vendredi 25 mars 2016

Rafistoler le GRP TV avec des données ?


Pour le grand marché publicitaire annuel de la télévision américaine (upfront market), qui se tiendra en mai, le groupe Fox (Fox Networks Group) propose de commercialiser son espace en recourant à une nouvelle unité de compte, le coût pour mille ciblé, "tCPM" : targeted CPM. Cette unité de compte sera utilisée pour déterminer les garanties d'audience et calculer les éventuelles compensations qui caractérisent cette vente d'espace plusieurs mois en avance.

Une suite de quatre produits, l'Audience Insight Manager (AIM) dont le but est d'améliorer les outils d'achat à l'aide de données (data-enhanced buying tools”), retient quatre modalités de transaction possibles :
  • Optimized Audience Read : l'inventaire proposé recourt aux données exclusives de Fox (proprietary data, first party) ; il est croisé avec les demandes précisément ciblées des annonceurs.
  • Target Audience Guarantee : tCPM unique (Coût Pour Mille vues ciblées), performances garanties pour les chaînes linéaires, optimisées à l'aide des données de Fox Networks Group (nombre de téléspectateurs ciblés).
  • Multi-Platform Guarantee : propose un mélange de tous les supports avec un tCPM garanti globalement à la fois pour les supports linéaires et non linéaires, contenu premium, sélectionné indépendamment du support.
  • Linear Programmatic Buying : permet aux annonceurs d'acheter de l'inventaire de la télévision linéaire, à la volée, sur une place de marché privée ; intégration avec les principales DSP.
Depuis des années, Fox conteste le mode de fonctionnement voire le principe même de l'upfront market.
Fox a rassemblé l'ensemble de ses supports en une régie unique, mêlant numérique, broadcast et thématique. Pour améliorer et moderniser ce marché, Fox avec AIM, mobilise des données et, prudemment, la vente programmatique. Les données devraient permettre de mieux valoriser certaines émissions, notamment celles dont l'audience est limitée (micro-cibles, affinité élevée avec les clients et prospects).  Les données sont mobilisées pour optimiser l'achat au GRP et, en même temps, renouveler la politique de garanties.

Il s'agit de rendre le marché moins dépendant de Nielsen et de pouvoir augmenter les prix de l'espace, de passer à petites doses du mediaplanning au planning des clients (audience planning). Pourtant, Nielsen reste l'arbitre du marché, le GRP la monnaie essentielle des transactions. Les données corrigent seulement et enrichissent le GRP courant (ciblé) surtout retenu pour les émissions à très large public, pour ce qui reste en télévision de mass média.

Cette tentative de conciliation du marketing du linéaire et du numérique fait penser à un bimétallisme monétaire. Une monnaie va-t-elle chasser l'autre (loi de Gresham) ?

vendredi 18 mars 2016

Recettes publicitaires : le triomphe des écrans de la mobilité


L’IREP a publié son bilan publicitaire pour l’année 2015. Qu’est-ce qui va pour le mieux dans le meilleur des mondes de la publicité ? La mobilité numérique, en tous genres.
  • Le mobile d’abord, smartphones essentiellement, avec une évolution de 2014 à 2015 de +28% (taux de croissance des recettes net qui ne prend en compte ni le search, ni les réseaux sociaux).
  • Ensuite, en termes de progression, vient le numérique extérieur (Digital Out Of Home, DOOH) avec une croissance de 15,5% (alors que la publicité extérieure, dans son ensemble, est reléguée à -10,1%).
Les données mobilisées pour cette analyse interprofessionnelle prennent mal en compte les recettes du mobile, fortement sous-estimées, très certainement. C'est dommage.
Le papier décroche. Les écrans l'emportent. Mais la presse n'est pas que du papier, il s'en faut : c'est aussi du web, du mobile, etc. Elle est une composante essentielle de la publicité numérique.

Cette présentation du marché publicitaire par l'IREP repose sur une classification arbitraire des médias classiques. Evidente parce qu'historique, traditionnelle et ancrée dans nos habitudes professionnelles et, par conséquent, propice aux comparaisons diachroniques.
Mais on pourrait avantageusement imaginer d'autres classifications ; l'une, par exemple, qui rassemblerait dans une même catégorie toute la vidéo : la télévision linéaire (broadcast) et le streaming (OTT, vidéo diffusée sur des réseaux sociaux, sur YouTube), vidéo diffusée sur les écrans DOOH, dans le métro, les aéroports, les centres commerciaux. Mais encore la vidéo diffusée par les régies publicitaires des salles de cinéma, la vidéo sur le mobile, sur des sites dits de presse ou de radio, etc.).
Ou encore une classification regroupant tous les supports de la presse, papier et numérique et donc le numérique sans la presse pour éviter d'éventuelles duplications, sans la télévision...
La répartition des recettes publicitaires en serait différente et le diagnostic de la situation aussi. On y gagnerait en lucidité opérationelle. On pourrait d'ailleurs publier plusieurs points de vue statistiques pour décrire l'état du marché publicitaire ; l'arbitraire des catégories statistiques n'en serait que plus visible et plus fécond.

lundi 14 mars 2016

Netflix, première télévision mondiale


Netflix n'est pas une chaîne. Il n'y a ni maillons, ni stations comme en réunissent les networks américains, il n'y a pas de satellites de diffusion non plus comme en utilisent CNN ou ESPN.
Netflix n'accepte pas d'interruptions publicitaires. Ses revenus proviennent exclusivement de la vente directe aux consommateurs sous la forme d'un abonnement mensuel. L'absence de la publicité dans le modèle économique ne lui impose pas d'insertion dans le tissu économique national (ce qui, soit dit en passant, fait percevoir, un des effets ignorés du financement publicitaire).
Le contenu proposé aux consommateurs sera de plus en plus mondial ; ce sera de moins en moins une mosaïque de contenus nationaux, tel est l'objectif déclaré (cf. "evolving proxy detection as a global service" ). Ainsi, en mars 2015, Netflix diffuse "Daredevil" simultanément dans 190 pays. La mondialisation de Netflix, c'est du "Soft power" en faveur des Etats-Unis.
Déjà, Netflix compte plus de 30 millions d'abonnés hors Etats-Unis, 21 langues.
Netflix déshabitue les téléspectateurs des comportements de consommation hérités de décennies de diffusion linéaire (dont HBO) et généralise ses modes de consommation (habitus télévisuel) : binge watching, consommation multisupport dont smartphone, abonnement forfaitaire, chill, recommandations... Télévision armée d'innombrables données qu'elle ne partage pas.

Berlin : affichage Netflix pour "Better Call Saul",
 série issue de "Breaking Bad", mars 2016
("La vérité n'est pas non plus une solution")
Quels sont les obstacles à la mondialisation que propage Netflix ?
  • Le droit protectionniste que déploie chaque nation, les réglementations nationales : si la conquête peut être fait de culture, alors il faut résister au "Soft power" et se protéger par le droit nationalLes Etats imposent des productions nationales, en faveur de leur industrie cinématographique organisée en groupe de pression. La Chine seule résiste encore à Netflix, qui ne désespère pas. La revendication de défense des cultures nationales est incommode à prôner puisque les industries culturelles et leurs serviteurs se réclament de l'universel, en théorie.
  • La diversité linguistique. Doublage, sous-titrage : Netflix entraîne ses abonnés à l'acceptation du sous-titrage (cf. "Narcos", "Orange Is The New Black"). Notons que la barrière linguistique à l'entrée sur le marché des médias s'abaisse au fur et à mesure que les nouvelles générations acquièrent une compétence de réception de l'anglais (ou l'illusion d'une compétence : l'anglais de "Orange is the new black", par exemple, est extrêmement difficile, en raison de ses multiples sociolectes).
  • Les différences de performance des infrastructures pour le haut débit ("essential facility") pourraient et sans doute constitué un obstacle à l'implantation de Netflix. En fait, le succès de Netflix en fait l'un des accélérateurs de développement de ces infrastructures. Pour optimiser la diffusion de ses programmes, Netflix recourt au cloud (AWS d'Amazon) et à son propre Content Delivery Network (CDN) qui utilise des Open Connect Appliances (OCA) placés sur les ISP locaux. Netflix s'appuye sur des algorithmes de consommation pour prépositionner les contenus (cf"Netflix Media Center").
L'effet le plus manifeste de la mondialisation de et par Netflix s'observe d'ores et déjà en France avec la série "House of Cards". Elle a d'abord été diffusée triomphalement sur la chaîne payante Canal + qui en avait acheté les droits. En 2016, Netflix étant dorénavant présent en France, la quatrième saison de la série ne sera plus accessible qu'aux abonnés de Netflix en France. Les premières diffusions sur Canal+ auront fonctionné comme de remarquables promotions de Netflix. C'est sans doute de promotion qu'il s'agit quand TF1 diffuse les premiers épisodes de "Marseille" (co-diffusion, mai 2016).

