mardi 31 mars 2009

Collectivités locales et journaux officiels


Un secrétaire d'Etat du gouvernement britannique (Secretary of State for Culture, Media and Sport) s'inquiète de voir les collectivités locales (local councils) publier des supports de presse qui concurrencent de plus en plus la presse commerciale. Cette intervention fait suite aux démarches de la Newspapers Society (NS), association qui rassemble la plupart des titres de la presse régionale britannique. La NS observe que cette concurrence est déloyale car elle se développe aux frais du contribuables ("at the taxpayers' expense").

Voici une invitation à examiner la situation française ; des milliers de titres sont publiés par diverses collectivités locales, presse locale quasi officielle qui puise, dans une proportion variable, à la fois dans les finances locales (impôt) et dans le gisement publicitaire local.
Presse gratuite grâce à l'impôt ?

Voyons les données IREP - France Pub (pour 2008) évaluant les dépenses des annonceurs pour leur communication commerciale :  206 millions d'Euros ont été investis dans la presse des collectivités locales, 80 millions dans la presse hebdomadaire régionale (PHR) et 773 millions dans la presse quotidienne régionale (PQR). La ponction est donc significative. A quoi s'ajoutent les sommes investies, par les mêmes collectivités locales dans leurs sites Internet (d'autant que certains comme les Hauts-de-Seine ont lancé un appel d'offres pour une webTV).

Un moyen de faciliter la tâche de l'information locale et régionale se dessine ici. 
Ne vaudrait-il pas mieux laisser à la presse régionale et locale - dont c'est le rôle et le métier - le soin d'informer sur la vie locale et régionale, de manière contradictoire, avec investigations ?
Davantage de journalisme local indépendant des institutions ne saurait nuire et Internet permet une information locale pluraliste et citoyenne.
Le citoyen et le contribuable, qui ne font qu'un, y gagneraient assurément.

dimanche 29 mars 2009

Appli promo TV


CBS Mobile lance une appli gratuite pour la promotion de Harper's Island, sa nouvelle série policière, deux semaines avant sa mise à l'antenne sur le network : clips, carte de l'île, compte à rebours jusqu'au lancement, etc.

Voici un moyen de plus dans la panoplie publicitaire et surtout promotionnelle des chaînes de télévision (marketing d'antenne). Pour CBS, cette appli dédiée à une émission s'ajoute à TV.com, appli lancée en février, grâce à laquelle on peut regarder des émissions de la chaîne (depuis les Etats-Unis uniquement). Au total, CBS a déjà mis en place une dizaine d'applis.
Contenu longtemps dans les limites des médias traditionnels et des magazines TV, le marketing de l'antenne recourt aux lieux de vie hors domicile des téléspectateurs potentiels  : digital signage dans les supermarchés, les stations services, les centres commerciaux... iPhone et GPhone constituent l'un de ces lieux que le téléspectateur emporte avec lui, à toute heure, de lieu en lieu. Lieu géométrique de toutes les virtualités. Non lieu.

On compte plus de 7 millions de iPhones aux Etats-Unis où l'appareil est désormais vendu sans abonnement dans les boutiques Apple et AT&T (no-contract iPhone). Aux iPhones s'ajoutent les iTouch qui, avec le Wi-Fi, disposent de capacités semblables en ligne. En France, le iPhone est désormais commercialisé par tous les opérateurs et un GPhone est commercialisé par Orange et SFR (avril).

L'application fonctionne à la fois comme vecteur de personnalisation et multiplicateur d'interactions ; elle donne à l'iPhone, au GPhone (Android) et bientôt au Blackberry une dimension nouvelle (800 millions de téléchargements pour 25 000 applications iPhone en un an). Nous voyons se dessiner trois conséquences :
  • Toute entreprise doit désormais s'interroger, comme elle a dû le faire pour Internet : quelle appli offrir, ou vendre, pour quel objectif, pour quel support ? 
  • Quelles synergies entre ces appli mobiles et les médias im-mobiles ?
  • Dans ce contexte, la question de la mesure de l'efficacité de ces appli, de l'évaluation de leur retour sur investissement se pose de façon cruciale, et inédite. 
  • Un nouvel axe créatif se dégage qui accentue l'importance des développements informatiques dans les métiers de la publicité.

jeudi 26 mars 2009

Un peu de sémantique dans le moteur


Le Financial Times lance un moteur de recherche qui ajoute du sémantique (meaning and relationship) au procès lexical habituel à base de mots clés et de booléen. Newssift ne traite que d'économie et de finances (son nom vient du verbe anglais to sift, tamiser). Produit par FT Search Inc., ce moteur exploite un outil de guidage et d'exploration de Endeca.
Les résultats de la première requête peuvent être raffinés en recourant à des catégorisations (facet) et filtres. Ainsi pour une recherche donnée, on peut délimiter le champ d'investigation en précisant le domaine d'application à des entreprises, des personnes, une zone géographique, un thème. Filtres différents de ceux que propose "Advanced search" de Google (langue, format, un domaine voire un site, page similaires). 
On peut comme dans Google délimiter l'intervalle de temps de référence. En revanche, on ne peut choisir la langue des documents : il semble pour l'instant n'y avoir de résultats qu'en anglais. Google donne le choix entre des dizaines de langues.

Plus original : le choix d'une orientation rédactionnelle (sentiment), positive ou négative, pour les articles. Les sources sont classées et l'on peut sélectionner le type de sources à explorer (journaux, dépêches d'agences, blogs, TV et radio, etc.).
Le principe d'utilisation de Newssift consiste à partir d'une recherche générale et de la particulariser progressivement. On peut ainsi chercher parmi les résultats, privilégier une orientation, puis une source, etc. 
On peut sauvegarder ses recherches. 

Exemple : la requête "search engines in China" donne 17 500 réponses avec Google, 2 570 avec Newssift (all dates), Newssift ne donnant que les pages à dominante économie ou finance. Sur ces 2 570, 1 430 sont positives, 669 neutres et 471 négatives. Parmi les négatives, 102 proviennent des journaux, 47 des blogs, etc.

