mercredi 29 septembre 2010

Qu'est-ce qu'un média local (2) ? La Voix de l'Ain (France)

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S'il est une certitude quant à l'évolution prochaine des médias, c'est que les médias locaux ne cesseront d'être de plus en plus importants. Du tableau d'affichage devant l'école aux annonces en tout genre, sur le pare-brise ou dans la boîte aux lettres, on ne peut vivre sans information locale. Elle est le carburant de la vie quotidienne, indispensable service aux consommateurs mais aussi aux entreprises et aux associations.
Le numérique donne aux médias locaux des moyens progressivement démultipliés ; pour un groupe média, apprécier le calendrier de la mutation à entreprendre est délicat. Alors que les médias traditionnels hésitent à investir le local (télé, radio), de nouveaux concurrents s'y engouffrent, Google d'abord, dont la géolocalisation et le moteur de recherche sont le Cheval de Troie (cf. mobile search), mais aussi les sites d'annonces gratuites comme Le Bon Coin. De plus, les médias locaux et régionaux subissent aussi la concurrence, perçue comme "déloyale", des médias réalisés par les collectivités locales de tout niveau, distribués gratuitement, aidés par l'impôt local et les infrastructures administratives.

Dans le cas du quotidien local américain The Day, nous avons examiné les contenus éditoriaux pour en déceler la part exclusive, sans laquelle le média ne serait que répétition. Effectuons un exercice semblable avec un hebdomadaire départemental français, Voix de l'Ain, titre membre du Syndicat de la Presse Hebdomadaire Régional (SPHR). Voix de l'Ain est l'un des quatre hebdo du groupe HCR (Hebdomadaires Catholiques Régionaux) avec Croix de la Haute-Marne, Hebdo de l'Ardèche et Drôme Hebdo
Le N° du 3 septembre 2010 comprend comme toujours deux cahiers, l'ensemble comptant 64 pages. Le numéro, en kiosque le vendredi, est vendu 1,5 €, l'abonnement annuel coûtant 59 € pour 52 numéros (1,14 € le numéro). A la différence des Etats-Unis, il n'y a pour ce titre ni portage ni distributeurs automatiques : le titre est entièrement dépendant des diffuseurs et de leur rythme d'ouverture.

Le premier cahier est 100% local. Hyperlocal même. Les 28 pages sont divisées en aires géographiques élémentaires (communes). Le second cahier, "actualités départementales", suit une présentation plus globale,  mais tous les contenus y ont une relation forte avec le département de l'Ain. Au plan rédactionnel, toute la vie est là : les fêtes, la pétanque, l'école, les messes, la réception des nouveaux bacheliers, la course cycliste des cadets, le club de scrabble, la pêche d'une belle truite, les galettes de la Croix Rouge, le retour d'une équipe sénior au FC des Bords de l'Ain, le bal du samedi interrompu, les miss Pays de l'Ain...
Le seul contenu non local est celui des programmes de télévision, des jeux flêchés et de la cuisine.
Une vérification effectuée sur le numéro du 24 septembre confirme cette anatomie des contenus.

Evidemment, cette stricte localisation éditoriale a son pendant publicitaire : les annonceurs renvoient tous au point de vente. La seule surprise tient à la faible présence d'annonceurs nationaux associant leur image nationale à uu distributeur local, et ceci malgré la participation du titre à une régie nationale des hebdomadaires régionaux (Espace PHR). Les inserts (encartage) et le couponnage sont beaucoup ici moins importants qu'aux Etats-Unis.
On compte plus d'une quarantaine d'annonceurs locaux par numéro. Beaucoup relèvent de la distribution spécialisée (bureautique, meuble, motoculture, maison, sport, etc.) ; en comparaison avec les Etats-Unis, l'automobile est peu pésente. Toute la vie locale est illustrée : paysagistes, assurances, installateurs de chauffage, de cuisines et salles de bains, optique, isolation, les marchés, foires et salons, un parc de loisirs, le rugby (abonnement au stade)... Sans compter les annonceurs que l'on n'imagine pas toujours comme cette entreprise de charpente et couverture qui assure aussi bien la réfection des clochers que l'installation de panneaux photovoltaïques...

