vendredi 11 décembre 2015

De la linéarité au linéaire TV


Sélection des services
explorés par l'appli
L'hebdomadaire français télé 7 JOURS est à vendre, dit-on : ce qui fut le magazine emblématique de la télévision linéaire serait sur le point d'être cédé par Lagardère. Le magazine a perdu plus de la moitié de sa diffusion au cours de ces 20 dernières années. Créé en 1944, l'Etat le revend en 1960, télé7 JOURS a accompagné et ponctué l'histoire de la France et de sa télévision, des années 1960 aux années 2000.

Vingt ans après que lTV Guide américain ait abandonné la partie, est-ce bientôt le tour de son équivalent français ? Ce n'est pas un très bon signe pour la presse dont il était un titre phare, et c'est un très mauvais signe pour la télévision traditionnelle, celle qui avait un horaire et dont on préparait le prime time dans les foyers, dès le lundi, avec un magazine. Le streaming et Netflix l'ont rendue obsolète, les réseaux sociaux aussi avec les plateformes mobiles. Les video streamers Chromecast, Roku, Amazon Fire TV Stick, Apple TV l'achèveront.

Comme le Lycée à l'époque de l'Université Impériale mettait tous les lycéens de France à la même heure pour une version latine (c'était la fierté de Fontanes, Grand-maître de l'Université), la télévision mettait presque toute la France à la même heure pour une série ou un film, "Au théâtre ce soir" ou "Apostrophe". Jacobine et nationale, cette télévision a fait son temps. Qu'est-ce qui unit encore un pays, qu'est-ce qui lui donne un peu de cohésion et de solidarité nationale, qui pourrait s'opposer à son démembrement (sur ces notions, voir Laurent Davezies) ? Cela devait être l'école, mais elle semble y avoir échoué... La conscription ? Abandonnée. Une langue nationale ?
La télévision fut un rempart de l'unité nationale. La télévision en miettes, est-ce un progrès ? Un progrès pour qui ? De cet univers télévisuel, seul le magazine était payant. Tous égaux devant la télé ?

Au moment où télé 7 JOURS tremble, Yahoo! publie aux Etats-Unis une appli gratuite permettant de rechercher une vidéo à la demande : Yahoo Video Guide : from searching to streaming in seconds ! L'appli recherche parmi les offres de Netflix, Amazon, Hulu et d'une quarantaine de grands fournisseurs de programmes sélectionnés par l'utilisateur. Finie la linéarité, finis les horaires, voici le super marché, le linéaire TV et ses têtes de gondole. A chacun son programme, à l'heure choisie, sur le support de son choix... programme payant.
Depuis plus d'un demi-siècle, l'école et la télévision semblent avoir suivi les mêmes transformations, allant du gratuit au payant, de ce qui rassemble à ce qui segmente. Qui en a décidé ? Le progrès, l'histoire des innovations technologiques, du commerce ? Cette histoire, le progrès, encore un procès sans sujet ?

Copie d'écran de iTunes preview.

9 commentaires:

Unknown a dit…

Si la télévision a été un jour un facteur d’unité nationale, ce n’est pas seulement parce qu’elle rassemblait des citoyens de la nation à la même heure pour regarder un même programme, mais surtout, il me semble, pour la force des programmes eux-mêmes.
Ce sont, par exemple, le charisme des présentateurs, la pertinence des messages, l’écriture ou la mécanique des émissions qui ont fait le succès de la télévision. Le reste – l’horaire, le support, le moyen de diffusion – n’est qu’un détail logistique, de mon point de vue.
« Content is king » : l’expression populaire illustre bien l’idée que c’est le contenu qui est fédérateur, et non pas le canal de distribution (pour revenir à la métaphore du magasin). Il suffit de voir le nombre d’abonnés aux Youtubers, en particuliers humoristes, et les communautés qui se constituent autour d’eux, pour constater ce phénomène.
Aujourd’hui, ce sont donc les métiers de la programmation qui sont en train de se transformer car, en effet, l’enjeu pour les chaines de télévision n’est plus seulement de proposer le bon programme au bon moment aux téléspectateurs, mais s’étend bien au-delà, notamment aux métiers du digital, englobant la monétisation, l’ergonomie, les réseaux sociaux, la collecte et le traitement des données, etc.

Camille Morel a dit…

Selon moi, la TV traditionnelle a su justement s’adapter à la démultiplication des devices et au désir des téléspectateurs de retrouver le contenu qu’ils souhaitent, quand ils le souhaitent et où ils le souhaitent. On a une TV de plus en plus nomade et personnalisable, en témoigne l’application francetv zoom qui permet de retrouver gratuitement sur son mobile des contenus France Télévisions qui correspondent à nos intérêts via un algorithme personnalisable.
Ce mode de consommation n’est pas propre uniquement à la TV, il s’intègre dans la volonté de personnalisation globale émise par les individus vis à vis des marques.
La télévision n’est pas morte, elle doit revoir son mode de consommation pour correspondre aux changements de mentalité des gens. S’il n’y a plus « d’union nationale » à la même heure devant le même programme, on assiste toutefois à l’apparition de communautés soudées autour de séries phénomènes comme Game of Thrones. L’engouement se joue alors au niveau international.
Par ailleurs, la TV reste une source d’information primaire pour les citoyens qui lors de grands moments politiques ou citoyens se tournent vers ce média. On le voit avec les records d’audience des chaines d’information lors des attentats de Paris en novembre où l’on pouvait suivre en direct les événements.

