lundi 16 juillet 2012

Orthographe : de la dictée au moteur de recherche, du magazine au scrabble

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Timbrés de l'orthographe, (sous-titre : A lire sans faute). Trimestriel, 100 pages, tiré à 25 000 exemplaires, 4,9 €

Les Editions de l'Opportun, éditrices de ce magazine, ont mis en place un concours national de dictée (25 000 participants déclarés, avec finale dans un amphi de la Sorbonne) ; le magazine en publie corrigés et palmarès. Institution, le concours est parrainé par La Poste, défenseur des lettres et du courrier, d'où le titre du magazine ; il a le soutien du ministère de l'éducation, du Figaro littéraire...
Les Editions de l'Opportun commercialisent une gamme de produits orthographiques dérivés (guides pratiques, jeux), dont le magazine fait la promotion. Aucune autre publicité n'y est présente.
Le contenu du magazine est en grande partie didactique : exercices à trous, dictées préparées avec les "difficultés expliquées", comme à l'école. Il s'agit d'entraîner des lecteurs aux compétitions d'orthographe. Le magazine s'intéresse aussi, de manière plus désintéressée, à la langue française et publie des rubriques sur le secret oublié des expressions, l'évolution des mots, les publications récentes sur le thème.

"Science des ânes" ? "Politesse de la langue" ? Maladie ? Car on a médicalisé la faute d'orthographe : disorthographie ! Tout Français a vécu une partie de son enfance ballotté entre 0 et 5 fautes d'orthographes. Ce souci de l'orthographe et de ses pièges le poursuit : toute sa vie, il / elle sera jugé(e) sur son orthographe (stigmate) ; tout au long de sa vie, il jugera ses collègues et ses petits chefs, ses correspondants sur l'orthographe. Orthographe dans les copies de concours et d'examens, dans les CV et dans les courriers, dans les lettres d'amour même. L'orthographe a encore cours sur le marché de l'emploi et sur le marché matrimonial (cf. la chanson de Serge Gainsbourg, "En relisant ta lettre"). L'indignation orthographique a de l'avenir : l'orthographe est un filon éditorial riche d'autant que le Web y ajoute les fautes de frappe (typos, indissociables des claviers et de leur ergonomie), les corrections intempestives des logiciels de correction orthographique / typographique et des moteurs de prédiction (T9), le mélange avec les langues proches, les abréviations qui se propagent au-delà des textos... Orthographe et scrabble aussi (cf. infra, le hors série de Timbrés de l'orthographe, décembre 2016). D'ailleurs l'orthographe est associé aux jeux (cf. Scrabble magazine).
Pourquoi l'orthographe est-elle si importante ? On peut y déceler des explications sociologiques et politiques mais aussi, avec le numérique, des raisons techniques, donc économiques.
  • Explications sociologiques et historiques
L'orthographe a une valeur symbolique, Victor Hugo n'identifie-t-il pas que le mal à une "Faute d'othographe de Dieu" (1859) ? Héritée du certificat d'études primaires (CEP, 1866-1989), la dictée a été, avec l'écriture, le premier critère de réussite pour l'éducation scolaire obligatoire. Au CEP, 5 fautes à la dictée était éliminatoire. L'orthographe était avec l'écriture (que l'on évaluait à l'occasion de la dictée) le pilier de la culture scolaire, la faible distinction de ceux qui n'ont pas fréquenté longtemps l'école. La dictée reste déterminante au Brevet des collèges (cf. La dictée.fr). Aussi, réformer l'orthographe risque de dévaluer le capital culturel de ceux qui n'ont pour tout bagage et toute fierté scolaires que de l'avoir apprise et ne l'avoir pas oubliée.
D'obsession, de crainte, l'orthographe est devenue un divertissement, la dictée un jeu, de celle plutôt mondaine de Mérimée à celle télévisée de Pivot. Timbrés de l'orthographe en est l'illustration. Dans les pays anglophones, des concours existent également, Spelling Bees. La télévision s'est emparée très tôt de la passion orthographique : le premier des game shows, diffusé en 1938 sur la BBC, était consacré aux spelling bees. "Des Chiffres et des lettres", émission lancée en France en 1965, aujourd'hui sur France 3 et TV5, a une forte présence internationale, publie une appli, des jeux de société, etc. En novembre 2012, Mondadori lance un trimestriel "Des chiffres et des lettres magazine".
  • Explications politiques
Touchant à la langue officielle et à l'enseignement, l'orthographe et ses réformes sont affaire d'Etat(s) ; elles mettent en branle l'Académie française, les institutions de la francophonie internationale, les institutions éducatives, les médias... La question de sa réforme revient régulièrement, sous la pression des administrations scolaires, mobilisant des linguistes, des sociologues : diminuer la difficulté de l'orthographe pour améliorer la réussite scolaire, pour faciliter l'apprentissage de la langue française par les étrangers ? Produit de la tradition et de la convention, résultante de nombreuses couches d'arbitraire sédimentées depuis plusieurs centaines d'années, l'orthographe est même souvent perçue comme un patrimoine à conserver (cf. l'édito du magazine).
  • Orthographe et numérique
Les médias numériques donnent une dimension nouvelle à l'orthographe car elle affecte les performances des moteurs de recherche lexicaux (10% d'erreurs d'orthographie dans les requêtes, selon Google). Par voie de conséquence, l'orthographe concerne aussi le SEO, à travers l'orthographe des sites, des requêtes, des traductions automatique, imposant à l'exploitation des données lexicales une lemmatisation vigilante (cf. Orthographe. De la dictée au moteur de recherche). Des algorithmes de détection et de correction des fautes d'orthographe sont développés (cf. nécessité d'anticiper les typos et les fautes d'orthographe, ex. Keyword Typo Generator, etc.). La question globale de l'orthographe devra sans doute être repensée dans cette perspective.


Pour aller (un peu) plus loin
L'orthographe, plaisir des yeux. Compte-rendu du livre de Bernard Cerquiglini sur L'Histoire de l'orthographe française
Conseil Supérieur de la langue française, Les rectifications de l'orthographe, 1990
Spelling correction for Search engine Queries
Nuance, T9 The Global Standard for Mobile Text Input
et un film sur les concours d'orthographe aux Etats-Unis : Spellbound, 2002 (Jeffrey Blitz)

samedi 14 juillet 2012

Humanisme numérique. Programmer pour apprendre à penser ?

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Steve Jobs: "The Lost Interview", interview donnée à la télévision publique américaine (PBS) en 1995, retrouvée et publiée en 2012, 1h12mn, diffusée en salles de cinéma aux Etats-Unis et sur iTunes (cf. copie d'écran ci-dessous), 4,99 $.

Pour la société et l'économie numériques, quelle formation ?
Steve Jobs, fondateur d'Apple, interviewé par la télévision publique américaine fut amené à donner, en passant, un avis indirect sur ce sujet. Tout d'abord sur le rôle éducatif, formateur de la programmation puis sur les "liberal arts" et le sens du goût, du beau qu'il faut inculquer.
  • Steve Jobs défend les "liberal arts" (mathématiques, sciences, langues, logique, philosophie) ; il décclare aussi l'importance du goût (taste), s'affligeant du manque de goût chez Microsoft ("Microsoft, c'est MacDonald's"). Eloge des hippies et de leur intuition humaniste, éloge des artistes. Eloge des outils. En gestion, éloge des produits d'abord, fabriqués méticuleusement , réalisés avec goût, sans lesquels la gestion et le marketing se fourvoient et finissent par couler une entreprise...
Etant donné les désastres éducatifs auxquels nos sociétés se laissent aller, dont la situation de l'économie constitue un fidèle reflet, de tels énoncés sont précieux ; ils viennent de quelqu'un qui sait de quoi il parle. Le  discours de Steve Jobs rompt aussi bien avec ceux qui réclament une formation immédiatement utile qu'avec ceux qui pensent que les arts et les lettres peuvent trouver dans la formation une place autonome loin de la production et de ses outils (programmation, mathématique, etc.).

