vendredi 30 mai 2014

Programmatic ad buying for all video advertising markets


What is programmatic ad buying ? 
Instead of manual insertion orders, mails, RFPs, face-to-face human negotiations and lots of discussion, programmatic is mostly a world of data and automation, auctions, rules and market places. With traditional advertising, humans talk to humans (buyers to sales people) ; with programmatic advertising, machines talk to machines.
It all started with media buying for the Web (display ads). Programmatic takes over because it lowers transaction costs (information, bargaining, policing): less middle players are involved (but with new skills), meaning less friction, fewer mistakes, less waste. Only data-driven marketing can shorten the sales process, improve targeting efficiency and personalize ads (according to context, behavior, etc.). Programmatic ad buying will represent 42% of display ad buying in 2014 in the U.S.A. (source : Magna Global, September 2014).
What the Web started will soon affect TV planning and buying as well as Digital Out Of Home (DOOH). For the time being, the most current and well-known form of programmatic is Real Time Bidding (RTB), but there is also data-driven creative, real-time analytics (with GRPs), real time optimization, digital in-stream video ads, deals (Twixt, AppNexus)...

Programmatic for TV
In the USA, many TV networks are considering programmatic buying. ABC (national network owned by Disney) along with ABC Family will launch a trial this summer with FreeWheel, a company specialized in the monetization of video. FreeWheel was bought in March 2014 by Comcast. FreeWheel was originally started by ABC (through Steamboat Ventures, affiliate of Disney), DirecTV and TBS.
The trial will use FourFronts Programmatic, a software solution to connect SSP (ad sellers, supply) and DSP (ad buyers, demand). FreeWheel will provide inventory management and adserving. No linear inventory will be included, yet.
TV will slowly go programmatic, starting with cable or satellite channels, local stations or VOD before finally reaching the prime time upfront market (programmatic guaranteed). Cox Cable will use Clypd to sell commercials the programmatic way.
Note that in order to align with digital video, TV must first take viewability into account (selling only viewable impressions).
What needs to be tested first is the impact of automation on advertising value: even if the TV inventory is limited, TV networks fear a decline of advertising price as seen with Web programmatic.

Programmatic for Digital Out Of Home (DOOH) / Digital place-based media
To go programmatic, DOOH needs measurement techniques able to produce data to drive targeting. Data must include demos and geolocation (indoor positioning for subway or rail stations, malls or supermarkets) as well as "real world" context (aisles in store, etc.) to deliver relevant ads. In September, PumpTV (Australia) started automatically trading advertising (RTB) using a platform powered by Videology.
In-store analytics come with smartphones and sensors (iBeacon, Estimote, OnyxBeaconnomi, IndoorAtlas, etc.). Note that Apple iOS 8 keeps Wi-Fi from identifying iPhones (MAC address randomization).
There is also face recognition: with Eikeo or Quividi, as well as with NEC FieldAnalyst or with myAudience, advertisers can describe and target audiences according to gender, age group.
Many companies are already implementing programmatic in DOOH:  Xaxis Places, Vistar Media, SN: Xchange (Kinetic), PlaceIQ, Vukunetetc.
But, first, OOH needs accredited measurements (MRC, CESP) and reassuring privacy enforcement.

All video media are equal under programmatic
With data, all video media will embrace programmatic work flow. Digital video ad convergence means video ad campaigns (and GRPs) across all viewing platforms and devices.

Exemple : sociomantic (racheté par Tesco).


lundi 26 mai 2014

Audiences TV et temps libre


Comment expliquer les variations globales d'audiences de la télévision ?
Le mois de mars 2014 a vu les audiences de la télévision en France baisser significativement par rapport à mars 2013 : 14 mn de moins pour les plus de 4 ans, 17 mn de moins pour les fameuses "ménagères de moins de 50 ans" (Source : Médiamétrie). Explication donnée communément : la météo, mars 2014 fut un mois d'hiver doux, donc défavorable à la fréquentation de la télévision.

La météo ? L'environnement concurrentiel de la télévision, c'est le vrai monde, l'ailleurs, le temps qu'il fait. "Parlez moi de la pluie et non pas du beau temps, le beau temps me dégoute et m'fait grincer les dents, le bel azur me met en rage", chantait George Brassens (1960). La télé approuverait.
S'il fait beau, les téléspectateurs prennent l'air, ils sortent. Ils se dé-programment. Car leur vie est très programmée. Par les horaires de travail, les horaires scolaires, les horaires des magasins et les rendez-vous divers ; il en pleut des rendez-vous : pédiatre, coiffeur, parents d'élèves, garagiste, co-propriété, etc. Et puis les fêtes et célébrations de toutes sortes...
La société des loisirs n'est pas une société du temps libre, au contraire. La liberté de l'emploi du temps y a été limitée, aliénée.

La télévision cherche à programmer ce qui reste de liberté, à s'intégrer dans les emplois du temps, à s'y faire une place, régulière : il y a des applis et encore des magazines pour cela. Avec ses grilles et ses chaînes, la télévision traditionnelle se nourrit de la liberté du téléspectateur ; celui-ci s'acharne à reconquérir sa liberté avec le numérique : délinéarisation, VOD, streaming, enregistrement pour différer la consommation, binge viewing...
Une météo clémente libère le téléspectateurs des chaînes et des grilles de la télé. Quelques degrés... de liberté de plus.

dimanche 25 mai 2014

Magazines : histoire et proximité du lointain



hier en FRANCE. une histoire de la vie quotidienne des Français au XXe siècle
bimestriel, 6,5 €, 68 p.

Encore un magazine qui exploite le filon historique. Au cours des dix années passées, ce sont près de 1 300 titres nouveaux et hors série qui ont choisi une thématique historique ; toute l'histoire est mise à contribution par la presse magazine, histoire ancienne ou contemporaine, histoire culturelle, histoire militaire, religieuse, histoire régionale, histoire du sport, de la musique, histoire de l'automobile, histoire de l'art... (Source : Base MM, 31 600 titres).