Mondialisation de la production ? Pour remplir les obligation réglementaires que lui imposent les Etats et que requière le marketing, des productions de Netflix sont ancrées dans des économies nationales : "Marseille" (France), "Suburra" (Italie), "The Crown" (Grande-Bretagne), "Club de Cuervos" (Mexique, sur le football), "3%"(Brésil), "Okja" (Corée), "Dark" (Allemagne)...
Les produits américains télévisuels bénéficient d'une image favorable auprès des publics internationaux. Les chaînes nationales, publiques et commerciales, ont fait le lit de leur concurrence future en mettant en avant les émissions américaines dans leur grille. Désormais, une partie de celles-ci leur échapperont parce qu'elles seront produites par Netflix.
Netflix répond à la demande de générations qui ne comprennent plus les blocages nationaux et les barbelés virtuels de type "guerre froide". Une enquête de TNS Emnid en Allemagne pour le Verbraucherzentrale Bundesverband confirme que les consommateurs demandent une ouverture des frontières leur permettant d'accéder aux programmes étrangers: "digitalen Inhalte grenzüberschreitend nützen". La portabilité transfrontalière proposée par la Commission européenne va dans cette direction (cf. "cross-border portability of online content services").

Pour Netflix, le nerf de la guerre est donc désormais la production de nouveaux contenus, originaux, de qualité : 600 heures ont été promises pour 2016 (pour un budget de 1,2 milliard dollars). Netflix vise un contrôle accru de ses contenus, pour s'affranchir de la dépendance des studios hollywoodiens. De plus, l'internationalisation devrait enrichir le moteur de recommandation de Netflix de données nouvelles transcendant cultures et sous-cultures nationales.

Déjà, des opérateurs traditionnels de télévision tentent de s'inspirer de Netflix, dont ils ressentent la menace même s'ils ont réussi à produire de pseudo "études" pour clamer que la consommation de télévision linéaire n'en était pas affectée. Il s'est même trouvé un cadre du network américain NBC pour enrôler Dieu au service de la télévision linéaire : "linear TV is TV like God intended". 
Excommunions Netflix !

mercredi 2 mars 2016

OITNB : The New Black, nouvelle couleur des séries Netflix


Ouvrage publié en 2011, $8,6 (ebook)
par Spiegel & Grau, 327 p.
Tout part d'un fait divers, raconté en un roman / mémoire auto-biographique, puis dilué et monté en série TV : "Orange Is The New Black" (OITNB pour les fans) par Lionsgate Television. L'ouvrage d'origine est sous-titré "mon temps dans une prison pour femmes". Condamnée à 15 mois de réclusion (pour commerce de drogue et blanchiment d'argent), l'auteur âgée d'une trentaine d'années, passera finalement 13 mois dans une prison, dans le Connecticut. Il s'agit de la vie quotidienne de la prison vécue et observée par une jeune femme blonde d'une bonne famille new-yorkaise, riche, diplômée de Smith College, établissement féminin très chic de la Nouvelle Angleterre. Précipité de distances sociales, vision féminine d'un univers féminin. Rencontres improbables, regard tendre.

Avec la série télévisée, le fait divers et le mémoire ont changé de dimension et de nature. Sa notoriété devint exceptionnelle. Lancée en 2013, la quatrième saison de la série sera diffusée à partir du 6 juin 2016 sur Netflix puis renouvelée pour trois saisons. Au total, la série s'étirera en un feuilleton de 91 épisodes.
D'abord, le titre. Humour paradoxal inspiré d'une expression de l'univers de la mode où la couleur chic et distinguée est le noir. En prison, la couleur orange, celle de l'uniforme des détenus ("inmates") est du dernier chic ! Au Québec, le titre a été élégamment traduit par "L'orange lui va si bien".
La série dont on dit qu'elle est la plus regardée de celles diffusées par Netflix (mais Netflix ne publie pas de données d'audience), a obtenu de nombreuses récompenses (Golden Globes, etc.). Son succès considérable a participé comme "House of Cards" (février 2013) à établir la réputation de Netflix dans le grand public. Lancée en juilllet 2013 aux Etats-Unis, elle est désormais diffusée mondialement (à l'exception de la Chine où Netflix n'est pas présent). La confusion des rôles des acteurs et scénaristes dans la série et dans leur vie privée ont trouvé de multiples échos dans la presse, aux rubriques people ou show bizz.

Au-delà de la curiosité que suscitent la vie de la prison et de sa routine, OITNB a pu être reçue comme une dénonciation de la politique carcérale, notamment à l'égard des femmes, comme un manifeste féministe, un éloge de la "diversité", etc. Son retentissement a alimenté une réfélexion juridique sur la répression de la délinquance : ainsi, de la discrimination que connaissent certaines populations ou encore de la dénonciation des effets dévastateurs du cachot ("solitary confinement") sur la santé mentale des détenus, cachot évoqué dans la série sous le nom de SHU (pour Security Housing Unit). Depuis, Piper Kerman, l'auteur du livre, intervient fréquemment pour la défense des intérêts et des droits des détenus (cf. son intervention au Sénat devant le Committee on the Judiciary Subcommittee on the Constitution, Civil Rights and Human Rights).

Construction et narration
En confrontant livre et série, on peut saisir l'impressionnant travail d'écriture et de développement effectué par les scénaristes de la série ; il leur faut introduire régulièrement du spectaculaire, du suspense, du dramatique : suicide, agressions, trafic, relations homo- et hétérosexuelles (une détenue est enceinte). Parfois, ce n'est même plus crédible, mais il faut durer ! Au contraire, le livre est plus banal et fait une place essentielle aux portraits de détenues ainsi qu'aux réactions de l'auteur : observation participante pour une écriture sobre, factuelle. Phénomène déjà constaté, la version vidéo (série) d'un roman simplifie les intrigues, les caractères aussi (cf. Game of Thrones /A song of Ice and Fire de George R.R. Martin).
Le casting de la série semble conçu et calculé pour optimiser tous les quotas et permettre une extension mondiale de la série sur sept années : toutes les nuances de l'ethnicité, de la diversité, du handicap, de la religion, de la sexualité (lesbian, gay, bisexual and transgender, - LGBTQA, population sur-représentée dans la population carcérale), tous les segments socio-démographiques sont présents et croisés (croisables). Composition toute à la fois réaliste, politiquement correcte et provocatrice. S'y ajoute la dimension socio-linguistique : langues, accents, argots, sociolectes se confrontent qui permettent la distinction, l'identification et l'affirmation des identités (N.B. les dialogues en espagnol, en allemand, en russe sont sous-titrés, comme dans "Narcos", série de Netflix). Prélude à l'internationalisation des publics de la série ?

Mise en scène des concepts en série
Enfermement, société punitive, institution totale, panoptisme...
"Orange Is The New Black" présente une dimension documentaire, ethnologique même. Elle met en scène ce que le sociologue canadien Erwing Goffman qualifie, dans Asylums, d'institution totale. L'institution totale se définit comme un espace de vie placé en permanence sous le regard des autres, gardiens et détenus, une sorte de panoptisme. Société de surveillance constante (Michel Foucault). Les règles sont imposées de l'extérieur par l'administration (imposées aux détenues et imposées au personnel aussi) ; les rôles sont attribués et révoqués par le personnel. La série fait voir les techniques et rituels d'enfermement : abandon des vêtements civils pour l'uniforme, restriction presque totale de l'intimité (fouille, toilette en public, appels réguliers), dépersonnalisation (on s'adresse aux détenues par leur nom de famille, apostrophées "inmate")... Dans la "société punitive", tout y relève du privilège : a priori, la détenue n'a aucun droit.
La série semble l'intégrale des interactions possibles, l'accent est souvent mis sur les comportements de face à face (s'effacer, faire face, ne pas perdre la face).

Toutefois, l'enfermement n'est pas total car communications téléphoniques et visites autorisées maintiennent des liens avec la famille et le monde extérieur, ce qui alimente l'intrigue et l'irrigue d'événements imprévus, de rebondissements et de péripéties, liés à des facteurs externes (le fiancé de Piper, époux et épouses, enfants, parents, etc.).
Le centre de gravité de la série, d'épisode en épisode, se déplace du personnage de Piper vers d'autres détenues, vers les événements personnels, les "bifurcations" qui les ont conduites à la prison. Ainsi les téléspectateurs sont-ils amenés à réfléchir à la causalité sociale, à la justice et à la réinsertion au sortir d'une pareille expérience. Comment, après des années de prison, une inmate recouvre-elle son identité en même temps que ses vêtements civils ? De quelle stigmatisation sera-t-elle victime ? Les prochains épisodes aborderont-ils ce problème ?
OINTB est redevable de multiples réceptions : plaisirs du divertissement, surprises de  la narration, des dialogues, et surtout analyse d'une institution totale, de "la forme prison comme forme sociale" (Michel Foucault, La société punitive).

