 for CNN,  61 for MSNBC, 66 for Fox News (total day)

One can comment on these ratings in many ways: the evolution from one year to the next, the changes in programming (for instance, more series on CNN), the differences between networks (see Variety).

Any comment on the differences only helps to hide a major common fact: this audience is skewed towards older viewers (cfThe Atlantic).
Where are the younger generations? Where do young adults get their news from? The Web ? Facebook (see Facecast or Paper), YouTube, Reddit, Google News, Twitter? Are Fox News, CNN or MSNBC even part of their consideration set when it comes to "news"? Cord-nevers, they do not subscribe to pay TV.
Moreover, what do they (we) call news? How old would the audience be for so-called news networks, if we were to exclude entertainment and people from the "news" category and only include politics and economics? Is there still an audience for programs like what is celebrated on "The Newsroom"?
Let's face it: news is to be found on the net, on mobiles.

mercredi 17 décembre 2014

Cours de journalisme en série : The Newsroom


Voici que s'achève la troisième et dernière saison de la série The Newsroom diffusée par HBO depuis juin 2012 (puis HBO GO) : 25 épisodes de 52 minutes.
The Newsroom raconte le quotidien et les péripéties de News Night, le journal du soir d'une chaîne d'info, ACN (chaîne fictionnelle, du type CNN). Le générique de la première saison place d'emblée la série sous les auspices favorables des grands ancêtres de l'information télévisée américaine : Edward R. Murrow (CBS), Walter Cronkite (CBS), Chet Huntley et David Brinkely (NBC).
Le réalisateur et auteur est Aaron Sorkin, un habitué de la fiction politique : "The West Wing", "The American President" ; il est aussi le réalisateur de "Social Network", un film sur les débuts de Facebook.

The Newsroom relève d'une double lecture : au premier degré, une trame politique, celle de la chaîne, d'événement en événement ; des histoires secondaires s'y entrelacent, amours, rivalités, drames, ambition... Le téléspectateur partage la vie fébrile de la salle de rédaction, petite communauté dont l'incessante communication numérique exaspère le quotidien. L'information télévisée se fait à coups de Web et de smartphones : Twitter, iTunes, Facebook le disputent aux blogs et aux e-mails.
En même temps que se déroulent ces narrations croisées, d'épisode en épisode, la série approfondit une réflexion critique sur le journalisme et ses limites : le financement de l'information par la publicité, l'obsession lancinante des taux d'audience (ratings) et des sondages, la langue de la télévision, malade, de plus en plus orwellienne, la starification des présentateurs, le "journalisme citoyen" (amateur), l'agenda setting... L'équipe de News Night rêve d'une information sans contrainte, libérée des taux d'audience, indépendante des actionnaires, de la publicité... Dépendre des subventions et des pressions des pouvoirs politiques plutôt que de la publicité ? Hum !

Les problèmes évoqués et parfaitement illustrés concernent la construction et la hiérarchisation des faits, la question des sources et de leur vérification, la course au scoop... C'est toute l'économie de l'information, de sa production et de sa consommation que la série réussit à mettre en scène : à ce titre, elle pourrait servir de base à une réflexion de science politique sur le journalisme et, plus généralement, sur le "quatrième pouvoir". Le postulat politique de la série, qui semble hérité de Benjamin Franklin (cf. Apology for the Printers", 1731), est que la qualité d'une démocratie dépend de la qualité de l'information de ses citoyens. Mais que peuvent vouloir des téléspectateurs intoxiqués par la culture politique hégémonique de leur temps, de leur pays ?

Une mythologie du journalisme, empreinte de nostalgie, est sous-jacente : celle du Watergate, faire l'événement plutôt que s'en tenir à le raconter. How to do things with words ! Le journaliste devient le héros de l'histoire qu'il raconte.
Un dialogue aux allures de fable confronte la journaliste d'un magazine people au présentateur de News Night : inégales dignités journalistiques ? Qu'est-ce qui fait et distingue le journalisme, le métier et sa technique, sa déontologie ou bien les sujets auxquels ils s'appliquent ? Noblesse des grands principes d'un côté, petitesse des indiscrétions de l'autre ? La série met en scène différents "caractères" journalistiques : le moraliste redresseur de torts, le correspondant de guerre, héroïque, bras en écharpe et cicatrices au visage, le geek sympathique et savant, le technicien financier à la rigueur inflexible, le présentateur emprisonné qui ne trahit pas ses sources...

