mardi 31 décembre 2013

Binge viewing : nouveau régime télévisuel


Netflix, qui a inauguré le binge-viewing en avril 2013 avec "House of Cards", a fait conduire une enquête pour mieux connaître le régime de consommation télévisuelle de la génération que l'on a baptisée, c'était à craindre, "binge-viewing generation" : près des deux tiers des Américains regardent deux à trois épisodes d'une même série chaque semaine, compromettant à terme la consommation linéaire de la télévision et inculquant le binge-viewing dans une définition toutefois plus modeste qu'on ne l'imaginait.

L'intérêt des résultats de l'enquête pour Netflix est la construction d'un argumentaire afin de négocier ses accords de streaming avec les producteurs de séries et défendre le "stream and binge" ! L'enquête confiée à Harris a été menée auprès de 3 078 personnes, en novembre 2013. Elle est complétée à fin d'analyse par des entretiens en vue de dégager les raisonnements tenus par les téléspectateurs et leur manière d'aborder la question du binge viewing (en quels termes, etc.).
Les résultats sont sans surprise renversante : en matière de binge viewing, les téléspectateurs américains s'en tiennent à quelques épisodes : 3 à 6 en une fois. Ce n'est donc que très rarement une saison entière, un week-end complet comme on a pu le croire.
Netflix a également communiqué deux statistiques sur la structure et le rythme de la consommation :
- pour une série de 13 épisodes : 25% des épisodes sont regardés en deux jours, 48% en une semaine
- pour une série de 22 épisodes : 16% des épisodes sont regardés en deux jours, 47% en une semaine

De plus, les téléspectateurs commencent rarement de regarder une nouvelle série avant d'avoir regardé tous les épisodes de la précédente.

Pour Noël, la série animée pour enfants "Turbo: Fast" a été livrée en une première tranches de 5 épisodes. Les autres tranches seront proposées plus tard, à l'occasion d'autres fêtes. Le binge viewing est susceptible de divers aménagements.

Netflix voudrait, semble-t-il, guérir les Américains de la culpabilité télévisuelle qui les hante. La télévision a été qualifiée de drogue ("plug-in drug"), les téléspectateurs de "couch potatoes" ; la télévision a été déclarée responsable des échecs scolaires, de l'obésité, de la violence... Or, le mot "binge" connote la gloutonnerie, l'excès... Fallait-il accepter ce terme peu flatteur ? Le danger semble passé, l'expression se banalise et la pratique conquiert les téléspectateurs. On parle aussi de "marathoning" pour désigne la consommation de 3 épisodes par jour ou plus.
Aux antipodes de la culpabilité, le binge-watching se mérite : HBO GO (cf. infra sur Twitter) propose aux étudiants qui viennent de terminer leur session d'examens ("FinalsWeek", début décembre) de se laisser aller et de s'octroyer de longues tranches de séries (binge watching). "O récompense après une pensée..."


4 commentaires:

YB a dit…

Les diffuseurs français (TF1, M6 etc) n'encouragent-ils pas une forme de binge viewing pour les séries américaines, qui sont programmées par 2 ou 3 épisodes par soir ?

Soufiane226 a dit…

Tout comme Taylor Schilling d'Orange is the New Black le souligne, certaines règles doivent quand même être respectées car "avoir trop d'épisodes à sa disposition peut être dangereux pour la santé." Pour éviter les soucis de santé, "restez bien hydraté", "ne mélangez pas les séries", "faites des pauses" et "ne commencez pas à binge-watcher CNN car cette série n'a pas de fin".
À bon entendeur...

Morgane226 a dit…

Notamment avec les offres proposées par Netflix, cette pratique est devenue un véritable phénomène. Un record du monde de « Binge watching » existe même dans le Guiness des records. Il a été remporté par quatre Canadiens, le 12 décembre dernier, en regardant 91 heures en continu de neufs séries. Les règles étaient très strictes. En effet, les participants avaient droit uniquement à cinq minutes de pause par heure, autrement dit deux heures de sommeil par jour. A se demander s’il existe encore un plaisir à regarder une série pendant une telle durée...

Camille Berthault a dit…

En permettant à ses utilisateurs d'accéder à la totalité des épisodes d'une saison, Netflix encourage très certainement le "binge watching". Toutefois, (à titre d'exemple) les fans de Shonda Rhimes qui suivent de manière assidue ses créations : Scandal, Grey's Anatomy & How To Get Away With Murder (séries dont les productions et diffusions sont contiguës) enchaînent également les épisodes. La différence est alors qu'ils n'appartiennent pas tous à la même série, mais cela fait-il vraiment une différence... ?
Tout comme les fans de Friends, Desperate Housewives, 24h Chrono etc. (bien fournies en "saisons") qui prennent un malin plaisir à ré-enchaîner les épisodes de leurs séries favorites et "terminées".
Nextflix a-t-il donc démocratisé la pratique du "binge watching" ou simplement mis en exergue un mode de consommation déjà fortement répandu mais peu avoué/avouable ?