Références :

Michel Foucault, La société punitive, Cours au Collège de France. 1972-1973, Paris, 2013, Editions Gallimard / Seuil, 354 p. Index.
Erwing Goffman, Asylums: Essays on the Condition of the Social Situation of Mental Patients and Other Inmates, 1961, Anchor Books, 1961, 386 p.
Erwing Goffman, Interaction Ritual: Essays on Face-to-Face Behavior, Pantheon Books, New York, 1967, 270 p.
Erwing Goffman, Forms of Talk, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 1981, 336 p., Index

lundi 22 février 2016

Mesures d'audiences de la TV américaine : comScore contre Nielsen


Le choc de la mesure de l'audience TV/vidéo aux Etats-Unis aura lieu cette année. S'opposeront Nielsen, tenant du titre, et ComScore, nouvel entrant sur ce marché, dès le mois d'avril. ComScore qui vient d'achever sa fusion avec Rentrak : toutes deux avaient WPP comme actionnaire.
La bataille commencera dans 2 à 3 mois, comScore s'étant donné pour objectif d'être opérationnel dès le début des ventes d'espace publicitaire de la saison 2016-2017, en mai 2016 (Upfront market). En réalité, nul ne prévoit un changement radical avant la saison 2017-2018.
L'enjeu est la répartition de 70 milliards de dépenses publicitaires TV.

Après des décennies de quasi monopole, Nielsen affrontera une situation de concurrence. Le choc sera commercial, voire psychologique, plus que méthodologique : dans les deux cas, pour comScore comme pour Nielsen, la mesure des audiences s'appuie sur un panel. La différence tiendra d'abord à la taille des panels respectifs.
Big panel plutôt que Big data ? Pour l'instant, il s'agit encore de mesure des médias plus que de mesure des audiences, alors qu'avec la profusion de données, la tendance est à l'audience planning plutôt qu'au média planning.

La mesure promise par comScore se veut d'emblée Cross-Platform, tous écrans, réunissant en une seule donnée la diffusion locale terrestre (broadcast), la distribution via MVPD ainsi que la diffusion via Internet (streaming, OTT) et sur le Web, direct et différé, sur tous les appareils y compris les consoles de jeu vidéo. Objectif annoncé : l'exhaustivité.
Le raisonnement de comScore est que l'on ne peut plus se contenter de réparer la mesure actuelle en continuant d'y rajouter des éléments (des silos) à chaque innovation technologique mais qu'il faut tout reprendre, en partant de zéro avec un panel unique (single, total). Seul un tel panel évitera l'atomisation des mesures et les problèmes de représentativité, puis de fusion qui s'en suivent. L'avantage du nouvel entrant (prétendant) sur le marché est de n'être pas handicapé par le passé et sa conservation, comme l'est le dominant.

A terme, le panel comScore, Total Home Panel, encore en cours de recrutement (4 000 foyers TV actuellement), devrait compter 60 000 foyers en automne, 300 000 foyers en fin d'année. Avec un panel de cette taille, comScore pourra prendre en compte l'audience de tous les contenus diffusés sur tous les appareils des foyers recrutés, y compris la programmation OTT dont celle de Netflix et d'Amazon Prime. De mensuelle, la publication des résultats devrait passer à quotidienne en fin d'année.
Le coût du panel serait, selon comScore, de l'ordre de de 10 à 15 millions de $ en 2016.

GroupeM, une agence de WPP, a d'ores et déjà décidé de recourir à la mesure de comScore pour ses achats locaux, dans les marchés où Nielsen utilise encore des carnets d'écoute en papier pour recueillir les audiences (DMA N°50 et au-delà). A la différence de Nielsen, qui est une société indépendante des agences de publicité, comScore est en partie contrôlée WPP, l'un des principaux acteurs du marché publicitaire. WPP contrôle également Kantar.
Pour l'instant, Nielsen répète que sa mesure détermine l'étalon-or en matière d'audience, et qu'elle peut se targuer d'être neutre et d'avoir déjà été auditée par le MRC. Le panel national de Nielsen comptera 40 000 foyers TV en 2017 (au lieu de 25 000 en 2015). La mesure du mobile est assurée par Nielsen grâce à l'insertion (embedding) d'un code identifiant chaque émission diffusée (watermarking, Digimarc), ce qui permet de résoudre les problèmes de déduplication. Encore faut-il que le code soit inséré par tous les médias, or on en est encore loin. Pour la qualification de l'audience mobile (âge, sexe), Nielsen fait appel à Facebook, vaste panel.

mercredi 17 février 2016

Guide du DOOH américain par l'IAB


L'IAB a publié un document pour guider l'achat de DOOH. Le guide réunit des informations essentielles, utiles aux professionnels de la publicité intervenant sur le marché américain : Digital Out-of-Home Buyer’s Guide. How to reach the on-the-go consumer (10 p.). Le chapitre ("task force") DOOH de l'IAB a été créé en janvier 2015.

Notons d'abord que la liste des membres de l'IAB Digital Out-of-Home Task Force aux Etats-Unis n'inclut pas JCDecaux qui est pourtant un acteur majeur de ce marché et le premier dans la monde. All American Guide ? La liste compte Nielsen, Clear Channel Outdoor, Intel, Outfront Media, NEC Vukunet, NBC Universal, des agences média, etc.
Le guide souligne, en rouge, les atouts de ce média qui ne connaît pas les problèmes des autres écrans : "Dynamically-served visual medium that reaches consumers on the move, with advertising that is targeted, un-skippable, and always above the fold." Au ciblage géographique s'ajoute un ciblage temporel, contextuel ; quant à la visibilité, elle reste liée aux emplacements respectifs de l'écran et du passant ("location, location, location", clame depuis longtemps l'affichage traditionnel) mais on est loin des difficultés que connaît la publicité sur le Web où l'on en vient à commercialiser l'invisible. A ces atouts, il faut ajouter l'interactivité : le DOOH devient inséparable du smartphone et il faut, pour un annonceur, apprendre à les combiner adroitement.
  • La première partie du Guide décrit les différents formats possibles et les lieux concernés : l'ensemble est présenté et classé en un tableau synoptique à double entrée croisant lieux et formats.
  • La seconde partie décrit les pratiques commerciales : achat / vente
    • La mesure de l'audience y est rapidement survolée. 
      • Elle est le fait du Traffic Audit Bureau qui établit un indicateur d'impact visuel dit Visibility Audience Impact (VAI), indicateur calculé à l'aide des données INRIX sur la circulation automobile. Depuis 2010, VAI modélise le pourcentage de personnes ayant remarqué un message publicitaire et la durée de vision (dwell time). 
      • Elle est aussi le fait de Nielsen qui procède surtout par voie de comptage, d'enquêtes par intercept. 
      • Mais la mesure (audience, efficacité, ROI) est aussi le fait de sociétés plus spécialisées dans les points de vente, non mentionnées dans ce guide, qui observent plus qu'elles ne modélisent (foot traffic studies) : SMS Store Traffic, Euclid, Placed, Verve, RetailNext, etc
    • L'achat s'effectue par messages de 8 à 10 secondes en tenant compte des emplacements des écrans, de la tranche horaire. Peu de mention de l'exploitation des données collectées à l'aides smartphones (beacons, etc.). Le recours au mobile permet la prise en compte de la géolocalisation (adresse IP, GPS) pour l'attribution.
    • Peu de développement sur l'automatisation des ventes (programmatique), les tranches horaires et la conception des inventaires (invendus, etc.).
    • Rien sur la création et son adpatation à ces nouveaux supports (multiplication des créations, tests, etc. ; rien sur la pige et le monitoring pourtant essentiels.
    • La double existence du DOOH comme network (espace et achat local et national, ou multilocal comme en télévision), l'aspect réseau n'est pas évoqué alors qu'il semble décisif pour le plein emploi publicitaire des équipements et correspond idéalement aux besoins des annonceurs travaillant en réseau : distribution, banques, automobile...
    • Le guide ne traite pas de la coordination avec les autres écrans recourant àa la vidéo (cinéma, Web, TV) qu'il s'agisse d'analytiques multi-plateformes ou création de type responsive design.
    • On oublie enfin que l'écran participe parfois aussi à la décoration et à l'ambiance des lieux publics (cf. "Screens at Grand Central, NY) comme on peut l'observer de plus en plus dans les vitrines.
  • La dernière partie évoque l'avenir du DOOH : cet avenir est aux données collectées et analysées ainsi qu'au mobile : "virtual reality, geofencing, facial recognition, beacons". Ces techniques sont l'avenir proche voire même déjà le présent. Avec les actions et réactions publicitaires en temps réel, avec la liaison immédiate aux points de vente, réels ou virtuels, ces techniques sont porteuses de disruption. Quelle est la place de l'Internet des choses dans cet avenir et d'acteurs comme Cisco (par exemple) ?