Comme la narration est riche, qu'elle est profondément inscrite à la fois dans le contexte culturel américain et dans l'actualité, le public étranger risque de s'y perdre, peu familier avec le Tea Party, les primaires en New Hampshire, la grêve des enseignants du Wisconsin, les viols impunis sur les campus universitaires, la pollution par BP du golf du Mexique, la peine de mort, la légalisation de l'immigration mexicaine, Fox News, la géographie électorale, la National Rifle Association (NRA) et le port d'armes, le New York Post... La plupart des téléspectateurs non américains ne profitent guère des multiples allusions culturelles ou historiques qui forment le fond de références nationales sur lequel se détache l'histoire de la chaîne. Limites de l'internationalisation.

Pour apprécier pleinement l'émission, il faut se mettre dans la peau du téléspectateur américain. Celui-ci est nourri d'information pré-digérée par les partis politiques officiels et leur lobbying qui forment le consensus essentiel, tacite et invisible, celui qui les fait s'accorder sur les modalités du dissensus et limiter ainsi les choix politiques. Le présentateur tente de mettre à jour ce consensus conservateur en décapant les journaux télévisés de leur langue de bois convenue, en exhibant ses contradictions. Ce qui peut apparaît comme de la condescendance (smugsanctimoniousness, disent les critiques) ne serait que conscience professionnelle. L'information télévisée, ainsi conçue, accomplit un travail didactique afin de provoquer l'étonnement du téléspectateur. Il y a du Brecht dans cette démarche maïeutique : réveiller ("distancier") le téléspectateur (Verfremdungseffect, defamiliarization). Will, le présentateur, se voit "in a mission to civilize" (allusion à Cervantès) quand on attend de lui qu'il fasse de l'audience... Aaron Sorkin, aussi, voudrait nous civiliser : "You can act like a knight even if you do not have a horse" et, romantique, se réclame de Don Quijote...

Superbe série, teintée de nostalgie, dont on pressent qu'elle parle d'un média qui s'achève et doit se réinventer... sous les coups et à l'aide du numérique.

Elle est diffusée en France par Canal+ Séries.
A noter, le merchandising pour les fans (boutique avec T-shirts, mugs, stylos, DVD) et les liens avec Facebook (pour quoi faire ?).

jeudi 4 décembre 2014

Facecast : The One Thing. Facebook TV news ?


Depuis le 1er décembre, Facebook diffuse "Facecast; The One Thing" ; cette synthèse vidéo de l'information quotidienne d'une minute est réalisée à partir des infos du network national ABC (World News Tonight, WNT). Facecast est présentée par David Muir depuis les studios new-yorkais de ABC, tout comme les infos du soir du network (18h30), chaque jour de semaine (weekday).
Le format choisi, une minute, est de ceux qui conviennent sans doute le mieux aux plus petits écrans des appareils mobiles. Le côut de l'opération est modique, puisqu'il ne s'agit à ce stade que de l'adaptation de contenus existants (sélection, montage).

Pour Facebook, il s'agit d'un pas de plus en direction de la télévision.
ABC appporte à Facebook sa légitimité de network national grand public. Facebook apporte au network sa couverture, son public mobile : le network compte puiser dans le gigantesque gisement d'audience mondiale de Facebook et y gagner peut-être de la notoriété.
Echange égal, inégal ? La télé nourrit-elle imprudemment son concurrent ?