Cette émission constitue une réflexion sur la gestion des entreprises et sur l'éducation.


mardi 10 juillet 2012

YouTube Google YouTube Google YouTube Google

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  • Selon Médiamétrie, YouTube/Google est en tête des audiences de l'Internet mobile du mois (top 20 des groupes).
  • En automne 2012, YouTube/Google lancerait 13 chaînes de télévision thématique originales gratuites (source : AFP)... Un appel d'offres pour la création a été lancé (Endemol, Capa, Aufeminin.com, etc.
  • YouTube achète des droits du football
  • Selon comScore, YouTube/Google est en tête de l'audience vidéo.
  • Avec Médiamétrie, YouTube/Google s'installe en toute légitimité dans la mesure mixte des audiences TV / Internet.
  • Les téléviseurs dans les foyers seront de plus en plus connectés au Web, et il y aura des applis GoogleTV.
Alors ?
La télévision traditionnelle ne pourra plus feindre très longtemps d'ignorer YouTube/Google. Les législateurs et les organismes de réglementation non plus.
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ONU : le "machin" et l'Internet

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"Le machin qu'on appelle l'ONU", comme l'a définitivement baptisée De Gaulle, alors Président de la République (septembre 1960), affirme que l'accès à Internet est un "Droit de l'Homme". Tant mieux. Certes, l'ONU et son Conseil des droits de l'homme n'ont aucun moyen de faire respecter ce droit justement proclamé mais cela justifiera au moins l'existence de commissions, de subventions, de colloques, de voyages, de discours... et, qui sait, cela pourrait indisposer et voire même faire hésiter telle ou telle dictature : c'est toujours ça. Encore que rien ne dérange vraiment les dictatures, surtout pas les organisations internationales.

Selon le texte du Human Rights Council, il s'agit d'aligner le droit d'accès à l'information on line sur le doit d'y accéder off line : donc, il s'agit de rappeler, tout simplement, la liberté de la presse quels qu'en soient les supports (Article XI de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ou article 19 de la Déclaration universelle). Convergence des supports, convergence des droits. Tant mieux.


A propos, le texte du Conseil omet de mentionner quels pays, actuellement, ne respectent pas le droit pour toutes et tous d'accéder au Web et à ses services ?
Mais aussi, quels pays (exemple : Grande-Bretagne), quelles entreprises complices fournissent les technologies qui les aident à bloquer, à censurer le Web, à repérer, emprisonner, voire assassiner ceux qui tentent de faire valoir leur droit à Internet ? 
D'ailleurs, est-il des Droits de l'Homme que ces pays respecteraient ? Le droit des femmes à disposer d'elles-mêmes ? Le droit d'exercer la religion de son choix, ou aucune, le droit à la santé, à l'éducation, à la sûreté, à la vie privée...
Ces pays, si peu recommandables, sont-ils membres de l'ONU, la financent-ils, y président-ils des commissions ? De facto, le "machin" couvre tout cela de sa grandiloquente impuissance. Problème logique.

dimanche 8 juillet 2012

Régime culturel sans numérique

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Couverture du magazine papier
La Une de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel invite ses lecteurs à s'abstenir de téléphoner, à se mettre au régime sans numérique ; ainsi tel Ulysse qui s'attacha au mât de son navire pour résister aux sirènes, il faudrait ligoter le smartphone qui tente de nous charmer et l'empêcher de nuire. On avait déjà organisé en France, il y a des années, des semaines sans télévision, des journées sans Web. Ah! le plaisir de se priver du smartphone ! Heureuse abstinence, douce prohibition, d'où vient une telle idée ? 

Le smartphone est devenu un appareil indispensable. Faut-il en conclure d'une maxime paraphrasant Descartes et son cogito ? "iPhone, also bin ich" ("je me sers de l'iPhone donc je suis") ou encore, "Ich teile, also bin ich" ("je partage donc je suis"). Ne prenons pas les utilisateurs (et les lecteurs) pour des imbéciles. Ce dont témoigne l'usage du smartphone, c'est d'un changement social, d'un besoin des autres et d'une amélioration des communications. C'est aussi un outil qui remplace l'agenda papier, le stylo et le carnet pour prendre des notes, la montre, le plan de la ville, le plan du métro ou des lignes de bus, un appareil photo, une lampe électrique, une calculette, un dictionnaire... Nulle pathologie ne s'en suit nécessairement.

A Boston, une pithie qui a un bon service de presse, s'autorise d'une position universitaire pour délivrer ses oracles, réponses à des questions qu'on ne lui a pas posées, et qu'interprètent, nouveaux prophètes, des journalistes. Que dit notre pithie ? Que nous sommes malades du smartphone, que le numérique dérobe nos loisirs, limite les relations directes, face à face, que tout cela engendre la solitude, le repli sur soi (bien que nous ayons aussi "perdu la capacité d'être seuls avec nous-même"), que nous perdons notre capacité d'attention, que nous sommes fascinés... Ainsi s'énonce le syndrome psychopathologique de la vie numérique : cette médicalisation systématique, où un historien voit le "dépotoir de l'insoluble", trouve dans la relation aux technologies un terrain d'expansion infini. 

Que fait la presse dans cette galère ? Ne s'efforce-t-elle pas de convertir ses lecteurs au numérique ? Pourquoi les journalistes ne mettent-ils pas en cause les affirmations des pseudo-experts au lieu de leur servir la soupe ? Est-ce le sujet le plus important de ces temps de crise pour lui consacrer un dossier de 12 pages ? Pourquoi la communication numérique et pas l'automobile, "the mechanical bride" ?

Der Spiegel sur iPad, sur iPhone, sur le Web... (copie d'écran)

vendredi 6 juillet 2012

Le satellite de télévision a 50 ans


Il y a cinquante ans, le 10 juillet 1962, Telstar, ouvrait une voie royale pour la télévision. Cette innovation, quinze à vingt ans plus tard, déclenchera aux Etats-Unis l'éclosion des premières chaînes thématiques et payantes : CNN, HBO, ESPN, Nickelodeon... et le développement du câble.

Avec son nom aux multiples connotations, et, comme le fameux signal de Spoutnik cinq ans auparavant, Telstar invitait à la rêverie. En témoigne la bande-son de la société des années 1960. "Cette année là", Telstar était dans l'air du temps.

Le satellite est d'abord inséparable du son des Tornados, groupe anglais emblématique, dont la musique sera reprise, "citée" à la fin du 10e épisode de Mad Men, décidément subtile et précis dans ses allusions historiques.

Les paroles françaises d'une chanson de Jacques Plante écrites sur cette musique, chanson interprétée par Colette Déréal et par Les Compagnons de la Chanson, exploitent ce potentiel de rêveries : "Tout là-haut plus haut que les oiseaux", "une étoile d'amour" : on est loin de la course militaire à l'espace...




A la même époque, un groupe suédois, The Spotnicks, se produit en combinaison spatiale pour costume de scène, comme Youri Gagarine. Surgissement de la modernité. L'imaginaire du satellite a pris des directions opposées, le compagnon de route stellaire, le paradis sur Terre et Star Wars... "La valeur d'une image se mesure à l'étendue de son auréole imaginaire" (G. Bachelard, L'air et les songes).
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jeudi 5 juillet 2012

Presse gratuite : la Une est en Trois

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Avec la presse gratuite dite d'information, il arrive que la publicité prenne la première place. Ainsi, aujourd'hui, mercredi, sur Direct Matin, le discours de politique générale tenu par le Premier ministre à l'Assemblée nationale est rejeté en page 3, après les soldes de CDiscount. 20 minutes confie sa une et sa deux à un film, "The Amazing Spider-Man".
Sur A nous Paris, la Une et la page 2 sont vendues à Heineken (avec un slogan en anglais).

Normal : le modèle économique de cette presse impose une telle mise en page. Les gratuits vendent leur "lectorat" à des marques, à des annonceurs. La pub paie tout, le lecteur rien.
La Une avec la Deux sont devenues des emplacements publicitaires préférentiels. En cela, la presse gratuite ne fait que suivre les autres médias gratuits : à la télévision comme à la radio gratuites, la publicité précède l'information.
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lundi 2 juillet 2012

Smash is a smash

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La série "Smash" ira en seconde saison ; elle est sauvée in extremis par l'audience différée, titre le New York Times.  "Double entendre", comme on dit en anglais ! On pourrait aussi noter que Smash aurait pu être sortie de la gille de rentrée faute d'une mesure d'audience adéquate et complète. Car enfin, si la série est trop peu regardée en direct pour franchir le seuil d'acceptabilité, son audience s'accumule bien au-delà du direct, tout au long de la semaine, pour réunir une audience totale satisfaisant les annonceurs.