  • Ce guide, s'il est utile pour attirer et retenir l'attention des annonceurs, reste quelque peu rudimentaire pour les professionnels. Cela tient-il à la faible représentation des nouvelles technologies de ce secteur dans cette section de l'IAB ? En tout cas, ce guide publié par l'IAB est une reconnaissance de l'importance de ce nouveau support et de sa légitimité.

lundi 15 février 2016

Comcast, Google et le haut débit

Prospectus de Comcast
publié sur reddit, le 10 février 2016

Google est présent sur tous les fronts télévisuels, aux Etats-Unis.
  • Avec YouTube d'abord, et les très nombreux multichannel networks (mcn), avec la mesure l'analyse des audiences aussi.
  • Google est soupçonné d'être l'instigateur et le premier bénéficiaire de la remise en question par la FCC de la location des set-top boxes par les opérateurs traditionnels (MVPD). Google mène la bataille contre les MVPD, gate keepers de la télévision ; l'objectif immédiat est sans doute l'ouverture de l'accès aux données TV en laissant aux consommateurs le libre choix de leurs set-top boxes. La FTC (Federal Trade commission) est intervenue pour demander à la FCC le renforcement de la protection de la vie privée des utilisateurs.
  • Google Fiber (carte des implantations actuelles et prochaines ci-dessous) inquiète Comcast. En lançant un réseau à Atlanta (Georgia), Google propose son offre haut débit dans certains complexes immobiliers (condos). Or c'est justement à Atlanta que Comcast teste les différentes modalités de son offre haut débit. Manifestement agacé, Comcast a lancé une campagne dénigrant Google Fiber (Ne vous laissez pas séduire : "Don't fall for the hype", cf. supra). Ni la comparaison des prix, ni les limitations de volume ne sont mentionnées par le prospectus d'auto-promotion de Comcast. Or les comparaisons sont éminemment favorables à Google Fiber qui propose au meilleur prix un débit élevé sans limitation de volume (data cap). Péché d'omission ! M à J : Courant mars, Comcast riposte à Atlanta avec un test de haut débit (1 G downstream) pour 70$ dans le cadre d'un contrat de 3 ans. AT&T propos également une offre à 70$.
Stratégie TV de Google
On n'attendait pas Google sur ces deux champs de bataille. Google revendique sa place dans la distribution des contenus télévisuels et le traitement des données afférentes. Malgré l'évolution du portable, la télévision reste le plus important des médias de divertissement. Google veut faire sauter le verrou des distributeurs qui accaparent les dispositifs d'accès aux contenus télévisuels (câblo-opérateurs, opérateurs satellites, télécoms) que certains MVPD cumulent avec des programmes et des stations (NBCU / Comcast). Ces distributeurs sont impopulaires auprès des consommateurs ; leurs prix élevés et la réputation souvent médiocre de leur service après-vente prêtent le flanc aux attaques de Google.
La concentration croissante du secteur confère un pouvoir considérable aux MPVD, pouvoir que tentent de contourner les opérateurs OTT comme Netflix : la neutralité du net est l'autre grande bataille que mène Google dans ce cadre de sa stratégie TV.




mardi 9 février 2016

Bataille pour les données TV aux Etats-Unis. L'enjeu des set-top boxes


Tout d'abord, les forces en présence
  • A l'origine du débat, la FCC dont la mission de régulation consiste à assurer la concurrence dans le secteur des médias, dans l'intérêt des consommateurs américains. Le président de la FCC voudrait mettre fin au monopole des distributeurs de programmes de télévision (MVPD) en matière de set-top box : elle y voit un obstacle à la concurrence ("anti-competitive barriers"). Sa proposition (Notice of Proposed Rulemaking, NPRM) a été mise au vote le 18 février.
    • Mise à jour du 18 février 2016. Par 3 voix contre 2, la FCC a approuvé la proposition du président de la Commission. L'application de cette déciion prendra toutefois au moins deux ans avant d'atteindre les consommateurs abonnés.
  • Les Multichannel Video Proramming Distributors (MVPD), opérateurs câble, télécoms et satellite comme Comcast, Time Warner Cable ou AT&T (qui a racheté DirecTV), Cablevision (racheté par Altice) se sont coalisés contre le projet (Future of Television Coalition). 
  • De nouveaux entrants, Google (Chromecast), TiVo (DVR racheté par Rovi), Roku, Apple TV, Vizio réclament un standard ouvrant le marché TV à la concurrence. Ils sont réunis dans The Consumer Video Choice Coalition.
Ensuite, l'enjeu

L'enjeu n'est pas tant la set-top box au sens strict du terme que l'accès aux données produites par les millions de téléspecteurs abonnés. En même temps qu'ils commercialisent leurs services aux abonnés, les MVPD leur louent une set-top-box. En perdant le monopole des set-top box, les MVPD perdraient un revenu récurrent et surtout, le monopole du recueil des données qu'ils utilisent eux-mêmes ou revendent. Les abonnés pourraient acheter la set-top-box de leur choix auprès de divers fournisseurs concurrents. Pour un foyer, la location coûte actuellement 231 $, en moyenne, par an (sur ce chifffre, voir Daniel Frankel, FierceCable).

Les MVPD, par la voix de AT&T, notamment, dénoncent une manœuvre de Google qu'ils soupçonnent d'être derrière l'action de la FCC :  "It’s time for the FCC to put consumers, not special interests, first, and reject Google’s ill-conceived proposal", conclut AT&T dans un post véhément.

Les données sont désormais au cœur du nouveau marché télévisuel : elles l'ouvrent à de nouveaux acteurs, à de nouvelles mnières de travailler, à de nouveaux modèles économiques, donc à de nouvelles réglementations.


N.B. Le problème de la location des set-top boxes et de l'exploitation des données n'est pas propre aux Etats-Unis : en Europe aussi, les opérateurs louent les set-top boxes aux abonnés ...

vendredi 5 février 2016

Tennis Channel contre Comcast : balles neuves !


Quel modèle économique convaincant une chaîne spécialisée dans le tennis peut-elle trouver ? Le modèle traditionnel du bouquet (bundling) adopté par les distributeurs : opérateurs satellite, câble et télécom (Multi-channel Video Programming Distributors, MVPD) est secoué et malmené par le développement du streaming de programme à la demande (OTT, SVOD). La situation de ESPN, chaîne sportive généraliste, qui voit ses abonnements et audiences en baisse, constitue une alerte globale pour la télévision sportive.
Même si l'on écarte, a priori, l'hypothèse d'un "Netflix pour le sport", la nécessité d'imaginer un nouveau modèle économique est illustrée par le cas de Tennis Channel.

La chaîne linéaire Tennis Channel a été lancée aux Etats-Unis en 2003, sur le modèle du Golf Channel qui appartient à NBC Comcast et compte près de 80 millions d'abonnés. La chaîne retransmet les prinicipaux événements tennistiques mondiaux.
Tennis Channel est dans le rouge (200 millions de déficit d'exploitation en 2015) ; elle vient d'être rachetée par le groupe Sinclair Broadcast Group (SBG) pour 350 millions de USD. Le déficit de Tennis Channel est lié à une distribution insuffisante : 30 millions de foyers ("undercompensated and under-distributed", dit le président de Sinclair) qui affecte les revenus d'abonnement payés par les distributeurs ainsi que les revenus publicitaires. Pour les MVPD, le public potentiel de la chaîne est trop étroit.
Tennis Channel est en conflit avec Comcast qui plaça Tennis Channel dans une zone d'abonnement (tiers) réservée aux petites chaînes, loin de ESPN qui est dans le basic tier (où se trouve aussi la chaîne Golf Channel). L'imbroglio juridique, qui dure depuis plusieurs années, a mobilisé la FCC jusqu'à la Cour Suprême... Tennis Channel n'a pas obtenu gain de cause. Pas encore !
Une chaîne indépendante spécialisée peut-elle survivre dans un marché qui est aux mains de grands groupes concentrant distribution et programmation ? La concentration des distributeurs compromet-elle l'existence de petites chaînes ? La réponse se trouve peut-être dans le streaming vendu directement aux consommateurs...
Tennis Channel a lancé en 2014 un service OTT avec une appli pour la réception sur support mobile, Tennis Channel Plus / Tennis Channel Everywhere et un accès à des archives (VOD). Le streaming donne à la chaîne toutes données de consommation alors qu'avec la distribution linéaire, c'est le MVPD qui a la relation aux clients (abonné) et collecte les données. Ainsi, que sait Tennis Channel des modes de consommation du tennis à la télévision ? Quels matchs, à quel rythme, à quel prix ? La chaîne devrait savoir autant sur le tennis que Netflix sur les spectateurs des séries et des films, pour mettre en œuvre des recommandations, négocier le prix des tournois, etc

L'autre source de revenu peut venir des négociations de retransmission consent. Associé au groupe Sinclair, Tennis Channel pourra obtenir des MVPD une meilleure position sur le dial afin d'élargir sa distribution. Sinclair Group compte 171 stations locales (broadcasting) dans 81 DMA pour une couverture de 40% des foyers TV américains. Tennis Channel détient les droits de la plupart des compétitions internationales de tennis. Avec Sinclair Broadcast Group, la chaîne va servir avec des arguments neufs...

