mercredi 13 juin 2012

Twitter, média de l'immédiat

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L'actualité, c'est un tweet. Qui en parle ? Les médias. Twitter a créé un événement et les médias en parlent. Ce tweet, ce n'est pas la dépêche d'Ems mais les médias l'ont monté en déclaration de guerre... électorale.
Le média qui sort vainqueur de l'escalade à l'immédiat, c'est Twitter. Imbattable sur son terrain, le réseau social fait la Une des médias français, versions anciennes comme versions numériques. Journalisme d'écrans d'abord.
Dans cette affaire, les médias classiques ne sont plus qu'une caisse de résonance : ils reçoivent, multiplient et amplifient un événement venu d'ailleurs. Chambre d'écho, grâce à eux le bruit peut toujours courir... Surenchère de titres en jeux de mots.

"Moralité, conclut Michel Urvoy dans Ouest France, à l'heure de l'info en continu, un tweet prend mille fois plus de place que des mois de travail journalistique consciencieux". Bien sûr, une telle proposition mériterait d'être discutée, point par point. En tout cas, elle invite à (re)concevoir le mode d'information des citoyens et le rôle que peuvent y jouer des journalistes.

Au temps des agences de presse toutes puissantes, des journalistes monopolisaient la transmission des déclarations politiques à d'autres journalistes qui les reprenaient (cf. à titre d'exemple, le rôle de la presse française dans la déclaration de guerre, suite à la fameuse "dépêche d'Ems", en juillet 1870). Aujourd'hui, une partie croissante de la production et de la diffusion de l'information est réalisée directement, par les acteurs eux-mêmes. Les réseaux sociaux sont des médias performatifs. Les journalistes n'interviennent généralement qu'en deuxième ligne, après la bataille ; il ne leur reste qu'à re-twitter (RT), rapporter et commenter ce qu'ont produit les réseaux sociaux. Est-ce l'avenir du journalisme ? Certainement pas car des automates, bien dressés, joueront ce rôle de mieux en mieux, à leur place (algos d'alertes, de filtrage, personnalisation).
Ce contexte nouveau, paradoxalement donne peut-être aux journalistes un rôle plus important, celui de critique : tamiser, distinguer, séparer. C'est un rôle, noble, difficile, de "maîtres de vérité", où ils peuvent prendre "leur" temps, nécessairement loin des pouvoirs et de l'immédiat.


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9 commentaires:

Bird_face a dit…

Est-ce que les journalistes ne sont pas aussi responsables de leur propre déclin? En effet, prompts à commenter les aspects sensationnels de l'actualité ils occultent, pour le grand public qui n'a pas Twitter et les écoute toujours, les débats de fond avec des broutilles qui tiennent souvent à une peopolisation de toute la vie publique.

En effet, le tweet de Trierweiler sur l'opposant de Ségolène Royal a complétement occulté le discours de François Hollande au Conseil Economique, discours qui aurait du apporter de nombreux éléments de fond importants pour le mandat. Peu de personnes sont aujourd'hui connectées à Twitter en France et les médias presse et télévision ne sont pas obligés de faire leurs titres et unes sur ce qui s'y passe, ils font ce choix par sensationnalisme. Nous sommes dans une ère de débat sur des petites phrases qui occultent les réelles questions de société que les journalistes devraient traiter afin de nous éclairer.

Si les journalistes ne prennent plus la peine de faire leur métier, c'est à dire de rendre intelligible le monde à leurs concitoyens, et s'il ne font que reprendre Twitter par goût du spectacle, alors ils auront mérité d'être remplacés par des machines.

Bertrand A a dit…

Il me semble que cette version du journaliste 2.0 a commencé à émerger quand le papier s'est fait supplanter dans l'immédiateté par les nouveaux médias, plus rapides.

Aujourd'hui, les journalistes, qu'ils soient online ou sur un autre média, se font à leur tour supplanter par Twitter. Mais la redéfinition de leur métier était (à mon sens) entamée.
En effet, les journaux sous quelques forme que ce soit ne peuvent plus uniquement vendre de l'information, car celle-ci a déjà transpiré sur les médias sociaux notamment. Ils doivent l'assaisonner d'une expertise, d'une analyse propre à leur métier.

A savoir si le lecteur final a vraiment besoin ou envie de cette analyse, ou se nourrir de dépêches d'agences et de pots-pourris de tweets lui suffit.

Noémie Rossier a dit…

La définition du métier de journalisme se voit effectivement modifiée, même si comme le souligne Bertrand, elle l'était déjà depuis l'émergence du web 2.0. Cependant, je pense que les journalistes trouvent ici l'ooportunité de se concentrer sur une partie de leur métier qu'ils avient dû mettre de côté. Il ne sert à rien de rivaliser avec un média "immédiat" comme Twitter. Les journalistes peuvent donc se différencier et retrouver leur âme d'analystes, de spécialistes et de reporters. Avec cette chasse à l'information et à l'actualité, certains journalistes ont abandonné cet apsect là du journalisme. Ils peuvent à présent nous proposer des articles originaux, avec un angle différent et critique, des sujets qui ne sont pas actuels (au sens nouveau de l'actualité) mais tout aussi pertinents et intéressants et surtout de meilleure qualité. Les lecteurs veulent certes s'informer rapidement des dernières news, mais l'information au sens éducatif et divertissant du terme est de plus en plus difficile à touver. Je pense que cette altérnative est donc à prendre en compte. Le métier de journaliste traditionnel n'a pas pu rivaliser avec l'évolution de la technologie, autant faire un petit retour en arrière et développer le métier sur ces bases...

