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dimanche 22 novembre 2020

Les comptes presque à l'équilibre du Canard et "la joyeuse débâcle de la presse"

 

Le Canard enchaîné publie ses comptes. Ils sont pour la première fois de sa déjà longue carrière, négatifs, de très peu. Bien sûr, il y a la responsabilité de l'épidémie du COVID, les grèves de l'année aussi et puis il y a, surtout, les comptes de Presstalis, la société responsable de la distribution de la presse qui a été placée en redressement judiciaire. Perte de plus de 3 millions pour le Canard... 
Alors, finalement, le Canard plongera dans le numérique, ce qui devrait permettre à ses lecteurs d'acheter leur journal en ligne. Enfin. Dommage pour les kiosquiers, qui sont là, souvent, COVID ou grève.

La presse française va très mal : Le Point, L'Equipe, L'Obs, Le Monde, L'Humanité, L'Express, Les Echos, Le Parisen, Libération ne vont pas bien, voire très mal. Ils réclament des aides à leurs lecteurs (leurs prix montent), mais surtout à ceux qui ne les lisent pas (l'Etat), à Google aussi... La presse de province ne va pas mieux.
Alors, la presse papier est-elle finie ? Le passage au numérique est inévitable ; mais il y aura de grandes difficultés, car la publicité ne suivra pas. Et l'impôt ?

Le Canard enchaîné, 18 novembre 2020, p. 4
Source : Le Canard enchaîné, 18 novembre 2020, p. 4


mardi 17 mars 2020

Comment va la presse française ? Bilan annuel pour 2019


La presse ne va pas aussi mal qu'elle le dit... Mais peut-être pas aussi bien que l'on dit ? Allez savoir !

Faisons, pour voir, un bilan limité à un an de publication presse (tout compris, titres payants et titres gratuits). La comparaison 2019 versus 2018 met bien en évidence la baisse continue des créations de titres réguliers, non hors-série, qui passent de 440 à 362 titres (moins 78). Mais, en revanche, le nombre de titres hors-série augmente, de 1613 à 1757. L'ensemble des innovations, mesuré en nombre de titres nouveaux par rapport à l'année précédente, est donc positif pour un ensemble supérieur à 2 119 titres nouveaux (contre 2050 en 2018, soit un peu plus de trois nouveaux titres par semaine).

Années de lancement des titres en France

Au cours de l'année, mois après mois, et depuis plus de dix ans, les hors-série dominent la parution de nouveaux titres. Il est vrai que les hors-série représentent aussi une tentative d'innovation, à l'écart des titres réguliers : si cela ne marche pas, l'éditeur arrête. Si cela marche, l'éditeur peut continuer avec un second hors-série et, peut-être, à terme, donner naissance à un nouveau titre, régulier. En fait, le hors-série devient courant.
Mois de lancement des titres au cours de l'année 2019

A lire cet histogramme, la presse ne va pas si mal. Certes, sa périodicité évolue donnant, dans l'innovation, une place de premier ordre aux hors-série ; et l'innovation, globalement, reste importante, comme le montre l'histogramme comparant les seize dernières années (cf. supra). Certes l'économie de la presse change, donnant plus de place qu'autrefois aux innovations ponctuelles : en 2003, le nombre de nouvelles parutions régulières l'emportait ; aujourd'hui, le phénomène s'est inversé.
Le travail créatif est sans doute plus important, les métiers sont moins réguliers, surtout pour les journalistes de plus en plus souvent pigistes. Les coups ponctuels sont plus nombreux, redessinant le marché de la presse : les titres réguliers s'essoufflent plus vite, certains finissent par disparaître tandis que des titres à durée limitée, plus ou moins irréguliers, prennent le marché.
Comment la distribution, messageries de presse (MLP, Presstalis) et marchands détaillants, s'adaptera-t-elle à ce marché moins certain, dépendant de plus en plus de l'actualité ? Il faudra attendre encore quelque temps pour voir et savoir : d'autant que des modifications sérieuses sont en cours depuis la fin du déconfinement !

N.B. Cette statistique prend en compte les gratuits ainsi que les semestriels ; elle exclut les titres diocésains, les titres pornographiques, la presse politique militante et conjoncturelle, la presse syndicale, les journaux internes d'entreprises. Mise à jour le 17/06/2020.

vendredi 4 mai 2018

La fin d'un monde médias


Deux événements, presque simultanés, sans relation aucune en apparence, font la une de la réflexion média, cette semaine de printemps.
  • Comcast, câblo-opérateur géant (MSO) qui contrôle aux Etats-Unis un network national (NBC) et des studios (Universal), impose à ses abonnés de garder leur abonnement à la télévision s'ils veulent bénéficier de l'amélioration de débit broadband. Et pour faire avaler la pilule, il leur propose Netflix, qui requiert le très haut débit. Chantage tacite : continuez de payer pour la télévision si vous voulez profiter de Netflix et du web dans de bonnes conditions. Avertissement à ceux qui veulent se désabonner de la télévision traditionnelle (cord-cutting). Conclusion, il faut Netflix et le web pour sauver - provisoirement - et maintenir sous perfusion la télévision traditionnelle.
Coïncidence ? Pas si sûr. Plutôt deux symptômes d'une même maladie des médias qui affecte leur distribution, celle de la télévision d'un côté, et de la presse de l'autre (Presstalis).

dimanche 15 octobre 2017

Presse cuisine : 180°C, comfort thought for food

Numéros 3 et 6 (octobre 2015).

180°C . Des recettes et des hommes. Trimestriel, dos carré. 194 pages. 20 €. Abonnement annuel, 40€.
Site Internet : http://www.180c.fr/

Retour sur 180°C, trois ans après, à l'occasion du numéro 10 de l'automne 2017.  Rien n'a changé : cela reste un très beau magazine, sans publicité (anticipation rationelle de l'adblocking !), épais et relié comme un livre, format magazine, un mook ou magalivre ("cookzine !"). Vendu en librairie. Fait maison. Lancé en avril 2013. Edité par des "passionnés indépendants" et acheté sans aucun doute par des lecteurs tout aussi passionnés et indépendants. Magazine haut de gamme, s'exclamerait, en toute démagogie, un communiqué de presse passe-partout. Magazine qui valorise sa distinction, à l'opposé de tout ce qui standardise le goût.

Autour du thème de la cuisine, de belles photos, suggestives, appétissantes. Des conseils techniques. Des recettes, des simples et des compliquées, chères ou bon marché. Des lectures. Des digressions documentaires (le saké, etc.), des reportages. Le magazine fait feu de toutes les armes du journalisme.
Deux numéros par an, jusqu'à présent : un numéro printemps - été, un numéro automne - hiver, pour commencer, pendant cinq ans.
D'abord semestriel, 180°C est devenu trimestriel en janvier 2018 (N°11). Symptôme de succès du modèle économique, c'est à dire d'abord de succès du "contenu" : en presse comme en cuisine, la qualité peut donc payer.
Le numéro 10, le dernier semestriel, après cinq années, publie une "Déclaration de l'hédoniste", "libres-mangeurs" contre "les monstres de la malbouffe" : on s'y réfère à Aristippe de Cyrène et à Epicure. Pourquoi pas mais, en ce qui concerne Epicure, c'est plutôt risqué : il vante d'abord les désirs "naturels et nécessaires" alors que le gourmet se plaît aux mets non nécessaires. Donc, consommer Epicure avec modération, et pardon pour cette parenthèse cuistre ! Plutôt se rallier au cyrénaïque et aux "plaisirs actuels" mais 'hédonisme ne va pas sans prudence (phronesis, φρόνησις).