Va-t-on vers un modèle mixte, linéaire + OTT ? La mixité des revenus est-elle concevable, les deux modes sont-ils compatibles ? Quelles données collecter ? Comment les exploiter ? La gestion d'une chaîne de sport doit combiner de nombreux savoir faire et toues sortes de données. 

dimanche 31 janvier 2016

Magazines français : toute une histoire


La presse magazine aime l'histoire. Depuis 2002, plus de 300 titres consacrés à l'histoire ont été lancés. A ces titres s'ajoutent des centaines de hors-séries, en nombre croissant d'année en année (cf. infra, histogramme).
Aux magazines généralistes, s'ajoutent des titres spécialisés : histoire d'une région, histoire d'une période (14-18, l'Egypte des pharaons), hstoire d'un événement, d'un domaine (le football, le Tour de France, l'automobile, des marques), héros et personnages...
Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.
Pourquoi la presse en fait-elle toute une histoire ?
  • L'histoire raconte des histoires
    • Affiche Mediakiosque,
      31 janvier 2016
      • L'histoire est un gisement de people, et souvent traitée comme telle : François1er, Jeanne d'Arc, Henri IV, "Fêtes, crimes à la cour de Henri III", "Scandaleuses Princesses", "Bonaparte secret - L'Empereur amoureux", "Les grands destins brisés", Napoléon III, "Hitler intime"... La télévision et le cinéma y puisent également. Les reines...
      • L'histoire est un gisement infini de d'histoires : tout est susceptible d'histoire, la cuisine, les transports (trains, automobiles, paquebots, tracteurs, motos, avions), les châteaux, la mode, la photo, le cinéma, les techniques, les sciences, les objets publicitaires...
      • L'histoire est territoire de gloires nationales et de nostalgies, surtout l'histoire militaire : aviation, marine (sous-marins), chars d'assaut, uniformes, fusils, batailles (Bouvine, Stalingrad, Verdun, les Thermopiles...).
      • L'histoire fête les anniversaires.
    • L'histoire est aussi oubli du présent, refoulement. Actualité sans suspense : on sait que Valmy, c'est gagné (pour la Révolution) mais que Waterloo, c'est perdu (pour l'Empire)...
    • L'histoire exalte l'appartenance, le terroir, les racines, "nos ancètres" ; si l'histoire est l'inconscient d'une société, la presse en est peut-être le roman-feuilleton. Histoire événementielle avec ses dates fameuses, ses héros légendaires...
    • Le magazine d'histoire apparaît comme un relais de l’école élémentaire, ou une béquille, pour s'y retrouver. Elle recoupe l'histoire de France des manuels scolaires, celle de Jules Michelet ou d'Ernest Lavisse (cf. infra). Histoire romancée, édifiante car il y a presque toujours une morale de l'histoire. Cette histoire est-elle "L’album de famille de tous les Français? (cf. Gaston Bonheur, Qui a cassé le vase de Soissons ?, 1964). Histoire que répètent et inculquent les plaques de nos rues, plus de Thiers que de Louise Michel, les monuments... vise-t-elle un consensus ?
    • L'histoire n'en finit pas d'enrichir les lieux, de créér du patrimoine, de le rafraîchir pour le plus grand bénéfice de certains (cf. Luc Boltanski, Arnaud Esquerre, Enrichissement. Une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, 2017).
    Les magazines vont-ils à la recherche de "L'identité de la France", comme disait Fernand Braudel (l'histoire d'une géographie : "La géographie a-t-elle inventé la France?"), l'histoire patriotique que raconte Jules Michelet, celle que chantait de Jean Ferrat ("Ma France"), celle de la Commune et celle qui "répond toujours du nom de Robespierre", et pas de Thiers, celle de la Nuit du 4 aôut et du "Ça ira" (Edith Piaf), que l'on ne chante guère. Figaro, Humanité,  à chacun son supplément d'histoire ?

    Manuels scolaires : Lavisse (1884), Michelet (1895)

    mardi 26 janvier 2016

    Publicité extérieure, affichage : quels marchés pertinents ?


    Le développement formidable de la publicité sur supports numériques demande de reconsidérer la terminologie usuelle, et les classifcations, empiriquement construites, des médias et de la publicité. 

    Quels sont, dans cette perspective, les marchés pertinents de l’affichage (posters, billboards) et de la publicité extérieure (Out-Of-Home -OOH - ou Outdoor) ? Nous mentionnons la terminologie anglo-américaine pour mieux faire valoir le flou des catégories utilisées en français (catégorisations importantes car mobilisées par le droit, l'économie, le marketing). La terminologie, c'est bien connu, peut constituer un champ de luttes. "Héritage de mots, héritage d'idées" !

    Tout d’abord, affichage et publicité extérieure sont des notions différentes. L'affichage peut être considéré comme un sous-ensemble de la publicité extérieure.
    • L’affichage se définit arbitrairement, actuellement, par la nature technique des supports, matérielle, immobile : cadres et affiches (et colle), et, depuis quelques années, écrans (vidéo) ; le Digital-Out-Of-Home (DOOH) ayant par contagion pris, en France, le statut des affiches (mêmes régies...). De plus, l'affichage papier se technologise (rétro-éclairage LED, supervision), ouvrant la voie à l'interactivité.
    • La publicité extérieure (Out-Of-Home) peut se définir par l'aire de réception, extérieure au domicile, fréquentée "on the go", indépendamment des technologies. Il y a de plus en plus d'écrans, de capteurs et de Web, et, dès lors qu'il y a écrans, capteurs, Web, cloud, il y a possibilité de mesure numérisée des usages, collecte de données et commercialisation programmatique. TV, Web, DOOH : même combat !
    Dans son analyse du marché publicitaire, l’IREP distingue cinq segments dans la publicité extérieure : digital, outdoor, transport, mobilier urbain, shopping (N.B. : ensembles non disjoints). Cette acception s’en tient au "média" traditionnel et exclut, de facto, ce que l’on appelle encore "hors média" (below the line).
    Pour notre évaluation, nous incluons une partie du "hors média" dans la publicité extérieure : la publicité et la promotion sur le point de vente (PLV, in-store marketing), les foires et les salons. 
    Nous y ajoutons la publicité dans les salles de cinéma (la situation publicitaire n'y étant pas différente de celle des gares ou des aéroports). 
    Nous ne disposons pas des dépenses 
    publicitaires pour le mobile en 2014
    Enfin et surtout, il faut prendre en compte le Web et les applis de smartphones, dont les messages publicitaires sont reçus ("poussés") sur supports mobiles (smartphone), géo-localisés (adresse IP, GPS, Wi-Fi) ou contextualisés (beacon BLE, "Nearby" de iOS9, "Explore around you" de Google Maps). Ainsi, par exemple, l'appli mobile Google Now indexe des millions d'adresses (contextual understanding). Les opérations mobile-to-in-store avec notifications (couponnage, etc.) se développent.
    Selon les objectifs publicitaires, on appréciera le degré de substituabilité de ces différents vecteurs.

    Pour l'évaluation de leur contribution au marché pertinent, nous avons pris en compte, pour chaque segment de communication, les données IREP - France Pub de l'année 2014, dernière année complète disponible.
    Les dépenses de communication des annonceurs nous ont paru plus judicieuses que le nombre de faces qui neutralise la qualité des emplacements, leur visibilité, les effets d'insertion dans des réseaux...
    Selon les données IREP - France Pub, pour l’année 2014, le strict périmètre de l’affichage représente moins du tiers des dépenses des annonceurs de la publicité extérieure : 4 114 millions d’euros (valeur nette, cf. tableau supra). 

    Le marché de la publicité extérieure s’avère diversifié. Son animation est le fait des points de vente où s’installent des écrans en réseau à l’initiative de la grande distribution ; elle est aussi le fait des foires et salons avec ce qu'ils impliquent d’événementiel. Globalement, l'animation du marché de la publicité extérieure est le fait du commerce, de la proximité des actes d'achat. Elle a pour objectifs, de manière indissociable, de maintenir et accroître l'image des marques (branding) et de développer les ventes : "Out of home builds brands and drives transactions" (OAAA).
    L’essentiel de l’animation proviendra, de plus en plus, de la publicité recourant au Web et aux applis, qu’il s’agisse de search ou de display avec ciblage hyper-local. 
    Notons que la télévision, une fois connectée (OTT), se positionnera sur ce marché, un message publicitaire cliquable, géolocalisé, renvoyant les téléspectateurs à un point de vente déterminé proche de chez eux et non plus à un réseau national de magasins. 