La diversification menée par Voix de l'Ain est à la fois prudente et résolument innovante (cf. la présentation du site par Bernard Bienvenu, directeur de la publication). L'hebdo s'est mis au numérique, ouvrant la plupart des fronts raisonnables, ce qui est la méthode la plus certaine pour tester l'appétit et l'évolution des comportements des utilisateurs. Ces développements numériques, toujours plus ou moins en bêta, ne se font pas au détriment du papier, au contraire, tant l'expérience apprend que l'opposition radicale papier / numérique est sans issue.
  • Le titre a son site qui le rend quotidien ; il s'enrichit de blogs, flux RSS, podcast, newsletter 
  • La présence du titre est assurée dans les réseaux sociaux essentiels : twitter, Facebook 
  • Le Carnet du jour recense en ligne les décès du département et des départements limitrophes, ouverts aux annonceurs des pompres funèbres, et qui permet d'adresser ses condoléances aux familles. L'expérience a montré qu'un tel site ne dispensait pas de l'annonce dans les pages papier.
  • Voix de l'Ain édite chaque année L'aindex qui répertorie les "élus et responsables", les contacts utiles (10 €), accessible en version numérique, notamment pour la mise à jour par les annonceurs (plus de 2 000 contacts, 256 pages avec index).
  • Le groupe publie un magazine, Ma(g)aville.fr, mensuel gratuit consacré à une ville (Bourg-en-Bresse). Sa belle réalisation attire les annonceurs soucieux d'image autant que de trafic sur le point de vente.
Reste le mobile, média local par excellence, média de la distribution aussi, qui mérite d'être testé, surtout si se développent les accès wifi publics et si se démocratise la gamme des terminaux portables, des tablettes et smartphones. Quand le marché sera-t-il mûr pour des applis ? Le marché local manque d'études, on y a trop copié le national alors que la proximité permettrait sans doute des méthodologies originales et plus fécondes, ethnographiques par exemple. 
Le numérique libère la presse hebdomadaire et locale d'un positionnement longtemps imité des quotidiens régionaux. Le rythme hebdomadaire du papier s'accompagne bien du rythme quotidien voire plus fréquent encore en cas d'événements locaux, que permettent les présences numériques diverses. Le recours maîtrisé aux utilisateurs pour du rédactionnel (crowd sourcing) et aux réseaux sociaux pour les interactions dynamisent les contenus locaux. Un hebdomadaire régional peut constituer le point de départ de groupes multimédia locaux : Voix de l'Ain en fait quotidiennement la démonstration.
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lundi 27 septembre 2010

Presse TV à géométrie variable

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Lundi, dans les points de vente presse, c'est le jour de la télé. La plupart des titres de presse télévision sortent le lundi matin.
Depuis quelque temps nombre d'entre eux sortent en plusieurs versions : avec DVD, livres, suppléments divers. Dans mon point de vente, ce lundi, 8 titres. 5 d'entre eux proposent la version simple et des versions avec suppléments. Le plus diversifié, Télé 7 jours, propose 5 versions en plus de la version simple. Télé Star en propose 4. Au total, 23 modalités d'offres pour ces 8 titres.
Voyons Télé 7 Jours (20 septembre).
  • Le numéro simple, sans supplément est vendu 1€
  • Avec un CD de la collection des Concerts Mythiques de l'Olympia (cette semaine, Johnny Halliday) : 2,99€
  • Avec le DVD d'Arabesque (série policière américaine) : 5,99€
  • Avec un volume des Incontournables de la littérature en BD : 6,98€
  • Avec Paris Match : 2,5€
  • Avec Télé 7 Jeux : 1,5€
Le mercredi, Télérama propose 5 versions de son magazine : une simple, une avec album, une avec DVD musique, une avec 2 VD cinéma (cette semaine, Chabrol), et un hors-série de Télérama horizons consacré à Depardon.

