dimanche 31 juillet 2011

Google et toute la mémoire du monde

.
Beau titre dans le quotidien espagnol El Pais : "Google ya es parte de tu memoria" (Google est déjà une partie de ta mémoire). Le quotidien part de la recension d'une recherche parue dans Science Magazine sur l'évolution de la mémoire (Betsy Sparrow, Jenn Liu, Danial M. Wegner, "Google Effects on Memory: Cognitive Consequence of Having Information at our Fingertips", July 14, 2011) pour approcher de manière plus générale l'effet des moteurs de recherche sur la mémoire des utilisateurs.
Que les appareils que nous utilisons quotidiennement tranforment la manière dont nous retenons les informations et dont nous accédons à leur mémorisation est probable. Retenir, en Grèce ancienne puis dans l'empire romain, reposait sur une mnémotechnique (repérage, classement des objets à mémoriser, association de ces objets à des lieux, etc.). Dans cette opération de mémorisation, l'organisation, la langue, le classement alphabétique, la versification jouent leur rôle ; la rhétorique, "ouvrière de persuasion", cultive la mémoire (cf. Ciceron, Quintilien, etc.). Quant aux appareils externes pour enrichir la mémorisation, ils existent depuis longtemps, indispensables pour la comptabilité commerciale des entreprises et des banques, des Etats (fiscalité), pour la religion (prière, étude, calendriers etc.), indispensables aussi pour leur portabilité : tablettes, rouleaux, puis livres de toutes sortes. La recherche peut être alphabétique, on met bientôt en place des index puis des systèmes de renvois anticipant les liens hypertexte (cf. L'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert).

Google, les logiciels de contacts, de fiches organisant le savoir pour apprendre et retrouver, de listes (de courses, de choses à faire, etc.), ne font qu'enrichir cet outillage. Avec le numérique, les tablettes ont accru leur capacité mémoire et amélioré leurs ergonomies. De la tablette qu'utilise Don Quichote ("un librillo de memoria") à l'iPhone et ses applis, les mécanismes de la mémorisation et des accès à la mémoire exploitent les évolutions technologiques. En revanche, les principes de ces outils sont constants : améliorer la rentabilité du travail intellectuel (productivity) et des opérations de gestion. Les travaux, les réflexions sur ce sujet et leur application aux médias sont anciens. De Marshall McLuhan à Jack Goody, par exemple.

Les résultats des expériences évoquées par Science démontrent que nous gérons au mieux notre espace mémoire. L'ordinateur, la tablette, le smartphone, chaque appareil nous permeet de l'exploiter différemment notre capacité mémoire au mieux (optimisation).
Deux conclusions majeures de cet article :
  • Avec la fréqentation continue et approfondie des outils de recherche s'élaborent de nouveaux habitus cognitifs et une dépendance envers la connection  ("We must remain plugged in to know what Google knows"). En ce sens, Google est une entreprise radicalement différente de Facebook qui s'apparente plus, pour l'instant, à un gadget. Google comme Bing gèrent l'accès à des outillages pour connaître. En cela, ils sont différents. On peut encore vivre sans réseau social, on ne peut plus travailler sans moteur de recherche. Le savoir n'existe que si, et seulement si, on peut le mobiliser, s'il a été organisé. Etre, c'est être en ligne.
  • "We are becoming symbiotic with our computer tools". Dans son principe, cela aurait pu être affirmé d'outils de savoir tels que les encyclopédies, les outils pour écrire (stylets et pinceaux, crayons, papier, etc.) ou pour calculer (boulier, planches anatomiques, tables diverses, etc.). Microsoft et Apple orchestrent cette nouvelle symbiose, et Google aussi (Android).
De même qu'il a été fondamental pour l'industrialisation de populariser l'éducation aux outils de travail intellectuel (lire, écrire, compter, mesurer), il devient tout aussi fondamental de populariser la bureautique aujourd'hui. De même que la République fit construire des écoles primaires dans chaque commune, il faut aujourd'hui construire partout des infrastructures de connection. Sans perdre de vue que, à la base de tout cela, se trouve la maîtrise de la première des technologies, celle qui préside à la compréhension et à la production langagières : la langue maternelle ("No se debe perder el valor de la palabra", souligne Beatrix Azagra dans El Pais). Ecole et web : même combat.


Sur le même sujet :
.

mercredi 27 juillet 2011

Apple : OS X Lion, facteur d'habitus

.
Un nouvel O.S. bouge toujours un peu l'habitus de ses utilisateurs et l'enrichit de nouveaux gestes. D'ores et déjà aujourd'hui les outils numériques ont développé chez leurs utilisateurs des gestes, des réflexes dont l'essentiel est hérité des interfaces utilisateur d'Apple (Mac OS, 1984) et de Windows (Microsoft, 1985).
Certains sont propres à un appareil, d'autres sont communs à tous les appareils. Apple développe des habitudes spécifiques à ses appareils (iPhone, iPad et Mac), ensemble d'habitudes qui constituent une culture, allant des ergonomies aux comportements et aux modes de penser. Passer d'un PC à un ordinateur Apple, ou inversement, désoriente immédiatement l'utilisateur. Par exemple, les raccourcis clavier des copier-coller ne sont pas tout à fait les mêmes, ce qui entraîne pendant des semaines de constantes erreurs, avant que ne s'installe une sorte de bilinguisme des doigts. L'habitus comme les doigtés ne se font connaître que dans leurs ratés. Les ergonomies nouvellement inculquées, ce que l'on sait vite sur le bout des doigts, constituent bientôt un frein à l'utilisation de certains appareils : ainsi des ergonomies tactiles des liseurs numériques (Ereader) et des tablettes qui ont rendu, en comparaison, les boutons du Kindle (Amazon) peu engageants. Toute ergonomie apprise est un obstacle au changement.