    Le développement de la communication numérique bouscule la notion de marché pertinent pour la publicité extérieure ; il faut y intégrer ce qui se passe avec les smartphones (cartes, itinéraires, plans, collecte de données, interactions), et, surtout, il importe de substituer une analyse dynamique des forces en présence à un constat figé car les changements disruptifs ne préviennent pas longtemps à l'avance... Sur ce marché de la publicité extérieure ont commencé d’intervenir des acteurs disposant d'immenses moyens, Facebook (exemple : Local Awareness adverts), Google, et des groupes de télécommunication, entre autres (que l'on pense par exemple au travail de Google avec New York City (cf. Intersection pour LinkNYC ou MTA) ou encore au partenariat de Google Maps avec la SNCF pour la cartographie des gares françaises. La présence de ces groupes dans ces secteurs est encore peu visible et ils échappent aux outils de mesures classiques. Leurs capacités technologiques et financières peuvent en faire du jour au lendemain de redoutables concurrents des groupes actuels de publicité extérieure tant est disproportionnée leur capacité à recueillir et exploiter des données. En toute logique, à propos du marché publicitaire du métro de Londres, J.F. Decaux (16 mars 2016) compare la part de marché de JCDecaux à celles de Facebook, de Google et de la télévision (ITV, Channel 4). 
    Le marché futur de la publicité extérieure sera un marché de data, de capteurs (sensors) et d'analyseurs de comportements. C'est le marché naissant de la ville intelligente (smart city) qui est en jeu dont les objets sont inter-connectés (Internet of Things).
    Google, Facebook, Cisco, Intel, IBM ou Oracle participeront-ils aux prochains appels d'offres des collectivités publiques et des entreprises de transport ? Les renouvellements d'appels d'offre étant fréquents et le secteur de la publicité extérieure étant d'ores et déjà sensible aux technologies numériques si disruptives, la notion de marché pertinent ne doit-elle pas anticiper les évolutions numériques (les données économiques mobilisées enregistrent le passé, elles sont par construction en retard sur le marché en train de se faire, aveugles, or, dit-on, "competition is one click away").

    En tout cas, il est urgent de remettre en chantier les périmètres des marchés médias pertinents, en rompant avec les découpages arbitraires, souvent sur le point d'être obsolètes et qui risquent de freiner le développement de marchés d'intérêt public.

    N.B. voir les arguments d'une décision de the Australian Competition and Consumer Commission et le commentaire de Mark Ritson, dans The Australian Business Review, May 22, 2017.
    Voir aussi MediaMediorum sur un autre juegment de concentration : (AT&T + Time Warner) : les médias traditionnels encore bien loin derrière

    mardi 19 janvier 2016

    Advertising with Apple. No more?


    Apple renonce à sa régie publicitaire (iAd). Apple ne vendra plus de publicité. Apple laisse ce modèle économique à Google, Facebook, WhatsApp... Pour Apple, la publicité s'inscrit dans la colonne des dépenses ; pour Google, elle s'inscrit d'abord dans celle des recettes.
    La vente de publicité n'est donc pas le métier d'Apple qui est par ailleurs un important annonceur sur tous les médias.

    Apple ne vend pas les données de ses clients aux annonceurs et à leurs opérateurs de publicité. La marque garde ces données pour son propre usage et peut ainsi se vanter de respecter la vie privée de ses clients. Depuis iOS 9, Apple accepte de distribuer des applis d'adblockers dans l'App Store iTunes, y compris une appli comme Bean Choice, qui bloque même la publicité native.
    Les produits Apple sont réputés pour être chers, les consommateurs acceptent de les payer cher - et les opérateurs télécoms acceptent d'en payer une partie, comme prime de fidélité pour leurs clients. Choisir Apple, est-ce choisir de payer plus cher pour ne pas être dérangé par le spam publicitaire ? Les utilisateurs en sont-ils conscients ? Oui, si l'on en croit certaines enquêtes. Cf. Robert Klara, "2 Web brands rank surprisingly low in relevance survey", AdWeek, January 21, 2016.

    Ne pas être accablé de publicité mal ciblée, intempestive pourrait devenir un luxe de consommateur, un privilège de CSP+++. La gratuité se paie et les consommateurs de médias gratuits font de la résistance à coup de zapping TV, d'adblocks, de multi-tasking, voire de Netflix ou DuckDuckGo ("the search engine that doesn't track you")... De leur côté, les médias ripostent avec la publicité cachée, dite "native". Ce jeu du chat et de la souris n'est pas socialement neutre : moins on est riche, notamment en capital culturel, plus on a de chances d'être bombardé de publicité, harcelé, reciblé, spammé...
    Le débat actuel sur la publicité dans les émissions pour enfants de la télévision de secteur public français est un signe de plus, témoignant d'une mauvaise humeur à l'égard de la publicité.

    Ce geste de Apple est comme une sur-détermination qui signale que quelque chose est fêlé. C'est le signal faible - pas très fort, certes - que quelque chose est peut-être en train de changer dans le monde de la publicité et de la communication. La publicité est œuvre commerciale de talent, d'information, de séduction et de vérité, pas de harcèlement.

    lundi 11 janvier 2016

    TV américaine (Cas N°16) : nouvelle station O&O à Boston


    Couverture comparée des 2 stations
    (Source : FCC, 2012)
    En janvier 2017, NBCU disposera d'une station "owned and operated" (O&O) dans le marché TV de Boston (DMA N°8, selon Nielsen, avec 2,4 millions de foyers TV, soit 2,128% des foyers américains). Donc, WHDH-TV, la station appartenant à Sunbeam Television Corp., actuellement affiliée à NBCU dans ce marché, perdra son affiliation. NBCU aurait en vain essayé de racheter la station. Le DMA de Boston a perdu une place (12 000 foyers TV) dans le classement des 210 DMA en 2015 où le DMA de Washington (D.C.) a pris sa place.
    Actuellement, seul CBS possède une station O&O dans ce marché (WBZ-TV). Les autres networks nationaux ont dans ce marché des stations affiliées.

    Une station O&0 rapporte davantage au network qu'une station affiliée : elle bénéficie des revenus de tous les écrans publicitaires (network time et local timeadjacencies). De plus, une station de ce rang donne au network un surcroît de pouvoir dans les négociations de retranmission consent.

    Le network NBC aura donc 13 stations O&O et sera présent dans la plupart des grands marchés américains. De plus, NBC détient également une station 0&0 à Puerto Rico (WKAQ-TV).

    La nouvelle station, NBC Boston, utiliserait la fréquence de la station WNEU-TV, O&O, diffusant actuellement les programmes de Telemundo, network hispanophone qui appartient à Comcast / NBCU. Dans ce DMA, Comcast / NBCU possède aussi la chaîne d'information régionale, New England Cable News (NECN) dont les studios pourraient être utilisées par NBC Boston. Toutefois, WNEU-TV couvre surtout la région située au Nord de Boston (Manchester, Concord dans le New Hampshire) et beaucoup moins le Sud de Boston (Providence dans l'Etat de Rhode Island.).
    La FCC sera être amenée à intervenir à la demande de WDHH-TV, à moins que NBC ne trouve une solution satisfaisante pour couvrir plus complètement le DMA N° 8.

    Ce cas illustre la flexibilité et la modularité qu'apporte au marché télévisuel américain le modèle économique network national / stations locales (localisme).
    Cette évolution témoigne également de la montée en puissance du groupe mixte Comcast / NBCU (MVPD + programmes).

    jeudi 7 janvier 2016

    Les mots et les choses dans les titres de la presse française


    L'analyse lexicologique porte sur l'ensemble des termes présents dans les titres du corpus : tous les nouveaux titres et tous les hors-séries depuis 2003, soit 24 080 titres. Sont exclus de la collecte les titres de jeux et mot croisés, les titres de la presse syndicale et d'entreprise, de la presse des administrations territoriales, de la presse électorale, associative, etc.

    Avant le comptage, nous avons effecué un nettoyage en plusieurs étapes. D'abord en excluant les signes de ponctuation (on compte 1092 points d'exclamation et 246 points d'interrogation), puis en évacuant les mots-outils et mots vides (stop words) : prépositions, conjonctions, articles, pronoms. Enfin, nous avons pratiqué une lemmatisation pour ne garder des mots que leur forme canonique (infinitif, masculin, pluriel). Sont regroupées à cette occasion les orthographes diverses d'un même terme (erreurs, translittérations variables de mots arabes, chinois, japonais, russes, turcs), des équivalences (& / et), recours ou non au tiret, abrévations, abandon ou non de signes diacritiques (accents)...
    Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
    dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.