Toutes ces offres enrichies sont intéressantes mais compliquées pour les clients, compliquées pour les getionnaires des points de vente surtout qui doivent exposer ou stocker toutes les versions, expliquer au client les variantes de la semaine, s'assurer qu'il a pris celle qu'il souhaitait, lui en rappeler le prix. Il y a des clients qui décident au coup par coup, selon la BD, le DVD, d'autres qui collectionnent et pour qui il faut "mettre de côté" (comme un abonnement)... Seul le réseau de diffuseurs peut assurer ces transactions complexes, changeantes.

Cette multiplication des variantes se généralise ; elle touche surtout la presse féminine : d'abord, ce furent les double formats (classique et poche), puis les "plus-produits", puis les packages de plusieurs titres (on ajoute un Hors-Série, un numéro ancien, un autre titre du même éditeur, etc.). Tout ceci n'empêche pas "la profession" de se plaindre du trop grand nombre de titres référencés, de la loi Bichet...

La presse TV reste un segment essentiel de la presse en France : les deux tiers des personnes de 15 ans et plus en lisent au moins un titre (AEPM 2010). Beaucoup de titres de presse TV sont parmi les plus puissants du marché (exemplaires diffusés X taux de circulation X reprises en main). Quel est l'effet sur la diffusion de ces offres augmentées, de cette géométrie variable du magazine ? Sur quelles concurrences, sur quels budgets mordent-elles ?
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jeudi 23 septembre 2010

Barter syndication and content netwoks

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VideoEgg buys Six Apart and becomes Say Media. 
  • VideoEgg is a rich media adnetwork. Six Apart was first a blog network ("connects marketers and bloggers to a massive audience through its social media platform"). Then it became a publishing platform and more recently an ad network. Finally, what do we get:? A network of content, federated by advertising tools. VideoEgg provides advertising tools. The new entity is rebranded Say Media,; now it is a rep. 
Issuu and Adform got together to launch Issuu AdPages
  • Issuu is a place for different kinds of documents (magazines, brochures, catalogues, etc.) to be published on line ("publish by millions"). AdForm provides advertising tools (adserving, creative optimization, web analytics, etc.). Issuu AdPages is another kind of ad network, a rep.
Behind these moves and the usual rhetoric ("a new rich digital media format"), there is something already familiar to the U.S.: a network that corresponds to the traditional radio and TV media. Gather an audience, exchange it against advertising space or time (barter) + cash. Glam Media, Say Media, Federated Media, Wikio, Demand Media, Associated Content (bought out by Yahoo!), Squidoo, Seed, 5min Life Videopedia (the last two bought out by AOL), GoAdv, SB Nation, About.com (bought out by The New York Times), etc.: they are all more or less "content farms", many of them rely on crowd sourcing and user-generated content. Yahoo does the same thing when it puts together content from women's magazines (cf. "Du neuf avec du vieux"). It follows the same logic: gather or generate content and sell advertising (revenue sharing). It is a simplified version of a TV network.
What is the most obvious difference between TV networks and Issu AdPages or Say Media? TV networks' advertising tools are simply less sophisticated.
The Hollywood studios which own the TV networks know how to produce content. Internet develops efficient ad tools. One day, soon, they will merge. And the media world will be different.
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lundi 20 septembre 2010