Quoi de neuf dans les gestes du nouvel O.S. d'Apple (OS X  Lion) ?
  • Le trackpad propose plusieurs types de gestes dans la continuité de l'iPhone. Un, deux, trois doigts, avec ou sans le pouce (multi-touche). Des gestes de bas / haut, des gestes latéraux. 
  • Cliquer (avec clic secondaire, au bas du trackpad, équivalent à un clic droit sur Windows), pincer (zoom), faire pivoter une image, changer d'écran.
  • Deux outils nouveaux synoptiques d'orientation apparaissent : "Mission control" qui donne une vue de tout ce qui est ouvert sur l'ordinateur et "Launchpad" qui donne une vue sur toutes les applications présentes sur l'ordinateur que l'on peut supprimer, déplacer et regrouper comme sur un iPhone ou un iPad.
  • Doubles voies d'accès : soit touches clavier (F3 et F4) soit gestes sur le trackpad. 
  • Le scrolling s'effectue de bas en haut (et retour) ; noter le vocabulaire emprunté au temps des rouleaux de papyrus et de parchemin... Héritage de gestes, héritage d'idées (Cf. Léon Brunschwicg) ?
  • Tout un travail de personnalisation par l'utilisateur est possible, y compris pour retourner aux habitudes des interfaces précédentes.
La culture Apple s'étend, se systématise et l'on perçoit vite les airs de famille des ergonomies, leur grammaire qui accentuent la transférabilité des savoir faire. En plus des ergonomies communes, des outils communs apparaissent comme FaceTime (iPad2, iPhone4). Cette version de l'OS, selon Apple, laisse entrevoir ("sneak peak") les voies futures que prendra son  informatique, c'est une ouverture.
La désalphabétisation des interfaces de communication avec la machine, entamée au milieu des années 1980 se poursuit : les signes d'un basculement progressif vers les images et les gestes dans la gestion de la communication (facial recognition, gesture recognition) sont manifestes. De plus, les besoins des appareils portables favorisent une évolution vers des claviers non mécaniques. Apple a déposé un brevet de clavier virtuel, sans touches (keyless keyboard), sensible au toucher (haptique).
L'évolution et l'acceptation des interfaces utilisateurs commandent le succès des appareils. A terme, ces évolutions auront également un effet sur les technologies d'évaluation des comportements (cf. - par exemple - WebVisor qu'a racheté le moteur de recherche russe Yandex).
.

mardi 26 juillet 2011

Presse régionale en vacances


C'est l'été et les vacances. Les lecteurs aussi prennent des vacances et partent quelque part en France, en famille, en camping, à l'hôtel, en location. Loin de leur journal régional et des nouvelles de chez eux.
Période à risque pour la presse régionale : à l'occasion des vacances, les abonnés peuvent se déshabituer de leur journal, interrompre un abonnement qui arriverait en vain dans leur boîte aux lettres. Et qui lira, à son retour de vacances, une pile de journaux des semaines passées ? "Who wants yesterday's papers" chantaient les Rolling Stones !

Pour améliorer son service, la presse régionale propose à ses abonnés de livrer leur abonnement dans leur lieu de vacances, sans supplément de prix, voire même avec un ou plusieurs numéros offerts. Cf. les offres dans les Ardennes de deux régionaux : le quotidien L'Ardennais (en haut) et La Semaine des Ardennes (en bas). Ce service est aussi une incitation à s'abonner.

Mobilité de cette presse locale qui, évidemment, ne peut bénéficier comme les magazines de distribution nationale. Bien sûr, les abonnés pourraient retrouver leur journal sur le Web, mais peu sans doute partent avec leur ordinateur, disposent de connection en vacances, et le smartphone reste incommode pour lire la presse régionale. Et enfin, ce n'est pas pareil : le journal régional, pour beaucoup de lecteurs, c'est aussi une certaine sensation, une ergonomie de feuilletage et de reprises en main que ne rend pas le numérique.
"Mon journal me suit" : mobilité postale, à l'ancienne ; organistion simple de la "proximité du lointain" pour être, même ailleurs, encore comme chez soi .

Presse régionale à l'entrée du  kiosque de la gare de Charleville-Mézières (Ardennes, 08)

mardi 19 juillet 2011

Service public : match France - Allemagne

.
En Allemagne, la Coupe du Monde féminine de football a été rediffusée par les deux grandes chaînes de télévision publique, ARD et ZDF. En France, par Direct 8, chaîne privée commerciale du groupe Bolloré. Bonnes audiences dans les deux pays. Record pour Direct 8. Triomphe du foot féminin sur Twitter.
Les équipes nationales de chacun des deux pays étaient sélectionnées pour le tournoi final parmi 15 équipes sur 126, l'Allemagne, pays organisateur, étant sélectionnée d'office. L'équipe allemande sort de la compétition en quart de finale, l'équipe française en demi.
Occasion manquée en France, par les chaînes du secteur public, d'illustrer l'esprit de service public qui doit les animer (Article 8 du cahier des charges de France Télévision) ? On parle sans cesse de "diversité" (Article 37) : n'était-ce pas une occasion formidable de "favoriser" les "diversités", et notamment la première d'entre elles, la seule universelle et mesurable, celle des femmes et des hommes ("parité"). D'autant que le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel souligne la sous-représentation des femmes dans les programmes télévisés (cf. son Baromètre de la diversité à la télévision, vague 3) qui, d'ailleurs, à propos de la parité (§2), oublie tout bonnement le sport dans les "genres de programmes" étudiés).

N.B.
  • Pour les germanophones, l'article du magazine hebdomadaire Spiegel : "Frauenfussball bei ARD und ZDF. Alle Spiele, alle Tore -alles richtig gemacht?".
  • La part d'audience (veille) de Direct 8 est de 2,7% pour la semaine du 11 juillet 2011 ; elle est dix fois plus élevée pour l'ensemble France 2 et France 3 (28,9%). Source : Médiamétrie. 

.

dimanche 17 juillet 2011

Google and the Belgian press. A Pyrrhic victory

.
Belgian papers, published in French or German, have sued Google for copyright infringement. And they won an ultimate victory (Court of Appeals, Brussels, May 5, 2011. Cf. Google vs Copiepress, Société de droit d'auteur des Journalistes, Assucopie). See also the press release from Copiepress.
In accordance with the decision of the Court, newspaper articles have been removed from Google News.
But Google removed also the newspapers Websites from its index. The newspapers have therefore disappeared from search results (cf. Associated Press).