Bien sûr, tous les premiers utilisateurs sont beta testeurs (un questionnaire est déjà en ligne). Première impression : ergonomie simple, intuitive ; mais résultats limités (à vérifier). Plus commode pour une recherche simplifiée. L'avantage de Google se voit à la quantité de données brassées, notamment grâce à la prise en compte de la diversité des langues. Pour profiter des atouts de Google, il faut passer à la recherche avancée, qui demande un effort de réflexion, un peu de temps... on rentre alors dans l'exploitation professionnelle. Google par défaut est grand public, grand public qui s'en tient au premier écran de résultats.

samedi 21 mars 2009

Huis clos scolaire


ARTE a diffusé vendredi à 21H un film ayant pour théâtre un établissement d'enseignement secondaire public d'une banlieue pauvre. L'action unique se déroule à huis clos durant un cours de français, sur Molière, dans une salle de classe. Le temps de l'action est celui de la représentation. Bienséance : le pire, on ne le voit pas. Catharsis. Théâtre classique.
L'intrigue évoque la scolarisation dans un univers livré au racisme, à l'antisémitisme, à la haine des autres, des femmes... Trafics mafieux en tout genre, viols en réunion filmés avec téléphone ("filmer, c'est pas grave", s'insurge le caméraman voyeur), intolérance, violence, racket. L'enfer scolaire, c'est souvent les autres élèves. 
Audience : selon l'audimétrie TV, 10% de téléspectateurs de ce vendredi soir ont regardé le film de Jean-Paul Lilienfeld, 30% ont préféré "Qui veut gagner des millions" sur TF1 (source : Médiamétrie). 

Quelques notes sur ce que cette diffusion dit des médias.
  • Diffusion en avant-première sur ARTE, la semaine précédant la sortie en salles  (50 salles seulement, dit-on, quand certains films ouvrent avec plusieurs centaines. Affiche ci-dessous, kiosque AAP). Entorse à la chronologie des films.
  • L'état de la langue vernaculaire rendu par le film et les acteurs. Vocabulaire, prononciation : ce qui se parle là tend par moment vers le degré zéro de la communication et du respect. Si l'on en croit ce film, il semble ainsi ne plus y avoir de mots pour dire "femme", par exemple. En attendant des analyses socio-linguistiques (cf. Labov, "Language in the Inner Citiy. Studies in the Black Vernacular", 1972).
  • La place du téléphone portable, centrale, à la ville comme à la scène. Pour le meilleur et pour le pire.
  • La parodie des émissions électorales qui légitiment une culture d'exclusion : votez, éliminez, virez, etc. "Star Ac" et "Maillon faible". Pauvreté de la vie sociale et de l'expression des opinions (s'interroger sur la prolifération sur Internet d'incitations à "voter", de sondages accompagnés de statistique insignifiante... au nom de l'engagement !). 
  • "La journée de la jupe". Parodie encore. On n'en peut plus de ces "journées" événement  : journée des accidents de la route, du Sida, contre le cancer, de la femme, sans tabac, de la télévision, du patrimoine, sans télévision...  il y en a tellement que l'on ne manquera bientôt de jours à moins de ne plus créer que des demi-journées. (il y a déjà des jours avec deux journées). Les Saints du jour sont plus drôles, et merci aux pauvres saints aémères !
Dommage que ARTE s'attache surtout à échauffer le coeur, à provoquer la fureur et la pitié des spectateurs (Boileau). Manquent, sur le site ou à l'antenne après la diffusion, qui apporteraient un contre-point salutaire à la narration tragique, des éléments documentaires, des statistiques, des interviews de profs, d'élèves, des photos, ou encore des sous-titres en français pour certains dialogues.... Ceci casserait le laisser-aller émotionnel où l'on peut s'enliser : car si l'on s'indigne généreusement, si l'on s'émeut, va-t-on penser cette indignation, cette émotion ? Le site Internet d'ARTE aide à prendre un peu de distance en donnant la parole aux jeunes acteurs. Mais c'est trop peu. Revient donc la question du statut respectif du documentaire et de la fiction, de leur éventuelle dialectique (et non de leur mélange en docu-fiction ou docutainment).

Evidemment, Isabelle Adjani joue superbement. Trop ! Evidemment, elle nous embarque, tout comme ses jeunes complices, on s'identifie et l'on en oublie de réfléchir : comment en est-on arrivé à cette misère scolaire, sexuelle, langagière, politique qu'évoque le film et que l'on tait ailleurs ? Comment en est-on venu à accepter cette destruction de l'école républicaine, laïque ? A qui profite le crime ? 
Film courageux, bonne soirée télé, ne boudons quand même pas notre plaisir. 
Nombreux, dans Bisouville (pour ce terme, désignant le petit monde du showbiz, voir l'interview du réalisateur dans Le Point), sont ceux qui ont refusé le projet, dont France Télévision. A quoi sert notre redevance sinon à financer de telles réalisations ?

mardi 17 mars 2009

Les maîtres des mots en Chine


Revenons sur l'affrontement entre les deux principaux moteurs de recherche mondiaux, Google et Baidu, sur le marché chinois (cf. notre post du 19 juillet 2008 sur Baidu et l'exception culturelle). C'est la bataille culturelle de ce début de siècle : elle concerne la partie la plus sensible et la plus universelle de la culture vivante : la langue et les mots.

Quelle est la situation ? En Chine, premier pays du monde pour le nombre d'internautes, Google a capté une part des recherches supérieure à 25%, loin derrière Baidu, un moteur chinois qui en détient 65% (sources : Analysys, China IntelliConsulting, iResearch) ; un duopole s'est constitué, ne laissant que des miettes à Sohu (搜狐) et Yahoo! (dont la part était pourtant de 21% en 2005).

La part de marché de Google est certes plus élevée que sa part de recherches, mais, pour 90% des Chinois, Baidu reste le moteur de premier choix. La marque Baidu bénéficie d'une meilleure notoriété spontanée que Google (malgré une réputation altérée par diverses illégalités, corrigées). L'existence d'une concurrence semble profitable au consommateur chinois.
En Chine, les moteurs de recherche recourent aux médias traditionnels pour renforcer leur image, ne comptant pas seulement sur le bouche à oreilles : Baidu a lancé une grande campagne TV en fin d'année, qui s'est révélée efficace. Google, de son côté, a déjà recouru à une campagne dans le métro pour populariser sa nouvelle et ultracourte adresse : g.com.