Paradoxes comptables : site et papier

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Lisant un texte du Comité d'entreprise du Monde Interactif (avis consultatif sur la cession), on apprend que la valorisation du Monde Interactif (MIA) serait supérieure à celle du quotidien papier.
On apprend aussi que LePost.fr présente pour l'année 2009 un chiffre d'affaires de 0,2 million €, des pertes de 1,3 million € et une audience de 3 millions de visiteurs uniques par mois.
On apprend également que la relation entre Le Monde papier et LeMonde.fr est règlée par une redevance de marque et une redevance pour les contenus rédactionnals payées par le site, tandis que le papier verse une participation au site pour les abonnés papier bénéficiant de l'accès au site.
  • Qu'est ce qu'une valorisation dans ces cas (quel mode d'actualisation) ?
  • Comment démêle t-on les effets du capital de marque et des transferts réciproques d'image ? Ce capital marque et ces transferts d'image valent bien sûr pour les lectorats mais aussi pour les annonceurs et les agences média. Si capital marque et capital client sont particulièrement importants dans le cas d'un média et sans doute tout particulièrement dans le cas du Monde, les "techniques" pour les évaluer restent excessivement confuses et discutées.
On perçoit ici les limites de la comptabilité très analytique et des décisions prises à partir de "faits" ainsi "faits".
  • On pourrait aussi procéder, "pour voir", à la manière de l'histoire contrefactuelle : si l'on supprime les sites, quid du papier ? Si l'on supprime le papier, quid des sites ? 
  • Alors que les annonceurs se préoccupent d'actions média et de mesures transversales (cross-media), où en sont les sciences de gestion de ces combinaisons ?
Ces médias, qui vivent "ensemble séparés", peuvent-ils vivre l'un sans l'autre ? A première vue, non. Le divorce semble le risque majeur à prendre en compte pour l'actualisation de chacun des actifs. Comment peut-on valoriser séparément des actifs inséparables ?
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vendredi 17 septembre 2010

Lecture, nature et culture

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Débat en cours sur les "livres électroniques".
En réponse aux arguments du président d'amazon.com contre l'écran tactile, Sony (Sony Electronics' Vice President for Digital Reading) se réfère, pour justifier son choix d'un écran tactile, à la nature de la lecture, à l'expérience naturelle de la lecture : "A touchscreen is an important part of the digital reading experience; it mirrors the natural reading experience" (cité par USA Today). Quelques jours plus tard, on a pu voir sur Internet la publicité pour la nouvelle gamme de "e-readers" de Sony : "A natural reading experience like a real book". amazon a choisi un écran non tactile où il faut appuyer sur un onglet pour "tourner" la page (Kindle). L'iPad a choisi le feuilletage dont le geste est différent du geste effectué avec le papier, feuilletage limité, page après page (comme pour tous les "readers" utilisés sur les PC, par la presse notamment).
Faux arguments en faveur de l'écran tactile qui n'en a d'ailleurs pas besoin pour être justifié.
Il n'y a pas une expérience "naturelle"de la lecture mais des expériences cultivées par les usages : la lecture d'un livre d'aujourd'hui diffère de la lecture d'un rouleau de papyrus (volumen), de tablettes de cire (pugillares) ou de bambou (Chine ancienne) ou d'un journal ; lire du chinois n'est pas lire de l'allemand ou des hiéroglyphes, lire un manuscrit n'est pas lire un imprimé, lire une partition n'est pas lire une encyclopédie, lire un texte sans séparation entre les mots (scripta continua) n'est pas lire un texte où des blancs (ou des points) les séparent, etc. Lire un livre de poche n'est pas lire un "beau livre" (coffee table book)...
Qu'est-ce qu'un habitus de lecteur de livre papier aujourd'hui ? Feuilleter, corner une page, souligner, annoter mais aussi aligner sur des rayonnages, classer, empiler... autrefois, couper les pages...
Il n'y a aucune raison de rapporter la lecture d'un livre électronique à celle d'un livre de papier. Toute l'histoire de la lecture et de ses supports le démontre (que l'on se reporte aux travaux de Roger Chartier). La croyance en une nature universelle et éternelle de la lecture et du livre constitue un obstacle à l'innovation en matière de supports de lecture. Les supports nouveaux inventeront de nouveaux usages, de nouvelles manières de lire. "Feuilleter" est un geste appris, en famille, systématisé à l'école maternelle et renforcé par la pratique de la lecture de livres en papier ; c'est d'ailleurs un geste orienté par le sens de l'écriture (de droite à gauche ou de gauche à droite, selon les langues).
Le livre électronique doit se libérer du culte du livre de papier.
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mercredi 15 septembre 2010

La rue : méli-mélo médias


Tout média, expliquait Marshall McLuhan, contient d'autres médias, tout média nouveau englobant les précédents.