Plutarch relates the very same story about Pyrrhus victories against the Romans: they were worse than defeats. "If we are victorious in one more battle with the Romans, we shall be utterly ruined" said Pyrrhus (Lives, "Pyrrhus", XXI. -XXII, Loeb Classical library, Cambridge, p. 417).

N.B. Until now, people wondered how a newspaper could survive online without being indexed and therefore found in the search results. It was only a Gedanken Experiment (thought experiment). Thanks to this situation, we will know

Update: A few days later, Copiepress asks Google to index the newspaper websites again...

samedi 16 juillet 2011

Naming : convention et acceptation

.
Le nom du nouveau stade de Nanterre (nom de code actuel : Arena 92) est à vendre pour 10 millions d'euros par an, sur 15 ans. Comment évalue-t-on les retours sur investissement d'une telle opération tout au long de sa longue durée ? Comment apprécier la qualité du nom choisi, son adéquation, son efficacité ? Comment la pré-tester ?
La question est celle que pose toute création de marque, de titre, de site Web : une marque aussi est un nom créé pour longtemps, alors que l'efficacité des actions publicitaires est d'habitude évaluée dans le court terme.

Le naming redonne une nouvelle jeunesse à un texte classique, que lisent toujours les linguistes, le Cratyle. Platon évoque dans ce dialogue un "poseur des noms", véritable "législateur" (νομοθέτης) chargé de "la rectitude du nom" ou "juste dénomination" ("ὀρθότης ὀνόματος", 384d). "Le nom, déclare Socrate, est vraiment un instrument pour instruire" (Ὄνομα ἄρα διδασκαλικόν τί ἐστιν ὄργανον", 388c). De quoi instruit donc le naming ? De la marque qui l'achète. A quelle condition une dénomination est-elle "juste" ? La convention - un nom est posé sur une chose - doit être acceptée par la communauté. C'est donc la limite de la convention qu'il faut évaluer dans le naming : l'acceptation pratique du nom par la communauté, le transfert à la marque de propriétés valorisantes et l'apport de notoriété spontanée par l'object nommé.

Comment évaluer le choix d'un nom, son efficacité pour une marque, sur une aussi longue durée, sur tout son cycle de vie ? On peut bien sûr imaginer des études ponctuelles répétées (du genre déclaratif), un panel... Mieux vaut recourir à une méthodologie constante et à une mesure continue telles que l'observation régulière de la fréquence de la recherche du nom sur l'ensemble des moteurs de recherche (comme le propose, par exemple, LeLab de Weborama) ? Plus la fréquence des requêtes associant le nom du stade à une activité positive s'y déroulant sera élevée, plus le naming aura été et sera encore efficace. Ces naming analytics pourront alors prendre en compte la contribution des résultats des équipes, de leur popularité, de tel match, de tel concert à la fréquence observée pendant une durée donnée (régressions multiples), les corréler aux nombres de places occupées, aux places vendues, au chiffre d'affaires global, etc. Petit à petit, on saura ainsi ce qu'il y a vraiment dans le nom ("What's in a name?") et comment cela évolue...

Références
Sur papier : Platon, Cratyle. Sur la justesse des noms, traduction Louis Méridier, in Platon, Oeuvres complètes, Tome V, 2e partie, Paris, Les Belles Lettres, bilingue, 1961.
Sur la Web : Cratyle, traduction de Victor Cousin, bilingue, Oeuvres de Platon, 1846. http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/cratyle.htm
.

lundi 11 juillet 2011

Mysterious, unpredictable consumers

.
"Now, I know one never knows" says an old famous "talking song byJean Gabin, a French actor. That should be said about media and marketing too.
Teletext should be obsolete, dead, right? Killed by the Web stars and the digital TV sets. Wrong.
A recent survey by ConsumentenBond among 1085 new TV set buyers in the Netherlands (since 2006) shows that 55% use Teletext regularly (many times a week) : for sports scores, news, information on TV programs, weather.
New technology, new equipment do not necessarily change behaviors. It takes sometimes a long time. Data on equipment do not tell all the story. Behaviors are still unpredictable. One device, many users, many uses.
.

vendredi 8 juillet 2011

TV américaine. Fox change d'affiliée à Springfield. Etude de cas N°2

.
Dans le marché de Springfield (Missouri, DMA N°74), le network Fox et sa station affiliée (KSFX, groupe Nexstar) se sont séparé sur un désaccord concernant les conditions financières de l'affiliation. Vraisemblablement sur le montant des compensations dont bénéficie une station affiliée en échange de la retransmission des programmes nationaux du network (retransmision consent fees).
En conséquence de cette rupture, KSFX deviendra, à partir de septembre prochain, une station indépendante (indie) et continuera de rediffuser des programmes de syndication ("The Simpsons", "Everybody Loves Raymond", "Seinfeld", "House", etc.). Seule la grille de prime time est affectée (19-21 heures, lundi-samedi, principalement. Cf. communiqué de la station). Notons qu le cs de KSFX n'est pas unique : trois stations du groupe Nexstar Broadcasting Group ont remis en question leur affiliation à Fox.
KSFX a été auparavant affiliée à ABC, qui lui a préféré une autre station en 1986, année de création du network Fox, qui proposera l'affiliation à KSFX.

Dans ce même marché, la station KRBK, qui était affiliée à MyNetworkTV devient une station affiliée du network Fox dont elle retransmettra le programme national à partir de la prochaine saison (septembre 2011. Cf. communiqué de la station) sous le nom de "Fox 49" (49 est le numéro de son canal UHF). Elle assurera également l'affiliation secondaire à MyNetworkTV (MyNetworkTV appartient au groupe News Corp., comme Fox).

Ce cas illustre la relation affiliée / network et sa fragilité. Il montre également la flexibilité et la mobilité du marché télévisuel américain dont la station locale reste la cellule de base. Les stations, maillons de la chaîne, peuvent à tout moment changer d'affiliation ou devenir indépendantes. Le network est une marque constante à la structure changeante.
.

mercredi 6 juillet 2011

La TV met le Web à son service

.
Le network américain NBC ferme NBC Universal Digital Studio, ses studios lancés en 2008 pour la production d'émissions à destination du Web ("original Web content"). Ces émissions, financées par le parrainage de marques (American Family Insurance, Samsung, etc.), étaient diffusées par Hulu, iTunes, en VOD, etc. (Cf. le cas de "CTRL").
Selon Advertsing Age, il n'y aura plus de production d'émissions originales pour le Web : tout l'effort sera concentré sur le Web à la réalisation de programmes d'auto-promotion et de soutien des progammes des chaînes TV. Le Web est mis au service exclusif de la télévision ("we plan to focus our digital efforts and investment on content that's supportive of our on-air programs, providing our audience with additional content that further engages them in our shows").