Diffusée le lundi soir à 22H par NBC, la série avait d'abord déçu ceux qui, pressés, lisent l'avenir des émissions dans le marc de café des audiences mal évaluées. Lancée par "The Voice" comme lead-in elle fut aussi victime des passages à vide de cette émission en direct (fin avril, "The Voice" baisse de 8%, "Smash" baisse de 10%). L'effet d'entraînement a peu joué.
En revanche, si l'on prend en compte l'audience différée, celle des émissions enregistrées sur un DVR, par exemple, la situation s'avère moins alarmante.
D'abord parce que le taux d'audience final, une semaine après diffusion (7 jours, live+7), est plus élevé que celui du soir même. Mais aussi parce que l'audience différée est une audience fidèle, qui manifeste pour cette série un taux d'intérêt élevé : elle ne veut pas manquer son émission.
Reste la question de la publicité, plus facile à éviter en différé qu'en diffusion directe (admettons !). Faute de certitudes, un annonceur et son agence auront toujours intérêt à déclarer que l'audience différée est moins intéressante que l'audience en direct (live). Nième postulat de la géométrie télévisuelle. Et, pour l'annonceur, c'est toujours mieux de profiter de l'audience mesurée gratuitement : GRP bonus, comme l'audience hors du domicile ! Voilà un avantage qui n'a pas besoin d'être démontré.

Ce "cas" souligne combien, alors que la consommation de télévision se complexifie et se disperse, le marché publicitaire de la télévision dépend de plus en plus de ses analytics, et qu'il vaut mieux les rendre plus robustes que les ébranler en les éparpillant.
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dimanche 1 juillet 2012

La bande-son de nos sociétés

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4,9 €, 6 numéros par an pour 25 €, 100 pages. Bimestriel nouveau (voici le numéro 2) consacré à la musique, aux musiques. Beaucoup de musiques : rock, bossa nova, jazz manouche, Norah Jones, raï, Cuba, Yvette Horner...
La publicité, encore rare dans les premiers numéros, est consacrée à la musique, et à ses manifestations commerciales : radio, DVD, concerts, albums, festivals...

Le sous-titre de ce magazine est une formidable promesse : la musique comme bande-son de nos vies, de nos sociétés.
Puisque la musique est partout, dans les supermarchés et les ascenseurs, musique pour ambiance commerciale (Muzak), dans les films et les séries TV, dans les jeux vidéo, dans les restaurants... Musique enregistrée, morte, achevée et mise en boîte, vendue au mètre, assénée par les véhicules qui passent dans les rues, par les voisins, musique dans les avions, musique chez le coiffeur, chez le dentiste, musique en attendant... Sonneries de téléphone, répondeurs, jingle... Airs classiques et populaires squattés par les pubs, à la radio, à la télé, sur le Web. Soundscape.
Nous habitons le monde en consommateurs de musique. Notre "civilisation" semble avoir horreur du silence ; elle a besoin de meubler, de remplir à ras bord son environnement sonore. Musique entendue, consommée plutôt que jouée et pratiquée. Musique proclamée à coup de hauts-parleurs, comme une identité : hymnes de classes, de générations, de "communautés"... A quand le droit au silence dans les doits (et les devoirs) de l'Homme ? "Qu'est ce que cela peut te faire / On ne choisit pas son enfer" (Aragon).

Il faut encore beaucoup de travail pour tenir les promesses du sous-titre. Déjà, on perçoit des possibilités, des ébauches : brèves sur les émophobes en Irak (p.10), sur le coup de gueule d'un batteur contre le patron de Spotify (p. 11), sur Céline Dion et la musique d'enterrement (p. 11)... Bel article sur la bande-son de l'histoire d'un demi-siècle d'Algérie : assassinat des musiciens populaires et terrorisme, printemps berbère et chanson kabyle (Lounès Matoub, assassiné en 1998 : sa musique dérange), le raï des années 1980 (Cheb Mami, Khaled), le rap récent, la musique de la jeunesse algérienne... Article bien trop rapide (manque aussi un CD ou un fichier à télécharger) sur un sujet méconnu, difficile alors que sur "les papys du rock", on sait presque toutet d'ailleurs, on ne veut peut-être rien savoir. Un article sur Hadopi, et beaucoup d'articles sur des aspects inattendus, inconnus de la musique dans nos sociétés (les "crate diggers", les "suicide girls", etc.).
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mardi 26 juin 2012

Mall audiences, dream surveys

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Mall customers. Who are they, what do they do? How can we know?
AdSpace, a huge network of 140 American malls with 1,800 digital billboards, studies shoppers' mall experience. The loop on the digital screens lasts 4 minutes with a mix of commercials (local and national) as well as news briefs on people and fashion. 
USA TouchPoints is going to study visitor behavior: "their mindset and receptivity to media exposure".
The survey will enroll 2,000 people; each of whom will report his/her activity and mood on an iPhone, every 30 minutes (using a kind of eDiary). The survey is planned to last 10 days.

Nice survey indeed. But...
  • It seems to be very intrusive. Who wants to stop and register their behavior and mood while shopping? 
  • It is declarative.  Do we believe everyone is going to be honest in explaining their shopper emotions and mindset? Who is even aware of them or how to express them? "Everybody lies", as Dr. House says! Hopefully, he lies too!
  • Who would participate in such a sample? People who are not too busy, people with no kids around. Idle, with nothing else to do. How representative could such a sample be? 
  • The mall is open 365 days. Will the 10 days of the survey be representative (weather, events, traffic, etc.)? How about seasonality?
The survey we all dream of ...
  • Would last all day long, all year long.
  • People would not know that they were being surveyed: it would be totally anonymous. We would only know whether they were male or female, old or young.
  • We would learn where people go, inch by inch; where they stop, in which store. When and for how long, second by second: the consumer paths. We would know if they were close to a screen and even which part of the loop they watched.
  • We would learn the rhythm of their visits. 
  • All while respecting their privacy.
How would you improve that dream?
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lundi 18 juin 2012

Médias numériques : une économie de transitions

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Amazon Publishing achète l'éditeur américain Avalon Books. Avalon Books est un éditeur traditionnel crée en 1950 qui publie des livres de fiction populaire (ouvrages décrivant un mode de vie "positif", cf. consignes données aux auteurs). Amazon accède aux droits numériques de plus de 3 000 titres (romance, western, mystère). Les versions papier continueront d'être vendues en librairies.

Amazon ne pourra recruter des auteurs en ne leur proposant qu'une publication numérique (surtout si,  gardant l'exclusivité des droits numériques, pour lesquels le taux de marge est plus élevé, ses ouvrages papier se voient refusés par les librairies de Barnes and Noble). Amazon a besoin d'une présence physique chez les libraires, sans doute pour longtemps encore. Un auteur grand public ne peut se satisfaire d'une publication et d'une visibilité numériques. Un éditeur numérique se doit de publier des auteurs très grands public pour vendre ses "liseuses" numériques (eReader).

Pour longtemps, papier et numérique devront coexister, dans l'édition comme dans la presse, rendant leur modèle économique plus réaliste mais plus complexe et plus délicat. La transition est lente. La presse en fait l'expérience chaque jour : il faut d'abord vendre beaucoup de papier pour financer, développer et propager le numérique qui le remplacera...

Le raisonnement s'applique également aux médias audio-visuels. Ainsi, le DVD n'est-il toujours pas mort. Netflix, Walmart, RedBox (distributeurs automatiques de DVD), entre autres, s'appuient sur le DVD pour ancrer leur stratégie de streaming. En attendant. RedBox lancera un service de >streaming avec Verizon (télécoms). Walmart propose à ses clients de "streamer" leurs DVD (Disc-to-Cloud)...
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dimanche 17 juin 2012

Wasabi : magazine culturel

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Wasabi. Le goût du Japon est un magazine trimestriel publié depuis 2004 (on en est au N°31). Consacré à la cuisine japonaise, il est distribué dans les restaurants japonais (environ 500 à Paris et en province). Modèle économique mixte : si le magazine est gratuit dans les "points de vente"(restaurants) grâce à la publicité, il faut s'abonner pour le recevoir chez soi : 40 € pour 4 numéros + un livre sur l'art du sushi.

36 pages de gastronomie, conseils culinaires, recensions de livres de cuisine. La publicité, en parfaite affinité avec les articles, est discrète, utile, jamais intrusive : ingrédients divers (sauce au soja, vinaigre, riz), boissons, restaurants japonais, cours de langue, livres de cuisine... Le magazine publie aussi un carnet d'adresses recensant les restaurants qui le distribuent. Mise en page élégante et efficace.