A l'évidence, la presse française est travaillée par l'histoire, et notamment par le passé proche, par le XXe siècle et ses guerres. Tout fait histoire, disait l'Ecole des Annales. Histoire vivante, multiple, Hier en France, pour son premier numéro juxtapose et isole six faits d'histoire banale : la tuée du cochon, Saint-Germain des Près à la Libération, le cyclisme entre les deux guerres, les maisons de prostitution, Cointreau, les femmes de marins.
Documentés, ces faits sont évoqués, illustrés avec des photos, surtout des cartes postales. Or la carte postale, si elle est un document précieux, est l'image embellie, grand public, que se donne une époque d'elle-même, qu'elle met en avant, un cliché souvent. La carte postale pose : risque de folklorisation (tourisme) que les faits et le commentaire doivent contrebalancer, rectifier.

Entrée bon gré mal gré dans l'Europe, bousculée par de nouvelles immigrations, réinventée par l'économie et les médias numériques, la France d'aujourd'hui ne peut plus se reconnaître dans ses images du siècle passé. Ni le village de la France rurale où l'on tuait le cochon, ni l'économie du charbon et les corons ne disent plus rien aux générations d'aujourd'hui. Hier, c'est tellement loin ; la France dont parle le magazine n'est plus.
Restent deux types de passés que le magazine aborde et construit.
D'une part, les racines lointaines, vagues et presque oubliées du présent : le vélo et les "forçats de la route", ou encore, les marques, par exemple. Ainsi, dans ce numéro, l'histoire de Cointreau et de son Triple-Sec est rappelée, avec sa publicité : packaging, affiches et premier film de cinéma publicitaire. Il y a aussi le Tour de France et sa caravane publicitaire.
D'autre part, il y a l'histoire de ce qui a disparu et dont ne reste presque rien, sinon des romans, des musées et des images : la mine, la silicose, les grèves, les catastophes, la pêche en mer au loin, les naufrages, terre-neuvas... France fondamentale et fondatrice qui s'estompe, Germinal et histoire au baccalauréat. Les catastrophes minières ont lieu ailleurs...

"Proximité du lointain", dit-on, que cette histoire sans événements historiques, histoire sans histoire de tous les jours d'autrefois, "lieux de mémoire" où l'on a du mal à se retrouver, à s'imaginer. La presse magazine du rayon histoire en fait son miel : elle est, avec ses centaines de numéros, le manuel périodique d'histoire contemporaine.

vendredi 23 mai 2014

Upfront TV market aux Etats-Unis 2014-2015


Voici bientôt l'été, c'est le temps de la vente d'espace télévision à l'avance : upfront market. On dit chaque année que cette manière de vendre la télévision devrait cesser bientôt, qu'elle a tous les défauts, qu'elle est ringarde en ces temps programmatiques. Mais, pourtant, acheteurs et vendeurs d'espace se retrouvent pour un marché avec garanties sur GRP des écrans de l'année télévisuelle à venir.
Que prévoit-on ?
Les augmentations de prix de l'espace (CPM) devraient cette année se situer entre 4 et 7%, soit un peu moins que l'an passé. CBS serait en tête, suivi de ABC et Fox ; seul CW (mini network de CBS / Warner Bros) verrait son CPM baisser. Ed. Paparazian (Media Dynamics) prédit 5,5% d'augmentation globale pour les 5 networks, en prime time. On attend surtout la stratégie de NBCUniversal (désormais groupe Comcast) qui, cette année, a dominé le marché auprès de la cible publicitaire essentielle des 18-49 ans (première victoire au cours des dix dernières années) et qui propose une programmation prometteuse (cf. New Season 2014-2015). Logiquement, NBCUniversal devrait rejoindre le niveau de CPM des autres chaînes.

L'enjeu global de l'upfront market américain est de près de 20 milliards de dollars que se partagent presque également les chaînes généralistes terrestres (networks) et les chaînes du câble et du satellite. On prévoit une légère augmentation des revenus des chaînes du câble et satellite, les chaînes généralistes terrestres maintenant leur situation.

Donc tout va bien pour la télévision. Ni Netflix, ni YouTube, ni le programmatic ne semblent assombrir ou inquiéter le marché. Pour l'instant.

mercredi 14 mai 2014

Trois chaînes de TV pour le soccer américain


La conquête de l'Amérique du Nord par le football (soccer ou fútbol) se confirme.
La Major League Soccer (MLS), qui vient d'avoir 20 ans, réunit 19 clubs professionnels des Etats-Unis et du Canada, bientôt 21. Le public des spectateurs dans les stades s'accroît (6 millions de personnes en 2013) et l'expansion géographique est en cours dans les grands marchés télélévisuels hispanophones (Atlanta, Miami, Orlando).
C'est à la télévision que se joue l'économie du foot or les audiences sont encore faibles et ne s'accroissent guère. Mais cela changera peut-être avec la nouvelle grille qui est mise en place.

Un accord de 8 ans, 2015-2022, a été signé avec trois grands groupes de télévision concernant un ensemble de 125 matchs pour  90 millions de dollars par an. S'y ajoutent les matchs à domicile des sélections nationales féminine et masculine. L'accord concerne les chaînes diffusant en anglais (ESPN, Fox) et en espagnol (Univision, UniMás, USPN Deportes, Fox Deportes). Mais on est encore très loin des sommes mises en jeu par la NFL (football américain) : ESPN paie 2 milliards de dollars par an pour 16 Monday Night Football.

L'objectif premier du contrat était de créer une fenêtre régulière de programmation du football facilitant la fidélisation des fans et des télépspectateurs, et contribuant à l'image de marque nationale de ce sport.
En résumé :
  • ESPN / ESPN2 a le dimanche après-midi (17h)
  • Fox Sports 1 a le dimanche début de soirée (19h)
  • Univision avec UniMás et Univision Deportes a le vendredi soir et un résumé (wrap show) le dimanche
  • Le streaming et le pay-per-view reviennent à ESPN3 (retransmission des matchs hors DMA) et aux fournisseurs habituels (iTune / Apple TV, Google Play, Roku).
L'implantation du football sur le marché nord-américain constitue assurément une étape importante pour la mondialisation et sans doute la féminisation de ce sport.

N.BThe Biggest Stadium in the World", avec 500 millions de fans dans le monde, Facebook se vante d'être le plus grand stade du monde. De plus, Facebook déclare compter 48,9 millions de fans de football aux Etats-Unis. Autant d'hommes que de femmes, 60% ayant moins de 35 ans.
La télévision américaine devra compter avec Facebook.

lundi 12 mai 2014

Presse de foot. Des magazines à l'attaque


La Coupe du monde de football approche ; elle se déroulera au Brésil. La presse du foot s'apprête à en tirer profit : numéros spéciaux, hors séries, lancements. Plus d'une dizaine de titre déjà.
Des accessoires complètent et diversifient l'offre des publications : posters, stickers, fiches, calendrier des matchs...