Ce revirement stratégique, déclenché à l'occasion du rachat de NBC par le câblo-opérateur Comcast, indique un positionnement secondaire du Web du point de vue des chaînes de télévision : au Web est réservé un rôle ancillaire, faire de l'audience sur les chaînes. Logique, à très court terme du moins. L'espace publicitaire se vend beaucoup moins cher sur le Web qu'en télévision, les chaînes et notamment la chaîne grand public constituent le centre de profit primordial vers lequel doit affluer l'audience.
A terme, une source d'innovation et de création de fiction est sans doute compromise.

Document : communiqué de presse de lancement, 7 octobre 2008.
.

lundi 4 juillet 2011

Google agence média totale ?

.
Que devient Google ? Touche à tout géniale , riche et espiègle de la communication, comme jamais entreprise ne le fut encore ? Ou, plus trivialement, entreprise condamnée, comme d'autres de ce secteur, à suivre la pente de l'évolution numérique de la communication, pente qui conduit inéluctablement à la remise en question de la division courante du travail entre conseil, création, planning, achat, mesure ?

L'achat d'espace récent effectué directement par Heineken à Google ébauche une réponse. Cet achat, selon le Financial Times, couvre vingt pays d'Europe et d'Amérique du Nord ; il mobilise toutes les plateformes publicitaires de Google (YouTube, mobile, display, etc.) ; il inclut le planning, le conseil, la commercialisation, la mesure, l'analyse des audiences et des performances, tant pour les produits que pour la marque. Par certains de ses aspects, il s'apparente, dans sa méthode, à l'achat upfront que réalisent, un an à l'avance, les agences média auprès des plus grandes chaînes de télévision américaine. En mieux, en plus complet. Opération totale.
De facto, un tel achat réduit les agences à un rôle de spectateur. Qu'importent les protestations des uns et des autres : la logique technique et économique impose cette totalisation, économies d'échelle et réduction des coûts de transaction obligent. La publicité, c'est de plus en plus de mathématiques, de plus en plus de technologies.

La télévision connectée au Web, le digital signage associé au mobile restreignent chaque jour le périmètre de la télévision et de l'affichage traditionnels, incorporant le marketing dans les points de vente et les lieux publics. La plupart des agences média, sans technologie, sont réduites à un rôle commercial qui, lui même, s'automatise. Plus on ira vers le numérique, plus les agences, dans leur conception traditionnelle, seront marginalisées. Elles ont tant compté sur leurs "esclaves numériques", non sans condescendance parfois, qu'elles sont aujourd'hui esclaves de leurs esclaves. Dialectique connue. Et l'écart se creuse, se creuse...
Et ce n'est qu'un début !
.

dimanche 3 juillet 2011

Ciblage et styles de vie


.L'Amateur de cigare : ceci n'est pas un magazine sur le cigare mais un magazine pour les amateurs de cigares ; diffusé entre 15 et 20 000 exemplaires, il vise un ensemble de styles de vie, éventuellement disparates, dont le goût pour le cigare est le point commun. C'est aussi, en acte, un petit traité de sociologie de la distinction.
Bimestriel, dos carré (6,5 € le numéro), 72 pages : des articles sur la gastronomie, sur Cuba et la fabrication des cigares, sur le commerce des cigares à Lille, sur une destination touristique (Maroc) traitée sous l'angle du cigare, sur les boissons et la gastronomie (cubaine), la musique, sur un véhicule (Mercedes). Un encart de 4 pages grand format, pliées, décrit et compare scrupuleusement des cigares choisis : dimensions, catégorie, fabricant, prix, le tout assorti d'un commentaire.

La publicité dans le magazine est en affinité thématique, esthétique avec les éléments éditoriaux parmi lesquels les messages se fondent, visibles d'être tellement dans le ton. Paradoxe d'un beau travail de marketing éditorial et publicitaire. On n'insiste jamais assez sur la coordination des deux alors qu'elle fait la qualité d'un magazine, la mémorisation et l'agrément. Peu d'annonceurs captifs : boissons, hôtellerie, tourisme, automobile. Le cigare n'apparaît, distraitement, que dans quelques pages "shopping", consacrées à des accessoires (caves, étuis, etc.), à des guides d'achat (champagnes, montres, livres, DVD, cigares, déco).

Ce qui harmonise tous les constituants, éditoriaux et publicitaires, c'est un type de jugement de goût, un certain art de la distinction : oenologie et gastronomie fournissent aux amateurs de cigares les outils lexicaux  et les catégories pour rendre compte de la "dégustation". Ciblage comportemental, en quelque sorte, intuitif. Certainement, chaque lecteur trouvera au moins un message qui détonne et y décèlera, de son point de vue, un peu de frime de distinction trop calculées (stylisation de la vie). Le magazine poursuit le difficile équilibre entre la personnalisation (le lecteur a sélectionné le magazine et s'y retrouve) et la recommandation (le lecteur est surpris et envisage d'autres goûts, via l'habitus qui les règle) ; c'est cette créativité que tente de reproduire automatiquement un algorithme de ciblage sur le Web.

Encart guide d'achat comparatif
Et le Web justement ?
Il y a un site amateurdecigare.com, bien sûr, mais qui ne répète ni ne reflète le magazine ; le site est sobre, requiert une inscription et l'accès aux fiches de dégustation est payant (3 € / an). Le site est conçu et développé comme un outil élémentaire de référence pour l'amateur (lexique, explications, liste de points de vente, etc.). Seul renvoi au magazine, le module d'abonnement.
Cette division du travail, cette articulation entre le magazine et le site paraît exemplaire. Au magazine, le confort d'une certaine portabilité, le plaisir du toucher, du feuilletage, d'une exubérance rédactionnelle retenue. Au magazine surtout, le centre de profit. Au site, réalisé à l'évidence pour une dépense de développement modique, la simplicité stricte de l'efficace. Tout un modèle économique. La base de données des contenus éditoriaux est exploitée sous la forme de guide / livre : Le Havanoscope, et de supplément Le Cigaroscope.
Analysé dans les détails, ce travail paraît remarquable, d'autant que tout le travail disparaît à la lecture du magazine, à l'utilisation du site : l'édition a fabriqué de l'évidence, un "plaisir du texte".

