dimanche 31 mai 2009

Le Canard enchaîné, modèle économique sans Web


Le Canard enchaîné, bientôt un siècle et toutes ses plumes, trempées dans l'encre - d'imprimerie, bien sûr. Du papier journal et des points de vente, des abonnements. Canard sans lequel le mercredi ne serait qu'un jour comme les autres.

Canard absent d'Internet. Sauf une page pour expliquer qu'il n'est pas près d'y patauger, mais aussi, quand même, pour montrer sa une à tous les passants.

Pas de pub, pas de petites annonces, pas de photos, pas d'Internet.
Rien que l'argent de ses lecteurs (hors subventions et aides banales à la presse). Payant, mais pas cher : 1,2 € de pur jus rédactionnel chaque semaine.
Un modèle de vertu gestionnaire, d'indépendance, et, en prime, un résultat positif. Enfin une "exception française" dont on peut être fier (sur ce modèle, au Sénégal, Le Canard Enchaîné a inspiré Le cafard libéré).

Et s'il y avait là un modèle économique pour la presse ?

Rappel : 500 000 exemplaires diffusés payés par semaine, 6,2 millions € de résultat (2007). Notons aussi des fans et plusieurs groupes sur Facebook (dont un réclamant sa présence en ligne).

dimanche 24 mai 2009

Magazines Play "Catch" with French Kids

A shelf with "catch" magazines in Librairie du Parc,
Boulogne (France), close to a major elementary school.

In French, "catch" stands for wrestling.
There is a new trend among young boys (10 +): "catch". The media take advantage of this trend and obviously accelerate it. There is even a magazine for kids 6-12 : CatchGame.
July 2 : 18 new magazines dedicated to catch have been launched during the last eight months in France (monthly or bimonthly), plus many special issues (hors série). These magazines often offer posters and tattoos. Source : Base MM (June 2009). 

There are TV programs about catch on many channels (Canal Plus Sport, NT1, RTL9, W9) and of course collector cards for trading card games. Cards are sold by newspaper stores (and, on the net, by the WWEuroshop which also sells WWE figurines, T-shirts and posters). They mostly show American wrestlers (Triple H, The Undertaker, John Cena, etc.). Cf. infra, Slam Attax Cards.
Yesterday, "catch" finally made the front page of the largest Parisian paper (Le Parisien) and its national issue (Aujourd'hui). 
What role does the media play? Does it just mirror something which started among kids during recess (cours de récré)? Is it simply something launched in Europe by the American WWE (World Wrestling Entertainment) and amplified by the media?
How can this phenomenon be reconciled with what is announced as the end of print? What is the Internet's role in all this? Wasn't it supposed to "kill" the printed press, especially for the so-called "digital generation"?
Once again what seems simple is but a simplification.

"They're All Crazy About Catch".


vendredi 22 mai 2009

Gran Torino makes our day


Il s'agit du film Gran Torino (sorti en décembre 2008 aux Etats-Unis, fin février 2009 en France), tourné à Detroit, au coeur de l'industrie automobile américaine (l'Etat de Michigan a mis en place des incitations fiscales pour les tournages).
Que voit l'Amérique d'aujourd'hui dans ce film qui parle de celle d'hier, de son Histoire. Que voient les spectateurs français ? Un film réduit à une histoire ? Un film n'est que ce l'on "reçoit". Tout ici invite l'étranger au contre-sens. La banlieue américaine n'est pas la "banlieue" française, etc. Ce film est tellement américain que la plupart des Français ont dû voir (et aimer) un autre film. Lequel ? Quel film ont-ils construit à partir de leur propre expérience, de leur propre Histoire ?
  • La fin d'un monde. Le personnage principal est un ouvrier, d'origine polonaise, ancien combattant de la guere de Corée, retraité de l'industrie automobile américaine (Ford). Américain du Midwest, de ceux qui ont "fait" les Etats-Unis (les guerres plus ou moins coloniales, les "belles américaines", etc.) et que l'Amérique a faits (patriotisme commercial -"Buy American Act" - christianisme, petite maison de banlieue avec pelouse, pick-up, etc.). Ses rituels mis en scène : la bière sur le porch, le cooler où l'on puise, la pelouse que tond son propriétaire, la rhétorique ritelle d'agression jouée, politiquement très incorrecte, forme euphémisée, acceptable, de l'acceptation du melting pot. Du sport à la télé. Lecture désabusée et sceptique du quotidien, partagée avec son chien. Téléphone qui sépare.
  • Tout métier fait un homme et ses vertus. L'usine et la société de services ne font pas les mêmes hommes. Habileté manuelle d'un côté, carnet d'adresses et téléphone de l'autre. Un fossé culturel sépare ces générations en conflit. Les nouvelles générations de la famille sont intéressées, sans intérêt pour lui, à la recherche d'un avantage pécuniaire. Le personnage négatif est une adolescente, téléphone portable greffé aux doigts, mâchonnante, toute à sa suffisance entretenue par les parents.
  • A la fin de sa vie, la grâce touche ce retraité sous la forme de voisins venus d'Asie. Cette famille traditionnelle "étrangère" vit selon les vertus américaines d'autrefois, neighborliness. Voisin à qui il peut fièrement transmettre ses outils et ses tours de main. Son héritage, son capital (humain). C'est à eux que reviendra l'automobile, la Gran Torino Sport (sortie en 1972), exposée et astiquée sur le driveway, chef d'oeuvre de sa carrière mécanique. La Ford Torino, muscle car, qui donne son titre au film a été beaucoup vue aux compétitions automobiles NASCAR mais aussi dans la série Starsky & Hutch. C'est un véhicule populaire, une légende américaine aussi. Inconnue en France.
  • Ce film monte et montre en 116 minutes les éléments d'une ethnographie du changement social. Film du déclin de l'industrie automobile américaine, de la fin de la culture ouvrière. Suite de clichés, révélateurs d'un environnement culturel qui se défait (Cf. M. McLuhan, From Cliché to Archetype). Le film montre aussi, de manière juste, le réseau des interactions entre voisins et le réglage progressif de l'économie non marchande qui s'institue entre eux (don, contre-don).
  • Pour se convaincre de l'irréductible américanité de ces images, essayez de traduire en français : "Sitting on his porch, he pulls a beer out of the cooler".

