jeudi 29 décembre 2016

Le câble américain investit la domotique


La proximité des médias avec la domotique est évidente : les médias électroniques passent par l'équipement du domicile, par les connexions Internet et par le câble ou le satellite, les télécoms : smart home, maison connectée.
Pour les foyers, le souci de sécurité rencontre le confort de l'automatisation et de la gestion à distance (protection de biens, éclairage, rideaux, volets, serrures, portes, audio, température, etc.). La gamme des services s'étend avec le développement des serveurs vocaux comme Amazon Echo (Alexa) ou Google Home. La plupart des services de domotique se pilotent avec des applis de smartphones (Apple Home, Echo, Android) tout comme de nombreux appareils ménagers (téléviseur, machine à café, aspirateur, etc.).

Comcast, le principal Multi System Operator (MSO), a annoncé en juin 2016 sa volonté de prendre le contrôle de Alarm.com, entreprise spécialisée dans la domotique, si toutefois la Federal Trade Comission (FTC) autorise ce rachat. Or Alarm.com se propose de racheter Icontrol Networks, sa principale concurrente. L'opération, si elle aboutit, mettra Comcast en situation dominante dans le domaine de la domotique (Smart Home As a Service). Domination qui peut s'apprécier au nombre de clients mais aussi au nombre de brevets décisifs que détiennent ensemble Icontrol et Alarm.com (qui développe Xfinity Home, de Comcast). Icontrol collabore déjà avec des câblo-opérateurs : Cox, Comcast, Rogers (Canada), Bright House Networks... De plus, Icontrol a des ambitions internationales : l'entreprise collabore déjà au Japon avec des opérateurs du câble et en Australie avec Telstra.
Au-delà des équipements domestiques, la domotique vise le marché des petites entreprises.

Le développement de ce secteur semble logiquement visé par les grande entreprises du numérique et des médias qui peuvent y espérer complémentarité et diversification de leurs empires : Google, Amazon, Apple, Comcast. La définition du périmètre de concurrence est bouleversée par leur entrée sur ce marché comme dans celui de la publicité extérieure qui se numérise. Tout secteur économique qui se numérise voit se redessiner radicalement son périmètre de concurrence.

3 commentaires:

bruno schmutz a dit…


Très intéressant, comme à chaque fois. Merci François !
Je l'ai posté sur LinkedIn, comme les précédents (qui ont tous un large succès d'audience !)
https://www.linkedin.com/pulse/activities/bruno-schmutz+0_2XUV--clK1zLiYyY4WKT9C?trk=nav_responsive_sub_nav_yourupdates

J'en profite pour te souhaiter une bonne année 2017 !
Amitiés
Bruno

claire.manzano a dit…

La question derrière ces rachats est encore et toujours celle de la possession et de l’utilisation de la data : quelle qualité, et quelle profondeur ?

Google reste l’acteur le plus avancé dans la collecte de données à 360° sur l’utilisateur, et cela ne fera que s’accélérer avec son arrivée dans tous les domaines de la vie quotidienne : médecine, automobile, télévision, etc.

Pour Comcast, premier cablo-opérateur américain, qui détient l’ensemble de la chaine de valeur publicitaire, de la distribution de câble à la production et à la diffusion de contenus via ses networks, la collecte de données via le foyer connecté représente une diversification puissante.

Reste à savoir quel traitement sera fait des données collectées, et surtout quel croisement : le conglomérat pourra-t-il matcher ses foyers abonnés à leur consommation énergétique par exemple, afin de leur délivrer la bonne publicité ciblée via leur télévision ?
Les possibilités semblent infinies, et les autorités de régulation un peu dépassées par la convergence des secteurs.

Mariana Durandard a dit…

Il existe un second point, découlant du premier point soulevé par Claire : il s'agit du risque de piratage de ces composants de domotique, et donc de celui des données de l'utilisateur.

Les résultats d'une étude sur les risques de piratage liée à la domotique, lancée par Kaspersky Lab en 2015, sont sans appel : pratiquement tous les appareils testés se sont révélés vulnérables. Ce constat a été vérifié dans les actualités récentes avec l'attaque par déni de service (DDoS) dont a été victime l'hébergeur de données OVH, résultat du piratage plus de 150 000 caméras de sécurité. Une attaque similaire a paralysé le service DNS Dyn. En parallèle, de plus en plus de vidéos YouTube font sensation en montrant comment pirater un système d'objets connectés.

La sécurité sera est donc un véritable enjeu pour des opérateurs comme Comcast qui investissent dans la domotique : elle doit s'opérer au niveau des objets, des terminaux qui les contrôlent, des réseaux transportant les données et au niveau des serveurs qui les stockent. On voit bien que les opérateurs sont au centre de la chaine de valeur de la sécurité et c'est pour cela qu'ils devront investir en parallèle sur l'acquisition ou le développement de solutions performantes de cybersécurité et de cryptage.

Enfin, un autre défi sera celui d'éduquer l'utilisateur à prendre ses précautions pour minimiser les risques.