En cinq Coupes du monde, depuis 1998 inclus, près de 300 titres sur le football ont été lancés en France, et plus de 200 hors-séries, auxquels s'ajoutent bien sûr, tous les titres qui ont été lancés bien avant 1998 et restent présents dans les kiosques comme France FootballOnze Mondial ou But Football Club (Source : Base MM, 31 500 titres).
Il s'agit d'une presse essentiellement nationale. La régionalisation de la presse du football, qui épouse la géographie des pratiques (spectacle professionnel, pratique amateur), semble marquer le pas depuis quelques années (le Web accueille le football régional et ses communautés ; cf. footeo.com), on compte néanmoins plus de 150 titres régionaux.
Positionnement difficile pour la presse spécialisée car dès que le football crée l'événement, toute la presse s'y intéresse et lui vole le show !

Portraits, photos, fiches, interviews, jeux, dossiers (sur le Brésil, sur les fans, les équipementiers) : la palette des genres journalistiques est exploitée complètement. Curieusement, le Web est presque absent des références tout comme le sont les appareils électroniques d'analyse des performances (wearables). Peu de références économiques, peu sur la santé des joueurs, leurs langues, leur scolarité, leur socialisation à l'étranger. Tout est concentré sur la célébration avec un vocabulaire et des gestes convenus. Coupe du monde et marché mondial du football obligent : le contenu sportif est international (mais on parle peu de l'Asie, la Chine étant absente de la phase finale).
  • 100% PSG Spécial, 5,9 €, distribution Presstalis, trimestriel. Numéro consacré au joueur suédois Zlatan Ibrahimović. Avec fiches biographiques et, posters, dont un de "taille réelle".
  • Foot Libéro Magazine, 4,5 €, bimestriel, 124 pages, dos carré (groupe Off Roads). Vend un T-shirt avec l'abonnement. Un article sur la psychologie des joueurs : "La tête avant les jambes", le portrait du joueur français Paul Pogba, un article sur les équipementiers et la rivalité Adidas / Nike. Un dossier pour spectateurs et téléspectateurs : le calendrier, les stades de la Coupe du monde, les équipes sélectionnées et leur signalétique. Un article sur le football virtuel (jeu vidéo FIFA), un quizz...
  • Stars de foot, 3,9 €, trimestriel, 54 pages, papier luxueux, distribution MLP. Conformément à ce qu'annonce le titre, le numéro est tout en portraits de stars avec des fiches de joueurs, des portraits de joueurs, des photos, un poster central de Cristiano Ronaldo. La une est sur Ronaldo, la 4 de couverture sur Ibrahimović.
  • So Foot Junior (So Press), mensuel, 86 pages, avec posters et fiches de joueurs, tiré à 60 000 exemplaires, 3,5 € (abonnement 25 €), distribution Presstalis. Le magazine s'adresse aux jeunes adolescents. Positionnement différent de ce lui de Panini Foot (2011). L'édito expose la ligne éditoriale du titre et sa relation avec So Foot "senior", dont il est le "petit frère" : "le foot est avant tout une affaire de transmission". Magazine de culture foot ?  Par exemple : "comment bien choisir son club ?" ("quel club faut-il supporter ? "). Ce dossier énonce les traits de la culture foot en formation chez les enfants, culture manifestement masculine (marketing oblige ?), qui, dit-on, devrait durer toute la vie. Uniformes ("les beaux maillots"), écussons. Identification ("Tu dis "on", en parlant de ton équipe"), "Peut-on aimer le foot sans aimer un club ?". Un article sur le centre de formation de Rennes ("Rennes-mère" !), une interview de l'institutrice d'Ibrahimović à l'école primaire, deux pages sur les gestes techniques, une rubrique livres, sur le jeu vidéo. Le titre prépare à la lecture du titre So Foot (chaînage ?).
  • The Red Bulletin. Hors du commun est un gratuit international consacré aux sports. Son numéro de juin comporte un dossier spécial Coupe du monde "parce que le monde est foot". Plusieurs articles dont un sur le foot en l'an 2050 et une belle question pour les spécialistes d'intelligence artificielle et de big data : "Pourra-t-on un jour prédire le résultat d'un match ?" Pour l'instant, et, pour notre bonheur, il semble que l'on en soit bien loin. 
  • Hors-Jeu. Football d'opinion, bimestriel, 2,95 €, distribution MLP. Publication polémique qui ne mâche pas ses mots et invite au débat, voire provoque le débat ; elle est consacrée principalement aux clubs professionnels français. Très difficile à trouver en kiosque.
  • Prêt pour la Coupe du monde ? HS de Gulli (juin) vise les enfants, avec des cartes et des fiches joueurs des "plus grandes stars du foot", 4,9€.
Pourquoi lit-on la presse de foot ?
    Pas pour les résultats. Amateurs et supporters les connaissent déjà : la télé, le Web, la radio se chargent de les propager en direct.
    Pas pour les gestes sportifs : on en parle à peine et cela relève surtout de la vidéo..
    Pour le plaisir de retrouver ses idoles ? Ainsi s'expliqueraient l'importance des images et l'aspect uniformément positif des articles. Noter l'importance des posters qui permettent d'afficher l'affiliation à un héros (proximité avec la presse people).
    Pour conforter et rationaliser sa raison d'être supporter ? Pour acquérir des éléments de discours légitimes tout faits, prêts à être replacés dans les conversations. Le foot, comme la politique ou la musique classique, a ses clichés et sa langue de bois.
    Le foot est un terrain de socialisation important, un terrain d'entente et d'accord sur les thèmes de désaccord. Les magazines balisent ce terrain. Pour l'amour du foot.

jeudi 8 mai 2014

Offre et demande de télévision


L'offre moyenne de chaînes de télévision reçues (receivable, lineup) par foyer aux Etats-Unis est de 190 chaînes, selon Nielsen (mai 2014). La demande, soit le nombre moyen de chaînes regardées par téléspectateur (tuned in, au moins dix minutes par semaine), est de 17, soit moins de 10 % des chaînes reçues.