mardi 19 mai 2009

Principe d'incertitudes

A titre expérimental, dans le cadre d'un travail scolaire, un étudiant a inventé une citation de Maurice Jarre et l'a placée dans un article de Wikipedia consacré au musicien. Son objectif était d'évaluer la propagation d'un tel faux, et ses limites. Le faux s'est retrouvé dans de nombreux articles de journalistes couvrant le décès de l'artiste (BBC Music Magazine, The Guardian, Daily Mail, etc.). Ce qu'il fallait démontrer.
Limites du crowd sourcing. Wikipedia, beau joueur, a rectifié rapidement, admettant la pertinence de l'expérimentation.
Parmi les sources exploitées sans précaution, les communiqués de presse, par lesquels entreprises et administrations s'auto-célèbrent, sont en bonne place. Wall Street Journal rapporte les conclusions d'une étude effectuée par un chercheur sur les communiqués de presse des centres de recherche académique en médecine (étude publiée dans Annals of Internal Medicine, 5 May 2009). Les communiqués pèchent souvent par omission : oublis de mentionner les tailles d'échantillon, de préciser les limites de la méthodologie... 
Comment interpréter ces anecdotes (que je n'ai pas vérifiées !) ? Les journalistes recourent à des sources qu'ils ne peuvent pas toujours contrôler : faute de temps, de moyens, de formation. Rendement et délais obligent. L'information critiquée, vérifiée, contrôlée est lente, difficile à produire, donc très chère. Et incompatible avec le culte du scoop. Qui est prêt à la payer à son juste prix ? L'éditeur ? Le lecteur ? Que l'on ne s'étonne pas de la prolifération de l'opinion, du rapportage, du n'importe quoi et de l'à peu près. 
Contre cette culture quotidienne d'imprécision, un seul antidote : ne pas croire ce que l'on lit. Stratégie cynique développée par les lecteurs : croire pour ne pas gâter son plaisir, mais sans y croire vraiment. Complémentarité. Richard Hoggart dans son ouvrage The Uses of Literacy, évoque la manière "oblique" de consommer les médias dans les classes populaires ("oblique way"). Equilibre du marché de l'information et double contrat de lecture. Figaro déjà avait repéré l'utilité d'un "journal inutile".
Qu'attendons-nous des médias, hypocrites lecteurs ? La vérité ? Ce n'est pas certain. Plutôt le vraisemblable, "qui touche", que le vrai ! La citation de cet étudiant sur Maurice Jarre était vraisemblable.

dimanche 17 mai 2009

Université numérique


L'université numérique fait son chemin. Le livre électronique et l'iPhone laissent entrevoir des outils didactiques plus efficaces, moins chers et une nouvelle économie de l'éducation. 

Avec le Kindle grand format (Kindle DX), sa formidable capacité de stockage (3 500 livres), son accès à Wikipedia et aux documents PDF, Amazon vise le marché universitaire : un programme pilote est prévu pour la rentrée prochaine avec plusieurs universités américaines, dont Princeton. Quelques centaines d'étudiants (chimie, gestion, comptabilité, informatique) participeront au test. 
Un livre électronique comme le Kindle DX peut rassembler sur un seul support tout ce dont un étudiant a besoin : manuels, exercices et corrigés, ouvrages de référence... tout cela en plusieurs langues, avec des outils de traduction, des liens, etc. De plus, le moteur de recherche interne désenclave et rapproche les disciplines scolaires. Le manuel numérique est pluri-disciplinaire par construction. Toutefois, le livre électronique manque encore de couleurs (c'est pour bientôt).

Le iPhone pénêtre également le marché unversitaire en proposant des applis didactiques et pratiques (en sciences et en langues principalement). Regardez, par exemple, l'une des applis consacrées à la classification périodique de Mendeleiev. 
L'aspect opérationnel et portable de l'iPhone est déterminant : l'école de journalisme de l'université du Missouri l'a mis sur la liste du matériel nécessaire pour la rentrée 2009 des étudiants de première année (pour ré-écouter, revoir et apprendre les cours). 
A Tokyo, Aoyama Gakuin University recourt à l'iPhone 3G pour tester les connaissances, communiquer les travaux à effectuer pour les cours, transmettre des vidéos de révision mais aussi pour suivre les présences sur le campus.

Les décideurs politiques s'intéressent aux possibilités éducatives du numérique. En Californie, dès la rentrée 2009, les établissements scolaires proposeront des manuels gratuits open source sur support numérique. Objectif : réduction des coûts de l'éducation.
Le projet précédent, en 2002 (California Open Source Textbook Project), avait échoué sur des obstacles de nature "ethniques": comment refléter les différentes composantes "culturelles" de la société, représenter les diverses religions, etc. 
Pour éviter ces réactions et prétextes, le projet 2009 attaque le problème par des disciplines scientiques et techniques (maths, physique, chimie, biologie, technologie, etc.) qui laissent peu de prise aux élucubrations idéologiques. 
L'open source conjugué au support numérique présente des avantages importants :
  • Mises à jour régulières, continues
  • Insertion d'outils d'autodidaxie, d'auto-évaluation
  • Recherchabilité (searchability)
Avec la numérisation des outils de transmission des savoirs universitaires, la mondialisation est inévitable (économies d'échelles). Dans une telle perspective, quelle place, quel rôle pour les éditeurs nationaux (cf. l'enquête conduite par l'éditeur scientifique Springer auprès d'institutions de recherches) ? Pour les auteurs de manuels ? Le modèle du manuel à venir, inévitablement collaboratif, est sans doute à rechercher du côté de Wikipedia. 
 

vendredi 15 mai 2009

PME mises en réseau


Google met en place un outil de lobbying auprès du Congrès américain, au service des PME (SMB, Small and Middle Businesses) : Small Business Network.
L'objectif déclaré est la protection des PME et de leur capacité d'utiliser Internet. Donc, premiers sujets de préoccupation, l'augmentation des débits et la neutralité d'Internet. En question aussi, les aspects fiscaux (taxes locales sur le commerce en ligne, etc.).
Il s'agit aussi de mobiliser les PME pour qu'elles ne soient pas oubliées dans l'allocation des fonds publics d'aides aux entreprises ("stimulus package" : American Recovery and Reinvestment Act). 
Google a deux bonnes raisons de jouer ce rôle. Pour être intéressée, cette philanthropie n'en est pas moins intéressante.
  • Les PME et les SoHo (Small Offices / Home Offices) constituent une grande partie de sa clientèle (outils de cloud computing, publicité). Cete long traîne constitue un allié politique naturel pour Google. 
  • Google se met en avant comme porte-drapeau des PME et des startups, se donnant une image de "bon géant" désintéressé, aidant les plus petits. Google enrichit son slogan : de "Don't Be Evil" à "Be Good"!
Un tel groupe de pression pour mettre davantage Internet au service des petites, des micro entreprises et des startups trouverait toute son utilité en France. A qui de jouer ?