Cuisines et produits de saisons, comme la mode (rubrique marché). Des articles bien écrits, parfaitement mis en scène : fécondité de la relation texte / illustration). Un peu d'humour et beaucoup de goût. Des créations aussi, des innovations. Et des classiques retrouvés comme le fish and chips, le boeuf bourguignon, les poireaux vinaigrette, la glace à la vanille ou le maquereau au vin blanc. Sont évoqués aussi des ustensiles et des produits du terroir comme le couteau de la Creuse, la fourme de Montbrison, la cocotte...

Le magazine qui ne dissimule pas un positionnement écologiste, sourcilleux quant à la "liberté d'expression culinaire", dénonce la mal-bouffe industrielle servie par de puissantes relations presse (cf. l'édito du N°6, par le rédacteur en chef, Philippe Toinard sur l'affaire du tweet "la polémique #Nutella"). L'indépendance des journalistes, c'est aussi une affaire de cuisine et de marketing.

Autour de la cuisine, l'éditeur publie aussi : un traité de Miamologie décrypté par le pourquoi, consacré aux fondamentaux de la cuisine ; Man&Food, un ouvrage de vulgarisation sur l'ethno-histoire de la cuisine ("7 écosystèmes et peuples autosuffisants") ; les Cahiers de Delphine (publication exclusivement digitale avec recettes hebdomadaires et produits "anecdotés").
180°C contribue à diversifier la presse cuisine, déjà très peuplée (le mot "cuisine" est l'un des quatre mots les plus fréquents des nouveaux titres de presse, dont hors-séries, depuis 2003). Plaisir de la lecture allié à celui de l'anticipation gourmande et de la réalisation culinaire.

Le modèle économique de ce magazine confirme une alternative plausible à celui d'une presse traditionnelle en difficulté : distribution hors des circuit Presstalis ou MLP, pas de publicité donc pas de mesure de l'audience. Périodicité longue pour un magazine "de garde", comme on dit du vin, qui se bonifie avec le temps. Slow food pour une lente lecture, un magazine qui se rumine.
Le magazine pourrait sans doute tirer profit de la connaissance de son lectorat et de ses lectures (data), dans l'intérêt des éditeurs et des lecteurs complices : approfondir une comparaison avec Netflix (le rôle des recommandations) pour affermir son modèle économique... 180°C n'échappera pas à une évolution numérique.

Pour l'instant, le site se contente d'accompagner le magazine. Site clair, simple, sans publicité, ergonomique, en synergie habile avec le magazine papier. Il propose, en amorce, le début des articles publiés (mise en appétit) ainsi qu'un index des recettes avec vignettes photos, à un clic de la recette. Les librairies vendent aussi les "anciens numéros" qui ne se démodent pas ; un numéro ne chasse donc pas l'autre comme dans le veut la règle actuelle des points de vente : 180°C suit un modèle hybride et luxueux de distribution qui laisse la possibilité à l'acheteur de binge reading, ou de re-lecture, comme Netflix.
La presse n'est pas morte, elle change.

N.B. Pour la presse cuisine dans ce blog, cliquer ici.
Retour du marché : filets d'omble chevalier avec épinards (naturels...). N° 10, octobre 2017

jeudi 15 décembre 2016

Jeudi : 20 nouveautés presse dans les kiosques


Editions Prisma
(groupe Berlsmann)
Riche journée dans les points de vente presse pour ce jeudi de décembre : plus de 20 nouveautés, présentes sur les linéaires presse pour plusieurs semaines.
  • 2 nouveaux titres
    • Fair Play, consacré au rugby (bimestriel, 6,5 €) : rugby et société, rugby et culture, rugby et vie.
    • Avions de combat (trimestriel, 9,5 €) : histoire militaire de l'aviation.
  • 3 remises en vente (trimestriels pour jeunes enfants, première mise en vente au printemps)
  • 19 hors-séries
    • 3 magazines people : Public, Closer et Royals
    • puis des guides d'achat, des magazines d'histoire (Le temps des colonies. Des conquêtes aux indépendances, 1830-1962), des magazines consacrés à la vulgarisation scientifique, aux sports mécaniques, à la chasse, aux super-héros, à l'art, aux loisirs créatifs...
    • A part les titres people qui sont relativement bon marché, les magazines hors-séries sont plutôt chers, entre 8 et 13€. 
Comment ne pas s'étonner que la presse et ses distributeurs fassent si peu pour faire connaître cette fécondité, cette diversité continues, d'autant que ses titres sont disponibles en version papier mais aussi en version numérique sur mobile et sur ordinateur ? 


Voir aussi sur le même sujet, "Presse française, une année hors séries"

dimanche 20 décembre 2015

Presse française : une année hors-séries


L'année 2015 aura vu paraître plus de 1200 titres nouveaux. Parmi ces nouveaux titres de papier, on compte deux tiers de hors-séries. L'innovation continue de la presse est manifestement le fait des hors-séries, c'est un plébiscite en acte de la loi Bichet. Comme l'indique l'histogramme ci-dessous, alors que le nombre de lancements de nouveaux titres diminue régulièrement depuis 2004, les lancements de hors-séries sont de plus en plus nombreux depuis 2012, rejoignant le niveau de 2008.
Comment les hors-séries sont-ils pris en compte dans les statistiques, diffusion et lectorat, de la presse ? Le terme de hors-série n'a de justification que réglementaire (les messageries de presse en produisent une définition complète : périodicité, présentation, etc.) : le hors-série est plus spécialisé que les numéros de la série habituelle sans la rompre absolument. Il est généralement concentré sur un sujet, sur un genre, un événement. Toutefois, les hors-séries ne sont pas considérés comme des produits presse papier à part entière (cf. les définitions par Presstalis).

Les thématiques qui contribuent le plus à la publication de hors série sont principalement la cuisine, l'histoire, les loisirs créatifs dont la création et la décoration de la maison. Les genres dominants sont le guide, le mode d'emploi, la recette, le savoir-faire, la didactique et, plus encore, le guide d'achat. Par construction, ces genres sont proches du genre publicitaire : faire connaître un produit, un service, un outil, en exposer les intérêts, les comparer, apprendre à s'en servir, trouver où l'acheter... ce sont là des objectifs publicitaires.

Alors que la presse d'information politique occupe le devant de la scène - de sa scène - relayée par les radios et la télévision, la presse que les consommateurs achètent est une presse utile, utilisable, une presse associée à la vie quotidienne à la maison. Presse domestique donc, qui trône au milieu du foyer. Déjà, au tout début de l'histoire de la presse magazine, triomphait Le Journal des connaissances utiles qui se voulait le "recueil encyclopédique de la famille" (hebdomadaire lancé par Emile de Girardin en 1831, 50 000 exemplaires chaque samedi).

En 2015, le prix de vente moyen du hors-série fut de 7,7€ (9,2€ pour un hors-série Histoire et 5,4€ pour un hors-série Cuisine). Le hors-série est cher ; son prix d'achat témoigne de l'intérêt que lui accordent ses lecteurs. Comme dit Presstalis, "le prix n'est pas un frein à l'achat". L'économie des hors-séries signale, pour la presse magazine, un modèle économique moins dépendant de la publicité et des "aides" à la presse.
Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.

mardi 9 juin 2015

Média public, média privé ? La presse invisible

Vending machineAP File photo

La presse perd du terrain dans la ville ? Dans les rues, sa part de voie s'étiole. Sa présence publique s'effiloche...