Deux sites Web correspondent à ce titre :
- un site gastronomique : www.wasabi.fr
- le site de l'école professionnelle de sushi : www.chef-sushi.com
  • Modèle économique : gratuit et payant peuvent coexister. 
  • La culture, c'est du singulier universel : la cuisine est culture d'intégration, de fusion et d'enrichissement. Ni exclusion, ni renfermement, ni rejet.
Ce magazine se positionne à l'intersection de plusieurs tendances observables dans l'économie de la presse et de la culture.
  • Média presse : gratuité pour le consommateur, distribution dans et par des lieux en affinité, contenus thématiques, rythme de parution long (bimestriel et trimestriel)
  • L'intérêt pour les cultures japonaises se manifeste par la diffusion des mangas, de la cuisine, des arts martiaux, de l'animation (Japan Expo lancé 1999 connaît un succès croissant). On compte plus de 60 nouveaux titres et Hors Série sur le Japon depuis 2004 inclus
  • Quant à la passion pour la cuisine et la gastronomie, elle se traduit par plus de 600 nouveaux titres et Hors Série cuisine depuis 2004 inclus. (Sources : MM)

mercredi 13 juin 2012

Twitter, média de l'immédiat

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L'actualité, c'est un tweet. Qui en parle ? Les médias. Twitter a créé un événement et les médias en parlent. Ce tweet, ce n'est pas la dépêche d'Ems mais les médias l'ont monté en déclaration de guerre... électorale.
Le média qui sort vainqueur de l'escalade à l'immédiat, c'est Twitter. Imbattable sur son terrain, le réseau social fait la Une des médias français, versions anciennes comme versions numériques. Journalisme d'écrans d'abord.
Dans cette affaire, les médias classiques ne sont plus qu'une caisse de résonance : ils reçoivent, multiplient et amplifient un événement venu d'ailleurs. Chambre d'écho, grâce à eux le bruit peut toujours courir... Surenchère de titres en jeux de mots.

"Moralité, conclut Michel Urvoy dans Ouest France, à l'heure de l'info en continu, un tweet prend mille fois plus de place que des mois de travail journalistique consciencieux". Bien sûr, une telle proposition mériterait d'être discutée, point par point. En tout cas, elle invite à (re)concevoir le mode d'information des citoyens et le rôle que peuvent y jouer des journalistes.

Au temps des agences de presse toutes puissantes, des journalistes monopolisaient la transmission des déclarations politiques à d'autres journalistes qui les reprenaient (cf. à titre d'exemple, le rôle de la presse française dans la déclaration de guerre, suite à la fameuse "dépêche d'Ems", en juillet 1870). Aujourd'hui, une partie croissante de la production et de la diffusion de l'information est réalisée directement, par les acteurs eux-mêmes. Les réseaux sociaux sont des médias performatifs. Les journalistes n'interviennent généralement qu'en deuxième ligne, après la bataille ; il ne leur reste qu'à re-twitter (RT), rapporter et commenter ce qu'ont produit les réseaux sociaux. Est-ce l'avenir du journalisme ? Certainement pas car des automates, bien dressés, joueront ce rôle de mieux en mieux, à leur place (algos d'alertes, de filtrage, personnalisation).
Ce contexte nouveau, paradoxalement donne peut-être aux journalistes un rôle plus important, celui de critique : tamiser, distinguer, séparer. C'est un rôle, noble, difficile, de "maîtres de vérité", où ils peuvent prendre "leur" temps, nécessairement loin des pouvoirs et de l'immédiat.


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lundi 11 juin 2012

Un monde de BRUT

  • L'IAB et IHS Screen Digest ont évalué le marché mondial de la publicité sur mobile (ad spend) à 3,829 milliards d’euros, en BRUT, en 2011.
  • Selon Kantar (Adex Report), les investissement bruts en ligne (display) auraient baissé de 7,4% en mai 2012 (322,538 millions d'€ en mai 2011 à 298,531 millions d'euros en mai 2012).
Et en NET ?

Quelle marge globale d'erreur ? Il s'agit généralement de valorisations à partir d'une liste non exhaustive de supports (déclarations de régies) et à partir des tarifs publiés dans les plaquettes ("hors remises, dégressifs et négociations").
A quoi, à qui servent des données de marché publicitaire évaluées en BRUT ? 
Comment imaginer le NET ?

Pour des résultats détaillés et les méthodologies de calcul :

samedi 9 juin 2012

vendredi 8 juin 2012

La France heureuse 1945-1975

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Historia, Paris Match, 1945-1975 Les trente glorieuses. La France heureuse, Hors-séries, 130 p., 8,9 €

La France a changé. Les années que nous vivons n'ont plus cet air de bonheur d'autrefois, et elles ne sont pas glorieuses, assurément. Deux titres réalisent en commun un Hors-Série d'histoire contemporaine, magazine musée, album de photos souvenirs. Nostalgie d'une France qui semblait prospère et heureuse !

Dans un format BD avec couverture cartonnée, l'ouvrage suit le canevas de l'ouvrage de Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible publié en 1979. Le fil historique est interrompu par des flash-backs d'histoire plus ancienne, en contre-point.
Cette histoire est d'abord celle de la croissance et du progrès technique, celle d'une France sans chômage (1% en 1955) dans laquelle se développe une société dite de consommation : automobile, tourisme, transistor, téléviseur, 45 et 33 tours, électro-ménager et, pour accompagner et faire vendre ces produits, la publicité commerciale : à la radio, sur des murs, dans la presse mais pas à la télévision.

Dans cette société, l'économie suscite une classe de cadres et des classes moyennes (futurs CSP+ du médiaplanning), et, pour les former, ouvre les portes des lycées et des universités. Nouvelle démographie scolaire et universitaire, sans laquelle le printemps de 1968 aurait été comme les autres.
La plupart des événements de ces trente années portent en germe les problèmes d'aujourdh'ui : le "poids de l'immigration" (p. 128), les ghettos en banlieues, la dépendance pétrolière, la construction de l'Europe, l'Etat providence (allocations familiales, sécurité sociale), le salaire minimum (SMIG), etc.
Trente année pour changer les moeurs : la pilule (merci De Gaulle) et le planning familial. Le mouvement de libération de la vie des femmes s'accentue, sexualité, accès à tous les emplois : la première femme est admise à l'Ecole Polytechnique en 1972, mais les femmes restent sous-payées (p. 53).
  • Cette "glorieuse" histoire est aussi celle des médias : la radio-télévision d'Etat (ORTF) et son ministre de l'information, les magazines féminins, la radio devenue portable, "périphérique" et commerciale, Salut Les Copains et ses "idoles" sur Europe 1 avec un magazine people qui diffusera plus d'un million d'exemplaires à des adolescents (on importe pour la reconstruire à la française la notion de teenager), les films, le show biz et leurs people pour peupler les magazines (dont Paris Match et Lui). Oubliées, hélas ! semble-t-il, L'Huma Dimanche (1948, plus d'un million d'exemplaires) et sa fameuse Fête annuelle...
  • Sous-estimée l'hégémonie culturelle et politique du Parti communiste qui domine tous les débats de cette période. 
  • Trop peu sur la douleur des Pieds Noirs rapatriés, sur les harkis abandonnés, sur l'incroyable impéritie de l'administration française. Plaie longtemps non refermée de la (dé)colonisation ; l'est-elle ?
  • Trop peu, comme disait Camus, sur l'école laïque et l'intégration réussie des immigrés italiens, polonais, espagnols, portugais.
  • De drôles de concepts ont été forgés pour célébrer et décrire l'euphorie, inégalement répartie, des Trente Glorieuses : culture de masse, mass média, temps libre, niveau de vie, civilisation des loisirs, société de consommation... Sciences sociales ou journalisme ?
La critique est facile ! Les auteurs ont néanmoins réussi un tour de force en juxtaposant, sans donner de leçons, les moments de cette époque qui est celle de la jeunesse de beaucoup des Français d'aujourd'hui. Des mots, des statistiques bien distillées, et des photos, encore des photos, qui ne choquent plus. L'ensemble est agréable à feuilleter et riche en informations. Bien sûr, on aurait pu effectuer d'autres choix : le football, Fausto Coppi, la culture ouvrière, les grandes grèves, l'exode rural, les HLM, l'armée et le service militaire... Cette publication souligne l'intérêt constant des Français pour leur histoire, intérêt encore mal expliqué. La plupart des titres d'histoire présents dans les kiosques sont consacrés aux guerres et aux grands personnages ; cette incursion dans l'histoire sociale de Paris Match avec Historia me paraît une première réussie (Historia a d'autres collaborations pour des Hors Série, par exemple avec Le Point pour un numéro sur "Les derniers secrets de Versailles") ; Historia a déjà publié des Hors Série sur "Les années 60".