vendredi 8 mai 2009

Vivre en pannes


Il y a peu, Gmail est tombé en panne ("a glitch") ; à son tour, Hotmail tomba en panne quelques jours plus tard, puis Gmail à nouveau. Le 9 mai, dans le Sud Est, Orange a dû interrompre ses services pendant plusieurs heures (mobile, TV, Internet : triple play !). Pour les adeptes du cloud computing, c'est préoccupant. Comme Gmail et Hotmail sont gratuits pour le grand public, on leur pardonne plus facilement, d'autant qu'avec le travail off-line et le "flaky connection mode", ce fut supportable pour les usagers de Gmail.

Les fournisseurs d'accès interrompent leur service de temps en temps : ils expliquent, quand ils daignent expliquer, que c'est "la faute à France Telecom", au dégroupage partiel, total... Impossible de s'y retrouver : c'est la faute à personne. Il n'est pas surprenant qu'Internet devance de peu la téléphonie dans l'Observatoire des plaines de l'Afutt et tienne bien sa place dans le Baromètre des réclamations de la DGCCRF. Voir le commentaire mesuré de la revue Que Choisir ? et le baromètre d'insatisfaction des consommateurs prisonniers de "l'enfer des hot lines" : pour eux "la galère reste en ligne" : tous les FAI sont au-dessous de la moyenne, sauf Darty.

A propos, avez-vous déjà entendu parler de pannes de facturation ? Non ? Bizarre...

Quant aux pannes des ordinateurs, aux bugs divers, aux courriers erratiques, c'est là monnaie courante. Blogs et forums regorgent d'astuces et de trucs pour survivre dans la jungle bureautique : aidez-vous les uns les autres. Et ne comptez surtout pas sur les modes d'emploi ou les aides en ligne : ils répondent à toutes les questions que vous ne vous posez pas. Appeler un service après vente, un service client ? N'y pensez même pas ! Les opérateurs, les fabricants comptent désormais sur les clients pour venir en aide aux consommateurs qu'ils ont naufragés. Ils ont "crowd sourcé" leur SAV.

Même s'ils perdent quelques batailles, fabricants, opérateurs et consorts ont gagné cette guerre d'usure. Le consommateur, accablé, ne se plaint plus trop, il se débrouille. Triomphe du bricolage. Le nombre de réclamations, indicateur commode, sous-estime la réalité des mécontentements ; il ne prend en compte que le plus vérifiable, le plus indéniable (facturation excessive, etc.). D'autant qu'il faut du temps et du savoir-faire pour se plaindre : les plus vulnérables ne savent pas ; Que Choisir ? publie des lettres-types pour faciliter le dépôt de réclamations et aider les victimes. Le consommateur vit désormais les pannes comme un destin. Minuscule pot de terre contre tentaculaires pots de fer, il se méfie. Il sent bien que les méchantes Parques qui filent nos vies numériques, et les coupent, se réjouissent des incompatibilités entre logiciels qui nous frappent à chaque nouvelle version, à chaque mise à jour, qu'elles se réjouissent aussi des tarifs et CGV ésotériques de la téléphonie portable, des anti-virus pré-installés, des assurances, des garanties... A chaque jour suffit sa panne !

Coûts de transaction
Le temps que fait perdre cette gigantesque accumulation de pannes, de bugs, de fausses promesses, de déceptions, de dissuasion, de démoralisation a un coût, qu'il faudrait évaluer, pour revoir à la baisse les déclarations de satisfaction tonitruantes... et, à la hausse, la facture numérique réelle des consommateurs et des entreprises. A imputer aux coûts de transaction !

mardi 5 mai 2009

Ethnographie armée


Le Center for Research Excellence (CRE) publie les résultats d'une étude sur l'audience des médias à écrans (TV, ordinateur, téléphone et parfois du digital signage hors du domicile) : Video Consumer Mapping Study. Le CRE, financé par Nielsen, est piloté par des chercheurs (tous ont plus de 35 ans, bizarre !) représentant ses principaux clients : entreprises de télévision (chaînes de télévision, câblo-opérateurs et leurs régies), agences média (médiaplanning et achat d'espace), annonceurs (P&G, Unilever, Kraft, Kimberly Clark). Le Media Rating Council (MRC), qui audite les études de référence aux Etats-Unis, est également représenté. 
Le terrain est réalisé par le Center for Media Design de Ball State University : 476 enquêtés sélectionnés parmi d'anciens panélistes de l'audimétrie individuelle de Nielsen (quel biais ce recrutement induit-il ?) répartis dans six agglomérations américaines (DMA) suivis pendant deux jours chacun. 

D'emblée, l'objectif polémique de l'enquête est avoué, remettre en question ce qui pourrait remettre en question les investissements télé : non, les jeunes adultes ne désertent pas la télévision pour quelque streaming sur l'ordinateur ; non, le standard publicitaire TV du 30 secondes n'est pas mort ; non, la consommation de télévision n'est pas différée. Dans la ligne de mire :  TiVo et les enregistreurs numériques (DVR), le streaming, et la publicité sur Internet aux formats innovants. 

Les conclusions sont celles que recherchaient les promoteurs de l'étude.
  • La télévision en direct représente l'essentiel de la consommation média (durée et audience cumulée), la télévision est, plus fréquemment que tous les autres médias, le média primaire, voire même le média unique.
  • La valeur de l'audimétrie individuelle (people meter) est confirmée puisque les résultats obtenus par l'observation recoupent presque parfaitement ceux des people meters. A moins que les deux ne soient faux.
  • Le temps passé avec l'ordinateur (computing time) dépasse en durée de consommation, la radio et de la presse. Mais le temps passé avec l'ordinateur, qui reste inférieur à celui passé avec la télévision, est souvent associé à un autre média ou à une autre activité.
  • Les méthodes recourant aux déclarations par l'enquêté (self report data : questionnaire auto-administré, carnet d'écoute) induisent une sur-estimation de la vidéo en ligne, entre autres, tandis que la télévision, au contraire, semble sous-déclarée. 
Donc tout va bien pour la télévision et son audimétrie. Nielsen dixit.

