lundi 14 janvier 2013

Le marché américain de l'audience française

Copie d'écran de la Lettre de Stratégies du 14 janvier 2013
Trois sociétés américaines dominent le marché français de l'audience Internet telle que l'évalue le panel Nielsen NetRatings avec Médiamétrie : Google (avec YouTube), Facebook et Apple (iTunes). Cf. supra.
  • Comment apprécier la concentration de ce marché ? Concentration qui conduit à celle du marché publicitaire où l'on valorise d'abord la puissance (couverture x fréquence des contacts). 
  • Quel serait le classement des sites actifs sur le marché français effectué selon le volume des contributions fiscales ? Quel serait également le classement établi selon l'utilisation gratuite des infrastructures (réseaux, etc.). Où peut-on se procurer de telles données ?
Nous manquons d'outils techniques et de concepts pour penser et gérer "l'internationalisation" et la "mondialisation" de l'économie de la culture. Nous disposons surtout de dénonciations.
Il s'agit d'énoncer des problèmes généraux de recherche en science politique et en économie de la culture. Ce qui renvoie à la lancinante question de la souveraineté nationale et des pouvoirs régaliens en matière de gestion de l'Internet.
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8 commentaires:

XU Jing a dit…

Not only in France, youtube drew over 150 millions uniques viewers in a month, nearly 3x the number of unique viewers if its nearest rival: FB. Of course, those figures came from USA, not mention in the world.
Not only does YouTube lead in the world, FB is doing good, it has over one billions active users. So as Google, it has been estimated to run over one million servers in data centers around the world, and process over one billion search requests and about twenty-four petabytes of user-generated data every day.

Why are they popular in France, I guess it doesn't have any original tool in France. People likes to use those tools to integrity Internet, makes a contact with others.
In China, we use to log in some sites for instead of those tools. Tudou / Yoku = YouTube; Baidu = Google; RenRen = Facebook. Certainly, those webs are inspired by 3 leaders, but they became a normal tool for chinese people. Of course, they pay the tax.










Mlle Claudia a dit…

En effet aujourd'hui on constate une certaine américanisation dans différents domaines de la société française. Il y a une forte culture américaine notamment présente chez les jeunes mais aussi au sein des entreprises. En même temps, pourquoi intègre t'on si vite cette culture, si seulement car nous ne disposons pas d'équivalent. Et on peut voir que cela ne concerne pas seulement les médias et l'internet, l'influence des EU sur le marché français est forte notamment dans le domaine de la musique, de l'audiovisuel, du cinéma, la culture ou la presse, mais aussi les produits de grande consommation.
Je pense que là où l'américain est fort, est dans la création d'un model unique, facilement adaptable dans tout les pays, et c'est la force de Google, Facebook et Youtube. Facebook de plus est une interface qui non seulement connait un succès sur sa version américaine qui est disponible dans le monde entier, mais elle a vu de plus l'apparition d'adaptations, des répliques telles que Tuenti en Espagne, qui est un réseau sociale copié sur Facebook.
Je pense que cela fait partie d'une culture monde avec pour objectif d'uniformiser les gens autours de quelques éléments, ce qui permet de créer des références communes aux personnes. Ce qu'on appel aussi le softpower ou la diffusion de la culture et des modes de vie d'un pays grâce aux médias.
En ce qui concerne Google, c'est un des moteurs de recherche des plus puissant sur la toile. Honnêtement si du jour au lendemain on nous enlève Google, je pense que la majorité des français voir plus, sera totalement perdue, ne sachant pas où aller chercher l'information tellement que Google est devenu un automatisme. On ne réfléchi plus, nous avons tellement intégrer la culture Google que cela est devenu un automatique, encore aujourd'hui lorsque je me retrouve sur le moteur de recherche Bing, mon premier réflexe va être de taper “Google” afin d'exploiter ce moteur en particulier.
Enfin, Youtube, a su surfer notamment sur la culture musicale. Permettant de regarder tout les clips de nos groupes préférés, c'est la référence. C'est un outil en perpétuel évolution, qui plus loin que de proposer juste du visionnage de vidéos, permet de regarder des retransmission de concerts, suivre des émissions en direct via le streaming, il s'est enrichi avec les pages abonnés. C'est un outil que l'on peut importer sur n'importe quelle autre plateforme, liker, tweeter, google etc.

Kenji N. a dit…

Le commentaire précédent de Mlle Claudia :) soulève une question intéressante bien que largement traitée, celle de la mondialisation, de l'"américanisation" et de l'uniformisation des cultures sur laquelle je souhaiterais rebondir.