    L'histogramme obtenu pour la distribution des mots évoque la loi de Zipf. Une longue traîne de mots dont peu de mots émergent en tête de distribution.

    La syntaxe des titres ne fait pas dans le sentiment (ou très rarement), elle est strictement dénotative faite de juxtapositions (parataxe de mots), de génitifs. On compte 5 144 prépositions "de", 2 004 conjonction "et" (hypotaxe), 1 017 "en".
    "Vous", vocatif de l'apostrophe est présent 118 fois avec les adjectifs possessifs "votre" et "vos" (509) : injonctions à la participation, à l'appropriation, à la personnalisation de la réception peut-être (cf. le nombre de points d'exclammation : 1092 contre 246 ). Acte de langage, valeur performative. "Montez votre PC 100% gaming" (H-S PC Gamer), "Votre grand horoscope", "Réussir votre prépa" (Jogging international), "Votre histoire", "Rénover votre maison" (H-S Viva déco),  Défendez vos droits, "Les médicaments et vous" (H-S Notre Temps), etc.

    Au terme de cette analyse, qu'avons-nous pu apprendre ?
    • Le mot le plus fréquent est "guide", il appartient à la définition d'un genre intervenant dans la composition d'un magazine tout comme les mots "recettes", "achat" et "idées". La dimension primordiale de la presse française, et la raison essentielle de son succès, est sa fonction d'utilité (cardinale), la satisfaction des consommateurs (lecteurs utilisateurs). 
    • Passés les 1 000 premiers mots, on peut observer une longue longue traîne de 13 000 mots mobilisés par les titres. Effet indirect de la loi Bichet : la presse magazine est diverse, changeante, riche. Des milliers de mots n'ont qu'une occurence. Richesse de mots, diversité d'idées ?
    Les mots qui suivent le mot "guide" (fréquence décroissante) énoncent des thèmes, des domaines d'application de ces genres : cuisine, automobile, maison, histoire, sport... Cette liste corrobore celle des domaines distingués dans l'analyse en catégories et centres d'intérêt.
    Le titre, s'il est l'élément majeur du paratexte -pour reprendre l'expression de Gérard Genette dans Seuils, relève surtout du marketing, qu'il s'agisse des titres de presse ou des titres de livres. Il appartient d'abord au packaging.

    jeudi 31 décembre 2015

    Mobile while mobile. Public transportation users are addicted to digital


    What do people do while traveling?

    In October 2015, Médiamétrie conducted a survey among 2043 Internet users from the Paris region (Ile-de-France). The access panel was representative of the area's population (quotas: age, geography, sex and profession). The survey was sponsored by MediaTransports and the University of Paris Dauphine (the chair of digital economy).
    The Paris region is particularly interesting as it is well-known for offering all transportation solutions: buses, commuter trains, tramways and subway system (an exceptionally dense network of train lines, with 300 stations). The RATP (Paris public transport company) carries 3 billion passengers a year (mostly "franciliens" and tourists). On average, passengers spend one and a half hours every day in transportation (source: IXXI / RATP). This travel time is a major opportunity for media, especially digital media. How do passengers take advantage of this (almost) free time?
    • Which media do passengers use while mobile?  Their mobile as a medium of the media (media mediorum)!
    47% use a smartphone
    37% read papers or magazines (paper) N.B. Free newspapers are distributed in the subway stations
    35% read books (paper)

    The results of the survey show little difference in media behavior between men and women, although women are more prone to read books and men are more likely to use tablets or laptops. Everybody is multitasking.
    • What do passengers do with their screens?
    74% write / read texts
    49% write / read mail
    45% visit social media (Twitter, Facebook, etc.)
    39% make phone calls
    38% use online services (weather, banking)
    27.3% use maps
    27% read online papers or magazines

    The laptop is mostly used for work or off-line video and mail. The tablet is used for games or off-line videos. Depending on the connection quality people are off- or online (music, video, games).
    Most often offline for the time being:

    Music:  offline  38.7%   online 18.5%
    Video games : offline 38.4%  online 22.2%
    Video : offline 14.2% online 18.2%
    • What if...
    Survey participants were asked what they would do if there were a good Internet connection (broadband, Wi-Fi). People say that they would use it for mail, search, social media and online videos.

    Four out of ten people declare they would most likely interact with posters or DOOH screens in the subway corridors and on platforms or in train stations. What for? To take advantage of promotions, reductions, coupons, and to buy theater or concert tickets. But can they imagine what they would do if there were a broadband connection?

    All in all, what can we conclude from this survey?

    Digital media are already changing the time spent in transportation; passengers do not kill time, they use it. And better connections would improve the quality of this time, both leisure and work (productivity apps). Transportation is becoming a personalized mass media. People find themselves is different positions in public transportation: standing, sitting, crushed and packed together, walking - allowing or not allowing different activities: reading, using phones, listening with headphones. They maximize under constraint.
    With one and half hours spent daily (and a strong prime time), transportation is becoming a real medium, digital and multi-platform: it is still mostly an opportunity for "wait marketing" ("économie de l'ennui") but it is bound to become something more than that. Screens and posters with supervised LED could easily become interactive, opening opportunities for e-commerce and, furthermore, for the  development of a "smart city".
    MediaTransports, the advertising sales rep, should be able to orchestrate this complete set of advertising tools with data (leaving room for an efficient DMP).

    vendredi 25 décembre 2015

    Native? What do advertisers take consumers for?


    Native advertising is nothing else than advertising in disguise, like the so-called "advertorials", "sponsored articles", "branded content", content marketing, documercials, advertainment, edutainment... And this is a real trend: "native advertising" represented more than $4 billion in 2015.

    "Hidden persuasion"? That AdBlocking has so much success should not surprise us: most people end up disliking and avoiding advertising. Either they are not interested in the product or it is not the right time, the right place, to think about it...or the best way to talk about it either. Instead of correcting the problem, ad agencies try very hard to hide it by making advertising resemble an editorial (form, layout, style, etc.). PR instead of journalism? People are not fooled - and these poor attempts at disguising the ads may even increase their unlikeability.

    Update (August 3, 2016) According to a report from nonprofit Online Trust Alliance (OTA), "Ads that appeared on the home pages of the top 100 news websites in April found that 71% of the ads failed to provide adequate disclosures and transparency, making it difficult for readers to discern between an ad and actual editorial content".

    Update (October 25, 2016) Council of Better Business Bureaus adopts the FTC standards (BBC Code of Advertising).

    Now, since December 2015, there is a "guide"published by the Federal Trade Commission (FTC), the American regulatory body supposed to protect consumers. The main idea: it is OK for advertising to resemble editorials but not too well! The guide states that native advertising should be labeled as such ("disclosure") in case consumers should be misled into believing it is editorial content.
    Are consumers so naive? To help advertisers, businesses, media and agencies not to sin, the FTC gives no less than 17 examples, explaining in detail "how to make clear and prominent disclosures". Does the advertising profession need such a guide?
    The most amazing? Nobody seems surprised, not even the media which cover FTC's activity and regularly publish "native advertising" in the midst of articles, often in order to avoid adblocking! Already, the Cat (in the famous comic book Le Chat) asked: "Does advertising take us for idiots?" Answer: "It takes us for what we are" (cf. "La pub ne nous prend pas pour..."). And now, even Apple pushes a format for native banners... for news! cf. "Apple: Ad Specification" (March 2016) : "Native ads display directly in the content feeds, inline with News articles, and are intended to blend in with their surrounding."

    Finally, a newspaper, The Guardian, is now calling native advertising, "paid content" : "as a part of our ongoing commitment to transparency and clarity for our readers and commercial partners ". Tiller, an advertising optimization platform, prefers to call it "Recommended Content".

    dimanche 20 décembre 2015

    Presse française : une année hors-séries


    L'année 2015 aura vu paraître plus de 1200 titres nouveaux. Parmi ces nouveaux titres de papier, on compte deux tiers de hors-séries. L'innovation continue de la presse est manifestement le fait des hors-séries, c'est un plébiscite en acte de la loi Bichet. Comme l'indique l'histogramme ci-dessous, alors que le nombre de lancements de nouveaux titres diminue régulièrement depuis 2004, les lancements de hors-séries sont de plus en plus nombreux depuis 2012, rejoignant le niveau de 2008.
    Comment les hors-séries sont-ils pris en compte dans les statistiques, diffusion et lectorat, de la presse ? Le terme de hors-série n'a de justification que réglementaire (les messageries de presse en produisent une définition complète : périodicité, présentation, etc.) : le hors-série est plus spécialisé que les numéros de la série habituelle sans la rompre absolument. Il est généralement concentré sur un sujet, sur un genre, un événement. Toutefois, les hors-séries ne sont pas considérés comme des produits presse papier à part entière (cf. les définitions par Presstalis).