L'histoire de Google en Chine témoigne de l'importance de la localisation. Symbolique, le nom chinois de Google : nom constitué selon les règles usuelles de sinisation, phonétique et sémantique (Gu - 谷 céréales - Ge 歌 chant, soit le "chant des moissons"). Soumission ostentatoire à la langue chinoise.
Pour survivre et obtenir une licence (juillet 2007), Google s'est plié aux lois locales, entre autres sur le filtrage de certains mots, pour des raisons de politique intérieure chinoise.
Comme Baidu, Google a pris pied dans les contenus, au moyen d'acquisitions et partenariats : Tianya Wenda (天涯问答, sorte de "comment ça marche"), Kingsoft Ciba (词霸"le maître des mots", logiciel de traduction automatique anglais vers le chinois simplifié), Top100.cn (巨鲸音乐网, téléchargement musical), Chunyun ditu (春运 地图, itinéraires avec Google Maps pour les déplacements au moment de la Fête du printemps, mais aussi lors des tempêtes de neige et tremblements de terre), etc. Partenariat avec Sina aussi. Comme ses concurrents, Google a développé une méthode de saisie du chinois en pinyin (IME,Input Method Editor, 谷歌拼音输入法), pour laquelle on l'a accusé de plagier Sohu, plagiat reconnu par Google qui s'est excusé. 
Google réussit d'autant mieux en Chine qu'il est moins américain, qu'il se sinise, colle au plus près de la vie quotidienne chinoise. La Chine a dompté Google et Google a sans doute beaucoup appris dans cette mutation. Que l'on se souvienne des Jésuites envoyés convertir la Chine au XVIème siècle, le pape les rappela : ils devenaient confucéens !

Pour s'en sortir et se siniser, Google.cn a dû s'émanciper un peu de sa tutelle californienne. Comment gérer depuis la Californie une entreprise qui s'établit en Chine ! On dit que ce type de rigidité expliquerait aussi l'échec en Chine de Yahoo!, eBay, MySpace, Facebook et d'autres. Etre global et local ? Pas si simple. Le pragmatisme nécessaire au front s'accomode mal des grands principes concoctés à l'arrière.
Pourquoi n'a-t-on pu suivre cette voie en Europe, et en France surtout où l'on parle tant de défense de la langue française, de la francophonie, d'exception culturelle. All talk, no action.

谢谢, 岚

dimanche 15 mars 2009

Une page de pub, une page de trop


C'est de plus en plus fréquent : on pense arriver sur le site du quotidien en ligne, et l'on attrappe, en plein écran, une page de pub qui s'étale, tranquillement, et qui prend tout son temps. 
Pour s'en débarasser, cliquer. Où ?  Ou attendre. Ainsi augmente la durée de passage sur le site... critère irrésistible d'une audience engagée ! 
On change de navigateur, et cela recommence, évidemment. Moins de la moitié de l'écran pour ce que l'on est venu parcourir. L'autre moitié pour un produit qui ne nous intéresse pas, et qui désormais nous sera antipathique. On clique sur une autre section, et cette fois c'est en plein milieu... Médiaplanner, mon frère, ne vois-tu rien venir ? 

N'y a-t-il pas de solution pour une activité publicité discrète mais attirante parce qu'elle concernerait l'internaute de passage et le retiendrait ? 

iphone meter


D'accord, cet iPhone meter ne sert à rien, et l'on ne sait rien de la métode d'estimation, ni qui en est l'auteur. Mais quand même, cela impressionne ! Notez que Apple, dit le site, n'y est pour rien...

"We arrive at the estimates by conducting primary and secondary research. 
Disclaimer: We are not affiliated with Apple Inc."

Faut-il y voir une nouvelle acception de la mesure ? L'idée progresse en effet que produire un nombre à tout prix et le publier peut faire advenir ce qu'il énonce, selon le principe de la prophétie qui se réalise elle même (self-fulfilling prophecy). Et cela peut donner lieu à communication, autoproclammation ? 

mercredi 11 mars 2009

Agrégateur d'infos pour faire son miel ?


meehive (jeu de mots sur Beehive, la ruche) est un agrégateur californien, lancé en mai 2008, qui fabrique votre média "quotidien", à la volée, à partir de ce qui est disponible sur le Web (blogs, CNN, sites de presse, etc.). Simple : déclarez vos centres d'intérêt et recevez immédiatement le journal correspondant. Au principe de ce "quotidien", se trouve un moteur de recherche (Kosmix) qui est propriétaire de meehive. On n'est pas loin des personnalisations que proposent d'autres moteurs avec iGoogle ou MyYahoo! (mais on ne peut arranger la mise en page de meehive).

"You are unique. Your newspaper should be too". Ce slogan ("vous êtes unique, votre journal devrait l'être aussi") repose sur un postulat : un journal doit être un miroir, un florilège personnel, confortable et réconfortant. Et s'il l'on posait le postulat inverse : un journal doit nous éloigner de nous-même, mauvaise compagnie, de notre ethnocentrisme et de notre solipsisme spontanés, nous déranger, nous surprendre, nous secouer.

Application pour iPhone gratuite, meehive est accessible aussi sur le compte Twitter, via RSS et email. Possibilité de partage et recommandations. Synthèse presque complète de la distribution de l'information sur des supports personnalisés et mobiles. 
Qui indique à quelle distance se trouve la télé et son 20H immobile...

Notez les habituelles métaphores, nostalgiques : "newspaper", "quotidien" (pourquoi  ?).
Notez aussi la quantité d'information que recueille un tel site : ce que souhaite le lecteur, ce qu'il lit effectivement, les mots choisis pour indiquer ses thèmes favoris, etc. De quoi alimenter en mots le marketing comportemental.

Reste le modèle économique : publicité ? Si revenus publicitaires il y a, seront-ils partagés avec les sites qui "confient" leur contenu à meehive ? Car enfin, où sont les abeilles de cette ruche, celles "dont le travail est joie" ("Les Châtiments") ? Celles aussi à qui Victor Hugo suggérait de quitter le "manteau impérial" et d'oser attaquer l'Empereur...
Automatisation, moteur de recherche, sélection par l'abonné qui devient son propre rédacteur en chef, zéro papier, fournisseurs gratuits : cette expérience (dont nous sommes tous bien sûr beta testeurs) permet de poser presque complètement les problèmes de la presse. Hélas, il a été mis fin à l'expérience en octobre 2010. "Fail fast", dit-on !

lundi 9 mars 2009

Le "ressenti" ment : statistiques ethniques et médias


Voilà que l'on relance des "statistiques ethniques" pour "mesurer l'ampleur des discriminations". Comment serait approchée ou déterminée l'appartenance ethnique ? Ou les appartenances... et la discrimnation ? Par déclaration du "ressenti" ! Voilà une notion dont la précision et la rigueur n'échapperont à personne. Classement subjectif, artéfact. Jusqu'où ira-t-on dans les variables ? Langues, religions ? Catégoriser, classer, n'est-ce pas risquer de fabriquer et légitimer la discrimination que l'on veut éviter ?