Les médias d'information sont mal en point ; il leur faut s'adapter aux nouvelles habitudes du public, à son équipement de réception.
La presse d'info quotidienne passe sur mobile, l'info télé aussi. L'une et l'autre s'offrent en streaming, en vidéo, à la demande (CBSN). Que de changements à digérer ! De l'analogique au numérique, du fixe au mobile et aux applis. Et bientôt en temps réel et formats courts, comme la publicité.
Dans cette configuration, Facebook se présente comme distributeur de télévision, tout comme YouTube (OTT ?).
Ainsi, la révolution de l'information télévisuelle commence-t-elle par sa distribution, sa logistique. Le contenu, pour l'instant, n'est encore touché que dans sa mise en forme matérielle, dans son style narratif (journalisme). Il est peu probable pourtant que le contenu des messages échappe encore longtemps à la révolution numérique du média.
Copie d'écran de Facebook

jeudi 19 décembre 2013

Economie de l'information, économie du divertissement : dépense des consommateurs

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L'INSEE publie, dans Insee Première, N°1479, de décembre 2013, une étude sur "La dépense des ménages en produits de l’économie de l’information depuis 50 ans", étude réalisée par Danielle Besson et Nathalie Morer (division Synthèses des biens et services).
La période couverte va des années 1960, de la fin des "trente glorieuses" à 2012. Ceci est une note de lecture.

Rappelons ce que comprend "l'économie de l'information", catégorie dont le nom peut prêter à confusion : au titre des services, elle inclut la consommation de programmes cinématographiques et télévisuels (dont cassettes, DVD, etc.), les jeux vidéo, les programmes musicaux (disques, CD, fichiers) ; au titre des biens, elle inclut les équipements nécessaires pour consommer ces services (terminaux divers : téléviseur, console, tablette, smartphone, etc.).
En fait, il s'agit surtout de l'économie du divertissement. Pour 72,2%, la dépense des ménages est consacrée aux services : divertissement (cinéma, séries, spectacle sportif, variétés, jeu vidéo), communication et la bureautique (téléphonie, Internet).
Les équipements nécessaires à la consommation de ces services (biens) représentent 28,8% de la dépense des ménages, la baisse des prix occultant une importante hausse des volumes achetés. 90% de ces biens (équipement) sont importés.

Dépenses pré-engagées
"La moitié des dépenses liées à l’économie de l’information en 2012 sont pré-engagées, prélevées sur le budget des ménages sous forme par exemple d’abonnements ou de redevances". Câble et satellite, télécoms et Internet fonctionnent à l'abonnement : ces dépenses sont, par construction, relativement rigides ; elles sont moins vulnérables aux aléas de l'économie domestique que l'achat à l'unité (chaque occasion risque de le remettre en cause). Mais rien n'indique pourtant que ce mode de consommation pré-engagée soit pérenne ; la consommation à la demande (VOD) prend de l'ampleur et l'on observe aux Etats-Unis des phénomènes de désabonnement ou de non abonnement, notamment dans le domaine de la télévision (cord-cutting, cord nevers), phénomènes qui pourraient se développer en France. Beaucoup de consommateurs pourraient vouloir s'engager moins longtemps, se dégager plus facilement (résiliation)...

Comment sont payés les services ? La gratuité apparente par la publicité
Hors télécommunications, beaucoup de services sont financés par la publicité ; c'est le cas des médias (télévision, radio, presse) et de nombreux outils du Web (réseaux sociaux, exploration, recherche). Le consommateur ne paie pas ou presque rien, il paie indirectement en se constituant cible publicitaire ou fournisseur de données. Ce troc, paiement indolore, n'est pas pris en compte dans cette étude. De même, ne figure pas non plus la part des services qui sont importés, et son évolution. Or la plupart des services généraux du Web sont importés (Google, Facebook, Twitter, iTunes, Yahoo!, LinkedIn, etc.) mais, étant payés par les annonceurs, ils ne figurent pas dans cette étude qui ignore le troc "service contre data". La data collectée et revendue n'est pas mesurée ici : c'est une limite de cette analyse (cf. Ni biens ni service : data) qu'il faut étudier.
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lundi 26 août 2013

Interférences politiques du journalisme

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Médias et politique : comme le titre à la une le dauphiné dans son édition de dimanche (article de Xavier Frère, p. 30), on assiste à un recyclage de compétences, à des reconversions même. Il y en eut de célèbres, Ronald Reagan, journaliste sportif, devenant président de la République, Sarah Palin animant une émission après son échec aux présidentielles américaines. Combien d'anciens journalistes de la télévision française font une "carrière politique" ?