Alors que le nombre de chaînes reçues s'accroît fortement, le nombre de chaînes regardées est constant ; en 2008, le rapport était de 17 chaînes regardées pour 129 reçues, soit 13%. La demande semble indifférente au volume de l'offre.

Si de cette relation l'on retire les grands networks, reçus par tous les foyers (obligation de transport), on peut estimer que, hors télévision terrestre nationale (et partiellement locale), pour une offre varaible de 185 chaînes reçues, 13 seulement sont regardées.

Comment expliquer l'inélasticité observée ?
  • L'augmentation du  nombre de chaînes reçues, grâce au numérique, est sans doute le fait de chaînes de moins en moins moins intéressantes pour le grand public, chaînes étroitement ciblées ou présentant une programmation de moindre intérêt (rediffusion, par exemple).
  • Les téléspectateurs se tournent vers des consommations télévisuelles délinéarisées (OTT : Netflix, Hulu, etc.) hors du package concocté et commercialisé par les opérateurs.
Alors que la facture numérique augmente, les partisans d'une vente des chaînes à la demande plutôt que par package (bundle) trouveront un argument dans cette statistique : les abonnés paient de plus en plus cher pour des chaînes qu'ils ne regardent pas. L'augmentation d'une offre globale peut-elle être la réponse aux variations des demandes individuelles ?

mardi 6 mai 2014

Médias et domotique : smart home et smart cable


Les opérateurs américains du câble développent une offre domotique (home automation). C'est un prolongement et une diversification logique du câble, de la téléphonie et d'Internet. Les quatre services sont désormais souvent commercialisées ensemble, en "bundle" (cfBright House Bundle).
Le domaine de la domotique proposé par ces opérateurs concerne la sécurité de l'habitation (caméra, détecteur de mouvements), l'automatisation des ouvertures / fermeture (stores, portes), la gestion de l'énergie et de l'ambiance (température, lumière, humidité), les alertes de sécurité (intrusions, incendie, fuites, inondations, fumée, monoxyde de carbone), le contrôle des livraisons... En général, ces fonctions sont accessibles et pilotables depuis l'appli correspondante d'un Smartphone ou d'une tablette.

De nombreux MSO (Multiple System Operators) font appel à la société iControl Networks ; c'est le cas de Bright House Networks, de Comcast (XFINITY Home), de Cox Communications (Cox Home Security), de Time Warner (IntelligentHome) ou de Rogers Communications au Canada (Rogers Smart Home Monitoring). iControl est utilisé en marque blanche.
iControl a acquis en 2014 l'entreprise canadienne Blacksumac qui commercialise Piper, un appareil de télé-surveillance des domiciles (Home Monitoring Device). Piper a été financé par crowdfunding (Indiegogo), indicateur certain de sa popularité.
Parmi les investisseurs de iControl : Cisco, Comcast, Rogers, ADT, Intel Capital, Kleiner Perkins Caufield.

Et Google ? En achetant Nest pour 3,2 milliards de $ (2014), Google a attiré l'attention sur l'importance des fonctions domotiques : elles sont au cœur de l'habitation et de la vie quotidienne. Nest est principalement un thermostat intelligent : l'appareil apprend les habitudes de la maison (Nest Learning Thermostat) en collectant et analysant les données acquises : quelle température, pour quel horaire, pour quelle pièce... Nest effectue un travail de personnalisation en quelque sorte.

La domotique élargit l'écosystème numérique à l'Internet des choses (IoT). Non seulement le câble, mais aussi les opérateurs télécoms (AT&T : Digital Life, Verizon avec Home Monitoring and Control), et les opérateurs satellites (DirecTV achète LifeShield en 2013, Dish Networks s'associe à Control4 en 2014) sont présents sur ce marché. On attend l'arrivée de Qivicon, filiale de Deutsche Telekom (comme T-Mobile).

Avec le numérique et l'automatisation, arrivent la collecte et l'exploitation des données, l'intelligence artificielle (machine learning), l'accès aux domicile et à la communication mobile. L'enjeu économique est capital : il s'agit de la gestion courante du foyer.

jeudi 1 mai 2014

Reporter Undercover : journalisme offensif à la TV


Tout cela commence en Allemagne avec Günter Walraff, héros du journalisme infiltré dans les années 1970 (Enthüllungsjournalismus) ; on lui doit de multiples enquêtes dont celle, fameuse, conduite dans la rédaction du quotidien allemand populaire Bild-Zeitung (groupe Springer).

Lundi, RTL a diffusé en Allemagne, en prime time, une émission intitulée "Team Walraff. Reporter undercover". L'émission a réuni une audience de 3,8 millions de téléspectateurs en direct. L'infiltration a eu lieu dans des franchises allemandes de Burger King ; l'émission énonce, vidéo à l'appui, les conditions d'hygiène, de fraîcheur des produits, les conditions de travail des employés aussi, etc. Navrant, écœurant même.
L'émission fait beaucoup de bruit d'autant que les réseaux sociaux élargissent le débat. Sur Facebook, Burger King tente de répondre aux fans et promet de prendre des mesures à l'égard du franchiseur. Le site de RTL publie le communiqué de Burger King (Stellungnahme). Beaucoup de travail en perspective pour les community managers de la marque dont l'image est sans doute sévérement atteinte.
RTL, en revanche, qui promeut un tel journalisme d'investigation, gagne en notoriété et en agrément. L'association, non calculée - pas de social TV - de la télévision grand public et d'un réseau social grand public s'avère irrésistible sur le marché de la réputation.

Il y a peu, ce type de journalisme d'investigation avait concerné les conditions de travail dans les entrepôts d'Amazon (BBC), de Zalando (RTL) aussi. Redoutablement efficace, ce journalisme radical le sera d'autant plus que les infiltrés pourront recourir à des outils d'observations du type wearable.

Sur le site de la chaîne RTL ("Team Walraff")

mardi 29 avril 2014

Publicité TV aux Etats-Unis : tellement locale


Automobile (concessions), télécoms, santé (hôpitaux) et restauration "lente" ("full service restaurants") sont les premiers secteurs à investir dans la publicité locale à la télévision américaine. Sans compter la publicité électorale - que les candidats et leurs partis doivent payer - et qui peut rapporter beaucoup aux stations de certains DMA.