Un peu avant Fourastié et ses "Trente Glorieuses", en 1973, Alain Peyrefitte publie un essai qui retentit aujourd'hui comme un avertissement lucide, Quand la Chine s'éveillera... le monde tremblera, puis, en 1976, un livre à la résonance clinique, Le Mal français. Mal chronique ! Une France moins heureuse entre en scène, désillusionnée : endettement, chômage, dépendance énergétique, balance commerciale déséquilibrée, échec scolaire, communautarismes, violences urbaines...
Quarante ans plus tard, des média numériques prennent le pas sur les médias des "trente glorieuses", désillusionnés, eux aussi.
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dimanche 3 juin 2012

Point de vente : lieu des décisions d'achat ?

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Des enquêtes successives semblent confirmer, aux Etats-Unis, que deux décisions d'achat sur trois concernant les marques sont prises dans les points de vente (supermarchés). Le point de vente serait donc le lieu de la décision finale d'achat, prise devant le linéaire et pour laquelle les marques n'ont plus que quelques minutes, au mieux, pour convaincre.
La récente enquête de POPAI (Point of Purchase Advertising International) menée aux Etats-Unis situe la part des achats dont la décision a été prise sur le point de vente à 76% ("Shopper Engagement Study", 2012).
La durée moyenne de présence des clients dans les points de vente semble diminuer et le nombre de références élémentaires augmenter (près de 40 000 UGS* dans un supermarché américain). Dans ces conditions, l'émergence d'un produit est de plus en plus difficile à assurer, sa visibilité difficile à maintenir, d'autant que le nombre de MDD prolifère et que leurs prix sont attractifs (on a vu, en 2011, Walmart faire machine arrière et augmenter à nouveau le nombre de ses références de plus 10% : un grand Walmart compte 142 000 UGS).
Selon cette enquête interprofessionnelle, toute présence publicitaire de la marque (display) paraît - évidemment - capable d'influencer cette décision et de déclencher des achats d'impulsion : stop-rayon, écrans, affichages divers, kakemono, ampli-rayons, etc. L'étude indique que les affichages (displays) éloignés du produit vanté (secondary location) sont de plus en plus fréquents : comment vérifier le bien fondé de tels choix ?

Méthodologie : 2 400 personnes ont été interviewées avant et après leurs achats. De plus, pour chacun des points de vente où se déroulait l'enquête, un inventaire des présences publicitaires par type de support était dressé chaque matin. A cette enquête s'ajoutent, entre autres, des données de eye-tracking : on attend la suite des résultats, publiés ultérieurement.
Une telle enquête laisse entiers plusieurs problèmes.
  • Beaucoup repose sur les déclarations d'un échantillon de visiteurs, échafaudage langagier et psychologique nécessairement délicat et discutable. Données fragiles. La décision d'achat est parfois un acte longuement mûri et préparé dont l'acheteur n'a pas nécessairement une conscience claire et distincte. Penser à Freud : "en vous se passent des actes d'ordre psychique, souvent fort compliqués, desquels votre conscience ne perçoit rien, desquels vous ne savez rien". Il nous manque une psychanalyse des actes d'achat. Par ailleurs, plus d'un acheteur sur deux prépare son achat sur le Web, les proches (peers) exercent sur lui une influence décisive (bouche à oreille)...
  • Pour approfondir et valider de telles données, il faut disposer du parcours horodaté des acheteurs, des habitudes d'achat et de déplacement, etc. Donc disposer d'une collecte automatique des données comme on les collecte sur un site de e-commerce, de plus longues durées d'observation sur un grand nombre d'acheteurs. Les analytics du commerce sur le Web indiquent une direction méthodologique à suivre : la PLV peut s'inspirer du retargeting, etc. Supermarchés et hypermarchés manquent terriblement de cookies (ou équivalents) et de critères objectifs pour caractériser objectivement (quantifier) l'engagement des acheteurs, notion encore tellement floue ! 
  • Associer les comportements du client-acheteur sur le Web à ses comportements en magasin est de plus en plus indispensable (coordination des merchandising, etc.). Le développement du drive accentue ce besoin (le client de l'enseigne ne passe au magasin que pour prendre livraison de produits choisis sur le site). Le marketing ne pourra longtemps supporter de séparer les actes de consommation. On- et off-line constituent une continuité complexe.

* UGS : Unité de Gestion des Stocks (SKU en anglais, pour Stock-Keeping Unit)

N.B. L'importance de la PLV est souvent mal estimée ; rappelons qu'elle représente, en France, avec 3,7% (1 175 milliard d'euros), l'un des premiers postes des dépenses de communication des annonceurs, soit : plus que la presse quotidienne (2,9%), que la radio (2,8%), que le display Internet (1,9%), que l'affichage grand format et transport  (2,8%). Source : IREP, Le Marché publicitaire français 2011, juin 2012 (avec France Pub).
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lundi 28 mai 2012

LA Times Magazine. Style de vie en crise

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Copie d'écran de l'appli iPad
Un magazine ferme. Mensuel, se disant "Lifetime Magazine", le LA Magazine vit certainement ses derniers jours.
  • Abonnement : 10 $ pour 12 numéros. La distribution des 400 000 exemplaires s'effectue essentiellement par portage au domicile (82%) ciblant les "beaux quartiers" de Los Angeles à partir des codes postaux étendus (zip codes) : "The magazine is distributed in select zip codes that are home to affluent and educated tastemakers. Our distribution covers all 5 counties of the LA DMA" (Source : Media Kit).
Le LA Times, comme le Chicago Tribune, appartient au groupe pluri-média Tribune qui détient également plusieurs stations de télévision.

Le lectorat affiche pour le marché publicitaire des caractéristiques dites haut de gamme : population aisée (220 000 $ / an de revenus moyens), 94% ont fréquenté l'université, 89% sont propriétaires de leur domicile.  Prescripteurs de goût (à la mode !), dits tastemakers. Le magazine circule peu (deux lecteurs par numéro). Les annonceurs appartiennent principalement à l'univers du luxe, de la mode, de la décoration (Source : id.). Une appli iPad et un site Web accompagnent et dupliquent le magazine. Magazine célébrant un "style de vie" luxueux, de consommation ostentatoire ("conspicuous consumption", T. Veblen), il est sans doute vulnérable à une conjoncture de crise économique.

Le magazine fermera après le numéro de juin 2012. Licenciements probables. Un trimestriel lui succéderait couvrant les mêmes domaines, éditoriaux et publicitaires, divisant par 4 les coûts de distribution. Explication "langue de bois de la direction" : "the entire magazine industry has been faced with a very challenging environment". Cette fermeture confirme les difficultés de la presse américaine tant au plan des contenus que des recettes publicitaires ; le tout souvent couronné de mauvaise gestion. Petit à petit, une question s'impose : par temps de crise économique, peut-on rafistoler avec des moyens et des talents numériques un secteur sinistré ? Qui disait de la presse qu'elle était "la sidérurgie des bobos" ? Peut-être faut-il tout revoir, de fond en comble.
"We introduced ourselves to a young man we thought to be a social-media mogul
but turned out to be from the catering company". LA Magazine, novembre 2011
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dimanche 27 mai 2012

La TV découvre le refus de publicité

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Un procès va s'ouvrir aux Etats-Unis à l'initiative de plusieurs chaînes de télévision contre l'un de leurs plus important distributeurs. La cible est Dish Network, opérateur de télévision directe par satellite qui propose à ses sept millions d'abonnés un enregistreur numérique (DVR), The Hopper, doté depuis peu d'une fonctionnalité qui permet d'éviter les messages publicitaires présents dans les chaînes retransmises en prime time : "Auto Hop" dit parfois "Ad Hopper", qui "saute" par dessus les pubs (mais qui n'efface ni ne détruit). Toutefois, cette fonction dite "Primetime Any Time"ne peut être mise en oeuvre que le jour suivant la diffusion (à partir de 25H, ET). Les networks ont refusé de diffuser des messages publicitaires en faveur de cet appareil (refus de vente).