N.B. Accusé d'inciter à fumer par une association, le magazine a été relaxé par le tribunal correctionnel de Paris en décembre 2012.

jeudi 30 juin 2011

Fautes professionnelles ? News Corp., Viacom et MySpace

.
Mis à jour le 22 octobre 2011
Facebook a fait perdre près de 2 milliards de dollars à News Corp. L'addition vient de tomber.
En 2005, le groupe News Corp., que dirigeait et dirige encore Murdoch, acheta, dans l'euphorie et l'impatience, MySpace, pour 580 millions de dollars. Durant six années, le site aurait perdu près de 200 millions de dollars par an. Il vient d'être revendu 35 millions de dollars au réseau publicitaire Specific Media (ad network).
Ayons une pensée teintée d'humour pour Tom Freston (MTV), licencié sèchement par Redstone, le patron de Viacom, pour avoir douté de l'intérêt de cet achat et n'y avoir pas succombé. Erreur qualifiée alors d'"humiliante" par cet autre grand visionnaire (octobre 2006). Redstone va-t-il s'excuser ? Rêvons !
Voilà un cas qui mérite une place de choix dans les manuels de sciences de gestion, à Harvard Business School (surtout) et ailleurs. Mais que faut-il apprendre d'un tel cas ?
Murdoch reconnaîtra en octobre 2011 avoir alors commis une énorme erreur ("I made a huge mistake") rappelant d'ailleurs que tous ceux qui ont ensuite participé à la mauvaise gestion (mismanagement) de Myspace ont quitté le groupe. Pas lui.
.

mardi 28 juin 2011

Publicité commerciale et propagande politique

.
2012, année d'élection présidentielle aux Etats-Unis, sera une bonne année pour les recettes publicitaires des médias ("Election Day" est le 6 novembre 2012). Moody prévoit une augmentation de 10 à 20% des recettes pour la télévision terrestre grand public, notamment au niveau local (stations). Plus la bataille électorale locale sera serrée, meilleur ce sera pour les recettes locales des stations.
En 2010, la télévision grand public avait bien profité des élections, en captant 75% des dépenses de publicité électorale, les chaînes thématiques n'en collectant que 8% et le Web, 4 % (Source : PQ Media). Cette répartition reflète l'importance du local selon les médias : la publicité sur les chaînes thématiques (spot cable) est encore peu localisée. Quant au Web, mobile ou non, devenant de plus en plus local, il devrait bénéficier de cette évolution tout comme de son affinité élective avec les plus jeunes générations d'électeurs (réseaux sociaux, mobile, etc.).
Pour tout arranger, dans le meilleur des mondes médiatiques possible, une décision récente de la Cour Suprême américaine (janvier 2010) laisse toute liberté aux entreprises de financer la propagande électorale, sans limite, sans obligation de consulter leurs actionnaires. Place aux plus riches, au nom du Premier Amendement ("freedom of speech").

En France, la publicité politique est interdite à la télévision et à la radio (loi ° 90-55 du 15 janvier 1990) ; de plus, dans les trois mois précédant l'élection, la publicité commerciale à fin de propagande électorale, même gratuite, est interdite sur tous les médias (L.52-1 du Code électoral).
Si, comme aux Etats-Unis, partis et candidats en France devaient payer leur passage sur les télévisions et les radios, quelles en seraient les conséquences ? Tout en améliorant le financement de ces médias, cela limiterait la présence des messages politiques sur les chaînes ; au moyen de leur politique des prix, elles devraient arbitrer entre publicité commerciale et publicité politique. Les conditions spécifiques faites à la communication audiovisuelle lors des campgnes électorales (Loi N°86-1067 du 30 septembre 1986, article 16) sont-elles encore nécessaires ?
En ce qui concerne le Web, la complexité - chaque jour croissante et renouvelée - des moyens qu'il offre à la communication politique, rend de plus en plus délicate l'application des textes actuels. Comment peuvent-ils prendre en compte et démêler cet écheveau d'innombrables innovations. Cf. à titre d'illustrations : Internet et communication électorale, 17 octobre 2006) et un exemple d'interprétation par le ministère de l'intérieur de décisions du Conseil d'Etat, à propos des mots-clés et liens commerciaux en période électorale.

La France connaîtra bientôt une année électorale majeure. Quelle place y tiendront les médias numériques ? Il n'y a plus de rareté des moyens de communication : cela plaide en faveur de la liberté totale de la communication politique dans le cadre d'un financement rigoureusement contrôlé des candidats et des partis (à la différence de qu'autorise la Cour Suprême américaine), conformément à l'esprit de la démocratie.
Reste la question du cens politique : qui peut-être candidat, qui peut produire de l'opinion politique ? Le Web avec les blogs, Twitter, Facebook, les mots clés et tant d'autres moyens donnent à imaginer de nouvelles manières d'émettre des opinions, de candidater et de représenter des citoyens. Comme beaucoup parmi nos institutions, nos procédures électorales ont été conçues à l'époque des linotypes, du télégraphe, de la locomotive à vapeur et de la télévision d'Etat. Elles ont leur âge et leur rides. Anachroniques. Le Web peut être un facteur de démocratisation du financement électoral, ainsi que l'a laissé entrevoir la campagne d'Obama en 2008.
.