Passons sur l'impossibilité de monter un questionnement effectuable : en quelle langue, par quels enquêteurs et enquêteuses pour limiter les biais ? Quant à l'enquête écrite, auto-administrée... Supposer la maîtrise universelle de l'écrit, lecture et écriture, est déjà en soi une discrimination : on n'en est pas sorti...

Que peut-on espérer d'une telle variable dans les médias et la publicité ? Mise en oeuvre aux Etats-Unis, elle est source constante de problèmes de constitution d'échantillons. Comment représenter correctement la population "Hispanic", "African American", "Asian", etc. dans les panels ?
De plus, il semble que les écarts entre pratiques de consommation média selon ces variables soient incertains : on ne sait même pas en quelle langue s'adresser aux "hispanics", anglais ou espagnol ? Question de génération, semble-t-il. Ceux qui sont nés aux Etats-Unis réclament de l'anglais. SiTV vise les téléspectateurs supposés hispanophones... en anglais. Les plus récents immigrés préfèrent l'espagnol, qu'ils comprennnent mieux. Mais c'est aussi ce qui retarde leur intégration... et accentue le "ressenti" de discrimination. Problème connu et analysé en Allemagne où l'arrivée de télévision turque (vidéo, chaînes turques sur le câble) a freiné l'acquisition de l'allemand et, partant, la réussite scolaire des enfants allemands de parents turcophones.

En France, en français, des dizaines de magazines, "féminins" notamment, visent les populations françaises selon les cultures : Gazelle, Shenka, Miss Ebene, Amina, Pilibo, etc. Des annonceurs y trouvent une affinité avec les cibles de certains de leurs produits : ethnocosmétique, par exemple. Et encore, pourquoi "ethno" ? Il y a diverses sortes de cheveux, et différentes sortes de shampoings, cet énoncé universel suffit.

Plutôt que laisser s'entretisser enflure verbale et bonnes intentions, lisons ce que qu'écrit Claude Lévi-Strauss sur "l'optimum de diversité" et la créativité des sociétés : "la civilisation implique la coexistence de cultures offrant entre elles le maximum de diversité, et consiste même en cette coexistence. La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à l'échelle mondiale, de cultures préservant chacune son originalité" (Race et histoire, p. 112). La mondialisation comme barbarie ?



vendredi 6 mars 2009

News From Net to Paper


The new dogma is that the time of the printed page is over and will be replaced by digital platforms. Some small American newspapers have already given up print to become Web-only. Obviously, the new paradigm for news and communication is digital. But within this digital paradigm, there is still room for paper (see our post "Dans les papiers de Vendredi"). Print must just find its place in the digital world. Paper born again with a new economic model.
The Printed Blog is an illustration of this digital revolution. Launched in major American cities (Chicago, San Francisco, 2,000 copies), it claims "synergy between the tactile newspaper and online content".
  • The mode of production is digital (blogs, i.e. user-generated journalism - writers will share advertising revenue). The website is designed as a hub for community input, where readers can submit questions and articles, where advertisers will be able to buy space. A place for interaction, a digital newsroom, maybe even an advertising market place.
  • The twice-daily distribution and the final product are traditional (paper, newspaper stand). 
  • Advertising is hyperlocal and very cheap, targeting small advertisers (stores, car dealers, and even households).
"Print from the Net" is based on using the Net as a source for ideas, a market place of ideas. And yet readers can still enjoy the traditional comfort of holding a physical paper.
Now it remains to be seen whether this new business model will succeed. To be followed ...

dimanche 1 mars 2009

Rimbaud sur Facebook


Nouvelle édition des oeuvres complètes de Rimbaud dans la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard, pas d'index, bibliogr.), par André Guyaux avec Aurélia Cervoni.
"Oeuvres complètes", qu'est-ce que cela veut dire ? L'intégrale de tous les moments de la vie de Rimbaud... Qu'est ce qu'une oeuvre ? 
Dans ces 1102 pages, il y a de tout : les textes publiés par Rimbaud lui-même mais aussi des exercices scolaires, français, latins, cahiers de brouillon, des poèmes recopiés par des proches (Verlaine, Germain Nouveau, etc.), des poèmes des autres recopiés par lui dans des lettres à des amis. Plusieurs versions d'un même poème. (N.B. : des corps inégaux distinguent les textes autographes des textes dont on ne trouve plus les manuscrits, l'oeuvre voulue et l'oeuvre involontaire).
Tout Rimbaud : "oeuvres, lettres, vie et documents", énonce le titre du Pléiade. Ce "tout" inclut aussi, au titre de documents, des  lettres de l'entourage (mère, soeurs, professeurs, etc.), par exemple celle de sa mère se plaignant d'un enseignant qui a recommandé la lecture des Misérables. Parmi les documents encore, la correspondance commerciale de Rimbaud, marchand en Afrique, englué dans un système colonial. Hélas, il n'y a pas d'illustrations, dommage, Rimbaud prenait des photos...

Une "oeuvre" comme celle que constitue un Pléiade est une construction sociale, historique. La notion d'oeuvre varie : aujourd'hui, elle se rapproche de ce que l'on trouve sur un réseau social. Oeuvre de récupération totale.  
Un poète sur Facebook ? Aujourd'hui, l'oeuvre de Rimbaud serait-elle là, à deux clicks d'ici, dispersée sur son profil, ses pages, et celles de ses vrais et faux amis, encombrée de liens, de photos, de notes de lectures, avec des topos sur sa situation militaire, sa comptabilité de marchand de café et de fusils, ses lettres sur les caravanes avec casseroles, la location de chameaux, sa jambe de bois, ses considérations sur le prix de l'ivoire... 