Il me semble qu'en réalité, la culture américaine ne constitue pas un modèle unique dont nous n'aurions pas l'équivalent en Europe mais qu'il s'agit davantage d'un ordre négocié et d'un processus de co-construction culturelle.
La majeure partie des valeurs et de la philosophie américaine se sont constituées contre ou en héritage de leurs racines européennes. Emerson, Thoreau, Jefferson etc..., les "pères fondateurs" des valeurs américaines puisent une part de leurs théories dans des logiques définies en Europe.

De même, le recyclage de la culture européenne est à la base d'un grand nombre des classiques de la culture de masse américaine (Disney par exemple) et les acteurs étrangers contribuent à co-construire et modifier la culture américaine comme le montre notamment Arjun Appadurai. Le softpower américain est puissant en partie car il dispose d'un puissant véhicule, Hollywood et que les enjeux liés à la diffusion des valeurs libérales ont été au coeur de la stratégie durant la Guerre Froide. On assiste cependant à l'émergence de nouveaux pôles mondiaux de diffusion culturelle initiée par des stratégies de développement, en Corée par exemple, ou le METI au Japon qui prévoit de développer cette filière.

Néanmoins, on ne peut le nier, cela ne suffit pas, et on ne peut comprendre (à mon sens) le discours sur l'uniformisation des cultures qu'en considération des configurations idéologiques internationales.

La principale alternative idéologique au libéralisme prôné par les américains, le communisme et son déclin avec le délitement des PC mondiaux et la chute de l'URSS, ont laissé le champ libre à une pseudo-fin de l'Histoire qui n'en est pas une. Néanmoins, l'on constate que le modèle néo-libéral est remis en cause et ce au coeur même des Etats-Unis (Ex: We are the 99%), les valeurs méritocratiques (M. Young), le rêve américain et autres sont largement remis en question et suscitent des interrogations sur leur validité en plus des modèles économiques sous jacents ( Pardoxe d'Easterling, développement durable....).

Néanmoins, il me semble, pour revenir sur Google, qu'il reflète un élément typique, les ambivalences de réception, la production de valeur dans le cas d'une filière inversée et les co-constructions identitaires.

Google et l'ensemble des acteurs du web surfent sur l'héritage des utopistes post-hippies à l'origine de leur conception. Les valeurs de collaboration, de co-création, de liberté de l'information sont prônées, un exercice sémantique de cooccurence montrerait certainement l'importance du mot share dans les publicités des acteurs des nouvelles technologies. Du socialisme chrétien revisité en somme. La encore, on surfe sur des concepts préexistants, on est dans une dépendance au sentier.

Kenji N. a dit…

suite du message précédent...)
Les acteurs du web n'ont pas la même réception dans les différents pays du monde, il suffit de voir l'importance de Vkontakt en Russie par exemple. De même, les usages de ces différents acteurs diffèrent. On peut utiliser Google aussi bien pour un but encyclopédique que pour chercher les plans d'une bombe artisanale ou faire un IED dans le but de faire exploser un char américain. Youtube contient un grand nombre de vidéos anti-américaines, communistes, à tendance fasciste etc...
En revanche, la production intellectuelle, est clairement modifiée. Mais il s'agit là d'un phénomène extensible à l'ensemble des logiciels, dans Powerpoint par exemple, en réalité, la forme c'est le message...

Concernant la prégnance des modèles américains en France, il me semble qu'il fasse resituer ceci dans une logique de configuration socio-historique en rappelant la formation des élites industrielles françaises dans le cadre du Plan Marshall, ramenant des logiques managériales, la mutation de nos modes de pensées, des profils de nos élites ( Du baron de Mackau, à l'ENS puis à HEC...) et, de la chiffrocratie (V. Gaulejac), du culte de l'audit (B. Hibou) et de la volonté d'objectiver et rationaliser le monde au maximum notamment par la peur du risque (U. Beck).

Comme pour Google, Facebook et autres, ces modèles ne font pas l'unanimité, ne sont pas intégrés de la même manière selon les pays, les individus, les catégories sociales. Le rejet du New Public Management, du culte du client en dépit de l'usager, de la politique des coûts contre la politique des moyens font partie de ces critiques. La crise économique, les enjeux futurs et la redéfinition des zones d'influence (I. Wallerstein) pourraient changer la donne.
Il me semble à mon avis que la question de l'internationalisation de la culture, de la concentration des acteurs du secteur mais aussi de la production des indicateurs (un algorithme est fait par un humain, c'est une construction sociale non exempte de biais) nécessitent une redéfinition méthodologique, afin d'éviter de tomber dans le techno-populisme le plus total (G. Chatelet).