La rue rassemble des médias depuis toujours (vitrines, enseignes, monuments, échoppes) ; de plus, elle attire les médias à la recherche d'audience (affiches, crieurs, etc.). On en trouve de nombreuses mentions dans l'épigraphie, dans la musique, dans la littérature : Clément Janequin ("Voulez-vous ouyr les cris de Paris", 1545), Marcel Proust et l'activité commerciale de la rue évoquée dans La Prisonnière ("cris où nous est rendue sensible la vie circulante des métiers, des nourritures de Paris", 1923), Guillaume Apollinaire dans "Alcools" ("Zone" : "Les inscriptions des enseignes et des murailles / Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent", 1913).
En ce sens, la rue commerçante, la place du marché sont, au même titre qu'Internet, des médias de médias (media mediorum).

Un rue à New York
Les médias les plus modernes de la rue, ici les écrans numériques, ne font pas disparaître les anciens médias ; tout se passe, au contraire, comme s'ils en ravivaient les couleurs.
Tout y fleurit comme en cet endroit de New York où se mêlent des écrans numériques de toutes tailles, des hommes-sandwichs, des crieurs, des PLV, des vitrines, des ventes ambulantes, des mobiliers urbains, des enseignes, des véhicules de transport public bardés de publicité, des distributions de prospectus, etc.
Quelques siècles de média coexistent en un coin de rue. L'intégrale des médias.

Du coup, la difficulté est moins de déceler les caractéristiques d'un nouveau média que d'estimer le mélange nouveau de médias dans lequel il s'insère, le cocktail inédit qui s'établit progressivement au gré des usages, la répartition de l'attention des passants et chalands.

Les nouveaux médias complexifient l'usage des médias précédents : la difficulté ultime, c'est la transition d'un cocktail média à l'autre, le mélange, l'interaction des médias. Dans la rue, triomphe le cross média.

vendredi 10 septembre 2010

Le dur désir de ne pas durer

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Google Instant accélère son moteur de recherche, la recherche s'effectuant au fur et à mesure que l'on écrit prédisant l'avenir de notre recherche à partir de résultats passés, obligeant à trier immédiatement parmi des suggestions de résultats. Quels effets ?
Manifestement, Internet est une culture d'optimisation systématique de la durée, une culture d'anticipations, une culture de gestion des probabilités. Ceci doit nous amener à remettre en chantier le profile médiatique de la notion de durée (déclinons ici la notion de "profile épistémologique" de Bachelard).
La culture média traditionnelle sur-valorisait la durée : durée d"écoute (DEA / DEI), taux d'assiduité (stickyness), durée d'exposition, de lecture, etc.
Internet inverse ce profile : la durée sur Internet est connotée négativement, du temps perdu pour tout le monde, un manque à gagner, un coût de renoncement toujours croissant. Le contraire de l'efficacité. La culture numérique recherche l'instant, l'instantané. Média de l'im-médiat, Google Instant en est une illustration. Google Instant compense la lenteur de frappe et prétend faire gagner 2 à 5 secondes par recherche en produisant les résultats avant que l'on ait rentré complètement l'expression dans le cartouche de recherche ("search as you type"). Le gain de temps nait de l'écart entre vitesse de frappe et vitesse de lecture, la pensée obéissant mieux à l'oeil qu'au doigt. Question d'ergonomie... qui affectera (légèrement) la manière dont sont comptées les impressions.
Quelle pertinence accorder, dans une telle optique, aux "révélations" d'analystes, brandisant comScore ou Hitwise, selon lesquelles on passerait plus de temps sur Facebook que sur Google ? Aucune.
Comment cette accélération affectera-t-elle, dans le moyen terme, les comportements de recherche ? Les effets seront-ils différents selon les langues (longueur des mots, etc.) ? Notons encore que Google Instant semble proche dans son principe de Google Scribe, accélérateur, prédicteur et correcteur d'écriture.