Mise à jour 31 mai 2012

Selon les chaînes, cet appareil remet en cause le modèle économique de la télévision commerciale et ne respecte pas le contrat de retransmission et les droits d'auteur. Fox, CBS et NBC portent le problème devant les tribunaux et demandent même des dommages et intérêts. Nous retrouvons une situation qu'ont connue, il y a une dizaine d'années, Replay TV et TiVo.
Les networks, à propos de Dish Network, parlent de VOD frelatée (bootleg), malencontreuse (wrongheaded) voire d'insulte. Et il s'est même trouvé un cadre d'agence média pour s'indigner que l'on ose mettre en question ("trashing" !) le modèle économique de la télévision commerciale (à quel titre, quid  de la neutralité média qu'attend l'annonceur ?).

Dish Network contre-attaque : les networks par leur menace (litigation) mettent en péril une innovation. Innovation limitée puisqu'elle ne fait que généraliser le principe du magnétoscope et de la télécommande. De plus, Dish Network paie les chaînes de télévision pour les retransmettre : cela donne aux abonnés le droit et la liberté de refuser ou d'accepter la publicité.
Public Knowledge, un groupe à but non lucratif qui milite pour l'ouverture publique du Web, la liberté et la transparence de l'innovation technologique prend le parti de Dish Network et de ses abonnés et lance une pétition de soutien à Dish Network par e-mail : "Tell old media to keep their hands off your DVR".
  • Le passage de la télévision au numérique secoue et remet en questions son modèle économique. Le décompactage (ou désagrégation, désarticulation) des programmes de télévision numérique - qui permet la VOD et la télévision de rattrapage - s'étend logiquement à la publicité qui est un programme parmi d'autres. Ce n'est qu'un début, cela touchera d'autres formes d'"encombrement" (clutter) des programmes : génériques, auto-promotion, séparateurs, etc. Progressivement, le téléspectateur reprend en main la programmation. D'ailleurs, sur la télécommande de Dish Netwrok, se trouve une touche pour avancer de 30 secondes, durée courante d'un message publicitaire.
  • Plus ces outils d'autonomisation des téléspectateurs se développent, plus s'affine la qualité de la réception publicitaire. Les annonceurs iront de plus en plus vers la publicité voulue qui sera plus chère parce qu'elle est plus efficace.
Et si l'on traitait la TV comme le Web ?

Appliquons, pour voir, le raisonnement des networks américains au Web. Dans ce cas, faudrait-il interdire à l'internaute d'effacer les cookies, condamner les logiciels de filtrage publicitaire (advert filtering) comme Adblock ou Fanboy ?
Mais il faut plutôt traiter la télévision comme le Web car la télévision tend inéluctablement vers le Web.Une fois connectée au Web, elle sera confrontée à la liberté constante et omniprésente des téléspectateurs. Il faut imaginer la publicité opt-in et respectant la vie privée. Au lieu de manoeuvres de retardement, mieux vaudrait préparer la télévision et ses clients à ce virage : optimisation du ciblage, capping, créativité des messages...

mardi 22 mai 2012

Vendre Internet au kilo octet

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Comcast, depuis longtemps déjà, cherche un modèle économique pour la commercialisation de l'Internet.
Comcast est un groupe média complexe et tentaculaire qui réunit aux Etat-Unis : des stations de télévision (O&O), deux networks nationaux (NBC et Telemundo), des chaînes thématiques, des sites Web et des studios (Universal). C'est aussi le premier câblo-opérateur américain (MSO) et le premier fournisseur d'accès Internet (FAI).
Comcast est l'une des premières puissances du marché média américain : ses prises de position sur le marché sont suivies avec attention et circonspection, d'autant que la FCC a autorisé la fusion Comcast / NBC sous réserves que soient respectées certaines conditions anti-concentration draconiennes.

S'inspirant des modèles économiques de la téléphonie, Comcast teste de nouvelles politiques des prix pour Internet.
Depuis 2011, les abonnés haut débit qui consommaient plus de 250 GB voyaient leur abonnement interrompu. Dorénavant, au-delà d'un certain forfait (300 GB, sans distinction de source, donc téléchargement pour Netflix et Skype inclus), l'abonné serait facturé (10$ par tranche de 50 GB ?). Cf. Blog de Cathy Avgiris qui dirige ce secteur pour Comcast.
Depuis 2008, l'abonnement inclut tous les contenus fournis par l'opérateur sur le câble (XFinity) mais pas les contenus transitant par Internet comme NBC.com, Hulu mais surtout Netflix ou YouTube.
Discrimination, disent certains, dont Netflix, qui en appellent à la FCC au nom de la neutralité du net.

Quel modèle économique pour le haut débit ?
Il semble impossible de concilier abonnement illimité et prix limité, qu'il s'agisse d'Internet ou de téléphonie. Faut-il traiter également tous les contenus ? Faut-il laisser les opérateurs gérer leur politique des prix à leur manière ? Qu'est-ce qui relève d'obligations de service public dans cette affaire ? Le développement de services de VOD tels que YouTube ou Netflix, Vudu ou Amazon, oblige les opérateurs à anticiper. Pour Comcast ou Time Warner, les problèmes sont d'autant plus cruciaux et sensibles que ces MSO sont à la fois fournisseurs d'accès et de contenus. Les opérateurs de téléphonie ne manqueront pas d'être concernés également.

Le président de la FCC, l'organe réglementaire américain a fait connaître son point de vue, favorable à un prix basé sur l'utilisation : "Usage-based pricing would help drive efficiency in the networks”. Une bataille commence.
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lundi 21 mai 2012

Ideas People Ad Network à l'ancienne

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Le groupe The Economist étend son ad network à l'Europe. Ideas People a été lancé au Etats-Unis en 2010. Cet ad network est remarquable par son classicisme un peu suranné.
  • Couverture potentielle selon comScore (février 2012) : 38 millions de personnes dans le monde.
  • Network vertical qui réunit les sites d'une cinquantaine de publications (58), dont The Economist, New Statesmen, Technology Review, Washington Examiner, International Business Times, etc.
  • Le network se spécifie en trois produits publicitaires : vidéo, mobile et un network thématique visant les personnels politiques américains, Ideas People Advocacy Network (network concurrent des sites d'information Huffington Post et Politico)
  • La cible est celle des gens qui ont des idées ("ideas people"), des ceux et celles que l'on écoute ("When they talk, the world listens"). Le ciblage s'effectue sans cookies, privilégiant les données "psychographiques" plutôt que démographiques.
Le positionnement "anti-cookies" de cet ad network / régie s'accompagne d'un retour aux pratiques traditionnelles de ciblage des médias analogiques. Son marketing à contre courant souligne le bénéfice de l'artisanat (meilleur contrôle de l'environnement, etc.), discours à la tonalité quelque peu luddiste contre les adexchanges, les algorithmes et l'automatisation. “Publications attract readers of a specific mindset and interest, therefore, selecting the right publications is the best way to get the right audience. We do not need cookies and algorithms for that. Our algorithm is our publisher list.”
L'argumentation met en avant une revendication de qualité : les "quality advertiser", "premium ad network", "premium content". Sur ce dernier point voir :

dimanche 20 mai 2012

Is the Living Room Losing the TV Battle?

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The living room used to be the TV room. The place where "all the family" converged for news and prime time programs. In the US, during the seventies, the Viet-Nam War was called a "living-room war" since  it took place every evening in America's living room, on the TV screen.
Now, not only is TV viewership fragmented into many channels and video sources, but family viewership is scattered throughout many places: bedrooms, garage, kitchen, basement, living room. Among these different places, the bedroom seems to take pride of place.

Source: Nielsen Wire, May 17, 2012. Unfortunately, this statistics does not take Out-of-Home into account.

This data would be even more convincing if all screens were taken into account (tablets and video games, smartphones and computers), as we have noticed with teenagers in the UK. The cause is probably not only digital media, it is first and foremost the consequence of teenagers' lifestyles. They want to be left alone, even if they are reading or doing homework.

All media follow the same trend as radio: they start in one room and little by little conquer other living spaces. At the same time, the cost of measurement increases along the line proportionately from a single audimeter (set meter) to a number of personal (people) meters as well as surveys that need to be "merged" for the advertising strategy.