Selon BIA/Kelsey (Investing in Television Market Report), le chiffre d'affaires de la publicité locale des stations terrestres dépassera 20 milliards de dollars en 2014. Pour avoir une idée complête de la puissance de la publicité locale à la télévision, il faut encore ajouter la publicité diffusée sur les réseaux câblés locaux ainsi que les revenus locaux des sites Web des stations.

Pour les stations, la concurrence dangereuse peut venir surtout de la vidéo en ligne. Cette concurrence venue du Web les inquiète : comment doivent-elles réagir ?

Et en France ? 
Alors qu'aux Etats-Unis elle se trouve à la base du développement télévisuel, la télévision locale ne marche guère en France. Pourquoi cette bizarrerie ? 
La vidéo en ligne pourra-t-elle s'emparer de ce marché local et le sortir de sa longue et calme jachère ?


Source : BIA Kelsey, avril 2014.

samedi 26 avril 2014

A magazine is dying. Why?


The Ladies Home Journal, a monthly women's magazine, published 10 times a year by Meredith Corporation, launched in 1883, is dying. It was, as M. McLuhan said about women's magazines, a true textbook, instructions for the American middle-class women's lifestyle. A how-to magazine for home and family. It was at first "Women at Home" and then Ladies Home Journal and Practical Housekeeper". Savoir vivre and savoir faire. It was one of the seven sister magazines with Better Homes and Gardens, Family Circle, Good Housekeeping, McCalls, Redbook and Woman's Day.
The Journal will survive - how long? - as a website (http://www.lhj.com/), an app for tablets and a quarterly sold only at newsstands.

Of course, its demise is said to be advertising's fault!
The readership is getting older (median age: 57.9, source MRI 2012) and the magazine is probably not read by media-planners anymore. To those from the smartphone generation, it looks like an old-fashioned magazine for their mothers or grandmothers.
Obsolescing, diminishing readership, non-exclusive readership: one that can easily be targeted otherwise (by TV, Facebook): this is not due to advertising but rather to editorial content. Advertising is not manna falling miraculously on the media.
If a magazine's business model is based mostly on advertising, then the content must be determined by targeting and monetization of precisely targeted readership. In fact, journalists and reps should work hand in hand using the very same targeting tools (data). The time when a "Chinese wall" separated them is over. Who still believes in such a Chinese wall anyway?

The revolution in magazine publishing will probably come from analysis of all kinds of data from all kinds of devices related to a media (surfing, subscribership, shopping, apps, newsletters, blogs, mails, etc.).
If we want to understand why The Ladies' Home Journal is dying, we need a precise diagnosis, made with data. The cure also will come from data.

lundi 21 avril 2014

Le GRP fait la loi, mais le téléspectateur aussi


Avec OCR et vCE, voici le retour du GRP. La télévision impose sa loi au Web, au moins lorsqu'il s'agit de vidéo. YouTube (Google) s'est finalement soumis ; le Web s'aligne pour attirer les annonceurs de la télévision et promettre l'amélioration de l'image de marque (branding). OCR est intégré dans Doubleclick.
OCR sera cet été étendu à la vidéo mobile. Les tests techniques seront menés avec BrightRoll et TubMogul qui testent OCR depuis 18 mois. OCR recourt au panel Nielsen de foyers "cross-platform homes" et à des données anonymisées de tierces parties (third-party providers).
De son côté, comScore annonce aussi la mise en place de la mesure des GRP sur mobiles : Campaign Essentials Mobile (vCE Mobile) et validated Media Essentials Mobile (vME Mobile).
Comme OCR, comScore prendra en compte, dès l'été, la publicité Web mobile aussi bien que la publicité dans les applis iOS et android (in-app ads).

Les deux instituts d'études promettent aux annonceurs une meilleure connaissance de l'efficacité des campagnes d'image (branding) et aux éditeurs (publishers) une meilleure valorisation de leur inventaire. Aux uns et aux autres, comScore et Nielsen promettent une mesure légitime, consensuelle, compatible avec celle de la télévision (couverture, répétition, GRP) : il s'agit en effet, pour les médias on-line, d'attirer les annonceurs de la télévision vers le Web.

En conséquence, il faut s'attendre à davantage de publicité sur les appareils mobiles. Toutefois le smartphone reste un appareil particulier : la réaction à la publicité risque d'y être pour le moins circonspecte voire récalcitrante, l'audience étant plus soucieuse de rapidité, entre autres pour des raisons de facturation. La catégorie "mobile" n'est pas homogène, aussi serait-il raisonnable de distinguer, dans les statistiques de consommation, ce qui concerne les tablettes et ce qui concerne les smartphones. Ce qui n'est pas fait, sans doute par commodité et problème d'effectifs pour les échantillons.

Pour tempérer les enthousiasmes quant à la télévision sur mobile, reportons-nous à une publication récente de IPSOS OTX ; il s'agit d'une étude conduite en février 2014 dans 20 pays : Channeling TV Habits, 15 551 personnes de 16/18-64 ans. L'étude indique que le téléviseur reste l'appareil préféré pour regarder des émissions de télévision. Et que cette consommation s'effectue de préférence en direct (télévision linéaire) à raison de 81% aux Etats-Unis, de 93% en Europe (Allemagne, Espagne, France).
La télévision traditionnelle résiste.

jeudi 17 avril 2014

Binge, magazine pour sériephiles


"To go on a binge" : se laisser aller (à boire, manger, etc.). "To drink heavily", selon le Oxford English Dictionary. Un mot anglais dont on ne sait rien, un mot sans histoire. Evoque To indulge... remise de la peine due au péché (christianisme). Donc un excès que l'on se pardonne. Nous revoilà à la télé perçue comme drogue douce ("plug-in drug", etc.). La société du spectacle n'est-elle pas un paradis artificiel ? Attendons le "Binge watching disorder" !
L'expression "binge viewing" a fait fortune depuis la diffusion simultanée par Netflix, pour la première fois, des 16 épisodes d'une saison de "House of Cards" en avril 2013 (cf. Chronologie des médias et consommation groupée -Binge viewing ; "Binge viewing. Nouveau régime télévisuel"). Convaincu, Comcast organise pour ses abonnés à xFinity un "Watchathon Week" qui obtient un grand succès, selon l'opérateur.