Les changements induits par Google débordent largement  la question des contenus et des modalités d'accès aux contenus, Google change insensiblement nos habitus les plus intimes, les moins visibles. En ce sens, nous devenons cette "res googlans", cette "chose qui pense" de plus en plus avec Google, comme Google.
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Du neuf avec du vieux ou du vieux avec du neuf ?

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C'est une célèbre définition de mots croisés, par Georges Pérec : "faire du vieux avec du neuf", en onze lettres, qui vient à l'esprit !
Yahoo! annonce un portail féminin (Yahoo! Pour Elles) avec des promesses ambitieuses : être parmi le "top 5 des marques on line féminines d'ici à un an". Dans cette déclinaison française du modèle américain (Shine, 2008), toutes les thématiques dites "féminines" seront traitées. 150 articles par semaine : voilà qui devrait créer des emplois de journalistes...
Non, car les articles proviendront notamment de Grazia, Top santé, Marie Claire, Le Figaro Madame, Vogue, Glamour, Psychologies, Cosmopolitan, Avantages... En fait de nouveauté, ce n'est qu'une nouvelle agrégation gratuite de produits de presse. Incitation à ne pas acheter les magazines : pourquoi acheter ce qui est gratuit ailleurs ? Au passage, les marques de presse passent sous la coupe d'une marque distributeur (celle de l'agrégateur) et se délitent un peu plus. Le modèle économique de Yahoo! Pour Elles est publicitaire, donc c'est un modèle de presse gratuite.
Rien de neuf : Yahoo! pour qui ?

jeudi 9 septembre 2010

Le local, autrement dit

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La radio publique américaine (NPR) lance une initiative de couverture de la vie locale qui rompt avec les traditionnelles thématiques juxtaposées en patchwork par les médias locaux, journal, TV ou radio.
12 sites de 12 stations locales de radio publique, implantées dans agglomérations différentes, sont reliés pour constituer un réseau de blogs que NPR a baptisé "Argo Network". Chacun des sites s'est spécialisé dans un domaine : la santé, l'éducation, le changement climatique, la sûreté, la  musique, l'environnement, etc. Ces grands thèmes sont toujours traités dans une perspective locale. Accent local, intérêt général.


NPR attend des bloggers participants qu'ils sélectionnent, pointent des sites pertinents sur leur sujet ("curating"), produisant un bouquet changeant de liens. Ce qui est recherché est l'établissment d'un courant d'information, plutôt que de la confection de segments isolés. Si le thème retenu est constant, les traitements sont changeants (flux) et multiples (interviews, photos, liens, etc.).
Cette dialectique du thème (concept, idée) et des approches vécues par différents acteurs de la vie locale donne une vitalité et un intérêt renouvelés à chacune de ces approches. Le local est analysé au travers du prisme de questions universelles (la justice, l'environnement, etc) ; l'universel est perçu au travers d'approches locales.
On s'éloigne ainsi du journalisme à la pyramide inversée (inverted pyramid) qui va de l'essentiel au secondaire, ainsi qu'on l'enseigne dans les écoles américaines de journalisme : dogme du premier paragraphe qui résume tout (summary news lead) et qui semble hérité de l'incipit du Moyen-AgeDogme dangereux avec la lecture numérique : ce premier résumé est ce que retient désormais le lecteur de Google News et des flux RSS (RSS reader).
Argo Network inverse la pyramide inversée, remet le journalisme sur ses pieds, le délinéarise, rétablit l'histoire, la recherche, l'enquête... et chaque internaute peut se les raconter : c'est lui qui effectue le montage final.
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lundi 6 septembre 2010

Rigoletto : quelle culture téléviser ?