A lire et parcourir tous ces textes, on connaît mieux Rimbaud - on veut le croire - et l'on a remis la littérature à sa place dans sa vie. Peut-être comprenons-nous mieux aussi l'importance des réseaux sociaux et l'intérêt des longues chaînes de conversations à la Gmail. Un Pléiade comme celui-ci, c'est du réseau social congelé, arrêté, tous liens coupés. Alors, Facebook et Pléiade même combat, réconciliables sur un eBook, pour le plus grand bien de l'histoire littéraire, délivrée enfin de ceux qui sélectionnent dans la vie d'un auteur les seuls événements qui méritent attention ? On n'en est pas encore là... Et puis, est-on "auteur" de toute sa vie ? 
En tout cas, en parcourant ce Pléiade, "on s'attendait de voir un auteur et on trouve un homme", selon le mot de Pascal.

vendredi 27 février 2009

Médias en miettes : la semaine des conjoints actifs


On lit couramment que "les médias rythment la vie des Français". Inversons plutôt les termes de ce postulat qu'aiment à répéter les médias. La consommation des médias est règlée par les contraintes de la vie professionnelle et domestique, donc par le budget-temps des ménages.
Pour s'y retrouver, voici une étude originale consacrée au budget temps des actifs analysé dans le cadre de l'unité familiale : "Organisation du travail dans la semaine des individus et des couples actifs : le poids des déterminants économiques et sociaux" (publiée par la revue Economie et Satistique, N° 414, 2008). Recherche effectuée, à partir de données INSEE, par Laurent Lesnard et Thibaut de Saint Pol. Les données (séquences d'activité) ont été collectées au moyen d'un semainier auto-administré dans le cadre de l'enquête Emploi du temps de 1999 (l'enquête a lieu tous les 10 ans, la prochaine aura lieu en 2009-2010).

Objectif de l'étude
Analyser la synchronisation et la désynchronisation des emplois du temps des couples. 

Synthèse des résultats (du point de vue de l'analyse des médias)
Résumée en quelques mots, la conclusion établit que la fragmentation des emplois du temps s'accroît comme la domination sociale. Les moins qualifiés cumulent et enchaînent les désavantages : fragmentation de la durée de travail, désynchronisation des horaires, faible contrôle de leur emploi du temps. Habituelle surdétermination des handicaps.
De plus, l'organisation de la semaine, et sans doute de l'année de travail, déterminent les usages du temps libre. La progression de la bi-activité dans les ménages augmente la complexité globale de la vie familiale, de sa gestion. 
Vies conjugales, vies conjuguées à l'imparfait des emplois du temps : horaires désaccordés et sociabilité partielle sont corrélés. Avec l'élargissment des plages d'activité et la dérégulation du temps de travail, les horaires atypiques se multiplient, surtout dans les services à faible valeur ajoutée. Comme l'organisation économique repose de plus en plus sur les services, donc sur le travail effectué au service de ceux qui ne sont pas au travail ("loisirs", commerces, etc.), les conclusions de cette étude sont actuelles pour longtemps. En filigrane, qu'est qu'un foyer média ?
La durée de travail apparaît comme une variable insuffisante si elle n'est pas redressée par la structure des horaires conjoints. La "famille désarticulée", ou écartelée (selon le titre d'un ouvrage de Laurent Lesnard) a des horaires disjoints. Les conséquences sur la socialisation (sous-traitance de la "garde" d'enfants, divorcialité, etc.), sur la transmission et la formation du capital culturel s'en déduisent. 
Les médias trouvent dans ces dysharmonies des occasions de se faufiler et d'occuper les moments vides, d'attente. Ils comblent les trous creusés par la dé-socialisation : médias bouche-trou, mobiles (portables, radio) ou immobiles (TV). L'enquête ignore le travail domestique : gageons que les observations quant à la désynchronisation s'en trouvent accentuées, les inégalités accrues.

Du point de vue de l'analyse média, cette étude invite à ne pas s'en tenir à la durée comme seule variable pour le évaluer le temps de travail ; elle suggère de prendre également en compte la flexibilité, l'autonomie des emplois du temps (et donc, la double autonomie pour les couples bi-actifs, effet de l'homogamie) et l'évolution du temps conjoint (donc de l'audience du même nom). Travail et emploi du temps en miettes, médias en miettes ?

Méthodologie 
Elle pourrait inspirer certaines études média : sur les audiences conjointes d'un même média, ou de plusieurs médias,  sur les itinéraires dans la ville, les lieux de vie ou les points de vente. 
  • L'enquête est menée tout au long de l'année pour saisir la saisonnalité. 
  • Tirage aléatoire des foyers à partir du recensement. 
  • 6 396 semainiers (grilles). Taux de retour des semainiers auto-administrés : 80%. Pas d'écart observé entre répondants et non répondants. 
  • Recours à la méthode d'appariement optimal (Optimal Matching Analysis, OMA) pour confronter les rythmes de travail  des conjoints (en termes de séquences, comme l'ADN). Les auteurs ont publié en 2006 un article sur cette méthodologie empruntée à la biologie (article en ligne en avril 2009).  Cette méthodologie (séquences d'activité, OMA) est aussi mobilisée pour une étude sur "Le dîner des Français : un synchronisme alimentaire qui se maintient" (2006).

mardi 24 février 2009

Victorieuse défaite de Facebook


Question du quotidien espagnol El Pais à propos de la reculade de Facebook devant des protestations d'usagers (il s'agissait, cette fois, de la propriété privée des données partagées et de leur utilisation publicitaire par des tiers) : qui a le dernier mot, l'entreprise ou le client "¿Quién tiene la última palabra, los empresarios o los clientes?"). Les usagers ont eu le dernier mot, au terme d'un mouvement social éclair, efficace : réussite de la socialisation numérique et de sa démocratie directe. "Los usarios dan una leccion a Facebook". C'est la deuxième leçon administrée par les usagers, la première concernait déjà la publicité (2007). 