    Les thématiques qui contribuent le plus à la publication de hors série sont principalement la cuisine, l'histoire, les loisirs créatifs dont la création et la décoration de la maison. Les genres dominants sont le guide, le mode d'emploi, la recette, le savoir-faire, la didactique et, plus encore, le guide d'achat. Par construction, ces genres sont proches du genre publicitaire : faire connaître un produit, un service, un outil, en exposer les intérêts, les comparer, apprendre à s'en servir, trouver où l'acheter... ce sont là des objectifs publicitaires.

    Alors que la presse d'information politique occupe le devant de la scène - de sa scène - relayée par les radios et la télévision, la presse que les consommateurs achètent est une presse utile, utilisable, une presse associée à la vie quotidienne à la maison. Presse domestique donc, qui trône au milieu du foyer. Déjà, au tout début de l'histoire de la presse magazine, triomphait Le Journal des connaissances utiles qui se voulait le "recueil encyclopédique de la famille" (hebdomadaire lancé par Emile de Girardin en 1831, 50 000 exemplaires chaque samedi).

    En 2015, le prix de vente moyen du hors-série fut de 7,7€ (9,2€ pour un hors-série Histoire et 5,4€ pour un hors-série Cuisine). Le hors-série est cher ; son prix d'achat témoigne de l'intérêt que lui accordent ses lecteurs. Comme dit Presstalis, "le prix n'est pas un frein à l'achat". L'économie des hors-séries signale, pour la presse magazine, un modèle économique moins dépendant de la publicité et des "aides" à la presse.
    Source : Base presse MM (le comptage est arrêté au 1er décembre 2015). Cette statistique est issue d'un travail de recherche
    dont les principaux résultats ont fait l'objet d'une communication au séminaire Média de l'IREP en décembre 2015.

    mardi 15 décembre 2015

    Pour le numérique, rien ne vaut un magazine papier


    Voici pineapple, un magazine lancé en novembre 2014 par airbnb à destination de sa "communauté" (sic) et pour la publication duquel des discussions seraient en cours avec Hearst Magazines, l'éditeur de O, the Oprah magazine, Cosmopolitan, Good Housekeeping Magazine, etc. (cf. infra). Normal, Hearst Magazines est l'éditeur de la presse de l'habitation, or la spécialité de Airbnb, c'est la maison, celle qu'on loue pour les vacances ou le week-end, dans tous les sens de la transaction propriétaire / locataire. Avec Airbnb, chacun peut être tour à tour propriétaire et locataire.

    Le magazine pineapple s'apparente à une sorte de coffee table magazine destiné aux foyers qui utilisent airbnb. Il s'agit manifestement d'entretenir le lien avec les clients (notion qu'euphémise avec insistance la terminologie, "communauté" pour désigner les clients).
    Le premier numéro, 128 pages, était vendu 12 $. Les histoires publiées évoquent Séoul, San Francisco et Londres. Le magazine était annoncé pour une périodicité trimestrielle et, depuis un an, on attend le deuxième numéro.
    Quelle place occupe un magazine pour une plateforme dans un marché biface ("two-sided markets", selon l'expression de Jean Tirole) ? Bonus pour fidéliser, forger le sentiment d'adhésion à une "communauté" et de partage ? Outil de recrutement ?
    Décidément, le numérique aime le papier. Amazon et Alibaba le confirment.

    Copie partielle de la page abonnements du site Hearst Magazine

    dimanche 13 décembre 2015

    Presse et influence à vendre : Alibaba dans le quotidien


    En 2013, le patron d'amazon s'est payé The Washington Post. Alibaba, le e-commerçant chinois Alibaba (阿里巴巴), achète le quotidien anglophone de Hong Kong, South China Morning Post et le SCMP Group Limited. Ce sont d'anciennes propriétés du groupe News Corp. L'acquisition inclut, entre autres, les éditions chinoises de Cosmopolitan, Elle, Harper's Bazaar, des entreprises d'affichage, de formation, de recrutement...
    D'emblée, le nouveau propriétaire annonce que le quotidien chinois sera désormais gratuit sur les lecteurs sur Internet ("paywall down") ce, afin de développer un lectorat international et d'améliorer ainsi l'image internationale de la Chine (soft power ?). Alibaba se veut une entreprise chinoise citoyenne.
    Notons que à la différence du Washington Post au moment de son rachat, le South China Morning Post est profitable, grâce à des revenus publicitaires élevés. Rappelons que Alibaba a pris en novembre 2015, le contrôle de Youku Tudou (优酷土豆), une sorte de YouTube chinois (vidéo online).

    Illustrant la passion de la nouvelle économie pour l'ancienne, du numérique pour le papier, ces événements, comme le projet de magazine de Airbnb avec Hearst, invitent à penser de manière moins manichéenne les relations entre modèles économiques des médias et, peut-être la notion-même de disruption, concevant de manière trop radicale le changement de paradigme cher à Thomas Kuhn (1962).
    La Une du South china Morning Post (SCMP), vendredi 11 décembre 2015, annonçant le rachat, l'engagement
    de maintenir son indépendance éditoriale (comme toujours) et la suppression de l'accès payant (paywall) en ligne
    Ces opérations dans les médias font également entrevoir un marché de la légitimité et de la notoriété (heritage, iconic status, influence) : s'agit-il d'externalités positives susceptibles de constituer des facteurs de croissance endogène dont profitent les entreprises numériques. Destruction créatrice ?
    Par ailleurs, les synergies entre Alibaba et le South China Morning Post sont certaines, la presse traditionnelle profitant des savoir faire numériques et de l'expérience financière des acheteurs, Alibaba bénéficie de la capacité d'influence politique, nationale et internationale, du quotidien.

    Après ces deux titres, à qui le tour ? Que pourraient vouloir acheter Apple, Google, Facebook ou Uber ?

    vendredi 11 décembre 2015

    De la linéarité au linéaire TV


    Sélection des services
    explorés par l'appli
    L'hebdomadaire français télé 7 JOURS est à vendre, dit-on : ce qui fut le magazine emblématique de la télévision linéaire serait sur le point d'être cédé par Lagardère. Le magazine a perdu plus de la moitié de sa diffusion au cours de ces 20 dernières années. Créé en 1944, l'Etat le revend en 1960, télé7 JOURS a accompagné et ponctué l'histoire de la France et de sa télévision, des années 1960 aux années 2000.

    Vingt ans après que lTV Guide américain ait abandonné la partie, est-ce bientôt le tour de son équivalent français ? Ce n'est pas un très bon signe pour la presse dont il était un titre phare, et c'est un très mauvais signe pour la télévision traditionnelle, celle qui avait un horaire et dont on préparait le prime time dans les foyers, dès le lundi, avec un magazine. Le streaming et Netflix l'ont rendue obsolète, les réseaux sociaux aussi avec les plateformes mobiles. Les video streamers Chromecast, Roku, Amazon Fire TV Stick, Apple TV l'achèveront.

    Comme le Lycée à l'époque de l'Université Impériale mettait tous les lycéens de France à la même heure pour une version latine (c'était la fierté de Fontanes, Grand-maître de l'Université), la télévision mettait presque toute la France à la même heure pour une série ou un film, "Au théâtre ce soir" ou "Apostrophe". Jacobine et nationale, cette télévision a fait son temps. Qu'est-ce qui unit encore un pays, qu'est-ce qui lui donne un peu de cohésion et de solidarité nationale, qui pourrait s'opposer à son démembrement (sur ces notions, voir Laurent Davezies) ? Cela devait être l'école, mais elle semble y avoir échoué... La conscription ? Abandonnée. Une langue nationale ?
    La télévision fut un rempart de l'unité nationale. La télévision en miettes, est-ce un progrès ? Un progrès pour qui ? De cet univers télévisuel, seul le magazine était payant. Tous égaux devant la télé ?

    Au moment où télé 7 JOURS tremble, Yahoo! publie aux Etats-Unis une appli gratuite permettant de rechercher une vidéo à la demande : Yahoo Video Guide : from searching to streaming in seconds ! L'appli recherche parmi les offres de Netflix, Amazon, Hulu et d'une quarantaine de grands fournisseurs de programmes sélectionnés par l'utilisateur. Finie la linéarité, finis les horaires, voici le super marché, le linéaire TV et ses têtes de gondole. A chacun son programme, à l'heure choisie, sur le support de son choix... programme payant.
    Depuis plus d'un demi-siècle, l'école et la télévision semblent avoir suivi les mêmes transformations, allant du gratuit au payant, de ce qui rassemble à ce qui segmente. Qui en a décidé ? Le progrès, l'histoire des innovations technologiques, du commerce ? Cette histoire, le progrès, encore un procès sans sujet ?

    Copie d'écran de iTunes preview.