Dans les rues américaines, les distributeurs (vending machines) disparaissent ; avec leur Une "above the fold" comme un écran de prime time, ils furent, il y a trente ans, le symbole du défi que USA Today (Gannett), le nouveau quotidien national, jetait aux grands networks.

En France, le nombre de points de vente presse diminue ; en même temps diminuent la longueur totale des linéaires, et donc l'exposition aux passants. Concurremment, les ventes au numéro chutent (sources : MLP, Turnover Points de vente ; presstalis). La notoriété globale de la presse, son image en pâtissent.

Dans certains quartiers, les kiosques à journaux, plutôt que la presse, mettent en avant des colifichets pour touristes, des friandises et des boissons ; leur affichage semble moins consacré aux couvertures de magazines et davantage à des produits de mode ou de "luxe".
Même la réduction des formats (passage au format tabloïd, format poche dans la presse magazine) qui accroit la commodité de lecture affecte la visibilité de la presse.

La papier recule partout tandis que la presse investit le territoire numérique, réduisant sa visibilité : sa présence en ligne ne compense pas son absence publique. La presse a été un média de l'espace public,(cf. Jürgen Habermas, "Öffentlichkeit") lu dans les cafés et les cabinets de lecture ; les lecteurs s'affichaient avec leur titre, l'arboraient comme un drapeau (cf.  L'Huma avec ses CDH, la vente militante, la fête annuelle). Sur tablette ou smartphone, certes plus commodes, la presse devient un média de la sphère privée, discret, caché. Ainsi, quand Metronews (TF1), gratuit du métro parisien, cesse de publier sa version papier pour n'être plus présent qu'en ligne, le titre s'évanouit quelque peu...

Le modèle économique mixte, papier + numérique, peut assurer à la presse à la fois sa visibilité et sa puissance. Même une fois diffusé, un titre papier reste visible, dans les foyers, les bureaux... Facteur de circulation, de reprises en main, de durée de lecture, audience secondaire !
Comment stopper cet évanouissement de la presse, maintenir sa visibilité et sa notoriété tout en gagnant en puissance (data) ? La presse pourrait peut-être, par exemple, efficacement compter sur les écrans de l'espace public (DOOH) pour recouvrer sa place de média public.

lundi 8 septembre 2014

Un Canard pas assez déchaîné ?


Le Canard enchaîné rend des comptes à ses lecteurs. Transparence appréciable : la qualité de la gestion, le montant des bénéfices sont garants de l'indépendance éditoriale.
Pour 2013, les ventes ont chuté (16 %). Ce n'est pas le prix de vente au public qui est en cause puisque, depuis  23 ans, le prix de vente n'a pas changé (1,2 €). Alors ?
L'explication que propose l'hebdomadaire ressort de la politologie : « notre diffusion baisse – c'est ainsi – quand la gauche est au pouvoir ». D'après le P-DG du Canard, le déficit de lectorat proviendrait de la désertion de l'électorat des partis de gauche. Selon cette explication, l'électeur lecteur de gauche, partisan, bouderait le Canard, lui rapprochant de tenir un discours hostile aux partis qu'il a élus.

On pourrait ajouter deux autres hypothèses.
  • D'abord, une hypothèse technique. L'insuffisance du réseau de distribution et un certain manque de souplesse et de réactivité dans la gestion de l'approvisionnement. Le réglage des services est insuffisant : souvent le Canard, publié le mercredi, est absent des points de vente avant la fin de la semaine. Le Canard, qui ne fait pas concurrence aux points de vente de Presstalis avec une distribution numérique plus ou moins gratuite, mériterait d'être mieux traité. 
  • Ensuite, d'un point de vue politologique, on pourrait renverser l'explication que donne Michel Gaillard (cf. document infra) : des partis de dits de gauche étant au pouvoir, le contenu du Canard deviendrait moins féroce, donc moins drôle et moins intéressant. Pas assez déchaîné, trop domestiqué le volatile ? Du coup, la partie du lectorat qui appartient à l'électorat de l'opposition, de gauche ou de droite, serait moins encline à acheter le Canard
Pour tester et vérifier ces hypothèses explicatives - qui ne sont pas incompatibles et sans doute se cumulent, il faudrait disposer d'une analyse de contenu longitudinale, qui n'existe pas. Faute de cela, on pourrait invoquer l'habitus intellectuel et politique des collaborateurs du Canard... Mais ces études n'existent pas non plus, à notre connaissance. Que fait la science politique des médias ?
  • « Le Canard, écrit M.G., ne tire ses ressources que de ses lecteurs ». Pas tout à fait : il y a une aide de 557 000 € (compensation pour tarif postal en 2013, Source : Ministère de la culture et de la communication). C'est bien peu, comparé à d'autres titres qui contribuent si faiblement au débat démocratique et au pluralisme mais empochent des millions. De plus, Le Canard enchaîné n'a aucun revenu publicitaire : il ne vend pas ses lecteurs à des annonceurs, ne tire aucun profit de son lectorat secondaire (faute d'études d'audience, on ne peut calculer le taux de circulation du titre ; le lectorat secondaire est sans doute égal au double ou au triple de sa diffusion payée, au moins). Journal unique par son modèle économique, son contenu et son rôle dans le débat politique.
Le Canard enchaîné, 3 septembre 2014, p. 4 (M.G. = Michel Gaillard, P-DG de l'hebdomadaire)

Références sur l'histoire du Canard enchaîné :
  • La thèse de Laurent Martin, "Le Canard enchaîné ou les fortunes de la vertu. 1915-1981", Université de Paris 1.
  • Son article dans la revue Vingtième siècle - Revue d'histoire, "Pourquoi lit-on le Canard enchaîné ?",  2000, N°68, pp. 43-54 (disponible ici)
  • Le Canard enchaîné. 100 ans. Un siècle d'articles et de dessins. Avec "Le roman du Canard" par Patrick Rambaud, Paris, 2016, Seuil, 614 p.

lundi 12 mai 2014

Presse de foot. Des magazines à l'attaque


La Coupe du monde de football approche ; elle se déroulera au Brésil. La presse du foot s'apprête à en tirer profit : numéros spéciaux, hors séries, lancements. Plus d'une dizaine de titre déjà.
Des accessoires complètent et diversifient l'offre des publications : posters, stickers, fiches, calendrier des matchs...

En cinq Coupes du monde, depuis 1998 inclus, près de 300 titres sur le football ont été lancés en France, et plus de 200 hors-séries, auxquels s'ajoutent bien sûr, tous les titres qui ont été lancés bien avant 1998 et restent présents dans les kiosques comme France FootballOnze Mondial ou But Football Club (Source : Base MM, 31 500 titres).
Il s'agit d'une presse essentiellement nationale. La régionalisation de la presse du football, qui épouse la géographie des pratiques (spectacle professionnel, pratique amateur), semble marquer le pas depuis quelques années (le Web accueille le football régional et ses communautés ; cf. footeo.com), on compte néanmoins plus de 150 titres régionaux.
Positionnement difficile pour la presse spécialisée car dès que le football crée l'événement, toute la presse s'y intéresse et lui vole le show !

