mercredi 18 février 2009

Notes de cours


Au début d'un cours sur la gestion des médias, on fait le point sur les pratiques média des étudiants. Voici, recueillis avec la plus raisonnable certitude d'honnêteté, quelques éléments de la situation des médias vécue par des étudiants de gestion (Magistère de sciences de gestion, Bac +4, Université de Dauphine). Ils / elles ont entre 20 et 25 ans, seront dans les entreprises dans deux ou trois années ; ils ont tous effectué des stages en entreprises. L'imprégnation média décrite à cette occasion est culture personnelle mais aussi, déjà, outillage et savoir faire professionnels.
La note de pratique, pour chaque média, est établie sur 20 (utilisation par tous = 20 ; aucune d'utilisation = 0). Elle enregistre, "pour vingt étudiants", les pratiques de la journée précédente, sorte de pratique veille, comme on dit "audience veille" (J-1, information collectée face à face, vers 14H, le lendemain). Il ne s'agit que de répérage, il ne s'agit pas d'une enquête à visée universelle. Etablir des points de repère seulement. Une sorte de calage pédagogique, pour ce cours. 

Lu un journal papier 13    Lecture d'un magazine 6
Acheté un quotidien 0    Ecouté la radio 14
Regardé la TV 16            Regardé un DVD 4
Ecouté MP3 / iPod 17    Utilisé Twitter 0
Joué au jeu vidéo 1        Téléchargé audio ou vidéo (streaming) 9
Envoyé des e-mails 17    Envoyé des SMS 20
Réseaux sociaux 19         Utilisé MSN 8

Pour cette génération, pour cette formation Internet et la téléphonie sont à chaque instant vecteurs de la communication. Indispensables (20). Les médias classiques restent largement présents ; leur statut est autre, ils sont de l'ordre de la consommation, de l'occasion, rarement de l'ordre de la pratique, plus rarement encore de l'ordre de la nécessité. L'information économique, financière, c'est Internet.
TV et radio, médias de divertissement, d'accompagnement appartiennent à leur univers culturel quotidien évident. Mais le mode de communication, pour tous, c'est Internet et la téléphonie. Google, au coeur de ce dispositif va de soi, sans question, omniprésent au point que la question fait question, étonne. Le courrier électronique est fourni presque exclusivment par Yahoo!, Google et Microsoft. La ligne de partage des médias semble l'activité, voire même l'interactivité (avec iTunes ou Windows Media Player, la musique passe du côté de l'interactivité).

Ce portrait, analysé et commenté sur le champ ne les étonne en rien. Je suis surpris par le faible score du jeu vidéo, par la prégnance des réseaux sociaux (Facebook, MySpace, Orkut), par l'ignorance presque totale de Twitter. Ils ne le sont pas. Google comme générateur d'habitus, c'est une confirmation (cf. notre post du 21 août 2008). 
De tout cela, que paient-ils (eux ou leurs parents) ? Des forfaits (téléphonie, fournisseur d'accès Internet). La gratuité est banale, même si elle est perçue avec lucidité par ces étudiant(e)s en gestion. Forfaits et gratuité ont en commun la commodité. 

4 commentaires:

Arnaud de Lauzon a dit…

Concernant l'aspect incontournable que revêt Google, une série de questions s'impose :

Comment expliquer que nous (les étudiants) n'ayons qu'une aussi faible conscience des alternatives ?

Quelle stratégie Google a-t-il mis en place pour arriver à un tel résultat ?

Jérôme Eymery a dit…

Rien d’étonnant dans ces résultats :

1) Force est de constater qu’il est souvent simplement question de conflits générationnels lorsqu’on voit des journalistes s’étonner des résultats d’une enquête sur les habitudes média des jeunes. Il apparaît en effet anormal aux sondeurs que si peu soient attachés à la presse papier, et qu’à l’inverse tant passent leurs journées sur leur ordinateur.
Quelle manque de clairvoyance ! Messieurs, la norme n’est pas figée, et c’est aux jeunes générations de la fixer : bientôt, la majorité lira ses journaux sur des écrans portables personnels, ira chercher ses informations sur Google, et relira Tocqueville en épisodes quotidiens sur DayliLit. Nous ne sommes pas des illettrés parce que nous ne lisons plus la presse papier : noir et blanc, formats peu agréables, papier de mauvaise qualité ; la presse quotidienne nationale n’a pas su se renouveler, et continue à s’étonner chaque jour de perdre des lecteurs. Rien d’étonnant donc que les jeunes s’en détournent.

2) De même, et pour les mêmes raisons, je ne crois pas non plus à l’interactivité comme unique critère discriminant (preuve en sont les chiffres de la radio et de la télévision, respectivement 13 et 16) ;

3) Enfin, le faible score des jeux vidéos fait partie de ces fameux « biais » tant redoutés par les sondeurs ; il est ici à mettre au compte de la prépondérance de la norme sociale. Paradoxalement, les nouvelles technologies continuent à souffrir de cet aspect arriéré, véhiculé par l’image du « geek » auto-exclu de la société. Evidemment, la même question, posée une fois sortis de la salle de cours, montre que la quasi-totalité (des garçons, en tout cas) jouent plusieurs fois par semaine, chez eux, entre en amis, voir en cours.

Clément a dit…

A posteriori d'un tel sondage, je regrette que la distinction n'ait pas été faite entre lecture de presse gratuite et presse payante. Cela aurait en effet sans doute permis de voir à quel "style" de presse notre génération est attaché (plutôt exclusivement les faits ou aussi l'analyse qui en découle? De plus, le degré d'exposition à la publicité n'est sûrement pas le même selon qu'on lit Métro ou Le Monde pour ne pas les citer en exemples...)

Coline a dit…

Suite à ce sondage, et puisque nous sommes une génération numérique, qui lit de moins en moins les journaux papier traditionnels, etc, comment expliquer les résultats de l'Enquête de la Presse Quotidienne (Epiq) publiée lundi dans la Tribune et portant sur l'année 2008 ?

D'après cette enquête, l'audience des journaux a augmenté de 544 000 lecteurs au cours de l'année 2008, et cette croissance est particulièrement forte en matière de journaux quotidiens. Par exemple, La Croix gagne 16,7% de lecteurs, l'Equipe 1,6%, Le Parisien 0,4%, Frnce Soir 2,3%...
Pas si mal, non, pour une génération numérique accusée de délaisser les journaux papiers ordinaires pour se tourner uniquement vers Internet et vers les journaux gratuits ?

Autre point surprenant, près de 97,4% des Français affirment dans l'enquête avoir lu un magazine... Les magistériens seraient donc largement en dessous de la moyenne pour cette catégorie ? Est ce une tendance lourde ou un simple hasard (lié notamment aux conditions des enquêtes réalisées)?