Jonas Wechsler (fribourg) a dit…

La capacité à publier est exploitée. Le volume de publication explose. Voici le temple de l’éphémère, où le temps disponible (24h par personne) n’est pas suffisant pour tout suivre. Plus de 24h de vidéos youtube toutes les minutes. Notre vie est disponible aux yeux de tous, mais nos yeux ne peuvent pas tout voir.
Et quelle est la contre-culture de l’immédiat ? Des médias à inventer, probablement. Wikipedia, d’un certain point de vue. Wikileaks, qui n’est qu’un début. La notion collective ne peut échapper à la révolution du média, la communauté est l’essence d’une contre-culture. Les communautés sont le coeur du web, ça tombe bien.

Anonyme a dit…

Dans un monde idéal, je serais d'accord avec Bird-face, malheureusement la réalité n'est pas aussi simple. Une bonne partie des journalistes n'est pas satisfaite du travail qu'elle fait, des écrits qu'elle produit. L'expertise des journalistes est en effet en train de disparaître au profit du sensationnalisme. Mais est-ce vraiment une volonté des journalistes ? Il ne faut pas oublier qu'un journal reste une entreprise, et qu'il doit vendre des exemplaires pour (sur)vivre (et attirer les annonceurs évidemment, ce qui va de pair).

Aujourd'hui, comme le suggère Bertrand, est-ce que les gens - dans leur majorité - ont vraiment envie d'information circonstanciée, fouillée ? Malheureusement je ne le pense pas. Il n'y a qu'à prendre l'exemple de la Suisse romande. Le Matin orange - qui fait ses gros titres la plupart du temps avec du people et du sensationnel - compte plus de 250'000 lecteurs quotidiens, loin devant tous les autres journaux romands, Le Temps y compris (journal sérieux qui fait du journalisme de fond).

Conclusion : ça ne sert à rien de faire des articles de fond si personne ne les lit. Le but d'un journal est tout de même de vivre, après il faut savoir jusqu'où l'on peut faire des concessions à la déonthologie du journalisme. Tout cela pour dire qu'on ne peut reprocher seulement aux journalistes de mal faire leur travail, il faut aussi prendre en considération la responsabilité des lecteurs qui préfèrent lire du mauvais journalisme, et qui poussent ainsi les journalistes à faire du mauvais travail.

Grégoire (Université de Fribourg)

Mara.fr a dit…

In dieser Umbruchphase des Journalismus bin ich überzeugt, dass sich der Beruf zwar anpassen und in gewisser Hinsicht schneller werden muss, aber trotzdem eine wichtige Rolle behält. Tweets sind kurz und schnell, aber jemand muss die Hintergründe zur Verfügung stellen, aufklären und separieren.
In gewisser Hinsicht trifft ihre Aussage "il ne leur reste qu'à re-twitter" ins Schwarze.
Der Journalismus kann mit dem Tempo von Twitter und seinen Usern nicht mithalten, aber muss er das?

Michael Barbosa a dit…

Je suis parfaitement d'accord,car un tweet n'est autre qu'un produit souvent très marketing qui n'a pour but que d'éclairer les consommateurs sur une façon de penser, alors que si les journalistes ne font que simplement le relayer sans en apporter un nouvelle éclairage, alors ils n'ont aucunement besoins d'exister car la machine le fait déjà très bien. Néanmoins si cela devait arriver, on pourra dire qu'il sera difficile d'avoir une façon de penser différente du tweet sous peine de se retrouver en marge de la société. Il faut donc s'en servir comme un outil et non comme une finalité.

ghizlane arifine a dit…

il est clair que les médias sociaux sont plus rapides pour la diffusion d'une information plus que les journaux. on ne peut pas ne pas citer la mort de Mickaël Jackson qui a été diffusée dans le monde en quelques minutes seulement, grâce au médias sociaux.

Le monde change et la manière de s’informer aussi.

selon une etude sur le journalisme numérique, de Oriella, (55%) des journalistes interrogés de par le monde (+ de 600) utilisent les médias sociaux, Facebook et Twitter, pour « sourcer » leurs informations, mais également pour vérifier ces dernières (43% le font).

Stéphanie Micheloud a dit…

Twitter s’inscrit dans la même ligne que les journaux gratuits : tourné principalement sur l’infotainement et des sujets développés à partir de dépêches d’agences sans analyse.
Il est vrai que Twitter (et même internet en général) concurrence fortement le journalisme plus traditionnel par l’actualisation permanente des informations. Mais un tweet ne peut pas remplacer un article construit par un journaliste avec une volonté d’analyse et de regard critique. Le travail du journaliste a donc évolué puisqu’il doit maintenant effectuer un travail de tri et de sélection plus important avec la multiplication des sources d’informations.

Twitter (comme internet en général) n’est donc pas un vrai concurrent du journalisme traditionnel mais plutôt un concurrent dans la chasse au scoop, à l’information la plus actuelle. Mais à part ça, un tweet ne peut pas rivaliser avec un article traditionnel offrant une qualité analytique et critique.
Par contre, comme l’a justement relevé Anonyme, les journalistes doivent se tourner vers le sensationnalisme pour s’attirer un lectorat afin de garantir des revenus aux journaux. Et force est de constater que la plupart d’entre nous préfèrent le sensationnel aux informations détaillées et précises. Et je pense que cette préférence pour le divertissement existe depuis longtemps mais avant l’ère du numérique, le lectorat avait moins de choix et se contentait donc de journaux plus « sérieux ». Alors qu’actuellement tout le monde doit se mettre à l’infotainement pour survivre.