Portraits, photos, fiches, interviews, jeux, dossiers (sur le Brésil, sur les fans, les équipementiers) : la palette des genres journalistiques est exploitée complètement. Curieusement, le Web est presque absent des références tout comme le sont les appareils électroniques d'analyse des performances (wearables). Peu de références économiques, peu sur la santé des joueurs, leurs langues, leur scolarité, leur socialisation à l'étranger. Tout est concentré sur la célébration avec un vocabulaire et des gestes convenus. Coupe du monde et marché mondial du football obligent : le contenu sportif est international (mais on parle peu de l'Asie, la Chine étant absente de la phase finale).
  • 100% PSG Spécial, 5,9 €, distribution Presstalis, trimestriel. Numéro consacré au joueur suédois Zlatan Ibrahimović. Avec fiches biographiques et, posters, dont un de "taille réelle".
  • Foot Libéro Magazine, 4,5 €, bimestriel, 124 pages, dos carré (groupe Off Roads). Vend un T-shirt avec l'abonnement. Un article sur la psychologie des joueurs : "La tête avant les jambes", le portrait du joueur français Paul Pogba, un article sur les équipementiers et la rivalité Adidas / Nike. Un dossier pour spectateurs et téléspectateurs : le calendrier, les stades de la Coupe du monde, les équipes sélectionnées et leur signalétique. Un article sur le football virtuel (jeu vidéo FIFA), un quizz...
  • Stars de foot, 3,9 €, trimestriel, 54 pages, papier luxueux, distribution MLP. Conformément à ce qu'annonce le titre, le numéro est tout en portraits de stars avec des fiches de joueurs, des portraits de joueurs, des photos, un poster central de Cristiano Ronaldo. La une est sur Ronaldo, la 4 de couverture sur Ibrahimović.
  • So Foot Junior (So Press), mensuel, 86 pages, avec posters et fiches de joueurs, tiré à 60 000 exemplaires, 3,5 € (abonnement 25 €), distribution Presstalis. Le magazine s'adresse aux jeunes adolescents. Positionnement différent de ce lui de Panini Foot (2011). L'édito expose la ligne éditoriale du titre et sa relation avec So Foot "senior", dont il est le "petit frère" : "le foot est avant tout une affaire de transmission". Magazine de culture foot ?  Par exemple : "comment bien choisir son club ?" ("quel club faut-il supporter ? "). Ce dossier énonce les traits de la culture foot en formation chez les enfants, culture manifestement masculine (marketing oblige ?), qui, dit-on, devrait durer toute la vie. Uniformes ("les beaux maillots"), écussons. Identification ("Tu dis "on", en parlant de ton équipe"), "Peut-on aimer le foot sans aimer un club ?". Un article sur le centre de formation de Rennes ("Rennes-mère" !), une interview de l'institutrice d'Ibrahimović à l'école primaire, deux pages sur les gestes techniques, une rubrique livres, sur le jeu vidéo. Le titre prépare à la lecture du titre So Foot (chaînage ?).
  • The Red Bulletin. Hors du commun est un gratuit international consacré aux sports. Son numéro de juin comporte un dossier spécial Coupe du monde "parce que le monde est foot". Plusieurs articles dont un sur le foot en l'an 2050 et une belle question pour les spécialistes d'intelligence artificielle et de big data : "Pourra-t-on un jour prédire le résultat d'un match ?" Pour l'instant, et, pour notre bonheur, il semble que l'on en soit bien loin. 
  • Hors-Jeu. Football d'opinion, bimestriel, 2,95 €, distribution MLP. Publication polémique qui ne mâche pas ses mots et invite au débat, voire provoque le débat ; elle est consacrée principalement aux clubs professionnels français. Très difficile à trouver en kiosque.
  • Prêt pour la Coupe du monde ? HS de Gulli (juin) vise les enfants, avec des cartes et des fiches joueurs des "plus grandes stars du foot", 4,9€.
Pourquoi lit-on la presse de foot ?
    Pas pour les résultats. Amateurs et supporters les connaissent déjà : la télé, le Web, la radio se chargent de les propager en direct.
    Pas pour les gestes sportifs : on en parle à peine et cela relève surtout de la vidéo..
    Pour le plaisir de retrouver ses idoles ? Ainsi s'expliqueraient l'importance des images et l'aspect uniformément positif des articles. Noter l'importance des posters qui permettent d'afficher l'affiliation à un héros (proximité avec la presse people).
    Pour conforter et rationaliser sa raison d'être supporter ? Pour acquérir des éléments de discours légitimes tout faits, prêts à être replacés dans les conversations. Le foot, comme la politique ou la musique classique, a ses clichés et sa langue de bois.
    Le foot est un terrain de socialisation important, un terrain d'entente et d'accord sur les thèmes de désaccord. Les magazines balisent ce terrain. Pour l'amour du foot.

mardi 12 novembre 2013

JV Sortons le grand Jeu Video. Magazine

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"Here comes a new challenger"... annonce le nouveau magazine.
Depuis 2003, on compte plus de 400 nouveaux titres et hors-séries consacrés au jeu vidéo. En fait, ce sont surtout des hors séries de magazines spécialisés dans les jeux vidéo ; on compte peu de hors-séries consacrés au jeu vidéo par des magazines d'autres domaines. Quelques titres de presse informatique (Canard PC), de presse enfants (Gulli), VSD en 2003... A la différence de la cuisine ou de l'histoire, le jeu vidéo reste un domaine rédactionnel de spécialistes passionnés même si l'on en parle "des cours de récré aux machines à café"...

Voici JV sortons le grand jeu, le plus récent des magazines de jeu vidéo.
  • 3,95 € le numéro en kiosque, 36 € l'abonnement annuel
  • 100 pages, dos carré (modèle déclaré : So Foot ; anti-modèle : Télé Loisirs)
  • Mensuel (12 numéros par an)
  • Mise en place : 55 000 exemplaires, distribué par Presstalis
  • Moins de 10% de pages de publicité, la plupart dans le premier cahier (régie : M*I*N*T).
  • La rédaction, encore uniquement masculine alors que la pratique du jeu vidéo se féminise, comprend des vétérans de la presse de jeux vidéo (JoystickPC Jeux, etc.)
C'est le moment idéal pour lancer un nouveau titre : l'actualité de la fin novembre est stimulante. Sony sort sa console PlayStation 4 (399 €) et Microsoft la Xbox One (499€), chaque console avec chacune 23 jeux dont un tiers d'exclusifs. Juste avant les fêtes de fin d'année, évidemment. Guerre des consoles que couvre la presse professionnelle américaine ("videogame console war", cf. Variety).
Rappelons que ces consoles sont également essentielles pour la réception de la vidéo : aux Etats-Unis, elles retransmettent la plupart des services OTT en streaming (11 au total, dont : Netflix, Hulu Plus, Amazon Instant Video, Vudu, Redbox Instant, etc. ).
Logiquement, ce double événement fait la Une du titre et le thème d'un solide dossier introductif de JV (avec un bel arbre de décision, p. 25). Dossier fécond pour la culture média.
  • Comment cette nouvelle génération de consoles va "changer le jeu vidéo"
  • Plus de RAM et de puissance de calcul, ce que cela change pour les joueurs, les développeurs
  • Débat blockbusters / indépendants, comme pour le cinéma
  • Entrée des consoles dans la logique de partage des réseaux sociaux
  • Evolution du modèle économique : s'abonner pour jouer en ligne
  • Mise en mémoire des dernières minutes de jeu (fonction de catch-up)
  • Recours à la tablette en second écran, applis, personnalisation
Autant d'occasions d'apprendre et de réfléchir à l'évolution du jeu vidéo qui s'articule de plus en plus avec le Web : gadget et frime marketing ou enrichissement effectif de l'expérience des joueurs ?
Le titre accorde une place majeure à la critique de jeux vidéo ; abondante, elle est diversement présente, soit dans des rubriques brêves ("Focus sur", "On y a joué et on en parle"), soit approfondies. Un article sur "Candy Crush saga" (Facebook, smartphones), deux pages sur les jeux pour mobiles... Mais pas de tests systématiques, pas de notes obligées ("marre de noter pour noter") : "Sortons le grand jeu" rompt ainsi avec la "dictature de Metacritic". Indépendance éditoriale : "pas de pression extérieure, aucune chance qu'on accepte ça" (p. 3). Bon...
Un magazine riche, stimulant, bien fait, agréable à parcourir, à lire et sans doute à relire. Ajoutons que le magazine ne manque pas d'humour, et qu'il est souvent bien écrit (et oui !). C'est un positionnement luxueux. "L'important, c'est que le lecteur y apprenne des choses. Qu'il se distraie, aussi". Pari gagné pour le numéro 1.
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dimanche 31 mars 2013