Louise Brinon a dit…

La vente de Télé 7 Jours s'inscrit dans une longue série de cessions depuis plusieurs années. En 2014, Lagardère avait déjà cédé 10 titres dont Be, Pariscope (édition papier), Maison & Travaux, Moto et Union, Psychologies Magazine et Première. Ces reventes s'inscrivent dans une stratégie de virage numérique.
Ceci, comme vous l'avez justement dit, n'est pas un très bon signe pour la presse écrite. En revanche, la presse connaît certes des difficultés, avec des recettes publicitaires en recul et des ventes en retrait, mais elle reste très présente dans le quotidien des Français. En effet, les utilisateurs peuvent désormais consulter l'annonce des programmes sur les sites web des titres écrits, ou sur leur application de téléphone. Selon une étude d'One Global publiée en avril 2014, le taux de numérisation des lecteurs est de 37 % pour la presse télévision.

En outre, les reventes des hebdos télé ne signent pas la fin de la télé traditionnelle. La télé est en train de se réinventer pour faire face aux plateformes SVOD et VOD, et d'autres moyens pour nous donner une idée sur le choix de nos programmes sont en train de se mettre en place. Par exemple, l'arrivée de la plateforme Molotov sur le marché va aider les téléspectateurs à choisir les programmes qui les intéressent grâce à un système de recommandation. Certes, le vieux programme télé version papier ne sera plus beaucoup lu, mais les contenus télé seront toujours regardés en masse. Donc la télé en tant que meuble du salon n’existera probablement plus mais ce média ne s’est jamais aussi bien porté, car le nombre d’écrans et la consommation de programmes se sont démultipliés. La télé ne va pas mourir mais probablement devenir un média de mobilité : comme la radio. Il restera toujours les live, l’information, le sport, l’événementiel, les grands rendez-vous. Ce sera la télé de l’événement.

En outre, la télé reste très puissante, car en publicité il faut créer du désir et l’exposition à la pub doit être agréable. Si ce n’est pas le cas, elle est mal perçue par le consommateur, et seule la télé offre cette possibilité aujourd’hui.
De plus les annonceurs ont encore besoin de médias de masse parce qu’ils veulent toucher des cibles larges. Donc la télé reste un média incontournable.

tgderuty a dit…

Bien qu'étant moi meme le type de personne qui ne regarde pas la télévision, préferrant les services VOD ou meme ocasionnellement le pirtage, je suis quand meme triste de voir le modèle du contenu livré de facon linéaire sans influence de la part du spectateur disparaitre. En effet ce modèle est utile pour un certain nombre de consomateurs qui ne savent pas toujours ce qu'ils veulent consomommer.

Une blague faite souvente sur l'expérience Netflix est que l'on passe plus de temps a choisir un film que le regarder. J'ai vu beaucoup de gens en ligne demander une sorte de Chaine TV Netflix qui fasse une programmation automatique en fonction des gouts du user. Parfois trop de choix nous enlevent l'envie de consommer. Je ne retrouve plus le nom du service mais YouTube avait à une époque un version du site ou tout est en autoplay comme sur une chaine TV. Elle permet à l'internaute de se poser devant le site et sans intéraction, se faire livrer du contenu par les algorithmes Google.

Marine Odt a dit…

La linéarité va-t-elle disparaitre ? Je n'en suis pas si sûre. Quand bien même les nouveaux services de streaming, de VOD ou de télévision de rattrapage aient bouleversé le marché de la télévision, le modèle linéaire de cette dernière n'a pas vocation à disparaitre. Ne généralisons pas l'utilisation des nouveaux services à l'ensemble de la population française. De même, n'oublions pas l'attachement des spectateurs aux programmes de divertissement ou encore aux films du dimanche soir. Enfin, partageant l'avis de Thomas, je dirai même : ne sous-estimons pas l'envie des spectateurs de se laisser guider plutôt que de passer tant de temps à trouver le programme qui plaise et mette tout le monde d'accord !

De ce fait, l'existence d'un média tel que Télé7JOURS me semble toujours pertinente. Par ailleurs, n'oublions pas qu'il s'agirait d'une vente à un autre groupe média. Tout espoir n'est pas perdu !

Hana Stopnicki a dit…

La corrélation entre la baisse des ventes du magazine et la fin des grands rendez-vous télévisuels n'est peu être pas si forte.
Aujourd'hui certain programmes comme les séries ont des effets extrêmement fédérateurs et rassemblent des millions de personnes sans pour autant être consommées simultanément.