Commentaire
  • Internet est un lieu d'expérimentation sociale à bon marché. Tout internaute est bêta testeur, à ses risques et périls (arrêt d'application, etc.). Facebook, entre autres, est un énorme focus groupe, continu. Les blogs associés aux développements nouveaux jouent le même rôle. Crowd sourcing généralisé. Ce que l'on reprochait à Microsoft il y a quelques années est banalisé et accepté ...
  • Pourquoi n'y a-t-il pas davantage de manifestations et de contestations virtuelles efficaces ? C'est parce que le réseau social rassemble que peut s'y exprimer une opposition. Les entreprises virtuelles sans communauté effective donnent moins prise au rassemblement social. Partie du blog The Consumerist, la contestation s'est exprimée sur Facebook par la création de groupes de milliers de membres. Paradoxe ? Non, n'est-ce pas sur le tas, à l'usine, dans l'entreprise que s'expriment le syndicat, la grève (occupation d'usines, d'entreprises, etc.) ? Le réseau social construit une communauté d'intérêts, un lieu commun (virtuel), des moyens d'expression. N'a t-on pas vu des manifestations d'avatars et même une grève sur Second Life ? L'action politique et syndicale cherche ses modes d'expression numérique ; la récente campagne présidentielle américaine l'a mis en évidence. Ce mouvement contre Facebook sur Facebook le confirme.
  • Difficile pour des usagers d'autres médias de manifester leur point de vue, leur ressentiment autrement que par l'abstention, individualiste : ne pas regarder, utiliser, ne plus acheter, se désabonner. La sanction est lente à venir, peu visible dans le court terme. Il y faut du temps, de la patience, etc. Et il n'y a toujours pas en France de réelle procédure de class action comme on la connaît en Amérique du Nord. 

lundi 23 février 2009

eyePlorer : à Vous de voir


Travail de visualisation des résultats d'une recherche par eyePlorer. Construire un moteur d'exposition, "Envisioning information" comme titre l'ouvrage de Edward R. Tufte (1990).
Pour chaque interrogation, un moteur de recherche produit des dizaines de milliers de réponses. L'internaute ne consulte que la première page et, souvent, s'en tient aux cinq premiers résultats. Pour limiter ce gaspillage, orienter, susciter les étapes suivantes, eyePlorer propose une exploration visuelle, opératoire, suggérant des pistes d'approfondissement, allant du percevoir au concevoir.
Pour cette version bêta, eyePlorer exploite les données de Wikipedia.

J'ai effectué trois tests, en anglais et en allemand (les deux langues proposées pour les tests) : l'un, plutôt conceptuel, sur Gregory Chaitin (mathématicien, logicien, informaticien), un plutôt "ethnique" sur le PB&J (l'un des sandwichs des enfants américains), et un, plus culturel large sur Elfriede Jelinek (romancière germanophone, Prix Nobel de littérature).
Les résultats en anglais sont pauvres, meilleurs en allemand, tant pour le mathématicien que pour la romancière. Pour le sandwich, tellement américain, l'allemand ne donne rien. Les objectifs de l'outil sont nets  : les résultats doivent sauter aux yeux. Essayez ...

A ce stade, l'enjeu est le mode d'orientation de la recherche que les auteurs tentent de rapprocher du fonctionnement de la pensée humaine en empruntant aux sciences cognitives. 
Un procès d'exposition n'est jamais neutre, il engage une vision, une théorie, une intentionalité. En jeu, les associations (connotations, allusions, métaphores), les catégorisations et classements, les niveaux de généralisation, la dialectique de l'approfondissement et des "enchaînements de l'analogie" (Michel Foucault) ... Passer du lexical strict au sémantique ? 
Notons le postulat tacite d'universalité des modes de perception et des comportements d'organisation des savoirs. C'est à chacun de nous de VOIR? L'idée d'ordre visuel ("visuelle Ordnung") ne rassure pas.
La Frankfurer Allgemeine (FAZ) présente eyePlorer comme un défi à Google (Google-Herausforderer). Vaste programme. Plutôt complémentaire, une "appli" ? D'ailleurs, où serait la publicité dans une telle présentation de résultats ? Quel modèle économique ? Peut-être des applications B2B ? 

mercredi 18 février 2009

Notes de cours


Au début d'un cours sur la gestion des médias, on fait le point sur les pratiques média des étudiants. Voici, recueillis avec la plus raisonnable certitude d'honnêteté, quelques éléments de la situation des médias vécue par des étudiants de gestion (Magistère de sciences de gestion, Bac +4, Université de Dauphine). Ils / elles ont entre 20 et 25 ans, seront dans les entreprises dans deux ou trois années ; ils ont tous effectué des stages en entreprises. L'imprégnation média décrite à cette occasion est culture personnelle mais aussi, déjà, outillage et savoir faire professionnels.
La note de pratique, pour chaque média, est établie sur 20 (utilisation par tous = 20 ; aucune d'utilisation = 0). Elle enregistre, "pour vingt étudiants", les pratiques de la journée précédente, sorte de pratique veille, comme on dit "audience veille" (J-1, information collectée face à face, vers 14H, le lendemain). Il ne s'agit que de répérage, il ne s'agit pas d'une enquête à visée universelle. Etablir des points de repère seulement. Une sorte de calage pédagogique, pour ce cours. 

Lu un journal papier 13    Lecture d'un magazine 6
Acheté un quotidien 0    Ecouté la radio 14
Regardé la TV 16           Regardé un DVD 4
Ecouté MP3 / iPod 17    Utilisé Twitter 0
Joué au jeu vidéo 1        Téléchargé audio ou vidéo (streaming) 9
Envoyé des e-mails 17    Envoyé des SMS 20
Réseaux sociaux 19         Utilisé MSN 8

Pour cette génération, pour cette formation Internet et la téléphonie sont à chaque instant vecteurs de la communication. Indispensables (20). Les médias classiques restent largement présents ; leur statut est autre, ils sont de l'ordre de la consommation, de l'occasion, rarement de l'ordre de la pratique, plus rarement encore de l'ordre de la nécessité. L'information économique, financière, c'est Internet.
TV et radio, médias de divertissement, d'accompagnement appartiennent à leur univers culturel quotidien évident. Mais le mode de communication, pour tous, c'est Internet et la téléphonie. Google, au coeur de ce dispositif va de soi, sans question, omniprésent au point que la question fait question, étonne. Le courrier électronique est fourni presque exclusivment par Yahoo!, Google et Microsoft. La ligne de partage des médias semble l'activité, voire même l'interactivité (avec iTunes ou Windows Media Player, la musique passe du côté de l'interactivité).

Ce portrait, analysé et commenté sur le champ ne les étonne en rien. Je suis surpris par le faible score du jeu vidéo, par la prégnance des réseaux sociaux (Facebook, MySpace, Orkut), par l'ignorance presque totale de Twitter. Ils ne le sont pas. Google comme générateur d'habitus, c'est une confirmation (cf. notre post du 21 août 2008). 
De tout cela, que paient-ils (eux ou leurs parents) ? Des forfaits (téléphonie, fournisseur d'accès Internet). La gratuité est banale, même si elle est perçue avec lucidité par ces étudiant(e)s en gestion. Forfaits et gratuité ont en commun la commodité. 

mardi 17 février 2009

D'où viennent les spectateurs de vidéo ?