"Where does the receiver go", asks the magazine Better Homes and Gardens in 1949. From its beginning on, and for many decades, TV was supposed to bring families together: "a kind of miniature clubhouse for a little family group". In the 80s', the TV set became "the home theater".
Now TV is entering a new era: it is everywhere. Paradoxically, watching TV is becoming less of a live social experience, it is becoming more of a virtual social experience.
One way or another, TV is social....


Références

Michael J. Arlen, Living-room War, 1982, Penguin, 242p.
Lynn Spigel, Make Room For TV. Television and the Family Ideal in Postwar America, University of Chicago Press, Chicago, 1992, 236 p. Index
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jeudi 17 mai 2012

Facebook, services for advertisers?

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Two car companies advertised in the same media environment during the same period of time. Advertising with Facebook? Ford says "Yes" ; General Motors says "No". Why? We have to go from stating to explaining. Obviously, GM made mistakes when using Facebook (in July 2012, the CMO win charge at that time, resigned!). Where are the mistakes? In strategy, creative work, planning, buying, timing, analytics? Who knows? GM should.

Facebook is not that simple. Targeting can be very subtle and precise. There are many kinds of advertising products (sponsored stories, display, brand pages, apps, etc.) that should be mixed, integrated and optimized. Like in no other advertising outlet.

When it comes to using television or magazines, marketing people rely on full history of cases, analytics, benchmarks, textbooks, research. They count on the experience of media agencies.
On the other hand, we have not yet accumulated the same capital of experience with Facebook (and other social media). We face a new learning curve: we will have to experiment, test, grasp new metrics. Learn by doing. For instance, GRP is a concept shared by all media specialists ; on the contrary, "engagement", "like", "friend" or "influence" are new concepts, not easy to deal with.
Xerox, for instance, has allocated a budget to learning through experimenting and monitoring (trial and error). Meanwhile, Nutella (Ferrero) used MMM (Marketing Mix Modeling) to understand and compare. They proved that, given their objectives, Facebook is more effective than TV (in Germany, for CPG ; cf. "Nutella sagt: Facebook performt besser als TV-Werbung"). We could also mention Walmart, which put all its American stores on Facebook, in 2011, with a personalized app (Walmart, média total du jour le plus long).

Matt Vandyke, Ford’s director of marketing communications, clearly summarizes the situation: “You won’t make the right choices if you view Facebook as an advertising network. You can’t just pick up advertising that would run somewhere else and put it on Facebook as an ad banner.” (in Forbes (May 15, 2012).

Facebook is still young, it is different from traditional media. The differences have been largely underestimated. Is Facebook only a media? Probably not. Mark Zuckerberg prefers to talk about "services". 


N.B. A recent survey by Greenlight, mentioned in the press, states that "44% of respondents never click on advertisesments or sponsored listings in Facebook" (in fact, it is only 38% since we understand that people who do not use Facebook do not click on ads!).
Total number of people surveyed is 500 for the entire world (among them 435 use Facebook): probably 109 persons in the USA! 13 persons for Asia...


CPG : Consumer Packaged Goods
MMM : Marketing Mix Modeling (Market mix modeling is used to determine the contribution to sales of media used in an advertising campaign. Multivariate regressions).
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mercredi 16 mai 2012

Sur le hoodie de Zuckerberg

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Le hoodie de Mark Zuckerberg restera l'emblème de l'entrée de Facebook au NASDAQ. On attendait du fondateur qu'il mît costume sur mesure, avec cravate et chaussettes assorties. Ce fut son habituel hoodie, sweat shirt avec capuche, sa signature : "signature hoodie". Lors de la cérémonie d'entrée en bourse, le CEO du NASDAQ offrira un hoodie à Mark Zuckerberg.

Dans ce hoodie, on a dénoncé un manque de déférence envers les acteurs du théâtre financier. Mark Zuckerberg ne jouerait pas le jeu comme il faut : son costume ne serait pas celui qui convient aux décors, à la situation. "Immaturité", stigmatise un "homme de finance". Interviewé par Bloomberg TV, un analyste déclare : "Je pense qu'il lui faut montrer aux investisseurs le respect qu'ils méritent parce qu'il leur demande leur argent" (texte en anglais ci-dessous). Rappelons que Zuckerberg a porté cravate pour rencontrer des Présidents (Etats-Unis, France). Le port du hoodie est un acte délibéré de communication.
Dans cette sémiologie vestimentaire, le hoodie symbolise l'écart entre la culture des ingénieurs, des développeurs, geeks et jeunes entrepreneurs, d'une part - Zuckerberg cumule plusieurs titres de noblesse de ce champ - et la culture des financiers, d'autre part. Folklore et réalité des startups, situation qui confronte des socialisations, des légitimités, des conformismes. Querelle de Modernes et d'Anciens. Déjà Google, dans son manifeste des premières années, revendiquait d'être "sérieux sans costume" ("You can be serious without a suit").

Pourquoi tant de bruit pour un simple hoodie ?
L'allure révérencieuse à quoi s'attend spontanément l'analyste, c'est le fameux obsequium spinoziste : "obéissance" et propension à suivre (sequi) les règles tacites du jeu social. "Volonté constante" qui est soumission par défaut, insensible, involontaire (à la différence de l'obséquiosité, ostentation, qui en fait trop). Savoir-vivre inculqué qui fait savoir rester à sa place et avoir le sens pratique de son placement. Alexandre Matheron, commentant le texte de Spinoza, voit dans l'obsequium "l'ultime résultat du conditionnement par lequel l'Etat nous façonne à son usage et qui lui permet de se conserver", le degré zéro de l'habitus, en somme. Pierre Bourdieu y soupçonne les bases du respect sacré de l'ordre social, "sacré qui se glisse dans des riens". Le hoodie fait voir, précipite ce sacré qu'un rien irrite.
En fait, le hoodie de Mark Zuckerberg traduit la phrase clef de sa lettre aux futurs actionnaires de Facebook, maxime qui désarçonna certains "hommes de finance" : "Nous ne réalisons pas des services pour gagner de l'argent, nous gagnons de l'argent pour réaliser de meilleurs services.”

Mise à jour 17 août 2012
Alors que The Los Angeles Times évoque les difficultés boursières de Facebook, revient la critique du style de Mark Zuckerberg par certains analystes. Occasion de trahir une antipathie condescendante pour Mark Zuckerberg (l'article ne dit pas ce qu'a créé ou inventé cet arbitre de la "corporate etiquette") :
"Zuckerberg's indifference to traditional corporate etiquette — he wore sneakers and his trademark hoodie for Facebook's first big investor meeting — is viewed as disrespectful of the corporate world he needs to win over.
"His behavior is what I would expect of someone his age — the hoodies and everything else," said Chris Whalen, senior managing director at Tangent Capital Partners in New York. "He's trying to appeal to his audience instead of being responsible to his investors. His job now is to run the company."

Sur le style de Facebook, voir l'ouvrage de Katherine Losse, The Boys King. A Journey into the Heart of the Social Network, 2012

Mise à jour 20 août 20124
En août 2014, la question de l'étiquette des ingénieurs du numérique revient avec la nomination de Mikey Dickerson à la tête du US Digital Service.

Références
Michael Pachter, analyste pour Wedbush Securities (cf. supra : vidéo de l'interview) :
“I think that’s a mark of immaturity. I think that he has to realize he’s bringing investors in as a new constituency right now, and I think he’s got to show them the respect that they deserve because he’s asking them for their money.”

Mark Zuckerberg's Letter to Prospective Facebook Investors, Forbes, Feb. 1, 2012. "We don’t build services to make money; we make money to build better services".

Henry Blodget, "The Maturation of the billionaire Boy-Man", New York Magazine, May 6, 2012

Brent Lang, in The Wrap, "Among the Facebook founder's perceived sins were his decision to wear a hoodie and keep audience-members waiting while he went to the bathroom. At 28, Zuckerberg is a technological wunderkind, but he's more accustomed to the looser Silicon Valley zeitgeist than he is with the more buttoned-up style of Wall Street".

Spinoza, Traité politique, II, 19. (1675 ; PUF, 2005, p. 108-109).
"Obsequium autem est constans voluntas id exequendi, quod jure bonum est et ex communi decreto fieri debet". Traduction de Charles Ramond : "Tandis que "l'obéissance est la volonté constante d'accomplir ce qui est bon selon le droit et doit être fait selon le décret commun". Brent Lang (cf. supra) rappelle que le hoodie a été considéré comme un "péché" ("perceived sin") : à l'obsequium (II, 19. "peccatum est..."), Spinoza oppose le "péché"comme désobéissance...