dimanche 26 juin 2011

L'éducation à l'heure d'Internet

.
Internet donne l'heure. Point de repère absolu du progrès des activités économiques. "Les vaches à l'heure d'Internet" interroge à la une La Voix de l'Ain, hebdomadaire d'actualité d'une région agricole. Excellent titre, que l'on peut décliner. Par exemple, en cette période d'examens et de concours, de passages de classe et d'orientation, de fêtes de fin d'année scolaire : l'éducation.
  • L'école primaire à l'heure d'Internet. Ecole première sur laquelle TOUT repose. Ces petites écoles sont les seules, les véritables "grandes écoles", les seules à être justement, exactement, centrales, polytechniques, normales, nationales et supérieures, les seules dont nous sommes, toutes et tous, anciens élèves. Internet et le numérique ne changent pas grand chose pour cette école, ses élèves, ses instituteurs et institutrices, sauf d'accroître infiniment le besoin de lire bien, vite, de comprendre vite, de raisonner juste, de calculer, de penser, de communiquer... Apprendre à lire, écrire, comprendre sa langue maternelle, et, si ce n'est pas la même, urgemment, la langue de son pays d'accueil. Savoir comparer, douter, savoir que l'on sait et savoir que l'on ne sait pas, pouvoir distinguer croire et savoir, juste et faux, exact et à peu près. Apprendre à communiquer, donc à écrire ; améliorer l'expression orale, corporelle, esthétique. Accroître l'envie d'apprendre, le goût de l'étude. A tous ces objectifs fondamentaux, Internet ne change rien, sauf d'agir en formidable multiplicateur et accélérateur d'investissement éducatif. Internet accroît immensément le besoin d'école primaire. Nos labos, notre économie, notre culture, notre morale, tout repose sur elle. C'est pourquoi j'ai gardé, sciemment, le beau mot d'"instituteur" plutôt que celui restrictif de "professeur" ; l'école primaire n'est pas une garderie : elle institue la République. Quand l'une va mal, l'autre, sombre, périclite. L'école primaire est un humanisme.
  • L'université à l'heure d'Internet. Si Internet et le numérique ne changent pas grand chose pour les objectifs, universels et éternels, de l'école primaire, il en va tout autrement de l'université aux objectifs plus restreints, presque conjoncturels. Qu'est-ce qu'une université à l'heure d'Internet ?
    • A quoi riment les grands amphis, à quoi correspond la forme même du "cours", qu'est-ce qu'un campus ? L'université doit-elle avoir des "murs" (M. McLuhan) ? Qu'est-ce qu'apprendre à l'heure d'Internet ? Qu'est-ce qu'un examen ? Que faut-il savoir par coeur et que faut-il savoir trouver ? 
    • Nul n'entre ici s'il n'est géomètre ! L'antique adage a du bon : pas de formation universitaire sans culture, sans composante scientifique. Question d'hygiène intellectuelle.
    • Quelle culture minimum de programmation (programming literacy) faut-il maîtriser, que l'on soit en médecine ou en chimie, en gestion ou en journalisme, ou simple citoyen interanute ?
    • L'université doit moins enseigner directement qu'apprendre à apprendre : Internet et les outils didactiques numérisés peuvent remplir beaucoup des tâches d'enseignement
    • L'université doit vérifier et certifier les savoirs et savoir faire. Fonction indispensable au marché de l'emploi que guettent, sinon, les erreurs coûteuses, le chômage, sans compter le népotisme, le copinage et autre réseautage qui démoralisent, favorisent les "sociétés de cour" et les privilèges
    • Rechercher, innover, inventer. L'université doit préparer, inciter à la recherche, accompagner les chercheurs. La fonction d'incubation est primordiale, donc la relation aux entreprises qui est tout sauf de fournir de la main d'oeuvre au rabais. 
    • On classe et déclasse les universités et les diplômes. Sur quels critères ? Quels sont les diplômes de Steve Jobs ? D'ailleurs, quels sont les diplômes, les inventions, les créations de ceux qui classent les universités ? Ni Brin et ni Page, créateurs de Google, n'ont terminé leur thèse. Schmidt, si. Beau sujet de thèse en sciences de gestion ! Quant à Gates ou Zuckerberg, l'université les a laissé filer sans les diplômer pour qu'ils développent Microsoft et Facebook. Echecs ou réussites de ces universités ? Réussites. Thèses sur travaux ? "Quelques études que l'on fasse, elles doivent être faites rapidement. Il y a très peu de choses à apprendre d'un professeur". J'emprunte cet aphorisme à Pierre Boulez. L'université n'est ni un parking ni une salle d'attente. 

mercredi 22 juin 2011

Vices publics et vertus privées

.
L'équipe de hockey de Vancouver (Canada), les Canucks, a perdu la finale de la Stanley Cup contre celle de Boston (Bruins). Des "fans" et d'autres profitent de l'occasion pour saccager des quartiers de la ville de Vancouver (incendies de véhicules, vols, etc.). Cf. documents mis en ligne par Mashable.com.
Banal ! Combien de villes françaises ne connaissent-elles pas régulièrement de tels comportements qui leur donnent, certains soirs de matchs de football, des allures de villes assiégées.
Ce qui semble remarquable dans le cas de Vancouver est la demande officielle, adressée par la police et la mairie de Vancouver, aux personnes témoins de ces "manifestations" : prière, à ceux et celles qui ont filmé et photographié, de ne rien effacer et de faire parvenir à la police toutes photos et vidéos de "manifestants", "casseurs" (rioters) en action. Ces documents seront exploités par la police pour retrouver les suspects et effectuer des arrestations. Twitter (#riot), Facebook et Tumblr sont mobilisés à cet effet.