Ils  viennent des sites de vidéo
Qui les oriente (referrals) ? Quels sont les sites prescripteurs, en dernier ressort ? Tubemogul publie les résultats d'une étude peut-être éclairante. Selon ces résultats, pour la majeure partie des consommateurs de streaming, la recherche de vidéos s'effectue directement sur le site déjà connu pour proposer des vidéos (45,1%). Ce qui indique la puissante notoriété de ces sites, que domine YouTube. Ils fonctionnent comme une butte de triage vidéo.
Pour les 55% qui restent, les blogs sont déterminants (80,9%), blogs de toutes sortes et sans doute en affinité avec leur spécialité (ce qui suppose une forte dispersion). Loin derrière, Google (7,2%), Yahoo! (2,1%) puis une très longue et très faible traîne. 
Au total, cela s'énonce : les sites d'abord, puis les blogs (85% ensemble) ; ensuite, moteurs de recherche, réseaux sociaux, sites de social bookmarking se partagent les 15% restant.

Conclusion
Puisque les moteurs de recherche, y compris ceux spécialisés dans la vidéo, n'ont que faiblement pénétré ce marché, les mots clés restent peu efficaces pour former l'audience de la vidéo. 
D'où l'importance de construire en amont la notoriété à l'aide des autres médias et du "display" affiché sur les sites Internet (bandeaux et autres slide-in, selon la dichotomie admise, mais confuse - à dessein ? - des formes publicitaires, mots clés / display). 

N.B. La méthodologie de cette étude n'est pas transparente : même si le nombre des téléchargements analysés paraît important, prudence ; à prendre cum grano salis ... Et à confronter dès que possible avec des résultats produits selon d'autres méthodologies, plus transparentes. 
Notons, quand même, le classique et pénible attrappe-nigaud (hum !) : voici des résultats, ceux que nous avons choisi de vous octroyer (salivez, reprenez, viralisez : nous communiquerons grâce à vous !), mais pour autant vous ne saurez rien de la méthodo (car c'est secret !). Est-ce que de la connaître nuirait à la communication ? 
Comme souvent la recherche se trouve ainsi ravalée au rôle de faire-valoir, prétexte à communiqué de presse. Une étude auditée, c'est mieux, plus sûr.

lundi 16 février 2009

5 mn par jour "à la recherche du temps perdu"


DayLit détaille la littérature en toutes petites tranches, en miettes même. 1075 épisodes, 5 mn par jour durant trois ans pour La Recherche. Proust à dose homéopathique.
Le principe de DailyLit repose sur un syllogisme imparable : on lit ses emails, mais on ne lit pas de livre, ergo il faut publier les livres en emails (ou flux RSS) pour qu'ils soient lus.
Des romans japonais ne sont-ils pas déjà publiés sur téléphone, commentés par les lecteurs via SMS dont les textes sont intégrés dans la version papier. Ces sortes de soap operas deviennent des "best sellers". 
Et puis il y a aussi les livres audio (audio books) pour iPods et embouteillages. Et même des vidéos de 12 secondes sur iPhone (il y a une appli pour cela ! "Why only 12 seconds? Because anything longer is boring").

A cette distribution en miettes, il existe d'honorables précédents. Honoré de Balzac publia nombre de ses romans en feuilletons. Karl Marx accepta pour la traduction française (1872) de publier Le Capital en "livraisons périodiques" : "Sous cette forme l'ouvrage sera plus accessible à la classe ouvrière" ! Pour adresser ses lettres, Stéphane Mallarmé écrivait des "Récréations postales" (1892) en forme de quatrain. En 1948, France-Soir publia "Autant en emporte le vent" en feuilleton. Et Jauffret publie en 2008 un gros volume de 500 Microfictions d'une page et demie...

Modèle économique mixte pour ces cinq minutes de littérature quotidienne. Achat et Parrainage : une marque peut parrainer un livre. Répétition assurée puisque le parrain est présent chaque jour. Ciblage séduisant, affinité élective. Sans doute est-ce le parrain qui choisit le livre à publier. Certain titres sont vendus, d'autres gratuits. L'abonné peut choisir ses horaires de livraison, la police et la taille de caractère, notamment pour la lecture sur iPhone.
Plus d'un millier de livres disponibles, quelques uns en allemand, anglais, italien, espagnol.

Chaque média redécoupe les oeuvres, rythme les publications et façonne l'attention. Entrons-nous dans une ère de tout petits formats (RSS, clips, Twitter, SMS) ? Internet bouleverse la distribution et, par conséquent, le packaging aussi. Les légitimistes de la culture s'en émeuvent. Il en fut de même pour chaque mode de distribution précédent (tablettes, rouleaux, parchemins, papier, imprimerie).

vendredi 13 février 2009

Presse et radio : Google renonce à l'analogique


Après avoir abandonné la presse (notre post du 22 janvier 2009), Google se retire du médiaplanning et de la vente d'espace publicitaire radio (Google Radio Ads ; AdSense for Radio Ads) et licencie 40 personnes ; son logiciel radio, acheté à dMarc Broadcasting en janvier 2006 est mis en vente. Une partie de l'activité sera convertie dans le streaming publicitaire pour l'audio en ligne (recentrage numérique). La commercialisation d'espace publicitaire pour la télévision est maintenue.