La presse, média trop modeste

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La diffusion de la presse grand public est en baisse (OJD, DFP), dit-on ; son audience mesurée est en légère hausse. Pourquoi ? Par-delà l'évolution des pratiques d'information (que l'on ne sait guère observer ni, a fortiori, analyser), on peut évoquer deux causes certaines.
  • La détérioration de la distribution des titres payants (grêves répétées, fermetures de points de vente de proximité, etc.) qui affecte la diffusion payée en France.
  • L'amélioration sensible de la mesure de l'audience. Cette mesure a été indiscutablement étendue et approfondie avec l'étude ONE mise en place par Audipresse (Cf. Audipresse, Cumul janvier- décembre 2012, ainsi que l'audit du CESP). 
Pour autant, la presse mesurée ne donne pas une image complète de la pénétration de la presse dans la vie des Français. 
  • L'étude ONE mesure les principaux supports de publicité des principales régies publicitaires grand public, qui la financent. Le nombre de titres étudiés (646), impressionnant, est encore limité pour des raisons techniques et budgétaires, entre autres. 
  • Par construction, la longue traîne des titres papier (qui se comptent en milliers) est largement sous-estimée par les études de l'audience, qui omettent, entre autres, selon les cas :
    • la majorité des titres datant de peu, souvent éphémères certes, mais importants pendant cette durée ; ils traduisent le dynamisme de la presse, son côté constamment innovant, "start-up"
    • les très nombreux hors-série
    • la presse gratuite des divers types de collectivités locales
    • la presse professionnelle
    • la presse des enfants (moins de 15 ans)
  • Avec l'avénement de "l'ère du multireading", selon l'expression d'Audipresse, les occasions de lire sont fatalement  sous-estimées alors que se multiplient rapidement les lieux de lecture, les supports de lecture, les modes de lecture.
  • Enfin, comment les études peuvent-elles tenir compte de la place primordiale de la presse dans la fabrication globale de l'information ? La presse qui alimente - gracieusement - tant de sites Web mais aussi de radios, de télé, de réseaux sociaux... Présences émiettées, rebelles au comptage déclaratif et au droit d'auteur... 
La presse est l'un des seuls médias à ne pas sur-estimer l'ampleur et l'importance de son audience. Rare et curieuse modestie.
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lundi 26 mars 2012

Les Années DVD Blue Ray

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Les Années Laser ont 22 ans. Le magazine, né avec l'éphémère vidéodisc / laserdisk, traite des équipements électroniques domestiques (home cinema, son, HD, installations cinéma, etc.), des DVD et du Blu-ray. Tout pour le cinéma à domicile. 
Mensuel (10 numéros par an), le titre est diffusé par Presstalis. 186 pages, 4,9 €. L'OJD (DSH 2011) indique une diffusion totale d'environ 40 000 exemplaires (dont 10% de diffusion non payée). Parmi les ventes, il y a des PDF (700 exemplaires en décembre), un peu moins chers que les exemplaires papier : 4,6 au lieu de 4,9 €, des abonnements postaux (1/4 de la diffusion). Les ventes sont stables. Le site Web et la présence sur Facebook comblent les attentes des fadas de cinéma (calendrier de sortie, avis critiques, jaquettes, etc.). Cf. la présentation du titre par son rédacteur en chef dans une émission de france Info.

Les guides d'achat Hors Série, DVD et Blu-ray, sont annuels (5,9 €). Ces guides constituent des supports de publicité valorisants pour l'image de marque de certains produits : les reprises en main sont certainement nombreuses, le lectorat s'étend à toute la famille et la période de référence, très longue, est intéressante. Malgré tout, le guide d'achat est peu encombré (mais Amazon, présent à la Une, ne s'y est pas trompé).
Le format est agréable (226 pages), maniable ; les classements sont alphabétiques et par catégories courantes. Un mode d'emploi expose minutieusement, dans les premières pages, les caractéristiques des supports : Dolby, codecs, etc.
  • Comment évoluera ce magazine et ses Hors Séries alors que le numérique développe des ergonomies nouvelles pour les guides d'achat, les catalogues ? Que peut lui apporter les tablettes et les smartphones (cf. iPod et catalogues en ligne)
  • On dit que DVD et Blu-ray sont condamnés par le streaming. C'est aller vite en besogne : IHS Screen Digest observe certes aux Etats-Unis que le nombre de films loués ou achetés en ligne (iTunes, Netflix, Lovefilm, etc.) croît rapidement, mais le chiffre d'affaires n'est encore que de 1,72 milliard de dollars, quand celui des DVD / Blu-ray est six fois plus élevé (11,1 milliard). 
  • Les prévisions en cours tablent en général sur une extrapolation des tendances actuellement observables : il est toutefois peu probable que les studios laissent Netflix (par exemple) proposer leurs films dans le cadre de forfaits à bon marché.



vendredi 9 mars 2012

La presse dans le quartier : déménagement d'un territoire média

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C'est fini...
"La marchande de journaux ferme son étalage". Mais demain, elle ne le rouvrira pas. Martine a vendu : adieu journaux, librairie, papeterie, magazines. C'est un problème pour la presse d'abord : des titres se vendaient ici qui ne se vendront plus, visibilité en berne. C'est surtout un manque pour le quartier qui a perdu un lieu de vie, de commerce, de discussion, d'animation.

L'amertume des clients est grande, celle des marchands voisins aussi : ni le dépositaire, ni la mairie ne semblent être intervenus. Des bistrots d'à côté vendent une demi-douzaine de titres, le supermarché a développé un rayon presse standard. C'est la loi du marché comme un destin, aveugle, un insensible déménagement du territoire ? Peut-être vaudrait-il mieux aider les marchands de journaux plutôt que les journaux... Leur mission est plus large : leur boutique est un point de rencontre multi-générationnel, un lieu de socialisation, une animation de la rue. Ni le kiosque ni même le supermarché, ni une appli ne les remplaceront, lieux impersonnels, où nul lien ne se tisse, où l'on ne fait que passer, vite. Calculs bureaucratiques, de loin.
Le point de vente presse relève de l'espace public (Jürgen Habermas). Chez Martine, des gens de tous âges, de tous métiers y papotaient, commentaient les unes, les people, les matchs, les élections... Les élèves des établissements scolaires d'alentour y faisaient provision de foot et de "classiques", Molière et Ciceron, de grammaires et de BD, de cartes à jouer Panini... Martine a suivi ces élèves de la maternelle aux prépas, des premiers livres aux annales du bac. Toute leur scolarité a défilé chez elle, de la maternelle à la "grande école", de la 6° aux très Grandes Ecoles.

On y réservait son journal qu'elle mettait de côté, Le Canard Enchaîné, qui manque tout le temps, Le Monde des Livres du jeudi... Il y avait une vitrine avec des livres et des stylos. Il y avait un tourniquet où l'on parcourait les titres du Parisien ou des Echos. Il y avait surtout la panoplie complète des copies, les simples et les doubles, petits et grand formats, avec ou sans trous, petits ou grands carreaux, les cartouches pour tous les stylos de la création... La vie passait quotidiennement par là, cadeaux, emballages, photocopies, cartes de voeux, magazine TV, mots fléchés, Voici, Nous Deux, L'Huma... Livres de poche et Pléiades. Parfois, une romancière y dédicaçait son dernier livre, beaujolais charcuterie.