Politique et médias exploitent donc les mêmes talents d'animation, mobilisent un même capital social accumulé lors de semblables fréquentations, de relations communes. Politique et médias exploitent les mêmes compétences de rhétorique générale ("polémiste", bateleur). Une même propension à la people-isation les caractérise : aller de la politique aux médias (en attendant) et retour permet d'entretenir une notoriété qui ne souffre pas l'absence.
L'information sportive a donné l'exemple depuis longtemps en recyclant des champions retraités pour analyser et commenter les événements sportifs.
Tout ceci s'organise en un mercato médiatique et il en va des animateurs radio et TV comme des footballeurs professionnels. Les médias s'achètent des politiques, pour faire du spectacle, pour faire de l'audience.

Cette confusion des genres compromet l'indépendance du discours des médias, leur objectivité. Cette collusion dé-professionnalise l'image du journalisme d'information et le fait s'apparenter à une activité d'amateur (pro-ams). Elle accentue et généralise la people-isation de la représentation politique... Politique spectacle qui dévalorise l'élection, la république et le métier de citoyen.


jeudi 25 avril 2013

Boston : télévision locale d'abord. Télévision américaine. Cas N°15

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Les "événements" lors du marathon de Boston donnent l'occasion de vérifier l'importance des différents supports télévisuels américains sur un marché local donné.
  • Les stations locales grand public ont retenu 68% de l'audience entre 19 et 21H (heure locale).
  • Les chaînes thématiques payantes d'information diffusées par les réseaux câble / satellite / télécom (CNN, Fox News et MSNBC) ont retenu 11% de l'audience. Elles ont repris des éléments produits par les stations locales WBZ-TV, WHDH-TV, WCVB-TV et WFXT-TV.
  • Toutefois, la vidéo le plus regardée a été tournée par Steve Sila, journaliste du quotidien  régional, The Boston Globe
Le DMA de Boston (N°7). Source : Newportmedia 
  • Sans surprise, les stations locales confirment leur place primordiale sur marché de la télévision grand public. La station WBZ-TV couvrait le marathon avec une quarantaine de personnes sur les lieux.
Le DMA de Boston (marché N°7) 
  • Ce marché compte plus d'une vingtaine de stations locales dont deux stations O&O : WBZ-TV (CBS) et WFXT-TV (Fox). 
  • Les autres networks sont présents sur des stations affiliées : WCVB-TV, (Hearst affiliée à ABC), WHDH-TV (Sunbeam, affiliée à NBC), WUNI-TV (Entravision, affiliée Univision), WLVI-TV (Sunbeam, affiliée CW), WGBH-TV (affiliée PBS) pour citer les principales.
  • Plus de 90% des foyers du DMA sont abonnés à une offre de télévision payante distribuée par câble (83%) ou satellite (13%). Le DMA couvre une grande partie du Massachussets mais compte également des contés dans les états voisins du Vermont et du New Hampshire.
  • Aereo annonce l'extension de son service à Boston fin mai 2013.
N.B. Comparaison : en France, il est actuellement impossible de connaître l'audience régionale d'une chaîne (nationale) qui d'ailleurs n'a d'implantation locale qu'un émetteur. Seul permettrait de l'approcher, un détour très approximatif par le Web et des réseaux sociaux (Twitter et Facebook).
Le modèle économique de la télévision américaine permet la coexistence, en synergie, du local et du national. Le modèle français reste centralisé et coupé de l'économie et de l'actualité régionales.
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vendredi 4 janvier 2013