Conclusions ?
  • Google, "grandeur jusque là épargnée" n'est pas au-dessus des lois de la gestion des médias et sait anticiper une retraite. "Pour la première fois l'aigle baissait la tête ..." commentent certains, citant Hugo. Contresens : Google ne s'entête pas, ne se laisse pas vaincre par ses conquêtes (en octobre 2006, le DG avait envisagé un millier de personnes dans ce secteur !). Google a lu Tolstoï et attend, comme Koutouzov en 1812, que ces médias de plus en plus numérisés, se rendent, et commence les harcèlements publicitaires avec le streaming audio ! La crise actuelle, comme l'hiver russe, travaille pour les régies numériques.
  • Google en optimisant la transaction publicitaire devait amener de nouveaux annonceurs à la radio. Cela n'a pas marché. Ce n'est donc pas seulement la transaction qui est en cause. Le mal est plus profond, structurel. Irrémédiablement analogiques, ces médias ne peuvent être sauvés par les outils de Google, radicalement numériques.
  • Ce retrait émet, en acte, un pronostic réservé à propos des activités classiques de commerce publicitaire, et l'indication que les modèles économiques de certains segments de presse et de radio ne peuvent être sauvés, même par les outils, le talent et le prestige de Google. La question, lancinante, des usages de ces médias est posée ainsi que celle de leur adéquation aux besoins des annonceurs. Clear Channel Communications, partenaire de Google en radio (675 stations) se déclare déçu... les régies des stations ne le sont peut-être pas (la nouvelle n'est pas meilleure Emmis Communications et pour la radio par satellite qui était également dans le coup).
La télévision, numérisée, échappe à ce diagnostic. De nombreux outils de médiaplanning et de bilan de campagne ont été développés (prise en compte des différés, bilans couverture / répétition, tranches horaires sur mesure, etc.), un accord avec Harris Corporation signé. Le portefeuille de chaînes en régie s'étend : Sleuth, Chiller TV (groupe NBCU), Bloomberg TV et Hallmark Channels ont rejoint le bouquet DISH Network.

lundi 9 février 2009

Cet espion que nous aimons


Traduite mot à mot, cette Une de l'hebdomadaire allemand Die Zeit, "Google. Der Spion, den wir lieben", sonne comme le titre d'un roman de Le Carre. Google, l'espion qui vient d'Internet.
A l'occasion de la sortie sur le marché allemand d'un téléphone portable Android (Google avec T-Mobile), Die Zeit rappelle d'emblée l'ampleur de l'échange sur lequel repose tout le marché des médias : le troc contre un service, une information, un divertissement. Chercher une page, envoyer un courrier avec GMail, c'est donner un peu de soi ("Wer eine Seite sucht oder E-Mails versendet, gibt jedes Mal etwas von sich preis"). N.B. : preisgeben = donner prise, révéler un secret, renoncer, abandonner (d'après le Duden). Le terme est parfaitement choisi.
Larry Page, co-fondateur de Google, prédicant opimiste et diablement intéressé, assure, dans une interview publiée par l'hebdomadaire, que tout cela n'est pas grave  : Google apporte en échange la facilité d'usage, la rapidité, "le meilleur des mondes possibles", et le plus simple, "ad perfectionem simpliciter simplicem". Voici la nouvelle théodicée ! Don't be evil !

Jusqu'à présent, le médianaute, dans l'échange, accordait son attention, un peu de place mémoire et des occasions de voir ou d'entendre, de lire ou d'entrevoir un message commercial. Ne dit-on pas "to pay attention" ?
Usager d'Internet et de la téléphonie, l'internaute livre, en plus, des données personnelles : ce qu'il visite, ce qui l'a intéressé, ceux qu'il a intéressés, ce qu'il cherche, les mots qui lui viennent à l'esprit, ce qu'il raconte, à qui, ce qu'il achète, sa communauté virtuelle, mais aussi la réelle (cf. Latitude), où il est ("Google weißt, wo Du bist")... Ne raconte donc pas ta vie !

Tout cela sert le travail commercial (publicité, vente, etc.). En échange, l'internaute obtient "gratuitement" des services : courrier, suite bureautique, stockage de courriers, de photos, de fichiers, cartes et localisation, etc. L'internaute paie beaucoup plus cher que le téléspectateur ou le lecteur mais pour un service, et pas seulement pour une information commerciale. Ce désaisissement de la conscience des comportements privés - "données" est à prendre au pied de la lettre -, c'est le prix de notre aliénation (Entfremdung), une sorte de faillite personnelle. 
Notons que la terminologie de la "gratuité", omniprésente dans les discours sur les médias, recouvre un mensonge ; sans doute l'une de ces expressions qui rendent acceptable ce qui ne l'est peut-être pas. 

Accumuler des données personnelles : on ne sait jamais à quoi elles peuvent servir ... Le passé invite à la prudence (cf. infra, l'ouvrage de Edwin Black). 
Google, certes, et Facebook et Yahoo!, Twitter, MySpace ? Et les banques, et les opérateurs de téléphonie, les cartes de crédit, les compagnies d'aviation, etc. ? Cela n'a pas l'air d'émouvoir grand monde. 

Dénonçons, lamentons-nous ... mais où sont les entreprises qui inventent les produits concurrents de ceux que Google propose en échange de nos données privées ? Die Zeit le reconnaît : Google n'opprime pas, Google séduit en satisfaisant correctement, à un prix que nous acceptons, des besoins produits par l'évolution numérique des conditions de vie et de travail. 
A propos, qu'allons nous subventionner en ces temps difficiles, le futur ou le passé ? On dit en américain qu'il faut mettre son argent où l'on met ses discours ("Put your money where your mouth is") ! Chiche !

samedi 7 février 2009

Dans les papiers de Vendredi



Hebdomadaire en papier journal, Vendredi Hebdo est réalisé à partir d'Internet ("vu du net"). Lancé en octobre 2008, au prix de 0,8€, aujourd'hui à 1,5€, cet hebdo du vendredi propose "la sélection des meilleures infos du Web" en 12 grandes pages. Principe reconnu : celui de Courrier International, lancé en 1990 par la même équipe, pour partie, et racheté par Le Monde en 2001. Bis repetita placent ... or not
C'est une sélection : donc discutable, à quoi bon prétendre que c'est la meilleure ! Mais cette sélection est stimulante. 

Aller du Net au papier est une tentation ancienne et paradoxale (cf. notre post du 30 novembre 2008, "la tentation du papier"). D'habitude, Internet exploite la presse ; voici que la presse papier "pille" Internet : signe de la puissance d'Internet.
Vendredi hebdo se révèle agréable à lire, avec son format bizarre. Peut donner envie de visiter les adresses citées mais se suffit à lui-même. Repose de l'écran, manifeste les atouts du papier, son confort ... mais aussi ses limites : on a parfois envie de cliquer, de zoomer (iPhone !). Pour les néo-classiques, désolé, le titre n'est pas présent sur Internet, hors un site vitrine
Pas de publicité. Faiblesse inquiétante pour la suite, et qui ne rassure pas sur le conservatisme de l'achat d'espace. Combien vaut une demi-page dans le titre ? Si j'étais ... , j'achèterais.