Derniers jours...
Réseau social en dur, avec les commerçants du quartier, le boucher et le boulanger, le teinturier et les fleuristes, le retoucheur, l'épicier que ni Facebook ni Amazon, lointaines proximités, jamais ne remplaceront.
A quelques pas de là, il y a deux ou trois ans, il y avait un concurrent. Lui aussi a vendu. A un marchand de scooters (cf. infra). Les civilisations sont mortelles. Maintenant, il travaille comme plombier.
Un an plus tard, au carrefour, on a installé un petit kiosque. Il ne vend que les titres les plus courants. Il ferme tôt. Point de vente sans commerce, point d'affichage de presse, un peu, de produits dits de luxe, surtout. Diffuseur dans le jargon de Presstalis...

Mise à jour 2016 : un marchand d'équipement pour mal-entendants a remplacé la librairie. Bonjour l'animation !


lundi 17 octobre 2011

Le kiosque, un média dans la ville

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Le kiosque à journaux occupe une position unique sur le marché des médias, mais aussi, puisque pour une fois la métaphore dit juste, dans le "paysage" des médias. Le kiosque, média centenaire, c'est un média qui vend des médias (la presse), un média de médias analogiques.
Avec 745 kiosques dans 165 agglomérations, MediaKiosk assure aux annonceurs une large dispersion géographique. Jean-Paul Abonnenc, qui dirige MediaKiosk, souligne la croissance continue de ce réseau mixte, au format moderne, associant distribution et affichage. Média au coeur des villes, le réseau MediaKiosk est, par construction, en affinité avec la population urbaine et active.
Une étude a été conduite par Be Consulting à la demande de MediaKiosk (enquête en ligne auprès de 500 personnes, échantillon recruté par Toluna dans deux unités urbaines, Paris et Marseille). L'originalité de la méthodologie tient aux modalités de l'interrogation, sorte de test projectif à partir de photographies que les enquêtés associent ou non aux kiosques. L'objectif assigné à cette étude était de rendre compte de la triple réalité des kiosques : points de vente, mobilier urbain et supports d'affichage publicitaire. Il s'agissait d'approcher et comprendre la perception du kiosque par les clients, les passants, les habitants... Le kiosque "vécu".

Kiosque parisien Porte de Saint-Cloud (octobre 2011)
  • Tout d'abord, le kiosque est l'occasion d'un contact personnel. Alors que la relation commerciale est de plus en plus souvent confiée à des machines (distributeurs de toutes sortes) et à des algorithmes simulant la personnalisation, le kiosque est un lieu rare de relation sociale, familière, comme l'épicerie, la pharmacie ou la boulangerie. Le kiosque participe de la qualité de la vie en ville. 
  • Sur le chemin des habitudes, le kiosque est un point d'ancrage et de repère quotidien dans la ville. Il en est aussi un décor familier, changeant au gré de l'actualité, au gré des affiches et des couvertures de magazines. 
  • Près de la moitié des affichages sur les kiosques concerne la presse ; pour ces annonceurs captifs, le kiosque est une sorte de PLV grand format, les affiches énonçant ce qui est vendu. La seconde moitié des affichages revient à des marques donnant à voir et à rêver, la plupart d'entre elles concernant le cinéma, la culture, y compris numérique.
  • Les kiosques sont à la fois tous semblables et uniques, mobilier dont la structure commune s'adapte progressivement à chaque quartier et à son activité économique majeure (bureaux, tourisme, voyage, etc.). Ni snobs, ni prétentieux, ni vulgaires, ils s'intègrent dans leur environnement. 
  • Quelles perspectives dégager pour les kiosques ? Etendre les horaires. Elargir la gamme des services du quotidien, de la proximité. Mettre des fleurs, des friandises, des boissons à l'éventaire des kiosques ? Sans doute, mais, à mon avis, rien ne sera plus efficace, pour alimenter les kiosques en clientèle régulière, qu'une presse quotidienne et hebdomadaire locale puissante. Indispensable produit d'appel.
Comment les kiosques passeront-ils au numérique ? Ce n'était pas l'objet de l'étude, mais elle invite à y penser. L'arrivée massive d'écrans est inéluctable, comme dans les centres commerciaux, comme dans les gares... Des écrans pourraient apporter un espace pour donner envie de lire la presse, d'en télécharger des éléments "à la demande" comme on achète la télé en VOD, la payer (NFC). Même quand le kiosque est fermé, la vente doit continuer. L'interactivité doit être au service du commercial et fournir des analytics opérationnels. S'inspirer de ce que la grande distribution met en place pour les smartphones (applis, etc.). Il faut proposer le Wi-Fi et l'appli adéquate. Il faut pouvoir interroger son smartphone (applis de type Siri, etc.) et qu'il indique où acheter Virgules, La Voix du Nord ou Télérama, jusqu'à quelle heure, etc. Mais surtout éviter de "donner" à l'extérieur ce que l'on vend à l'intérieur (selon un modèle fatal suivi par une partie de la presse qui "donne" sur le Web ce qu'elle vend dans les kiosques).
La question des écrans n'est pas triviale. Implanter des écrans LCD en pleine rue, fonctionnant par tous les temps, suppose de concevoir des systèmes ad hoc, résilientsintégrant soigneusement dalle, électronique et conditionnement.
Importante pour les clients de MediaKiosk, éditeurs et annonceurs, cette étude de Be Consulting constitue aussi une involontaire et précieuse réflexion sur un urbanisme déshumanisé, sur nos villes qui changent trop vite. Gigantesques "machines à habiter" les "temps modernes", peuplées en grande partie d'immigrés venant de plus ou moins loin, d'autres provinces, d'autres continents, les grandes villes ont besoin de regagner un peu d'humanité : "La forme d'une ville // Change plus, hélas, que le coeur d'un mortel" observait Baudelaire qu'inquiétait déjà le Paris haussmannien naissant. Nous habitons nos villes autant qu'elles nous habitent.
Le kiosque représente un point fixe, souvent chaleureux, dans un univers urbain mouvant : le service public rendu par cette entreprise privée est indéniable. On sait que Presstalis revend sa participation dans MediaKiosk (Lagardère étant déjà sorti) et l'on comprend que JCDecaux s'intéresse à cette belle entreprise, prometteuse, qui semble le nec plus ultra du mobilier urbain.

dimanche 28 novembre 2010

Marmiton, du Web au papier

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Thanksgiving Dinner Photo AiM CmM
Encore un ! Encore un site Web qui commence une double vie média dans les points de vente presse (cf. l'obsession du papier). Pour son dixième anniversaire, Marmiton.org lance une édition papier. Beau magazine bimestriel de 148 pages, dos carré (3,9 €). Agréable à feuilleter. Des recettes (140) bien photographiées (le résultat final, pas les étapes), une cuisine pour les yeux, appétissante, engageante. Ce magazine a comme un penchant livre d'art que l'on garde et regarde.
Des annonceurs ? Bien peu pour un magazine d'une telle qualité, qui sera conservé, repris en main (cumul de contacts). Les annonceurs captifs dominent. Elle et Vire (groupe Bongrain) vend sa crême "entière" en 4 de couv. LG ses fours encastrables (p. 5), Old Dutch Master un fromage hollandais, Monbana du chocolat, Licorne, une bière (p. 24). Des produits liés au Web, monlivregourmand.com (p. 2 de couv), des applis iGourmand pour iPhone (recettes, 3 de couv). Et Jambon d'Aoste qui vante les mérites de son site tout en offrant un coupon à présenter en caisse (p. 37). Pour ces quelques annonceurs malins, bien conseillés, combien d'annonceurs bizarrement absents nous viennent à l'esprit.
Le magazine comprend des contributions d'amateurs (le marmiton est un apprenti), mais retouchées par des pros, des "chefs" (p. 37). Les résultats d'une analyse des déclarations d'internautes fréquentant le site marmiton.org signalent des tendances apparentes : la cuisine comme loisir créatif, une sensibilité déclarée aux aspects environnementaux, à la santé (pp. 35-36). Pas de révélation, mais des indications à suivre.