Emna Guellaty a dit…

Plusieurs questions se posent vis à vis des méthodes d'audience. Tout d'abord, le web et ses systèmes de mesure tendent à supplanter de plus en plus (ou être utiliser de manière complémentaire mais croissante) les outils traditionnels. Ces derniers étant facile d'accès et d'utilisation.
Néanmoins, les mesures effectuées sont approximatives et issues d'algorithme dont la fiabilité n'est pas avérée à 100% ce qui relance la question sur la pertinence des indicateurs.
Dans un deuxième temps, il convient aussi de souligner la course à l'audience qui peut être effectuée sur le web, que s'agit il de valoriser ? La quantité de visiteurs uniques sur un site ? Le nombre de liens entrants et sortants ? Le taux d'engagement ? Le score global d'influence ?
Malheureusement les enquêtes qualitatives sont trop longues à effectuer sur des bases de données trop importantes et au final on ne relève que ceux ayant le plus de followers/like/visiteurs uniques.

Une question se pose alors sur la pertinence de ses données, notamment à cause de la possibilité d'acheter des fans ou des followers.
Par ailleurs, comment peut on mesurer sur les réseaux sociaux ou les pages web les classements de site, alors même que les pratiques internet divergent dans le monde et qu'une multitude de langue sont parlées ?

asmaemir a dit…

ComScore vient de publier les résultats de l’audience des sites en France en janvier dernier. Si les groupes américains dominent toujours le classement des sites les plus visités, les sites français affichent également de bons scores, tant en nombre de VU qu’au niveau de l’engagement.Les sites de Google continuent ainsi à occuper la première place du top 20 des sites les plus fréquentés, du coté francais, on retrouve :Orange /Sites des pages jaunes/Sites du groupe PPR/ Groupe Illiad-Free/ Site du groupe Lagardère/Vivendi /TF1/Dailymotion/M6.
Les géants du web américains se trouvent aujourd'hui dans des situations quasi monopolistiques qui leurs permettent de dicter leur loi et de contrôler le marche
Google est traditionnellement le leader en terme de moteur de recherche, ce qui fait de la société la porte d'entrée privilégiée des internautes. Par ailleurs, la marque dispose également de son propre navigateur (Chrome), de la mine d'or YouTube et de la régie publicitaire intégrée à son moteur de recherche (Google Ads).
La position de force des géants du web s'exprime de plusieurs manières, mais l'actualité récente démontre la difficulté de négocier avec ces empires numériques: Google vs Free. Ce dernier qui a exigé a Google de cofinancer les réseaux internet, l’argument principal de Free est que le succès de YouTube et l'arrivée imminente de la Google TV créent d'importants besoins en bande passante et par conséquent d’investir dans les infrastructures réseau

D’un autre coté , il y’a Apple avec son modèle complet qui a réussi a inventer de nouveaux marchés dans lesquels il occupe des positions de leadership. En parallèle de cette activité, Apple a développé l'App Store et l'iTunes Store, qui en font désormais l'un des leaders mondiaux en matière de distribution de contenus numériques.

Avec plus d'un milliard d'abonnés, Facebook est sans doute la plus grande et la plus précise base de données au monde.

Ce qui est sur que ces monopoles vont continuer a exercer une forte pression sur le web et le monde du numérique .

Hmeunier a dit…

La fréquentation de ces sites pose naturellement la question de la réglementation de ces derniers et notamment au niveau de la fiscalité du numérique . Ainsi certains grands acteurs du web tel que Google pratiquent l'évasion fiscale . En effet la plupart des grandes compagnies numériques américaines ont leur siège en Irlande, où la fiscalité est moins lourde qu'ailleurs. Il parait nécessaire de réviser complètement les concepts fiscaux en place puisque la fiscalité actuelle n'est pas du tout adaptée à l'économie numérique. Ainsi Fleur Pellerin a affirmé qu'il faut "intégrer quelque chose dans le projet de loi de finances" 2014 en ce sens.
Le rapport sur la fiscalité du Net, écrit par l'inspecteur des finances Nicolas Colin et le conseiller d'Etat Pierre Collin, propose notamment de taxer les données pour contourner l'optimisation fiscale et d'appliquer le principe du "prédateur payeur", c'est-à-dire qu'une entreprise adoptant des "comportements non conformes" serait assujettie à des taxes.

Johanna M. a dit…

Avec 260 millions d'internautes comptabilisés, les Etats-Unis sont toujours en tête des usages du Web. Cette population d'internautes actifs connectés à domicile constitue environ 82 % de la population américaine. En France le nombre d'internautes à domicile est estimé à 46 millions, soit 73 % des Français. Il en effet important de rappeler cet écart entre les populations d'internautes français et américains pour situer le contexte. Le géant Américain Google détrône toute concurrence. Pour la majeure partie de la population, la page d'accueil Internet est hébergée par Google, cela est devenu un automatisme. Des moteurs de recherche tels que Bing, Voila sont tout aussi performants mais peu d'entre nous y font appel. Pourquoi donc ?
Finalement on revient toujours à la même déduction, comment rivaliser avec le marché américain en terme d'audience ? C'est impossible: nous n'avons pas les mêmes moyens financiers, le même nombre d'habitants / de connectés ...