Al Jazeera et l'économie du câble aux Etat-Unis

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C'était en 2005. L'ex-vice président des Etats-Unis, candidat malheureux contre Georges Bush en 2000, promettait urbi et orbi une télévision différente, celle des téléspectateurs ("Dedicated to bringing your voice to television", "enlisting its audience as creative partners") ; d'abord appelée INdTV (indépendante), elle fut baptisée Current TV : "We call it viewer-created content, or VC2. Right now, VC2 makes up about a third of our channel -- and that share is growing. It works like this: "Anyone who wants to contribute can upload a video. Then, everyone in the Current online community votes for what should be on TV. You can join in at either stage -- watch & vote or create & upload". 
En 2012, sept ans plus tard, finies l'innovation et la télévision sociale : notre ex-vice-président, chantre de la défense de l'environnement, revend sa belle idée au Qatar, pour une centaine de millions de dollars. Le tout est enrobé dans une justification politique osée : Al Jazeera apportera aux Américains un journalisme plus international, plus objectif (cf. What Current TV told Employees) ! Toujours philanthrope et dévoué, notre ex-vice siègera au comité consultatif de la nouvelle chaîne.

7 années plus tard, que vaut Current TV ? 
Pour le Qatar et les actionnaires vendeurs, on parle de 500 millions de dollars.
Si l'on s'en tient à l'audience et à sa valorisation publicitaire, Current TV ne vaut rien.
Son actif est tout entier dans ses contrats de distribution par les opérateurs de bouquets télévisuels : une cinquantaine de millions de foyers avaient la capacité technique d'accéder à la chaîne (initialisés), mais seuls une vingtaine de milliers le faisaient. (Sources : SNL Kagan, Nielsen).
Les grands câblo-opérateurs (MSO) rechignent à distribuer des chaînes à très faible audience, qui n'attirent pas l'abonnement et ils cherchent à s'en débarrasser. La longue traîne, c'est sur le Web.
Time Warner Cable déjà ne distribue plus Current TV (qui a perdu ainsi une dizaine de millions de foyers initialisés). Time Warner Cable économise ainsi les 17 millions de dollars par an qu'il versait à Current TV (soit : 17 cents par abonné X 12 mois X 12,3 millions d'abonnés). A ce tarif, comme le note un journaliste de Bloomberg, Fox News devrait toucher plus de 7 dollars par mois (alors qu'elle ne touche actuellement que 94 cents). Time Warner a récemment refusé de distribuer Ovation (chaîne thématique sur les arts) pour les mêmes raisons.
  • La réaction de TWC témoigne d'une réflexion en cours sur l'économie du câble aux Etats-Unis. Hausse du coût des programmes, diminution du nombre d'abonnés (cord-cutters, cord-nevers) qui contestent la politique des prix qui leur fait acheter des bouquets forfaitaires : les réseaux doivent faire baisser le prix de l'abonnement, donc ne pas payer pour des programmes que personne ne regarde. Donc distribuer et payer moins de chaînes.
  • Al Jazeera cessera le streaming gratuit de sa chaîne sur le Web ; Al-Jazeerah English est / était présente sur YouTube. Al Jazeera satisfait ainsi aux exigences des MSO américains. La diffusion par le câble est plus lucrative pour la chaîne, les revenus, mixtes, dépendant surtout des opérateurs et peu de la publicité. A long terme toutefois, la diffusion OTT via le Web semble inévitable. Peut-être en d'autres langues que l'anglais... La chaîne était accessible à tous, partout, gratuitement, via le Web : elle ne sera plus accessible que pour les abonnés au câble, et encore, pas tous. Calcul dans lequel il faut faire intervenir d'autres paramètre : image, légitimité, etc.
Pour le Qatar, l'objectif primordial de l'opération, vraisemblablement sur-payée, est sans doute d'améliorer son image aux Etats-Unis et d'y développer son influence (comme en France, avec le sport). Avec Al Jazeera America, l'acquéreur déclare vouloir cibler le public américain. Pari difficile : les chaînes d'informations ne manquent pas dans les bouquets américains (CNN, BBC, MSNBC, Fox News, Bloomberg, NTN24, etc. et bientôt Univision 24/7) dont plusieurs en langues étrangères (russe, français, allemand, chinois, hindi, etc.). De plus, pour beaucoup d'Américains, l'image de Al Jazeera reste, entre autres, associée au terrorisme. Quant à l'émirat du Qatar, son image n'évoque pas encore les libertés publiques (cf. sujet de la BBC sur un poète emprisonné).