Cette création est une démonstration convaincante de la division du travail entre magazines papier et site Web. La confrontation, un peu forcée et artificielle, de l'index des recettes du magazine (p. 143) avec l'index des recettes du site est éloquente. Celui du magazine n'est guère qu'un plat sommaire tandis que le site propose un moteur de recherche multicritère adapté aux recettes. Le site alimente le magazine en recettes ; le magazine lui assurera visibilité et publicité. Le site est opérationnel, le magazine est à parcourir en gourmet pour rêver, imaginer des repas festifs, des plats inattendus, avant de se lancer... Dans ce dispositif concertant, il n'est pas certain qu'une tablette ait un rôle à jouer, quant à l'iPhone, il apporte miniaturisation et portabilité, commodité, mobilité.

Pour mémoire :
  • Marmiton.org, fondé en 1999, appartient au groupe Axel Springer qui a racheté auféminin.com en juin 2007 (le site avait racheté Marmiton fin 2006). Marmiton propose depuis 2009 une appli iPhone payante (2,39 €).
  • Si l'on en croit la présence de la cuisine et de la gastronomie dans les points de vente presse, la France marmitonne passionément : 70 titres nouveaux et hors série pour les onze premiers mois de 2010 (84 pour l'année 2009. Source : Base presse MM). 
  • D'après Presstalis, qui le distribue, le titre s'est vendu à 100 000 exemplaires et n'a compté que 20% d'invendus (15 avril 2010).

mercredi 16 juin 2010

L'obsesssion du papier

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Le papier, quand même !

Mise à jour 12 mars 2012

Ils ont beau ne jurer que par le numérique, vouer leur âme aux iPad ou à Twitter, prédire soir et matin la fin du papier... dès qu'ils en ont l'occasion, ils en viennent au papier. A son tour, Rue89.com propose un magazine papier (3,9 €, 100 pages) ; trois ans après son lancement sur Internet, le site est décliné en version mensuelle et distribué par le réseau Presstalis (ex. NMPP) depuis le 16 juin (87 000 exemplaires).
Comment l'originalité du site (les trois types de journalisme, "l'info à trois voix"), s'adapte-t-elle à un support traditionnel ?
Diversification ? Optimisation par un modèle économique mixte ? Que recherchent les éditeurs qui redécouvrent le papier ? Bénéficier de notoriété grâce aux trente mille points de vente du réseau presse ?

En mars 2012, Rue 89 revient au tout numérique : après le passage au papier (reverse publishing), le mensuel passe aux tablettes numériques. Nouvelle étape de sa vie, nouvelle innovation, nouveau test ?
Le mensuel papier se serait vendu en moyenne à 19 000 exemplaires (2009). La version iPad est deux fois moins chère que la version papier (1,99€ au lieu de 3,9)

La tentation du papier se traduit parfois par un retour inattendu aux livres. Ainsi, le site des "Coupons Mom's", consacré principalement aux coupons de réduction pour les achats d'épicerie, publie un livre de conseils : comment diviser la facture d'épicerie par deux.


Il faut penser la relation papier / numérique hors du manichéisme courant. Voilà qui n'est plus si simple. D'abord, garder à l'esprit que la transition d'un modèle à l'autre est lente et contournée. Il est indispensable d'admettre que l'on doit expérimenter.
Puis prendre en compte des comportements qui échappent au calcul économique direct et immédiat, à la rationalité gestionnaire et technologique pour emprunter à l'économie, d'apparence irrationnelle, de la légitimité sociale, à l'accumulation d'autres formes de capital.
L'entreprise Internet reste-t-elle associée à une sorte de déclassement, à un déficit de légitimité ? Les travaux de sociologie de la culture manquent dans ce domaine. Le papier comme retour du refoulé ? "Ne dites pas à ma mère que je travaille dans [Internet], elle me croit... " A vous de compléter et adapter au goût numérique du jour le titre de Jacques Séguéla...
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lundi 26 avril 2010

Three French Women's Magazines

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The press is in jeopardy. Impossible to ignore such a statement, which is all over... the press.
Is all the press in trouble? Of course not!
The magazine market, which has always been very strong in France, seems to remain healthy and creative. All in all, if we take every press segment into account (free and paid), more than 700 new titles were launched in France in 2009 - mostly magazines (Source: Base MM). According to our data (which seems to correspond to most of the observations by Presstalis), some segments are doing well, even very well: women's, history, culture, transportation, nostalgia, comics and mangas, cooking and gastronomy, arts and crafts, educative...

The most recent good surprise comes from the women's segment with the launch of three weeklies.
  • Grazia (August 2009, Saturday, 1 /1.50 €), French adaptation of a European magazine published by Mondadori: 187,000 copies sold (OJD, French ABC).
  • Be (March 2010, Friday, 1.50 €) published by Lagardère: 220,350 copies sold for the first four issues, 36 ad pages per issue  (source: Lagardère). Sold with Elle at a promotional price (2.50 €) instead of 3.50 €
  • Envy  (February 2010, Thursday, 1.70 €) published by Marie Claire Group. 240,000 copies sold (OJD/ABC). 
  • But there is a major failure: Femmes (Prisma / Grüner und Jahr) dedicated to women and luxury, launched in May 2008, did not make it (80,000 copies / OJD) and is currently closing 2 years after.
People, fashion and beauty... One can find everything in such magazines: in fact, magazines return to their etymology (store, magasin); they are like a department store.
But in comparison with older magazines which became digital only at maturity (Elle, Marie-Claire, Biba, Femme Actuelle, etc.), these three new magazines are born with a double life, paper in the newsstand, digital on the net.
They all have a website, a page on Facebook, on Twitter, an iPhone app, blogs, newsletters, etc. They also have their own online boutique (catalog, coupons). They all want to "engage" the reader, build communities, fan clubs. They each propose video, audio, ("song of the day"), etc. At this point of their life cycle they use catch-all marketing and testing. Waiting to see what will succeed. Nobody knows. Full-scale testing, live. Even the pricing is being tested.

What will be done with the data collected, on-line and off-line? What kind of behavioral targeting, of retargeting? Lots of research is necessary to take advantage of this double flow of data. What will be done with so many words, all these women's words? A researcher's dream!

Talking about words, it is surprising to notice the number of English expressions (now generation, Be/bees, gossip, Be on air, etc.), how does this use of English work with search engine optimization?
Is this really the way women talk? Or is it just French journalese?
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mardi 16 mars 2010

Audience totale, audience mesurée : la longue traîne des magazines

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Dans le post précédent, nous avons évoqué l'écart entre l'audience mesurée de la télévision et son audience totale. Cet écart provient, entre autres causes, des audiences hors foyer, notamment. L'écart séparant audience totale et audience mesurée est sans doute plus grand dans le cas de la presse magazine, mais ses causes en sont différentes.

