dimanche 11 décembre 2022

Un magazine qui se veut beau : manifestement optimiste !

 BEAU demain. Magazine manifestement optimiste, trimestriel, automne 2022, 16 €, 196 p. distribution MLP.

C'est un magazine que l'on nous promet trimestriel. Il est beau comme un livre. Bien sûr, le beau est difficile à définir et le magazine "écoute la richesse de ce temps fragile mais créatif, curieux, généreux et militant". Ainsi il "Renoue avec le beau. Et permet de l'éprouver". Voilà le programme qu'annonce la rédactrice en chef, Charlotte Roudaut (p. 12), face à une bouteille de Champagne, Blanc de Blancs, de Ruinart. Donc pas de définition mais des exemples, et la publicité en fait partie, celle de Chanel qui se vante d'un "temps d'avance sur la beauté", celle du rouge d'Hermès pour qui "la beauté est un geste", celle du livre de Michel Pastoureau qui raconte "l'histoire d'une couleur, le blanc", ou d'Agata Toromanoff, "Sculpter la lumière", "Panorama en 500 lampes", et enfin, celle pour la Suisse ("J'ai besoin de nature, J'ai besoin de Suisse"). 

En fait, il y a de tout dans Beau : un article sur Patti Smith qui évoque l'environnement, un article sur des librairies de Tokyo, ou encore sur Ali Akbar piéton de Paris, vendeur de journaux à Saint-Germain des Prés.  Il y a un article sur le lavomatic à New York qui invite à refuser la machine à laver domestique, celle que chacun a chez soi. Et puis, il ya la moisson par Triticum (à Rouen), de la cuisine avec une tarte "citrouille, épices et chantilly de coco", il y a aussi la nouvelle vague du design au Portugal. On rencontre encore le prix Nobel d'architecture, Diébédo Francis Kéré, qui invente des bâtiments au Burkina Faso. On rencontre aussi Jean-Guillaume Mathiaut, sculpteur sur bois et architecte. Car il faut de tout pour faire un magazine, et il y a de tout dans Beau

Comment ne pas penser à Platon et à l'Hippias Majeur ? "Récemment, en effet, dans une discussion où je blâmais la laideur et vantais la beauté de certaines choses, je me suis trouvé embarrassé par mon interlocuteur. Il me demandait, non sans ironie : " Comment fais-tu, Socrate, pour savoir ce qui est beau et ce qui est laid ? Voyons, peux-tu me dire ce qu'est la beauté ?" Et moi, faute d'esprit, je restai court sans pouvoir lui donner une réponse satisfaisante." (Platon, Hippias Majeur, 286 d, 1921 - 1965, Paris, Les Belles Lettres, texte établi et traduit par Alfred Croiset). Beau reprend ainsi le dialogue de Platon, "Sur le beau, genre anatreptique". Qu'est-ce qui est beau ? Par exemple, dit le dialogue, une belle jeune fille, une belle jument, une belle lyre, une belle marmite, l'or, l'ivoire, la cuiller en bois de figuier ou encore le plaisir causé par la vue ou l'ouïe... On n'aboutit à rien ou à tout, au bout de cet inventaire, et Socrate de conclure que "le beau est difficile" (304 e). Dialogue infructueux donc, mais réaliste ! C'est le sens d'anatreptique, Socrate a tout mélangé et l'on aboutit à rien, à une aporie (ἀπορία). Pas de définition, seulement des objets, plus ou moins beaux.

Beau, le magazine nous fait penser à ce dialogue platonicien : il y a du beau partout et le beau est difficile à définir. On l'invente, on le trouve, au hasard des rencontres. Bonnes lectures, bonnes idées... car le magazine a une longue espérance de vie ; il sera lu et relu, au cours d'une vie qui dépassera les trois mois de sa périodicité annoncée. Et l'on attend les prochains numéros : quels contenus ? Pour les réponses, relisez l'Hippias majeur car "le beau est difficile" mais le magazine est optimiste !

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