PUF, Paris, 2009, 335 p., 15 €
Une partie de l'étude est consacrée à  l' "Acceleration Process", qui permet d'observer l'effet d'un changement d'équipement dans le foyer. Pour cela, l'étude subventionne à hauteur de 50% les nouveaux équipements, choisis dans un catalogue, de 100 enquêtés. Les enquêtés concernés en ont profité pour acheter des téléviseurs HD (79), des consoles Wii (41), des PS3 (31), des ordinateurs (21), des iPods (16), etc. Qu'apprenons nous ? L'acquisition d'un téléviseur HD provoque une augmentation, souvent temporaire, de la consommation TV, et, plus durable, un accroissement de la durée de consommation consacrée au sport.

Au-delà de ces résultats, qui remplissent leur fonction confirmatoire et encombrent Internet de l'habituel tintamarre de communiqués de presse, interrogeons plutôt la méthodologie et le "métier d'ethnographe" des médias (sur ce "métier", voir le Manuel de l'ethngraphe de Florence Weber, et, plus ancien (1953), le Guide d'étude directe des comportements culturels de Marcel Maget).

Que peut-on attendre d'une telle méthodologie d'étude directe (selon l'expression classique de Marcel Maget) ? On a certes l'habitude de l'enregistrement des entretiens dans les enquêtes de terrain, donc de la présence de magnétophones, d'appareils photographiques, de caméras. 
Mais, avec le numérique, "l'observation armée" et ses protocoles prennent une nouvelle dimension. Budgétaire d'abord : 3,5 millions de dollars. Technologique ensuite : l'enquête recourt à l'Observation Assistée par Ordinateur (Computer Assisted Observation) : un PC portable adapté muni d'un logiciel (Media Collector Program) conçu pour la saisie rigoureuse, homogène des informations et facilitant ensuite l'analyse de contenu (précodage).

Difficile de ne pas se méfier des artéfacts produits par cette méthode pour le moins intrusive. Imaginez-vous suivi(e) chez vous, à chaque pas, toute la journée durant, par un(e) enquêteur(trice) notant vos comportements sur un ordinateur portable : votre comportement média n'en serait pas affecté ? Allons donc ! Comment oublier un tel déploiement ? Car on n'est pas dans la situation ethnographique traditionnelle où l'enquête dure si longtemps - des mois - que l'enquêteur/trice est adopté(e) et oublié(e) comme tel(le) par son terrain et ses informateurs. Quel est le statut du savoir acquis selon cette méthodologie ? Les enquêteurs tout à leur ordinateur ont-ils également effectué des observations ethnographiques ?

Dommage que nous n'ayons pas accès, s'il y en eut, aux auto-analyses des enquêteurs, à leurs impressions au contact du terrain (journal d'enquête, etc.). 
Dommage que nous n'ayons les réactions des enquêtés, et de ceux qui ont refusé d'être observés. Quel est le taux de refus de particper à l'enquête ? Puisque le Media Rating Council (MRC) a suivi cette enquête, peut-être disposerons nous de ces données élémentaires d'audit. 
Dommage, pour résumer, qu'une enquête aussi ambitieuse, et aussi chère, et qui a suscité de telles innovations méthodologiques (matériel, logiciel, "accélération") soit si peu prolixe sur les aspects épistémologiques (effets de la méthdologie sur les résultats).

dimanche 3 mai 2009

Local, local, local


Des études diverses convergent pour affirmer le développement du marketing local en ligne. 
La part de marché de la recherche pour des petites entreprises et des commerces locaux s'accroît ; dans une étude effectuée pour Yellow Pages Association, ComScore situe cette part à 12% sur les grands portails. 
L'étude indique aussi que 72% des mots clés utilisés pour les recherches effectuées sur les sites de Yellow Pages n'indiquent pas de nom de marque. En conséquence, la géographie et les mots dans le médiaplanning visant le local prennent une importance déterminante. La géographie, ce sont des mots aussi (toponymes), et ces mots, "noms de pays" (cf. M. Proust, Du côté de chez Swann, 3), sont en quelque sorte des marques. Le géo-marketing, par défaut, propose à toute recherche la réponse géographique la plus proche (à la manière de Google Suggest) : tout médiaplanning devient ainsi marketing de l'affinité géographique.

Commerces et entreprises américains (PME-PMI) accroissent leurs investissements en publicité, et notamment en publicité locale sur Internet selon l'étude publiée par Borrell Associates, Main Street Goes Interactive: How Small Businesses are spending their online dollars. Ce qui représenterait 11% de leurs dépenses publicitaire totale (4% trois ans aupraravant) et ce n'est sans doute qu'un début.
Cette longue traine des milliers de petits annonceurs est mal servie par les grandes agences et cherche ses partenaires, médias méticuleux du local (66x3, SpaceFoot, etc.). 

Le géo-marketing est à la pointe de ces développements, sur ordinateur mais aussi sur téléphone. Les applis locales pour iPhone, par exemple multiplient les occasions de localiser les PME-PMI au plus près des besoins personnels ou B2B des clients (cf. par exemple, l'appli de l'annuaire Superpages, disponible dans la boutique iTunes).

Toutes ces tendances tiennent à l'organisation de la vie quotidienne : elles devraient s'exprimer bientôt en France.

lundi 27 avril 2009

Abstentionnistes ?