Binge est un magazine trimestriel de 100 pages, dos carré, publié par la société 2B2M, diffusion MLP. Binge est vendu 5,9 € en kiosques. 100 pages. Abonnement annuel : 4 numéros pour 22 € avec, en cadeau, un coffret de 3 DVD ("Bates Motel"). 5 pages de publicité (séries, bière, BD).
2B2M a racheté en septembre Chronicart, mensuel généraliste culturel (Chro désormais), qui couvre aussi, entre autres, les séries télé. 2B2M publie également Popcorn un bimestriel de cinéma (depuis 2013) qui traite aussi des séries.

Au sommaire de ce premier numéro de Binge : "Game of Thrones", un article sur les adaptations de roman ("Racines littéraires"), "24: Live Another Day" et "Gang Related" (Fox), "Gomorra" (Sky, en 2015 sur Canal+), "True Detective" (HBO), "Skyfall" (Showtime), un article sur "L'Australie, l'autre pays des séries"...
Le magazine annonce et prépare ses lecteurs aux séries à venir en France.

En matière de télévision, la presse magazine épouse l'évolution du média : le guide de programmes correspondait à la télévision linéaire, au téléviseur familial et à son audimètre. Puis vint le magnétoscope et les enregistrements (DVD, etc.) ; Binge est le magazine de la télévision complètement délinéarisée : il n'y est presque plus question de chaînes mais de programmes, d'émissions, d'œuvres autonomes, de tournages. Peu importe le canal ! En s'évadant de la grille des chaînes, le format série prend une liberté nouvelle.
De plus, la chronologie réelle de diffusion des séries américaines est bousculée : les chaînes contrôlent de moins en moins le calendrier des consommations ; celui-ci se rapproche du calendrier américain, entre autres. Ainsi, "24:" sera diffusé presque en même temps aux Etats-Unis (Fox) et en France sur Canal+ ("24h Chrono").

lundi 14 avril 2014

Médias sociaux et télévision


Nombre d'études rappellent que pendant les émissions de télévision, il y a beaucoup d'activité sur les réseaux sociaux, que les émissions suscitent. Certes, mais une large part de cette activité n'est pas consacrée à la télévision. Une nouvelle étude, effectuée aux Etats-Unis, confirme que le multiscreentasking pendant une émission concerne des intérêts beaucoup plus larges que la télévision. En regardant une émission, les téléspectateurs présents sur les réseaux sociaux ne parlent pas que télévision.

L'étude conduite par Nielsen pour le Council for Research Excellence vise à rendre compte de la relation des réseaux sociaux et de la télévision regardée. Elle a recouru à une appli sur mobile pour que soient déclarés par les téléspectateurs, à tout moment de la journée, leurs contacts avec les émissions de prime time ; le terrain a duré 3 semaines, 1 665 personnes âgées de 15 à 54 ans y ont participé (échantillon représentatif de la population américaine), du 16 septembre au 6 octobre 2013, lors de la rentrée de la nouvelle saison télévisuelle. La méthodologie était de type budget temps (diary), l'enquêté utilisant un smartphone pour noter ses comportements (on a compté 78 310 entrées pour 1 596 émissions).

Résultats : une personne sur 6 utilise un média social tout en regardant la télévision, mais dans la moitié des cas seulement, c'est pour parler de la télévision. Facebook est le média social le plus souvent mobilisé pendant la consommation de télévision. Beaucoup plus souvent que Twitter.

Comment est prise la décision de regarder ? Les personnes interrogées attribuent surtout leur choix aux auto-promotions ou messages publicitaires diffusés à la télévision pour l'émission. Ou encore à l'inertie : elles regardent l'émission suivante, sur la même chaîne, tout simplement.
L'influence des réseaux sociaux s'avère minime ; elle est inférieure à celle des guides de programmes TV. Malgré ce que pourrait laisser croire l'agitation qui entoure les médias sociaux, ces derniers sont dans l'ensemble peu déterminants pour la consommation télévisuelle : la télévision reste un média autonome.

Sources : Council for Research Excellence, Nielsen. 10 avril 2014.

mercredi 9 avril 2014

Hors-série sur les séries TV


Studio Ciné Live, magazine du groupe Express-Roularta consacre un excellent hors-série à "toute l'actualité des séries télé" (5,5 €). Pour réaliser ce numéro, la rédaction a sélectionné 40 séries, 20 essentielles, 20 prometteuses. En introduction, un dossier de 20 pages est consacré à "Game of Thrones" (HBO), la série où ce sont les méchants qui gagnent, série qui a débordé les serveurs de HBO Go lors du début de la quatrième saison : cet accident mesure-t-il le succès de la série ou fait-il partie de la promotion ? En tout cas, HBO vient de commander deux nouvelles saisons de la série.

Le rédacteur en chef, Fabrice Leclerc, pose d'emblée les termes d'un problème crucial quant à l'industrie de la fiction : cinéma et / ou séries TV? La télévision semble en voie de dominer le marché de la fiction : pourquoi ? Afin de pouvoir répondre à ces questions, il nous semble qu'il manque à ce hors-série une partie sur la fabrique des séries aux Etats-Unis, sur leur modèle économique. Ceci permettrait d'éclairer les raisons de leur domination du marché télévision occidental. Pour un numéro futur ?

Parmi les séries essentielles, la rédaction a retenu, entre autres : "Mad Men" (AMC) dont la septième et dernière saison a déjà fait le plein publicitaire (CPM : 65 000 $ loin toutefois du record de "Breaking Bad", AMC aussi, 340 000 $), "Sherlock" (BBC), "Homeland" (Showtime), "The Good Wife" (CBS), "The Mentalist" (CBS), "Downton Abbey" (PBS), "House of Cards" (Netflix) et une série de France 3, "Un village français". Puis viennent les séries prometteuses, autant d'invitations à regarder. Cette double sélection caractérise brièvement chaque série, indique les modalités de diffusion aux Etats-Unis et en France (chaînes, DVD).

Puis viennent des articles transversaux : un dossier sur les "téléstars" (actrices et acteurs à forte notoriété aux Etats-Unis) et un article sur les "téléstars" qui réussissent à passer des séries au cinéma. Signalons également un article analysant les séries comme des "reflets de nos sociétés". Ce point, si classique et rarement révoqué en doute, mérite discussion. Tout d'abord, il n'est pas impossible que la société reflête en retour l'univers des séries américaines. Mais surtout, il serait plus juste de parler des séries comme "reflets de la société américaine". En fait, ces séries sont consommées de deux manières : l'une par les publics américains, l'autre par les publics étrangers. Il faudrait donc évoquer l'influence sur les publics français de ces séries et de la réprésentation qu'elles véhiculent des cultures américaines fonctionnant comme modèles et singées à tout va : hexis corporel et techniques du corps, habillement et mode, expressions américaines insérées dans la langue parlée en France, etc. Mais n'est-ce pas trop simple ?