En france l'arrivée de la plateforme Molotov TV ne devrait pas arranger l'avenir de la télévision linéaire. La plateforme rendra disponibles les programmes des chaines pour une durée plus longue dans le temps que la télévision traditionnelle. Cela pourra permettre à certain programmes d'avoir une seconde période de temps de visionnage et ainsi espérer gagner de nouveaux spectateurs. D'ailleurs exceptées les chaines du groupe Canal+ toutes les chaines de télévision gratuites ont acceptées de se prêter au jeu et diffuseront leurs programmes sur la plateforme en complément de leur diffusion linéaire.
"Les chaînes gratuites ont accepté parce qu’elles ont vocation à être distribuées le plus largement possible"affirme Pierre Lescure.

Ceci dit la démographie française compte beaucoup de senior dont les habitudes de consommation restent linéaires.
A en juger les dernières estimations d'audiences de la télévision, les français passeraient en moyenne 3h30 par jour devant leur poste. Et certain grands évènements notamment sportifs rassemblent toujours des millions de spectateurs.

Sarah Zarka a dit…

Les chaines de télévisions historiques (les 6 premières) ont connu deux chocs successifs depuis 2011.
Le premier intervient après l’apparition de la TNT et l’arrivée des nouvelles chaines, qui se positionnent en chaines concurrentes aux chaines historiques. Bien que l’audience soit assez limitée, les nouvelles chaines gagnent quand même quelques parts du marché (et donc du potentiel publicitaire).
Le second choc est la concurrence des contenus numériques non linéaires, avec l’apparition du phénomène ATAWAD. Ainsi, le spectateur peut choisir un autre mode de consommation que la chaine de télévision éditorialisée linéaire, puisque les abonnements SVOD donne accès à des contenus non éditorialisés. On peut donc se faire sa « propre chaine » de télévision (idée qu’à développer Yahoo! notamment) , à partir de ces plateformes Vod et Svod, bien que la palette de contenus ne soit pas la même qu’une chaine historique linéaire.

Cependant il convient de préciser que la consommation dématérialisée de vidéo ne prend pas encore le relai sur la télévision linéaire. On a une chute du support physique mais pas encore de substitution du chiffre d’affaire qu’avait le support physique. Il s’agit pour le moment d’une période de transition où la télévision traditionnelle se réinvente et s’adapte aux nouvelles pratiques de consommation des citoyens.
De plus, l’importance des programmes de flux en France semble assurer l’avenir de la télévision linéaire. Ces programmes qui sont amortis en une diffusion arrivent toujours à réunir autant de spectateurs. C’est le cas du divertissement, du jeu ou encore du sport. Pour ces programmes, on évite le Replay parce qu’on veut les regarder ensemble, en direct.

L’avenir des magasines de programmation comme Télé 7 jours, alors qu’il s’agissait d’un titre phare de la presse il y a quelques années, est remis en question dans la mesure où c’est le reflet du fait que les français sont de moins en moins intéressés par les grilles de programmation prévues. Ce n’est pas un bon signe pour la presse écrite, mais pour le moment, la conséquence du rachat de télé 7 jours n’est pas aussi négatif que ça pour la télévision linéaire.

La télévision reste un média essentiel pour les français, et on voit qu’en cas d’événements importants (attentats à Paris notamment), la télévision reste le premier média sur lequel se tourne les Français.

alia Karaborni a dit…

On parle beaucoup de la "mort de la télévision" avec l'avénement d'internet, la mort de ce genre de magazines est donc la conséquences de ce changement, En effet, les téléspectateurs habitué à regarder la télévision et à vouloir connaitre la grille de programmation peuvent avoir ce programme directement sur leur box TV ainsi que sur l'option de télévision de rattrapage.
Les magazines sont devenus obsolètes dans un monde digitalisé. De plus de nombreux sites internet informent des grilles de programmes, le téléspectateur ne trouve plus le besoin d'acheter ce magazine s'il peut avoir la même chose en ligne.

Ces magazines ne sont plus très modernes et représentent à mon avis une génération révolu où l'on achète son pain et son télé 7 jours. Ces magazines peinent à survivre mais s'ils ne se renouvellent ils ne risquent pas de perdurer...

Anonyme a dit…

Il est nécessaire que ce Magazine se réinvente et qu'il dépasse le simple "Programme TV". Avec le développement du smartphone, le marché de la télévision a totalement été bousculé. Le digital a tant impacté l'accès au contenu (arrivé de nouveaux acteurs tel que Molotov) que le contenu en lui même (offres OTT).
Télé 7 jours doit prendre en compte ses changements dans sa ligne éditoriale et proposer des articles sur ces nouvelles offres. Il pourrait ainsi être intéressant de faire une grille de sortie des nouvelles séries Netflix: data de sortie des séries, analyse de la série, interview des acteurs etc.

ChristopheMarinho226