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"Rigoletto", l'opéra de Verdi, inspiré d'une pièce de Victor Hugo ("Le Roi s'amuse", 1832), filmé par Marco Bellocchio, retransmis samedi soir, en direct de Mantoue, sur la chaîne de télévision France 3 aurait, selon le Médiamat (Médiatrie), retenu l'intérêt de plus de 541 000 personnes (pour l'Acte I).
Echec, lit-on dans la presse. Effectivement, "Les Experts" ont fait dix fois mieux sur TF1, les "Stars du rire" quatre fois (France 2) et les "Simpsons" deux fois (W9). France 3 n'est même pas dans le tiercé gagnant. Si échec il y a, de quoi est-ce l'échec ? De l'enseignement musical ou littéraire, de la communication de France Télévision, etc.
Et, dans quelle mesure, cette mesure est-elle pertinente pour apprécier la réussite d'une telle retransmission ? Simpsons / Rigoletto, même combat ? Et le commentaire des audiences de la télévision ne mérite-t-il pas mieux qu'un traitement de courses hippiques ?

Qu'un opéra réunisse plus d'un demi million de personnes est pourtant un formidable succès ! Combien de salles, pendant combien de temps faudrait-il pour réunir une telle audience ? Sans compter que ceux qui ont regardé n'avaient sans doute aucune chance de fréquenter un tel spectacle en salle : obstacles géographique, budgétaire, etc. Réussite donc pour France 3. Service public accompli.
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dimanche 5 septembre 2010

Menus, recettes, listes et comportement du consommateur

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Résultat (escompté !) de la recette
Les meilleures promo du moment, près de chez moi, pour un produit alimentaire donné : c'est ce que propose le site américain Prevention.com grâce à son outil de recherche. Ce moteur est proposé dans la partie "recettes de cuisine"du site, Healthy Recipe Finder (recherche de recettes "bonnes pour la santé").

Prevention.com est le site du mensuel du même nom, publié par Rodale, éditeur américain de magazines, de livres et de sites consacrés à la santé et aux loisirs sportifs. Prevention, créé en 1950, est consacré à la santé et à l'alimentation (1 $ le numéro) : près de 3 millions d'exemplaires diffusés (11 millions de lecteurs). Le site est développé par une JV de Qponix (pour les listes) et de MyGrocery.com (pour les promos).

Dans le moteur, il faut indiquer d'abord le code postal (zip code), puis une catégorie de produits, et éventuellement, une enseigne de magasin ; par défaut, le moteur prend en compte toutes les enseignes alimentaires correspondant au code postal. On peut, par exemple, partir d'une recette de cuisine et rechercher les ingrédients nécessaires, au meilleur prix, dans les enseignes proches. Le moteur sort les promotions correspondant à la catégorie de produits et signale les magasins où elles sont proposées. Il est possible ensuite d'inscrire, d'un click, le produit choisi sur une liste que l'on peut imprimer avant d'aller faire ses courses. Solution peu commode. En fait, il manque une appli...

Cette appli, nous la trouvons avec Qponix qui l'a développée pour l'enseigne Meijer (Meijer MealBox), par exemple. On part des menus de la semaine, des recettes nécessaires (y compris des recettes des clients, user generated content) ; la liste des produits à acheter se constitue en optimisant le budget : l'appli promet 50% de réduction de la facture d'épicerie. S'y ajoutent les coupons et les publicités propres à un point de vente donné (local deals) ainsi que la carte de fidélité. L'appli garde en mémoire les recettes, les produits achetés, etc. La liste s'organise selon les rayons et les linéaires pour rationaliser le trajet dans le point de vente et faire gagner du temps au moment des courses.

Liste des ingédients classés par linéaire
On le comprendra, de tels développements, si l'usage s'en généralisait, remettront en question nombre de postulats du shopper marketing (in-store marketing), du comportement du consommateur et de la distribution.
  • Dans cette logique de type AroundMe, le client devient le centre de son monde ; la zone d'attraction, de chalandise change de sens. Le point de vente n'est plus au centre du comportement des consommateurs (révolution copernicienne du marketing !). 
  • Le moteur ne propose même pas de filtrer les propositions à partir d'une marque : les marques, plus encore que les enseignes, sont dissoutes par la logique même du moteur. Le moteur de recherche transcende les marques et optimise les choix commerciaux à partir du prix et de la proximité, variables commodes et indiscutables, toutes choses égales par ailleurs. Cette démarche, favorable aux marques distributeurs (MDD), impose un nouveau marketing aux marques traditionnelles (référencement, prix) car la notoriété et l'image sont moins discriminantes.
  • La PLV traditionnelle devra trouver des voies plus créatrices pour retenir l'attention des chalands car nombre de décisions d'achat sont effectués avant l'entrée du client dans le magasin.