N.B.
- Les fondateurs de Current TV avaient racheté NewsWorld International à Vivendi en 2005 (60 millions de dollars) qui l'avait racheté à CBC (Canada).
- Voir aussi : Al Jazeera, quel modèle de télévision internationale
- Current était diffusé par BSyB en Grande-Bretagne, en Irlande (cf. le communiqué de presse) d'octobre 2006 et aussi en Italie.

jeudi 1 mars 2012

Actualités : l'actu, c'est Facebook

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Une étude réalisée par AT Internet évalue la part du trafic des sites média dits d'actualité provenant des réseaux sociaux. Le travail d'analyse, effectué pour 12 sites d'actualité, étudie les sites affluents, ceux qui alimentent les sites en audience (referrer, URL du lien suivi pour aboutir au site). Le comptage inclut les liens publicitaires et les affiliations mais exclut les autres sources de trafic : moteurs de recherche, courrier, flux RSS, accès directs. Les 12 sites étudiés sont audités par AT Internet.

En janvier 2012, selon cette étude, Facebook fournissait 28% des visites aux sites d'actualité français, Twitter, 5%. Ensemble, le tiers. Et cette proportion est croissante. Google+ n'est pas visible (pas encore ?) et Pinterest n'est pas évoqué.
Cette statistique constitue un signal, encore faible (3 à 4% du trafic total), mais significatif et qui mérite d'être suivi.

Les réseaux sociaux sont-ils en train de prendre le contrôle du Web d'information grand public ?

jeudi 5 janvier 2012

Médias sans frontières

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La distinction entre médias s'estompe. Passés au Web, le magazine fait de la télévision et de la tablette, la télévision et la radio rédigent des informations que l'on peut lire, etc.
Les nouveaux supports, mixtes, mélangent les genres : tous les médias deviennent multimédia sur le Web, devenu "média des médias" (d'où le titre de ce blog). Autrefois, avant le Web, chaque média se définissait par un mode de production et de diffusion de ses contenus spécifique, bien délimité comme une chasse gardée.
C'est ainsi que l'on vit la presse limiter le droit d'informer de la radio (1937) ; on a vu les médias classiques contester le titre (et le statut) de journalistes aux personnes écrivant pour le Web, etc. Défense conservatrice du territoire et de la spécificité des médias traditionnels que plus aucune limite technique ne justifie.

Le tribunal de commerce de Charleroi vient de rendre un jugement qui peut faire jurisprudence : le 30 décembre, il a reconnu à la Radio-Télévision Belge de langue française (RTBF) le droit d'informer et de publier des articles sur le Web. Droit que lui contestait la presse écrite. Les Journaux Francophones Belges veulent cantonner la radio et la télévision publiques dans la stricte diffusion d'images et de son, ce pourquoi, selon la presse, leur est attribuée une subvention par l'Etat. Concurrence déloyale, disent ces journaux. A quoi, de son côté, la RTBF objecte que la notion de presse en ligne n'est pas clairement définie.
Suivant une même logique, pourquoi la télévision ne contesterait-t-elle pas le droit pour la radio, la presse ou les sites Web de faire de la TV ? La presse n'est-elle pas subventionnée également ?

Mais l'enjeu est aussi et surtout la publicité sur le Web. Un débat du même ordre a lieu en Allemagne, les chaînes privées contestant aux chaînes publiques le droit de se développer sur le Web sous prétexte qu'elles sont subventionnées. BBC World Service vient d'être autorisée à vendre de la publicité sur les sites de certaines de ses chaînes, dont BBC.com et ses sites en arabe, espagnol et russe) soulignant combien l'enjeu majeur de tels débats entre médias traditionnels est d'abord publicitaire. Les chaînes commerciales sont toujours attentives à la défense du secteur public lorsqu'il s'agit de limiter son accès à la publicité.