La banalisation des outils de photo et vidéo, leur disponibilité continue grâce aux téléphones portables rendent possible une sorte de crowd sourcing des enquêtes. Les vices publics font l'objet de témoignages privés. "Private vices, public benefits", dit la fable de Mandeville. Le téléphone portable, par nombre de ses attributs, secoue la définition de la vie privée, plus certainement sans doute que les cookies. Quant au droit à l'image....
.

mardi 21 juin 2011

Démographie 2009 : redessiner les cibles média et marketing

.
L'INSEE publie situation démographique de la France en 2009. Quelles conséquences pour le travail média ?
  1. Vérifier la définition de la population de référence (champ), notamment dans les mesures d'audience : soit la France métropolitaine exclusivement, soit l'ensemble outre-mer comprenant les départements (1 870 000 personnes) et les collectivités (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon, Wallis-et-Futuna,Saint-Martin, Sant-Barthélémy: 780 000 personnes)
    1. Total outre-mer : 2 650 000
    2. Total métropole : 64 670 000
  2. Un pays parmi tant d'autres : la France ne représente que 13% de la population de l'Union européenne. Cette Union, en revanche, avec plus de 500 millions d'habitants, occupe une position démographique significative auprès de l'Amérique du Nord et des puissances asiatiques (Chine, Inde, Japon)
  3. Fécondité : les mères accouchent de plus en plus tard 
    1. En moyenne, l'âge moyen à l'accouchement est de 30 ans (29,9 ans en 2009)
    2. La fécondité des femmes de moins de 30 ans diminue et celle des plus de 30 ans augmente
    3. Une génération compte maintenant plus de 820 000 personnes (793 500 naissances en France métropolitaine et 31 000 outre-mer) 
  4. Vieillissement ? Derrière cette notion se cache celle, plus confuse qu'il y paraît, de population dite "active" qui inclut une part de plus en plus significative des 60-75 ans. Cette évolution est riche de conséquences sur les retraites, le patrimoine, les consommations (loisirs, santé)
    1. La population des 15-49 ans, cible préférée des grands médias, est stable depuis 1991 (près de 30 millions de personnes) mais son poids dans la population totale décroît régulièrement : de 50,4% de la population totale en 1991, elle est passée à 45,7% en 2009
    2. Les moins de 15 ans sont en légère augmentation (+ 200 000 personnes)
    3. La tranche des 60 ans et plus a gagné 3,5 millions de personnes ; celle des 75 ans et plus a gagné plus de 1,8 million. Quelle part de ces personnes est active, à quel taux ?
  5. Mariage + PACS : 425 000 cérémonies par an. La presse et le marketing de ces unions ont encore un bel avenir
    1. 251 000 mariages classiques par an
    2. Le nombre de PACS (pacte civil de solidarité) croît : 174 000 en 2009
    3. L'âge moyen des promis au premier mariage augmente (primo-nuptialité) : 31,7 ans pour les hommes, 29,8 pour les femmes. Depuis 1994, cet âge a augmenté de 3 ans pour les femmes comme pour les hommes.
    4. Trente ans représente un tournant dans les âges de la vie. Autrefois, c'était vingt ans. Après l'adolescence, plus d'une dizaine d'années constituent une période intermédiaire, plus ou moins active (emploi, études, loisirs) sans engagement sérieux (couple, enfant, imobilier, emploi). Cet âge définit une cible socialement hétérogène  : modes de vie, niveaux de vie
  6. Féminisation ? 
    1. Non, au contraire. Depuis 1991, le poids des femmes diminue pour les plus de 60 ans ; pour les 20-59 ans, il est passé, en 18 ans, de 50,0 % à 51,6% 
    2. Les générations âgées sur-représentent encore les femmes (63,2% des 75 ans et plus). Cf. graphe ci-dessous.
Conclusions : redessiner les cibles média et marketing
  • Importance d'une période allant de 18 à 30 ans, mal connue, peu appréhendable avec les outils traditionnels qui dissimulent encore cette tranche d'âge au profit des sacro-saints "15-24" et "25-34" ans. Cible à préciser avec les taux de diplômés, d'emplois, d'activité, les rites de passage, etc.
  • Croissance des effectifs de la population âgée de plus de 60 ans. Déjà, la référence des 50 ans est obsolète (enfants à charge bien au-delà de cet âge, éloignement du départ à la retraite, etc.). Où placer la nouvelle barre pour constituer une cible pertinente ? Croiser âge et santé (déficiences, handicap, dépendance, incapacités) pour définir la probabilité d'activité (au sens étendu du terme, incluant les loisirs, les responsabilités familiales, les participations sociales diverses) ?

dimanche 19 juin 2011

Vidéo et compteur Internet

.
Time Warner Cable, le second câblo-opérateur américain (MSO), testerait actuellement une tarification calée sur la consommation Internet des abonnés, en lieu et place d'une tarification forfaitaire. Internet facturé comme l'électricité et le téléphone.
Une telle politique des prix concernerait, de façon primordiale, les clients des fournisseurs de services vidéo (VOD, etc.), et notamment de Netflix, réputés gros utilisateurs. D'une manière générale, les forts consommateurs de vidéo se trouveraient devoir payer davantage.
Généralisé, un tel principe ne manquerait pas d'avoir des effets sur des entreprises comme YouTube, Hulu, etc. Il pourrait également affecter le recours à la publicité vidéo.
  • Une telle mesure pose un problème de concurrence : Time Warner, câblo-opérateur, pourrait être soupçonné de favoriser ses propres services. Quid, alors, de la neutralité d'Internet ? 
  • Elle pose la question de l'économie globale d'Internet : qui paie la bande passante, qui en profite ?
  • Ces questions s'imposeront bientôt, inévitablement, à propos des smartphones et de la vidéo.

samedi 18 juin 2011

Vidéo en France : Video Futur entre Netflix et LOVEFiLM

.
Video Futur, qui dispose d'un large réseau de magasins de location de DVD en France, a mis en place une offre commerciale qui ajoute à l'envoi de DVD par voie postale un accès vidéo sur le Web. L'abonnement Pass Duo propose les films sur DVD 9 mois après leur sortie en salles pour 6,99 € et des films plus récents en téléchargement VOD (2,99 € / film).
Canaux de distribution vidéo de Video Futur  : comparaison  avec de quelques grands groupes 
La question de la "chronologie des médias" est évidemment au coeur de ce dispositif. En France, il faut un délai de 4 mois pour les DVD et la VOD payante à l'acte, 36 mois pour qu'un film soit diffusable sur le Web (VOD avec abonnement), 10 mois sur les chaïnes payantes comme Canal Plus (arrêté du 9 juillet 2009). L'offre de Video Futur bouscule donc, légalement, cette chronologie dont la logique résiste mal aux poussées d'une économie numérique et déçoit les attentes des consommateurs. Cette chronologie complexe rend d'ailleurs les offres commerciales peu lisibles pour les consommateurs, ce qui ne facilite rien.
.
Tableau comparatif (ci-dessus)
Video Futur, suite à diverses acquisitions, couvre quatre des cinq composantes de la distribution de cinéma hors exploitation en salles : magasins, automates, Web, poste. Video Futur ressemble en cela à Blockbuster que vient d'acheter le bouquet satellite américain Dish Network. Son offre multicanal est plus diversifiée que celle de LOVEFiLM en Grande-Bretagne que vient de racheter Amazon et qui représente sans doute la concurrence potentielle immédiate la plus dangereuse. Sur l'évolution de  l'offre multicanal aux Etats-Unis : "Video : la grande distribution du DVD à la VOD".
On peut aussi lire ce tableau simplifié comme une visualisation des potentialités stratégiques des acteurs (fusions, acquisitions, etc.)
.