Le public français n'est-il pas condamné, comme d'autres publics non américains, à ne comprendre ces séries qu'au premier degré de l'intrigue et des personnages (storytelling / narration), manquant la plupart des connotations culturelles, les allusions, la saveur de la langue et des accents.
Existe-t-il - peut-il exister - des travaux de recherche sur ces sujets qui dépasseraient l'analyse de contenu et traiteraient de la réception des séries par tel ou tel segment de public ?

mardi 8 avril 2014

Deux visions du temps qu'il fait à la TV : WeatherNation vs Weather Channel


Une bataille a opposé The Weather Channel à l'opérateur satellite DirecTV. Du point de vue de l'opérateur, The Weather Channel est trop cher. Les opérateurs paieraient 13 cents par abonné par mois pour la retransmission de la chaîne (selon SNL Kagan). DirecTV lui a substitué WeatherNation avec un contrat pluri-annuel.
DirecTV compte 20 millions d'abonnés (fin 2013), c'est le second opérateur après Comcast.

Ce n'est peut-être qu'une partie du débat.
The Weather Channel a une programmation mixte, qui se généralise : 1/3 météo, 2/3 reality shows et séries ("Deadliest Space Weather", "Coast Guard Alaska", "Highway Thru Hell", "Prospectors"). Programmation en partie concurrente des autres chaînes. De plus, la chaîne est contrôlée par le câble-opérateur Comcast (NBCUniversal), quelque peu concurrent des opérateurs satellites et télécom.
En revanche, WeatherNation a une programmation exclusivement consacrée à la météo ("all weather related information all the time", selon le responsable des contenus de DirecTV).
Deux logiques d'agrégation s'opposent : celle du distributeur global (MSO) et de son bouquet, d'une part, celle de la chaîne, d'autre part. Pour résister aux offres concurrentes issues du numérique (OTT), comme Netflix, l'opérateur doit préférer rassembler un bouquet de chaînes nettement thématiques, clairement distinctes. Or The Weather Channel semble se dé-thématiser en mêlant information météorologique et fiction.
Enfin, l'importance discriminante d'une chaîne météo décroît avec la prolifération de sites et applis spécialisés dans la météo, disponibles en permanence sur support mobile.

Mise à jour 9/8/2014

The Weather Channel a fait marche arrière et a réduit de moitié la part de fiction dans sa grille des jours de semaine. Les abonnés à DirecTV pourront aussi regarder gratuitement la chaîne sur des supports mobiles. De son côté, DirecTV a accepté d'augmenter légérement le réunération de la chaîne.
Le P-DG de la chaîne a présenté ses excuses. Difficile de se priver d'un potentiel de 20 millions d'abonnés.

samedi 5 avril 2014

Aereo : coupure dans l'économie de la télévision américaine


Aereo est un dispositif qui permet de recevoir sur tout appareil numérique, mobile ou fixe, la télévision diffusée localement par voie terrestre moyennant un abonnement pour couvrir l'accès à une antenne distante et à un enregistreur numérique distant également (in the cloud platform).

Depuis son lancement en 2012, Aereo divise le marché américain de la télévision. Avant le 22 avril 2014, date à laquelle la Cour Suprême doit se prononcer sur sa légalité et sur son avenir, les prises de position publiques sous la forme d'amicus brief adresses à la Cour se multiplient, révélant une structuration du champs des intérêts télévisuels. Les positions hostiles ont été les premières à se manifester (cf. Aereo insupporte les puissances télévisuelles américaines), ensuite, se sont fait connaître les organisations favorables à Aereo.
Cette division des acteurs du marché recoupe d'assez près celle du débat sur le SOPA (2012) : logique puisque l'enjeu du débat est celui du droit d'auteur et des contenus. Cette division révèle la coupure entre les entreprises anciennes qui produisent et contrôlent les contenus, d'une part, et les entreprises nouvelles nées des technologies numériques, entreprises de spectacles sans contenus (ou très bon marché, user generated content) qui exploitent la socialisation, la recherche et la mise à disposition de contenus.

D'un côté, favorables à Aereo, les entreprises d'électronique et de cloud computing, les associations de consommateurs qui prônent la réduction des coûts du numérique et les méta-média (entreprises dont le métier consiste à faciliter l'accès à des contenus, sans les produire : ce sont surtout des sociétés exploitant le Web comme Facebook, Google, etc.). Selon elles, Aereo peut être assimilé à une antenne ou à un enregistreur numérique (DVR).
De leur point de vue, la Cour Suprême doit être neutre quant à la technologie, il n'est pas dans son rôle de définir l'avenir de la télévision ("either way, the Court should not attempt to predict the future of television.”)

De l'autre côté, hostiles à Aereo, se trouvent les partisans du status quo ante bellum, détenteurs directs des droits d'auteur ou en profitant indirectement : stations et groupements de stations (networks), studios.

Pour Aereo :

The American Cable Association (ACA) qui représente plus de 800 petits et moyens câblo-opérateurs (et non les MSO)
Dish Network / Echostar (opérateur satellite / satcaster)
Consumer Electronics Association
Electronic Frontier Foundation
Public Knowledge
Engine Advocacy
Des associations de consommateurs : The Consumers Union (CU), the Consumer Federation of America (CFA)
Computer & Communications Industry Association (CCIA) qui compte parmi ses membres, entre autres, Google, Yahoo!, Samsung, Microsoft, Facebook, T-Mobile. Elles défendent surtout le cloud computing.
Mozilla Corporation
Des petits opérateurs indépendants de stations comme Blok Broadcasting (WKRP Cincinatti), Soul of the South Television, WatchTV, Mako Communications, LeSEA Broadcasting, Cocola Broadcasting

Contre Aereo :