Après avoir déclenché beaucoup d'émotion chez ses membres en prétendant, en février dernier, détenir la propriété des photos et vidéos qu'ils avaient placées (uploaded) sur leur profile, Facebook soumit un nouveau protocole (Statement of Rights and Responsabilities) au suffrage universel de ses membres.
Selon les dernières estimations, moins de 1% (665 654) des 200 millions de membres (environ) ont particpé à ce scrutin d'une importance a priori considérable pour le réseau et ses membres. 
Facebook déclarait qu'il fallait que 30% des particpants approuvent le protocole pour que le protocole fût considéré comme accepté. 74,37% des votants ont approuvé le protocole (source : Facebook's general counsel).
Voilà qui donne l'occasion d'évaluer l'engagement, notion si chère à la profession publicitaire, et si confuse. La sociologie électorale traditionnelle indique que la participation électorale est un indicateur d'intégration sociale (cf. Alain Lancelot, L'abstentionnisme électoral en France, 1968). Sartre, plus direct, dans les Temps Modernes (janvier 1973), traduisait : "Elections, piège à cons". Hum ! le piège n'a pas fonctionné ! 
En tout cas, le peuple de Facebook n'a pas "voté pour le vote". Peut-être faudrait-il instaurer un autre mode de scutin, censitaire, où ne voteraient que les "citoyens actifs", ceux qui ont beaucoup d'amis, ou beaucoup de photos ! 
Les réseaux sociaux constituent des sociétés comme les autres. Les mêmes lois sociologiques s'y appliquent. Si c'est le cas, alors peu de membres se sentent intégrés dans la société Facebook. Attendons de connaître la sociologie de ce scrutin pour valider ou invalider ces deux hypothèses. 

Et vous, avez-vous voté ?

vendredi 24 avril 2009

L'annuaire Google


Google lance sans grand bruit un nouveau produit : l'annuaire personnel sous le nom de Google profile (ouvert aux Etats-Unis uniquement, dans une première phase).
Le modèle économique est impeccable puisque ce sont les intéressés eux-mêmes qui remplissent le formulaire standard et fournissent les informations (donc tout est opt-in par construction). Lorsqu'un internaute a rempli ce formulaire, c'est ce profile qui apparaît en tête des résultats lorsque son nom est recherché sur Internet. C'est là que sont les incitations primordiales : trouvabilité (findability) et maitrise de sa propre identité.
Ce formulaire établit par défaut des liens avec d'autres fonctionnalités de Google utilisées par l'internaute (Gmail et contacts, Picassa, YouTube, etc.). 
Une opération de promotion croisée avec iPrint permet même à 10 000 élus de voir leur profile imprimé en cartes de vistes.

Imaginer cet annnuaire gagnant en notoriété, en puissance, et en finesse au fur et à mesure que les intéressés enrichissent leur profile, y compris par des liens vers les photos, les contacts, les agendas, etc.
Imaginer un annuaire où se trouveront d'abord les plus actifs de la population, remisant la variable "actifs /inactifs", si confuse, utilisée couramment par le marketing et le médiaplanning.
Imaginer sa déclinaison mobile.
Imaginer le fantastique outil qui se profile alors, tentaculaire, international et plurilingue, personnel et professionel.  

Comment un tel projet se combine-t-il aux réseaux sociaux existants ? Plutôt complémentaire que concurrent, multiplicateur d'investissements personnels, Google Profile constituant les cellules élémentaires des réseaux. 
Les menaces les plus sérieuses concernent évidemment les annuaires traditionnels et les instituts d'étude :
  • A quand un semblable développement B2B, pour les PME-PMI et les TPE, prolongement logique des produits existants de Google Enterprise ?
  • Google Profile comme base de sondage pour les enquêtes ? On imagine la capacité de réalisation de divers access panels que recèle à terme un tel annuaire.

lundi 20 avril 2009

Coins de rues : l'information hyper locale


L'information la plus importante est celle qui concerne la vie locale. C'est aussi la plus rare car elle ne s'invente pas, ne fait guère l'objet de "communiqués de presse" (drôle de nom pour de l'info) ; de plus, elle est aussi immédiatement vérifiable et exploitable par tous. Elle doit être constamment mise à jour, plusieurs fois par jour. Elle est multi-thématique (sport, culture, politique, consommation, etc.). La plus exigeante donc ! Bien plus que les mêmes rubriques au plan national ou international.
Sur support papier, cette information, au mieux quotidienne, est en difficulté, répartie entre la presse commerciale et la presse "gratuite" des collectivités locales. Aux Etats-Unis, elle est en perdition. Paradoxe : la plus importante des informations n'a-t-elle plus de modèle économique, sinon même de modèle culturel ?

Une solution est en test avec EveryBlock. Le site recherche et collecte les informations disponibles sur Internet pour une agglomération donnée puis les classe et les distribue géographiquement. Chaque utilisateur reçoit l'information correspondant à son lieu d'habitation par abonnement, email ou RSS. Pour une adresse donnée, un pâté de maisons (a block), le site rassemble les infos disponibles, toutes sources confondues, celles des médias locaux, des administrations, de l'immobilier et de l'urbanisme (permis de construire, travaux de voirie, etc.), des objets trouvés, des critiques de restaurants (avec Yelp), de la criminalité (notre "main courante"), des photos d'amateurs, de voisins, des faits-divers, etc. On peut choisir son périmètre géographique d'intérêt, 1, 3 ou 8 "blocks". 

Le financement du développement par une bourse de la Knight Foundation, attribuée après appel d'offres, s'achèvera fin juin et tout le code deviendra public (open source) ; chacun pourra s'en emparer et créer des sites semblables, concurrents... ou partenaires, aux Etats-Unis ou ailleurs (en France ?). 
Le modèle économique est loin d'être clair : publicité bien sûr, mais peut-être aussi abonnement. On imagine des développements presque évidents : une appli pour téléphone avec localisation, par exemple. Ou les contributions de Twitter. Il faudrait pouvoir se choisir plusieurs aires d'appartenance locale : celle du domicile mais aussi la localisation professionnelle qui compte de plus en plus, on y fait ses courses, on en fréquente les restaurants, les bistrots, les coiffeurs. Domicile bis, qui invite à redéfinir ou d'élargir la notion-même de zone de chalandise, donc de "local".

Comme toujours avec Internet, la créativité technique devance la création de contenus et les modèles économiques correspondants. Ici, la question de la collecte, du contrôle des informations, des investigations, du journalisme donc, n'est pas réglée, même pas posée, semble-t-il, hors quelques collaborations ponctuelles avec la presse locale. Problème de curation. L'absence d'info sportive est révélatrice des limites de l'expérience actuelle. L'économie de l'information hyper locale est à imaginer. Le journalisme de proximité aussi qui ne relève sans doute pas uniquement de professionnels à plein temps, mais aussi d'amateurs, de localiers, ces fameux "journalistes-fourmis". Ce qui renvoie à des ajustements législatifs et réglementaires pour un statut adapté. 