mardi 14 juin 2011

TV américaine. Station contre network. Etude de cas N°1

.
Dernière mise à jour 5 octobre 2011
Au Etats-Unis, une chaîne nationale n'est que le résultat, plus ou moins stable, de la reprise par plus de 200 stations locales, affiliées ou contrôlées directement (O and O), d'un ensemble d'émissions achetées ou produites, puis agrégées en une grille, par un fournisseur de contenus.  Ces 210 stations distributrices constituent un réseau ou network ou, encore, dit autrement, d'une syndication nationale basée sur le troc (programme contre espace publicitaire).
Le network NBCU (groupe Comcast) est confronté cette semaine au refus par KSL-TV (Salt-Lake City), l'une de ses stations affiliées, de retransmettre l'émission, "The Playboy Club". La station estime que le contenu de l'émission n'est pas en phase avec la ligne éditoriale de la station ("objectionable") : cette station est contrôlée par les Mormons  ("Church of Jesus Christ of Latter-day Saints").
Par conséquent, le lundi à 21 heures, à partir de septembre, la station remplacera cette émission par une autre, de son choix. "The Playboy Club" sera repris par une autre station du marché (DMA N°32). Cf. le communiqué de KSL-TV (vidéo, après la pub !). C'est KMYU-TV, station affiliée à MyNetwork TV qui diffusera l'émission de NBC.

L'émission (drama) est consacrée à l'histoire de ce club de Chicago durant les années 1960. Elle se veut à la fois provocatrice et documentaire, un peu à la manière de "Mad Men". Elle est produite par les studios de 20th Century Fox.

Ce type de désistement est rare mais emblématique ;  il souligne l'originalité de la structure d'un network américain et sa vulnérabilité. La notion de chaîne nationale n'a pas le même sens aux Etats-Unis et en Europe : sans stations affiliées, pas de couverture nationale, pas de publicité nationale (network time). Effectuée
pendant les ventes publicitaires upfront, cette annonce de KSL-TV peut faire mauvaise impression auprès des annonceurs. A moins qu'elle n'attire leur attention sur une émission qui sent bon le soufre et peut attirer une audience curieuse - et intéressée.

Suite. Juillet 2011. L'association Parents Television Council demande aux stations affiliées au network NBC de ne pas diffuser "The Playboy Club" : "I am writing to urge you, on behalf of the Parents Television Council's 1.3 million members, to preempt the program in your community". Elle promet également de demander aux parents de déposer une plainte pour indécence auprès de la FCC.
Et fin. Octobre 2011. NBC déprogramme l'émission en raison de sa faible audience (1,2%, 18-49 ans) après 3 épisodes.

lundi 13 juin 2011

De la TV sur Internet

.
Les chaînes de télévision américaines prennent le Web au sérieux. Le Web devient l'un des lieux de diffusion de leurs émissions. La pression publicitaire des émissions diffusées sur le Web se règle progressivement sur celle de la diffusion terrestre, pas aussi simplement encore que le permettent le câble ou le satellite certes, mais c'est en bonne voie.
A terme, inévitablement, c'est le même signal qui sera distribué, sur tous les supports, Web, câble ou satelite... Cela facilitera et améliorera les comptages d'audience publicitaire ainsi que la vente d'espace, les audiences réalisées par les émissions sur le Web étant comptées comme les audiences TV. Audience TV multicanal dont on voit les prémices lors des ventes upfront (cf. Des nouvelles de l'upfront. Affrontement des cultures commerciales).


Qui gèrera dès lors cet espace publicitaire ?
  • Sans doute les régies TV qui finiront, même lentement, par adopter des méthodes élaborées, testées, mises au point pour le Web. Attention ! Un message Web et un message TV, même de durées égales, ne sont pas strictement équivalents : les messages Web peuvent être vendus plus cher que les messages traditionnels parce que plus riches d'information pour l'annonceur, et plus riches de capacité d'interaction pour le consommateur. 
  • Un message de 30 secondes, habituel en TV sur les networks américains, risque de paraître insupportable sur certains supports Web (tablette, ordinateurs, smartphone). Le Web imposera sans doute à la télévision des formats plus courts. Des recherches devront montrer ce qu'il en est, support par support, du nombre de messages regardés jusqu'à la fin, selon les durées d'émission, l'emplacement de l'écran (completion rate). Ce travail n'en est qu'à ses débuts (cf. FreeWheel, entre autres).
  • Comment réagiront les téléspectateurs Web devant l'encombrement croissant des émissions ? Se tourneront-ils vers une consommation "illégale", sans interruption publicitaire ? Le charme actuel des séries regardées sur le Web reste leur très faible encombrement publicitaire. Au contraire pour une série d'une heure diffusée à la télévision, il faut compter un quart d'heure d'encombrement publicitaire, réparti en plusieurs écrans (pods). Ce confort de vision et ce gain de temps qui font le plaisir du téléspectateur constituent un manque à gagner pour les chaînes. Sur YouTube, selon YouTube, 30% des messages avant programmes (TrueView pre-roll ads) seulement seraient zappés (skipped).
A terme, tout cela converge vers la télévision connectée qui établira les égalités fondamentales de la dynamique vidéo. L'égalisation des durées, l'identité des modalités d'insertion publicitaire (adserving, ciblage) semble inévitable. Derrière la technique, les compétences, les métiers se trouve un enjeu considérable : qui vend l'espace ? Qui l'achète ? Les agences média auront-elles encore un rôle à jouer dans cet univers unifié ?
.