Combats et arguments d'arrière garde. Grande illusion des frontières et des délimitations. Le Web, média sans fin, abolit les définitions des médias. Sur le Web les médias sont égaux en droit. Médias sans frontières que seule distingue leur marque, établie, pour certains médias, sur d'autres supports.
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mercredi 14 septembre 2011

News Corp. : quel journalisme ?

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Le scandale provoqué par la révélation, sans doute encore inachevée, d'écoutes téléphoniques illicites ("phone hacking") effectuées en Grande-Bretagne par des titres de presse du groupe News Corp. (dont le tabloïd News of the World) doit être mis en perspective. Bien sûr, cette presse a tort : aux tribunaux de le dire. Mais pourquoi en est-on là ?

La presse doit vendre, et, depuis toujours, les "scandales", ces pièges placés sur le chemin pour faire tomber ceux qui s'y risquent, font vendre du papier, à condition d'être le premier titre à les publier, les dévoiler. If it bleeds, it leads ! Sus aux scoops. Surenchères fatales...
Les analyses fouillées, circonspectes et savantes ne font pas vendre en masse. Toute l'histoire de la presse et des médias audio-visuels le rappelle.
On condamne bien sûr la presse, des bien-pensants en Europe, aux Etats-Unis s'émeuvent, actionnaires, parlementaires, se fendent de déclarations outragées, unilatérales... Tempérons ces indignations calculées.
  • Le Web et ses outils de partage social rapide (Twitter, blogs) accélèrent le rythme et la vitesse de publication des scoops : le papier doit suivre, et pour ce média, la lutte est difficile (délais de production, de bouclage et de distribution les plus longs et les moins compressibles). La presse ne peut plus guère être le média des scoops comme elle l'a été, triomphante, à l'époque où des trains à vapeur traversaient le pays en une nuit pour apporter, partout, ses scoops à la une, en première exclusivité. Modèle économique moribond.
  • Les pouvoirs se mettent en scène avantageusement dans la presse, grâce à la presse. Ce faisant, ils protègent leurs secrets, espérant détourner l'attention du grand public et des journalistes ; l'actualité américaine et française récentes ne cesse de l'illustrer. Vices privés et fonds publics sont-ils compatibles ? Lectorats, électorats, même combat ?
  • Ces pouvoirs, nationaux et locaux, ne s'embarrassent pas toujours de transparence. Pour que l'on y voie clair, le métier de journalisme, ce contre-pouvoir, est d'abord travail d'enquêtes et d'investigations. On ne souligne jamais assez ce mot, CONTRE. Le "quatrième pouvoir" ne vaut que d'être un contre-pouvoir. Le métier de journaliste n'est pas facile lorsqu'il est d'investigation : ses vérités sont des conquêtes, des dé-couvertes, laborieuses. 
  • Quels lectorats ? Nos sociétés ont certainement la grande presse qu'elles méritent ; les attentes, la demande qu'expriment les lectorats constituent un baromètre infaillible de la performance du système éducatif et culturel (écoles, familles). Plutôt que se dédouaner et condamner les gens de média, balayons devant notre porte. Que demandons-nous aux médias ? Que leur demandent les pouvoirs établis ? De connivence, d'indulgence, il ne peut y avoir de journalisme ; que des relations publiques.