Addendum : le 17 août 2009, MSNBC annonce l'acquisition de EveryBlock. Pour en faire quoi ? Souhaitons que la créativité de cette inovation n'en souffrent pas, quant à l'indépendance...

jeudi 16 avril 2009

Presse gratuite opt-in


Les hôtels Marriott ont pris une mesure qui ne peut que plaire aux annonceurs. La distribution de journaux dans les chambres ne sera plus systématique. En fait, elle sera opt-in : on demandera aux voyageurs s'ils désirent un journal, et, si oui, lequel. Dans certains hôtels, ils devront choisir le journal à la réception. Plus de distribution en vrac (bulk) qui conduit à gonfler faussement les diffusions. 
Paradoxalement, la crise économique permet à la presse de revenir à ses fondamentaux : un journal correspond à un achat, à une lecture. Une intention, une volonté, un effort, un choix. Tout à l'opposé de la logique de consommation des gratuits qu'il est parfois difficile de ne pas prendre en main.
Résultat de l'opération Mariott : moins de pseudo diffusion, mais, proportionellement, davantage de vraies lectures, de véritables lecteurs. Les annonceurs, les agences média ne s'en plaindront pas, ni l'ABC. En revanche une chute de diffusion certaine pour le quotidien USA Today, dont plus de la moitié de la diffusion provient actuellement de la distribution dans les hôtels. Historiquement, Marriott avait contribué au succès du quotidien national américain de Gannett en le distribuant dans ses 2500 hôtels. Maintenant, les voyageurs consultent sans doute de plus en plus les informations sur leur PC, leur iPhone ou leur Blackberry. On peut s'attendre à des mesures semblables dans les transports (aéroports, trains, etc.) et les lieux publics (universités, mairies, etc.).

En médiaplanning et pour les annonceurs, la diffusion payée a beaucoup plus de valeur que la diffusion gratuite (presse gratuite ou lectorats secondaires de titres payants). Combien de fois plus ? Sait-on l'évaluer ? Question importante que l'on pourrait étendre à d'autres médias qui ne s'embarassent pas de publicité opt-in. La question du choix délibéré de la publicité ou de son acceptation déclarée (opt-in) que soulèvent les organismes de réglementation (FTC, CNIL, etc.) à propos d'Internet (cookies), des bases de données ou des médias hors foyer n'a pas fini d'animer la recherche publicitaire.

dimanche 12 avril 2009

Casser la grille


Un tiers des foyers américains dispose d'un enregistreur numérique (DVR : Digital Video Recorder) leur permettant de réaménager la grille TV en fonction de leur propre emploi du temps. Cet appareil accroît les degrés de liberté du téléspectateur, qui en use.  TiVo, la  marque de DVR  la plus célèbre, est ainsi devenue emblématique d'une nouvelle manière de consommer la télévision (elle a donné un verbe au lexique américain, to tivo signifiant programmer l'enregistrement d'une émission, et diverses expressions dérivées).

Selon les observations effectuées par le service de mesure des audiences de TiVo auprès de son panel d'abonnés (StopWatch//cq), la majorité des téléspectateurs des quatre networks grand public enregistrent le programme de 21-22H pour le regarder à 22H. La tranche 22-23H voit donc son potentiel d'audience réduit ; coincée entre la barre des 23H (informations, heure du coucher), elle est moins regardée en direct, moins enregistrée, donc moins regardée aussi en différé. Ce fut une tranche clef de la programmation, elle s'est partiellement évaporée.
TiVo fournit ainsi aux chaînes un outil remarquable de marketing antenne pour tester et travailler leur grille ; mais la bataille de la grille semble désespérée ; de plus en plus, la grille rigide doit faire place à un simple canevas d'offre, un libre service, une sorte de linéaire où chaque émission a son facing et ses stop-rayon. 
La notion même de tranche horaire est compromise.

Les résultats de cette étude indiquent aussi l'inéluctable personnalisation des consommations : les téléspectateurs comprennent mal qu'un horaire d'émission leur soit imposé. Internet avec les téléchargments, Hulu, les podcasts, YouTube, les iPods inculquent les mêmes habitudes de liberté que TiVo. Tout cela prépare la voie de la VOD.

Sur le double panel de TiVo : 
L'échantillon compte 100 000 foyers anonymisés, sans opt-in, donc sans biais de recrutement. TiVo analyse l'audience de plus de 90 chaînes de télévision, seconde à seconde. Toutes les données publicitaires classiques sont disponibles (écran, position dans l'écran, durée, annonceur, marque, produit, etc.). 
A ce panel aléatoire, anonyme, s'ajoute un panel volontaire de 20 000 personnes (Power//Watch) qui communiquent leurs données socio-démographiques (opt-in).

mercredi 8 avril 2009

A la (longue) traîne des applis


ComScore publie un classement mensuel des applis distribuées par iTunes pour iPhone. Statistique calculée à partir de son panel Internet (domicile, lieu de travail et université). 
  • Parmi les 25 applis les plus téléchargées aux Etats-Unis fin février 2009 (donc plus ou moins installées, sorte d'initialisation), on compte 13 jeux et 3 sites de réseaux sociaux (Facebook 26% de pénétration, MySpace Mobile 23%, et AIM-AOL, 19%) et quelques sites de divertissement : musique (Shazam, 17%, Pandora, 21%), etc.
  • Parmi ces 25 applis, Google place un site (Google Earth, 22%) qui s'ajoute à YouTube et Google Maps, installés par défaut (100%). Apple place sa télécommande pour iTunes (Remote, 13%), la boutique iTunes étant installée par défaut.
  • Toutes ces applications ont une dimension inter-active (jouer, rencontrer, communiquer, sélectionner, chercher, etc.), aucune ne correspond à une information à consommer passivement. L'absence de stations de radio et la présence de Pandora et Shazam illustrent cette tendance.
Parmi les 25 premières applis, AUCUNE n'a été développée par un média traditionnel (TV, presse, radio).  Les applis des médias sont quelque part, éparses dans la longue traîne des 25 000 et plus applications. 