SAG-AFTRA (syndicat d'acteurs, artistes, animateurs, journalistes du secteur de la télévision)
Les studios : Viacom, Time Warner, Warner Bros Entertainment
Les networks, y compris PBS
Les groupes de stations de télévision locale
Des ligues sportives professionnelles : NFL, MLB
L'administration Obama

jeudi 3 avril 2014

YouTube upfront à l'assaut des networks


A l'image des networks nationaux de la télévision américaine, YouTube envisagerait de garantir, aux Etats-Unis, l'audience de l'espace vendu en avance (upfront). En télévision, actuellement, une partie de l'espace publicitaire prime-time des networks - environ les deux tiers - peut être réservé / achetée / vendue jusqu'à neuf mois avant la diffusion.
Ainsi, les marché vidéo (TV) on- et off-line, se trouveraient placés sur un même plan, suivant les mêmes règles d'achat, recourant aux mêmes unités de mesure (OCR Nielsen ou VCe comScore, intégrés dans DoubleClick) pour évaluer le montant des éventuelles compensations. Pour un annonceur ou une agence, une campagne pourrait être mixte, mêler sans difficulté un support à l'autre ; la comparabilité serait presque parfaite, l'un compensant éventuellement l'autre. De plus, YouTube, multi-plateforme, pourrait introduire une forme de capping qui donnerait un avantage à la vidéo on-line : la diffusion s'arrête quand un seuil contractuel a été atteint (couverture, GRP).

YouTube s'aligne donc sur les pratiques du marché publicitaire de la télévision pour mieux le pénétrer. Un espace "premium" pourra être réservé et garanti. A cet effet, il semble que YouTube hiérarchiserait son offre publicitaire, distinguant des supports "premium" pour ce segment de marché télévisuel, mis à part du reste de l'offre vidéo on line, souvent perçue comme proliférante et donc dévalorisante. Il s'agirait en fait d'organiser une certaine rareté pour sortir d'une représentation défavorable propagée par le programmatique (RTB, etc.) et de prix tirés vers le bas (remnant inventory).
Stratégie de monétisation : au lieu de passer après la TV, vendu comme un média de comblement, subalterne, YouTube pourrait se présenter sur le marché en même temps que les grands acteurs et viser les gros budgets avec des CPM concurrents de ceux de la télévision nationale.
Logiquement, YouTube devrait être présent en mai-juin pour les négociations du marché TV upfront.

Passée cette première étape américaine, et selon ses résultats, YouTube, qui est un média mondial, pourrait être tenté de développer une démarche de monétisation semblable en Europe. Mais les marchés TV européens fonctionnent différemment...

L'assimilation de la télévision par le Web ne passe pas seulement par son évolution technologique ; elle passe par une évolution commerciale du Web. La télévision, que l'on dit vaincue (technologiquement), est-elle en train de conquérir le Web (commercialement) ?

lundi 24 mars 2014

Morts en séries : "The Good Wife"


Quand un acteur veut quitter une série, il faut que son personnage meure.

Spoiler Alert !

Coup de tonnerre à la télé américaine : l'un des personnages clefs de la série "The Good Wife" est mort dimanche dernier sur CBS, en plein prime-time, au cours de la cinquième saison. Josh Charles, l'acteur, ne voulait pas signer pour quelques saisons de plus, alors son personnage a été tué d'un coup de fusil, en plein tribunal.
Le choc est tel que les créateurs et producteurs, Michelle et Robert King, ont rédigé une lettre pour se justifier auprès des téléspectateurs et fans, lettre publiée par le site de l'émission (Episode 515) : "death is a part of the human experience that we want to share"...

Décidément, beaucoup de morts regrettées au cours des dernières années. Déjà, Taraji P. Henson (Joss Carter, la policière bien-aimée de "Person of Interest", CBS) est morte assassinée. Matthew, personnage central de "Downton Abbey", PBS) joué par Dan Stevens est mort dans un accident de voiture, laissant une veuve enceinte, Lady Mary, pour aller poursuivre sa carrière au cinéma. Brody ("Homeland", Showtime), condamné à mort par un simulacre de tribunal, est pendu et laisse, lui aussi, une femme enceinte (Carrie)... En revanche, avec Finn Hudson ("Glee", Fox), le personnage doit disparaître quand c'est l'acteur qui meurt (Cory Monteith)... Molière mourut sur scène, le malade n'étant pas "imaginaire" (1673).

N.B. "The Good Wife" est diffusée en France depuis 2011 sur M6, puis sur Teva.

samedi 22 mars 2014

L'abonné, un risque d'exécution calculé ?


Fusions et acquisitions dans le câble aux Etats-Unis (Comcast / Time Warner / Charter Communications) ou dans les télécoms en Europe (SFR / Bouygues ou Numéricable ; Vodafone / ONO ; Vodafone / Kabel Deutschland, par exemple). Analystes et journalistes spécialisés y vont de leurs prédictions stratégiques et de l'estimation des risques d'exécution.
Or, nous avons affaire à des entreprises qui vendent et achètent, entre autres, des abonnés. Or ces abonnés sont souverains, même s'ils sont entrés dans un contrat avec l'opérateur.

Risques d'exécution ? Ces risques se trouvent aussi du côté des abonnés. Les degrés de liberté des abonnés sont limités mais ils existent (portabilité des numéros, durée limitée de l'engagement, durée du préavis de résiliation, reprise d'engagement... ). L'abonné n'est pas fidèle par défaut mais par intérêt.
Il peut migrer d'un opérateur télécom vers l'autre, passer du câble au satellite... Il n'est la propriété d'aucun opérateur.
ChurnCord-cutting ? Autant de réponses possibles des abonnés. L'abonné consommateur veut un système flexible et simple lui permettant de profiter à tout moment du meilleur service au meilleur prix dans un univers commercial et technologique. Les changements technologiques alimentent une occasion continue et renforcée de changements d'appareils, de services, de fournisseurs, d'abonnements.

En France, l'entrée de Free sur le marché du mobile, a provoqué de forts déplacements d'abonnés. L'arrivée de l'iPhone aussi. Aux Etats-Unis, on observe que les plus gros consommateurs de streaming (Netflix, Amazon Prime) sont les plus prompts à se désabonner du câble. Selon une étude de Morgan Stanley auprès d'un échantillon représentatif de 2 500 personnes : 28% des 18-29 ans déclarent envisager de se désabonner au cours de l'année, 20% pour l'ensemble des abonnés). Depuis 2011, le câble a perdu près de 4 millions d'abonnés (source : SNL Kagan), tandis que les télécoms (Verizon / FiOS, AT&T / U-Verse) en gagnaient 3 millions.