samedi 5 mars 2011

Wikileaks : malaise dans l'information

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Wikileaks est un des événements majeurs de l'information et de la vie politique. Passé le scandale, la presse finalement s'est emparée des "révélations" de ce qui était caché par des gouvernements pour en publier de "bonnes feuilles".
La question qu'impose Wikileaks aux médias d'information n'est pas tant celle de la "révélation" que celle de ce qui est caché, tant celle des contenus que de la pratique politique et administrative. Nous nous sommes habitués à vivre les Républiques et la démocratie sur le mode de la monarchie et du secret. People et vie de cour d'un côté, secrets de l'autre, deux faces d'une même pièce. L'une montre pour mieux détourner l'attention de ce qu'il faut cacher.
Wikileaks révèle que la presse assure mal le travail ordinaire de dévoilement (l'un des noms de la vérité), se satisfaisant trop souvent de publier, et gloser, au mieux, ce qu'on lui demande de "communiquer" (on, c'est à dire une entreprise, une administration, un éditeur, un parti, un Etat, etc.).
Le communiqué de presse nourrit les médias, souvent repris sans critique, il s'apparente au people en tant qu'exhibition et leurre, selon le principe de la prestidigitation : distraire, atirer l'attention ailleurs. Rappelons qu'en France les dépenses des entreprises en relations publiques s'élèvent au double de celles réalisées en radio et la moitié de celles effectuées en télévision (Source : France Pub / IREP pour 2009). La fuite (leak) est le contraire de l'information et de la transparence, le symptôme inespéré d'une maladie politique.
La réaction à la révélation de dossiers par un fonctionnaire d'une collectivité locale (Bouches-du-Rhône, Marseille) en dit long sur le fonctionnement a priori secret de nos administrations et le prétexte d'un "devoir de réserve" dévoyé) pour maintenir des secrets qui n'ont rien à voir ni avec ceux des affaires, ni avec la sécurité. La démocratie impose au contraire un devoir de transparence à la chose publique (res publica) qui par définition n'est justement pas la chose privée de gouvernements ou d'administration.

N.B. La bataille livrée en Egypte pour les achives de la police d'Etat (SSI) est une illustration récente de la relation entre transparence et démocratie (cf. l'accès difficle des historiens aux archives dans les pays de l'ex. boc soviétique).
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mercredi 27 février 2008

News You Can Use

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La presse locale est obligée de remettre en chantier son métier. Les médias numériques ne la menacent pas, ils menacent la routine dans laquelle elle s’exténue. Quel métier ? Il faut s’interroger d’abord sur les demandes des lecteurs et, plus encore, des non-lecteurs. Sans a priori
Un rapport vient d’être publié par The American Press Institute : "Making the Leap Beyond 'Newspaper Companies". Constitué d’études de cas et de recommandations générales, il invite à redéfinir les objectifs de l’entreprise de presse locale, compte tenu de l’évolution globale du marché de l’information.

«News you can use» dit un ancien slogan (« informations qui servent à quelque chose »). Slogan de plus en plus pertinent, selon ce rapport : le lecteur d’un journal attend d’abord des fonctionnalités et des contenus utiles. Quelle est la fonction d’utilité associée au lecteur ? Comment maximise-t-il le rendement de son investissement de lecture ? Où vont ses préférences ? Que veut-il ? Quelque chose qui l’aide, dans la vie courante la plus triviale. Il lui faut savoir ce qui se passe, ici et maintenant, dans l’espace étroit où se déroule sa vie, tous les jours. Il a besoin d'une information pour communiquer, être en relation avec les autres, les services, les administrations, les commerces, pour partager, comme l’exprime l’exacte étymologie de «communiquer». Et il faut que tout cela soit disponible de diverses manières, chacune technologiquement adaptée aux situations dans lesquelles se trouvent les lecteurs, selon les moments de leur quotidien. 

La revendication d’utilité locale vaut de la même façon pour les contenus publicitaires. Qu’est-ce qu’une intervention publicitaire locale, dans un magazine, un quotidien ou un site Internet si ce n’est la première étape d’une transaction, d'une mise en relation qui se terminera sur le point de vente, virtuel ou réel ? Et la mesure des lectorats prend un tout autre sens.

Dans la demande du public, à en croire ce rapport, la part de l’information générale, nationale, non localisable, est mince, car cette demande est - ou sera - bientôt satisfaite par d’autres moyens. 

En résumé, toutes les informations, les contacts, les solutions, partout, tout le temps.
L’entreprise de presse locale à venir est décrite comme une « nouvelle sorte de service fournisseur d’information locale et de connexion » ( « a new kind of local information and connection utility »). Cette nouvelle entreprise qui « rend service » est indifférente aux technologies, aux supports : papier journal, sites Internet, magazine, annuaire, vidéo, blogs, podcasts, flux RSS, suppléments, newsletter, site mobile, SMS, affichage numérique, il faut de tout pour faire un lecteur... et pour faire un journaliste.
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