La presse magazine publie, cette semaine, les résultats de sa mesure d'audience (enquête AEPM, réalisée par Audipresse). Cette mesure concerne 171 titres, selon un périmètre de consolidation défini de manière méticuleuse (cf. le règlement de l'enquête AEPM). L'enquête AEPM constitue l'une des meilleures enquêtes d'audience, selon l'avis du marché ; de plus, l'enquête est auditée par le CESP.

Les 171 titres mesurés sont des titres grand public, nationaux, parmi ceux qui diffusent le plus, qui comptent le plus de lecteurs ; ce sont les plus importants supports de publicité. Toutefois, la presse magazine dans son ensemble nous entraîne dans une logique qui s'apparente à celle de la longue traîne : les 171 titres mesurés représentent la tête de la distribution derrière laquelle se trouve une très longue traîne de plusieurs milliers de titres (dont environ 3 500 distribués par Presstalis et les MLP). Dans cette longue traîne, se trouvent des magazines récents (près de 600 titres nouveaux, plus ou moins grand public, en 2009. Source : BMM), les magazines à périodicité irrégulière, les magazines régionaux, les hors séries (près de 1 500 en 2009, statistique qui en sous évalue certainement le nombre. Source : BMM), les magazines non pigés, les magazines sans OJD, et, enfin, tous les titres qui n'atteignent pas les seuils de diffusion ou de mise en distribution fixés par le règlement AEPM.

Conclusion : nous connaissons de manière fiable l'évolution du lectorat de la presse mesurée. 
En revanche, nous ignorons l'évolution globale du lectorat de la presse magazine. La méthodologie qui permettrait de mesurer des milliers de titres pour un prix acceptable est à inventer. La presse magazine française est immensément diverse ; la presse mesurée en est la partie la plus visible, celle qui est placée en tête de gondole chez les diffuseurs. Derrière, se trouvent une foule de titres innovants, de titres spécialisés, à forte identité thématique, géographique, des titres dont le taux d'affinité avec les produits, dont le contrat de lecture restent souvent peu exploités publicitairement au-delà des annonceurs captifs. 

  • Les problèmes que nous évoquons ici, à grands traits, sont des problèmes pratiques que rencontre la mesure Internet des millions de sites de la longue traîne, sites peu représentés par les panels (comScore, NNR). La presse non mesurée pourrait trouver dans les innovations de la mesure sur site (site centric), dans les modes d'achat de l'espace publicitaire sur Internet, des sources d'inspiration pour aborder sa propre longue traîne. L'association, pour les titres papier, de données de diffusion (OJD) et de données provenant de la mesure site centric de leur site Internet, pourrait fournir une approche innovante du lectorat de leur marque média.
  • Plus généralement, le marché gagnerait sans doute à reprendre la notion moins confuse de measured media utilisée aux Etats-Unis pour distinguer audiences mesurées et audiences totales.

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dimanche 20 décembre 2009

Mediapart : vers un modèle mixte ?

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Mediapart, site Internet d'opinion et d'information mis en place par d'anciens journalistes de quotidiens nationaux et qui se réclame d'une information indépendante, commercialise un "cahier spécial du site Internet" consacré au "débat sur l'identité nationale". Le cahier de 32 pages sur papier journal, sans publicité aucune, est distribué par presstalis (ex. NMPP) et vendu 2,5€ ; presstalis annonce aux diffuseurs une publication trimestrielle et leur recommande de positionner Mediapart sur les linéaires près du Canard Enchaîné, de Siné Hebdo, du Nouvel Observateur et de Charlie Hebdo.

Ce numéro, qui prend parti, est constitué d'un bouqet d'opinions hostiles à la tenue de ce débat, opinions recueillies pour servir de "contre-argumentaire" dans des "contre-débats". En double page centrale, Mediapart publie une liste de noms établie parmi les "premiers signataires" de l'appel à ne pas débattre lancé par le site : "cent cinquante personnalités", parlementaires, élus, anciens ministres, "intellectuels traditionnels", people pensants de beaux quartiers, très beaux souvent.
Occasion manquée de donner la parole à ceux dont on semble préférer porter la parole, à ceux qui sont concernés matériellement, dans leur vie quotidienne, par l'objet de ce débat. On est loin des enquêtes du Libération des années Sartre, de la Cause du Peuple...ou de La Misère du Monde (Pierre Bourdieu et al.). Sans doute n'était-ce pas l'objet de ce numéro.

"En cette prériode de fin d'année, où il n'est pas toujours simple de se déplacer avec un ordinateur" : tel est l'argument évoqué par Mediapart pour expliquer la publication de ce "prolongement sur papier" (p. 4). Bof !
Voici un site qui, parti d'un modèle exclusivement Internet, en vient à un modèle économique mixte (comme Backchich), profitant du dispositif de distribution de la presse traditionnelle (papier) et de la loi Bichet. Est-ce un modèle économique de transition en attendant la fin du papier tellement annoncée ? Un test en tout cas, qu'accompagne sans doute un peu de nostalgie pour la visibilité que donne le papier !
Signalons que Mediapart publie également un livre de papier distribué en librairie (janvier 2010) intitulé N'oubliez pas ! 
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vendredi 7 août 2009

Points de vente pour la presse gratuite


Non seulement des gratuits de toutes sortes (information, consumer magazines, B2B, etc.) éclosent dans tous les catégories de presse mais ils ont aussi de plus en plus souvent leurs propres points de distribution collective : restaurants, boulangeries, épiceries, centres commerciaux, grande surface spécialisée... Avec leurs présentoirs. Sans parler des distributions aux sorties de métro...
Cf. Ci-contre, un présentoir dans un restaurant Lina's (Paris) avec des titres consacrés à l'automobile, à l'économie, à la BD, à l'immobilier de luxe, à la finance et, bien sûr, un hors-série anniversaire du magazine de Lina's.
Au-dessous, gratuits (free publications) dans un multiplexe américain, Regal (Miami).

Difficile de ne pas y lire une défaillance de la presse. Quelle défaillance ? Bloquée dans des habitudes professionnelles surannées, cimentées dans le manichéisme d'un paradigme ancien, la distribution de la presse est lente à digérer les changements de mode de vie (aménagement du territoire, emplois du temps, commerce, etc.) et ne les incorpore qu'en rechignant, bricolant à la marge un modèle sacralisé.
Le passé de la presse étouffe ses avenirs. Défaillance nécessaire d'un vieux média donc, défaillance positive, seule à même de fonder les places et les fonctions actuelles de la presse.

La fonction d'information et de divertissement de la presse semble à reconfigurer : les modes de distribution, la division du travail entre payant et gratuit, entre numérique et papier sont à recomposer, à réorchestrer : protéger des métiers anciens n'aide en rien. Le papier et le payant ne constituent qu'un cas particulier d'un modèle plus large ; plutôt considérer cette transformation en termes d'englobement qu'en termes d'antagonismes.
Ni le payant ni le papier ne sont condamnés. Leur place, leurs rôles sont à inventer dans un concert inouï de médias et de besoins d'information. C'est le marché qui se charge de l'innovation et de l'entrée dans le nouveau paradigme, à coup d'innovations limitées, heureuses et malheureuses. D'où l'importance d'un marché ouvert, flexible, clair qu'encourage la Loi Bichet.

N.B.  Depuis le début de l'année 2009, en un semestre, plus de 360 nouveaux titres (dont 10% de gratuits), et deux fois plus de hors-série. Sans compter les sites correspondants. (Source : Base Presse MM). Signe d'un média créatif.