Voici encore un support important où, dès le départ, les médias traditionnels sont déclassés, tandis que, encore, Apple évidemment, et Google, et les réseaux sociaux, moteurs de transformation de la communication, font la loi en pole position. Pourquoi ?

mardi 7 avril 2009

Télé transports


Comme d'autres groupes de télévision américains, NBC investit le marché hors domicile. Dans le cadre de sa filliale spécialisée, NBC Everywhere diffuse NBC Transit sur les quais des gares de la banlieue new-yorkaise, entre New Jersey et Manhattan (PATH), parfois également dans les wagons. L'ensemble constituera à terme un réseau de  2 500 à 3 000 écrans numériques diffusant des informations locales et nationales ainsi que du divertissement (en provenance des chaînes du groupe (MSNBC, NBC, LXTV) et de sa station new-yorkaise, WNBC (O&O). L'opération est conduite avec JCDecaux. Comme en médiaplanning télévision, la régie publicitaire commercialise l'espace selon les tranches horaires, les quais de gare, etc. 

En France, TF1 suit cette voie et diffuse à la même date un montage d'éléments de sa chaîne d'information LCI, avec JCDecaux également, sur les 300 écrans Aéo des deux aéroports parisiens (sous-titres en français et anglais, sans son). 
Ce choix est différent de celui effectué par CNN Airport Network, lancé dès 1992, qui diffuse dans 43 aéroports américains : CNN diffuse un programme avec son directionnel dont la puissance s'adapte automatiquement au niveau sonore ambiant. Selon une étude de Nielsen (2004), 92% des spectateurs de la chaîne considèrent qu'elle améliore l'environnement de l'aéroport. 
  • La télévision, avide de notoriété, soucieuse de promotion, va rechercher son audience hors du domicile.
  • Les lieux de vie que sont les gares, aéroports, stations de métro ou de bus y trouvent un double intérêt : des revenus complémentaires grâce à la publicité (nationale et locale) et, surtout, une amélioration sensible de l'environnement et de l'information des usagers en transit, captifs provisoires (on parle même de wait marketing). Les écrans embellissent les transports.
  • La question de la mesure de l'audience de tous ces écrans se pose désormais de façon lancinante et ne trouvera réponse ni dans les solutions habituelles de la publicité extérieure ni dans celles de la télévision intérieure. 

lundi 6 avril 2009

Boston TV party


Le président de la station affiliée de NBC à Boston (WHDH, dans le marché / DMA n°7) a déclaré vouloir remplacer l'émission quotidienne prévue à 22 heures par le network (un talk show avec Jay Leno) par une émission d'information locale (diffusée sur 2 stations). La station O&O de Fox (WFXT, MyFox Boston), concurrente sur ce marché, diffuse déjà de l'information locale dans cette tranche horaire de prime time, avec succès. La déclaration de la station de Boston corrobore la crainte manifestée par d'autres stations de manquer de lead-in pour les informations locales habituellement diffusées à 23 heures.

Pour NBC, network national, l'objectif est de garder Jay Leno (qui aurait pu partir sur une chaîne concurrente) et de minimiser son coût de grille : la production d'un talk show est incomparablement moins chère qu'une fiction. 
Le network ne peut pas accepter que son émission nationale soit déprogrammée dans l'un des très grands marchés TV : l'émission perdrait beaucoup d'intérêt pour tout annonceur à la recherche d'espaces publicitaires nationaux. 
NBC menace de changer d'affiliée dans ce marché (voire de lancer / acheter une station O&O).

A noter, pour suivre cette étude de cas en direct : 
  • Le rôle déterminant de l'information locale sur le marché TV ; manifestement, le network ne rémunère pas assez la station pour la retransmission du talk show (compensation) : le revenu publicitaire local de l'émission d'information locale, même diminué du coût marginal de production de cette émission, reste supérieur aux avantages induits par l'émission de Jay Leno (amélioration des performances de l'écran d'inter-émission plus compensation).
  • Le postulat du rôle de l'émission d'avant (lead-in) sur l'audience de l'émission suivante : croyance surannée en l'inertie des comportements télévisuels alors que l'offre est multiple et le zapping courant.
  • La banalisation de la grille d'un grand network suite à la dépression publicitaire : moins de création, plus de bavardage people (plateaux). La programmation d'un network copiant celle des chaînes cabsat et recourant de plus en plus au strip programming et aux rediffusions. Ce qui peut entraîner une chute des audiences, donc des revenus publicitaires nationaux, etc. Un cercle vicieux s'engage alors. 
  • La simplicité du marché TV français réduit au gisement publicitaire national. Souligne le manque à gagner pour une chaine nationale française de ne pouvoir s'appuyer sur le marché publicitaire local, au contraire des network nationaux américains ; les décrochages locaux de M6 constituaient une tentative brillante, mais vaine, dans cette direction. 
Nous mettrons ce post à jour, ci-dessous, au fur et mesure de l'évolution de la situation (le feuilleton peut durer tout l'été).
  • La publication par TiVo de l'évolution de l'audience de la tranche horaire 22-23H affaiblit l'argumentation de NBC (cf. post du 12 avril).
  • Le 13 avril, la station déclare, sans autre commentaire, programmer Leno à 22H malgré le manque à gagner que confirment d'autres stations. Cède-t-elle à la menace de perdre son affiliation ou a-t-elle bénéficié promesses de compensations suffisantes de la part de NBC ?

dimanche 5 avril 2009

Wikipédistes et Lumières


Planche sur le Coutelier, réalisée par Diderot
qui était fils de coutelier
En octobre 2009, Microsoft referma Encarta, lancé en 1993. Wikipedia, encyclopédie en ligne, collaborative, libre, gratuite (mais payée par qui, quelles donations ?) a mis hors service l'encylopédie sur DVD, payante. Fin d'un monde, d'un mode de distribution, d'un modèle économique. Après le papier, le dernier support matériel grand public rend les armes. Le monde des supports "infinis" commence.

Par-delà les transformations matérielles, c'est la victoire de l'encyclopédie, de son "enchaînement de connaissances" (Diderot, dans l'article "Encyclopédie" de l'Encyclopédie). La notion d'enchaînement est au coeur de l'entreprise, comme une sorte de loi de Metcalfe pour un réseau de mots : "Un article omis dans un Dictionnaire commun le rend seulement imparfait. Dans une encyclopédie, il rompt l'enchaînement" (D'Alembert, Discours préliminaire de l'Encyclopédie). "Changer la façon commune de penser" (Diderot) s'accomplit au moyen d'une révolution dans l'ergonomie de la consultation des savoirs, de la recherche et du penser (cf. notre post sur les effets de Google, Res Googlans). Le média, pas seulement le message (M. McLuhan).