Alexandre Matheron, Individu et communauté chez Spinoza, nouvelle édition, 1988, Editions de Minuit, p. 349. Bibliogr, Index.

Pierre Bourdieu, Sur l'Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Paris, 2012, Seuil, Bibliogr., Index.
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lundi 14 mai 2012

Vie politique et confiance dans l'information

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Copie d'écran de la couverture (iPad)
Aux Etats-Unis, toutes les institutions qui font la vie publique sont regardées avec défiance ; en dix ans, leur cote a baissé de manière indiscutable. Sauf trois : l'armée, la police et, dans une moindre mesure, les petites entreprises. Sondage Gallup aux Etats-Unis (juin 2011 cf. infra) sur la confiance que les citoyens américains accordent à leurs institutions.
  • Les institutions politiques se rapprochent de l'étiage de la confiance : le Congrès (assemblées élues) est à 10%, la Présidence et la Cour Suprême sont entre 30 et 40%, le système judiciaire est au-dessous de 30%. 
  • L'école et la santé publiques se situent entre 30 et 40%. Les banques, en chute libre, sont passées en dix années de 58 à 23%. 
  • Les organisations syndicales se situent vers 20%, à peine au-dessus des grandes entreprises. 
  • Les médias d'information, journaux et télévision, sont passés au-dessous de 30%.
"Pourquoi les Américains détestent-ils les médias ?" demande Jonathan M. Ladd dans un livre de science politique paru en janvier ("Why Americans Hate the Media and How It Matters", Princeton University Press, 2012, 282 p., Bibliogr., Index.). 
L'auteur parcourt d'abord l'histoire de la presse à la recherche d'une réponse.
  • Première période, celle de la professionnalisation du journalisme et du prestige social qui l'accompagna. Augmentation des lectorats, des revenus publicitaires, réduction de la concurrence. La télévision, au début de son histoire, se développe dans un univers également oligopolistique. Dans cette situation favorable, les médias d'information (news media) s'uniformisent et s'autonomisent pour devenir une institution politique à part ("their own political institution") courtisée par le monde politique. "Quatrième pouvoir", la presse ferait l'élection. Cet âge d'or des médias d'information s'achève avec les années 1970.
    N° spécial de l'Humanité
    quotidien communiste, 12 /6/ 2012.
  • Depuis, l'institution médiatique voit son statut s'affaiblir alors que la vie politique se repolarise (partisanship) et que les médias s'émiettent, fragmentant les points de vue. Les choix des électeurs se restreignent, ceux du lecteur se dispersent. Cette dispersion culmine avec les médias numériques : le Web attise la concurrence. Polarisation de la vie politique et fragmentation des médias d'information convergent en attaques contre l'information institutionnalisée. 
Selon les enquêtes de l'auteur, deux causes semblent d'abord expliquer la défiance des Américains envers les médias d'information : une "rhétorique partisane" exacerbée et le format tabloïd de l'information. En conséquence, la défiance renforce à son tour le vote partisan, restreignant l'intérêt pour l'information et le débat économique. En même temps, l'évolution de plus en plus concurrentielle du marché de l'information aiguisée par la recherche lancinante de l'audience conduisent à privilégier une information de type "soft news", qui mêle, à une info simplifiée, du people et des faits divers. CQFD.

La science politique et la sociologie électorale françaises peuvent trouver des hypothèses explicatives à tester dans le travail de J.M. Ladd. Comme aux Etats-Unis, les médias français se fragmentent et s'éloignent de l'information dure, rigoureuse. Comme aux Etats-Unis, la bipolarisation de la vie politique française subit des variations mais la tendance actuelle (obstacles multiples à l'entrée dans le jeu électoral) semble favoriser le bipartisme. Quelle confiance l'électorat français accorde-t-il aux médias d'information, à l'institution médiatique ? Cela reste à évaluer. L'évolution du jeu politique français explique-t-elle, au moins partiellement, les difficultés des médias d'information ? J.M. Ladd devrait tester ses conclusions sur le cas français...

Source : sondage Gallup aux Etats-Unis (juin 2011), échantillon national 1020 personnes de 18 ans et plus.


dimanche 6 mai 2012

Téléspectateur non connectable

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Les acheteurs de téléviseurs connectés ne les connectent guère. D'ailleurs, le choix d'un téléviseur est déterminé par la taille de l'écran et par son prix plutôt que par ses prouesses technologiques. Les modalités d'emploi de la télévision, comme intérêt, restent confuses pour la plupart des acheteurs, et, d'après nos observations en magasin, souvent même aux vendeurs. Pour l'instant, cette télévision souffre de lenteur (buffering) et d'une ergonomie inadéquate (télécommande, interface, etc.). On est encore bien loin de ce dont rêvait Steve Jobs.
Les usages de la télévision connectée s'en tiennent principalement à YouTube et Skype. Comme prévu, et annoncé, YouTube est le premier "contenu" à bénéficier d'un téléviseur connecté.

C'est ce que nous retirerons de résultats de l'enquête futurePROOF de Kantar, réalisée par téléphone en Grande-Bretagne auprès de 2 052 personnes de 16 ans et plus, issus de la base d'enquêtés TGI. A cela s'ajoutent 6 interviews dits "ethnographiques" conduits dans des foyers connectés (février 2012).
  • Avec la télévision connectée, le problème, c'est la connexion. L'expérience télévisuelle, comme celle de tout média, n'a rien à voir avec la technologie. Pour le grand public, le téléviseur s'apparente davantage à la friteuse et au réfrigérateur qu'à l'ordinateur. Pour que l'expérience télévisuelle connectée réussisse, il faut que le téléspectateur puisse oublier la technologie. Ce que nous disons là était déjà vrai du magnétoscope, rarement programmé pour enregistré et utilisé surtout pour regarder des cassettes.
  • Le recours à des applis portées par d'autres écrans (multiscreentasking) est peut-être pour l'instant une meilleure solution d'interactivité, notamment parce qu'une grande partie des téléspectateurs est familiarisée avec le smartphone.
Que peut-on espérer des enquêtes sur un tel type de sujet ? Les déclarations recueillies par les enquêtes retrouvent fatalement des attentes technologiques que la question n'a pu éviter de suggérer ; en revanche, les pratiques observées ramènent aux usages. Pratiques et déclarations obéissent à des logiques séparées : les enquêtes doivent donc rééquilibrer leur méthodologie pour donner plus de place à l'observation. La futurologie implicite des enquêtes (future proof) sert souvent à inventer des arguments de vente ("It can boost sales arguments") et à célébrer l'avenir inévitable pour en accélérer la venue. Le marketing des médias, inséparable des supports technologiques, n'est-il pas souvent une déclaration d'amour de l'avenir technologique, une sorte d'amor fati.
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mercredi 2 mai 2012

Google and the Media Research Market

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Is Google becoming a major actor of the media research market? It enters this market with the help and legitimization of traditional research groups. Are they letting the fox into the henhouse? Are they opening up to new business? For Google, is this a question of diversification? Digital cultural hegemony? Or both?

Neutrality : Google is not media agnostic
  • The Web is Google's native advertising market : search, mobile and display (Google publishes since May 2012 a report on "Display Business Trends" .
  • Radio, press. Not finding ways to monetize them - for the time being - Google seems to have left these traditional markets. Nevertheless, BPA which wants to be "tag neutral" will work with Google Analytics tags (as well as Omniture SiteCatalyst, and Nielsen SiteCensus- which was until now the exclusive partner for online magazine audience measurement). 
  • TV. To the contrary of other traditionnal media, TV looks like a major target. Google needs a share of the television audience for YouTube, and Google TV. Moreover, Google needs to act before Facebook steals the show (cf. "Facebook's Great Advertising Expectations as TV's Risk Factors"). Digital Out Of Home,  In-store marketing ? Soon, probably. Again, Facebook and Twitter are real threats for Google (cf. Social TV, MultiScreenTasking).
New business model for media research
  • No field work (no questionnaires, no pollsters, no interviews, etc.), no panel (recruitment, management). For companies like Google, media research is primarily "big data" business. Fundamental research (math, algorithms) is done at the center (US), applied statistics is handled in peripheral countries. (N.B. this is partly Nielsen's model). 
  • Google could become one of the first companies to carry out measurements, handle mediaplanning and sell advertising altogether on a big scale, eventually international. In the long run, its only serious competitor seeems to be Facebook.