L'idée de rassembler, organiser, relier des savoirs de tous ordres, qui prit son essor au XVIIIème siècle est vivante, Diderot, D'Alembert et les encyclopédistes salueraient Wikipedia, eux qui avaient ouvert la voie avec les renvois, les planches pour illustrer toutes les techniques ("arts"), tous les métiers ; eux qui avaient collecté les mots des savants, des artisans, des commerçants, des paysans. Ils admireraient certainement le plurilinguisme de l'entreprise wikipédique, le nombre des contributeurs (mais leur sélection ?), les incessantes mises à jour, l'accès simple aux photos, à la vidéo, aux schémas. Gages de continuité, endémiques au modèle, certains problèmes demeurent : plagiats, contrôle des informations, neutralité des contributions... Mais il manquerait aux Encyclopédistes des Lumières ce qui était pour Diderot l'essentiel : l'enchaînement des connaissances, leur raison d'être...

Désormais, pour la plupart des étudiants, dès le collège, et même avant, il n'est d'ouvrage de référence que sur le Web. Rien ne résiste à la commodité, au nouvel habitus acquis avec Internet et les hyperliens, avec les moteurs de recherche, les copier-coller... Feuilleter un dictionnaire alphabétique en papier semble d'un autre âge. L'encyclopédie d'aujourd'hui est partout chez elle "dans les nuages", accessible partout, dès lors qu'il y a une connexion Internet. 
Quant à la Grande Encyclopédie, elle est au musée ; on peut la voir à Langres, pays de Diderot, à la bibliothèque Marcel Arland. Encarta va sûrement l'y rejoindre.

Emmanuelle Tisserand bibliothécaire à Langres, présente son trésor au grand public (notre photo) 

mercredi 1 avril 2009

Culture introuvable ?


La crise économique pousse les business plans à leur limite. La crise clarifie, énonce la vérité de toute entreprise. On perd moins la face à reconnaître par temps de crise que l'on a échoué. C'est même une bonne occasion. Ainsi, chaque jour, le marché média se décante davantage, ses formes nouvelles se dessinent plus nettement.  

Le 31 mars, Wikia Search, moteur de recherche proche de Wikipedia (proche également dans son esprit de Wikia), et qui envisageait un modèle publicitaire, a fermé ses portes. Au delà de la langue de bois qui convient aux échecs (on ne nomme pas le vainqueur, on accuse la crise, on dit que l'on recommencera... en d'autres temps, etc.), que retenir de cette défaite ? Que le marché des moteurs de recherche tend vers le monopole dans la plupart des cultures. 

Quelles conséquences pour ce qui en dépend étroitement, médias, éducation, langues, recherche ? La dépendance, une forme nouvelle de colonisation ?
Comment peut-on ne pas en entendre le vacarme que font ces mots : MOTEUR de RECHERCHE... Qu'est-ce qu'une culture sans moteur de recherche sinon une culture introuvable dans ses propres catégories, dans ses propres mots ? 

A l'époque d'Internet, une culture n'est que l'ensemble défini par un moteur de recherche. 

Evénement et quotidien


En mars 2009, CNN (groupe Time Warner) était, selon les mesures de l'audience en cours, la troisième des chaînes d'information continue aux Etats-Unis, derrière Fox News (News Corp) et MSNBC (NBC Universal). Un peu plus de un million de téléspectateurs par jour de semaine pour CNN ou MSNBC, presque 3 millions pour Fox News en prime time.

Quel diagnostic dresser de cette situation ? 
  • Pas d'actualité politique extraordinaire (guerre, élection), "A slow news period", faible audience. L'ordinaire ne fait pas l'audience. Pourtant chaque jour apporte aux Américains sa part de cercueils, de Bagdad ou d'Afghanistan, pourtant la "crise économique" va bon train. Mais, même malheureux, ceci ne fait plus événement. Le téléspectateur s'y est habitué. 
  • Pas assez de "opinion shows" qui compenseraient le manque d'extraordinaire en fabriquant de l'actualité, Fox News a mis en place de telles émissions ("The O'Reilly Factor", etc.) . Une chaîne d'infos - on l'oublie - ne suit pas seulement l'actualité, elle la "fait" aussi, elle "l'invente".  Un média doit fabriquer sa matière. Les grands médias du sport l'ont fait (ESPN, L'Equipe, La Gazetta dello Sport, etc.). Seule la météo, et encore, vit en permanence dans l'événement, d'où son succès. 
En ligne, en revanche, le classement est différent. MSNBC.com est en tête (41 millions de visiteurs uniques) devant CNN (36 millions), loin devant Fox News (16 millions). Pour remonter la pente, Fox News lance Fox Nation, simple blog d'opinions patriotiques ("It is a community that believes in the American Dream"). A la manière de iReport, lancé par CNN, il s'agit d'introduire les contenus produits par les médianautes ("Unedited. Unfiltered").

Utilisons ce constat, à titre d'hypothèse, comme analyseur du déclin de la presse d'information quotidienne.
La partie de la population qui s'informe régulièrement passe sur Internet, plus commode, plus divers, plus riche, personnel, parfait pour la vie de tous les jours (comme le fut en son temps le "journal à un sou", 1867). Les irréguliers attendent un événement pour lire un journal "quotidien", qu'ils traitent comme un magazine (ce dont Libération eut l'intuition). Le quotidien papier n'est plus fait pour le quotidien, il lui reste l'événement. Le modèle économique confirme et accentue ce diagnostic. Le quotidien aurait ainsi deux avenirs, l'un en ligne, l'autre en magazine (ce dont témoigne déjà la multiplication des hors série, des suppléments).

Si cette hypothèse est confirmée : les médias traditionnels, papier, lourds à mettre à jour, au contenu complexe, comme la télévision devraient se réfugier dans l'événement, quitte à le provoquer (Star Ac, épisode final d'une série) ; le régulier, le quotidien sera de plus en plus en ligne, léger, courant réactif. Les périodiques, entraînés à l'événement, à la synthèse approfondie souffriront moins que les quotidiens dans leur support papier.
Ainsi se dessine une division du travail entre supports. Nous reviendrons sur ce diagnostic pour l'enrichir ou le révoquer en doute.