mercredi 1 septembre 2010

EXPOS

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EXPOS, "Le guide des plus belles expositions à Paris, en France, en Europe" vient de paraître. Magazine bimestriel, 2,9 € (abonnement annuel, 6 numéros, 15 €).
Les musées, les expositions occupent une place croissante dans les consommations culturelles. Liés au tourisme, au patrimoine, à l'éducation et à la "bonne volonté culturelle", ils constituent un vaste domaine que la presse peut exploiter dans l'intérêt des publics et des expositions.

Ce nouveau titre concentre tout ce qui, aujourd'hui est susceptible de favoriser la réussite de la presse magazine papier. La maniabilité (petit format), des informations locales (130 villes), un guide facile à utiliser, factuel (sommaire par ville, adresses, dates, sites Internet, prix), européanisé (une partie en anglais). Résultat impeccable : clair, sobre, efficace.
La publicité captive (galeries, musées, réservations / billetterie, etc.) passe bien, apporte des informations complémentaires.
A quand d'autres langues, des applis, un site à part (avec avis des visiteurs sur les expos, etc. ) ? Une articulation papier / numérique, adaptée aux besoins spécifiques du domaine est à inventer (cf. L'iPhone au musée).
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dimanche 29 août 2010

Journalisme et tentations du prophétisme

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Point de vente presse aux Etats-Unis, au mois d'août (Boston).

Packaging raccoleur de contenus sans information. Besoin de titres qui attirent le chaland, que citeront peut-être un autre magazine, une émission télévisée, mais qui surtout permettra à ce magazine des années 1930 d'être mieux référencé par Google ?


Surenchères ? La fin du monde d'Internet est annoncée régulièrement. Renouvellement des millénarismes.
La presse est déjà morte ; d'ailleurs, en France, seuls quelques milliers de titres survivent... On a enterré la télévision depuis longtemps, et tout particulièrement les networks américains grand public. Le livre ne va pas très bien, les montres non plus, etc. Cf. deux "unes" exemplaires, de 1997, ci-dessous


MTV l'avait annoncé dès son premier jour (1er août 1981) : la vidéo a tué la radio (se positionnant d'emblée avec "Video Killed The Radio Star", par The Buggles). On attendait MTV et ce furent l'iPod, YouTube et l'iPhone. I still want my FM radio! 

Ce type de prophétisme est un vice impunissable et inépuisable : dans quelques semaines, quelque jours, on aura oublié ces titres tonitruants. Et, à long terme, très long terme, ils peuvent même se vérifier. Mais Keynes l'avait déjà prophétisé, sans risque d'erreur : "In the long run, we are all dead". Célèbre citation dont on omet souvent la phrase qui l'annonce : "The long term is a misleading guide to current affairs". Et, plus souvent encore, celle qui suit : "Economists set themselves too easy, too useless a task if in tempestuous seasons they can only tell us that when the storm is past the ocean is flat again" (in A tract on Monetary Reform, 1924).


Les "unes" de Popular Mechanics et de Time datent de 1997.
  • La première annonce la mort d'Internet : "Death of the Internet".
  • Le second, son échec complet : "Wipeout! The Party's over for the World Wide Web" (métaphore empruntée au surf, rendue célèbre par un succès des années 1960). L'éclat de rire qui lance ce morceau de rock est le meilleur comentaire possible de tous ces titres.

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LesUes 


samedi 28 août 2010

Télévision américaine: les soaps se rebiffent

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Aux Etats-Unis, où les magazines de télévision ont pratiquement disparu, vaincus par la complexité de l'offre de télévision, il reste deux magazines, au format de poche, consacrés aux soap operas. A l'origine, en 1997, il y en avait trois versions, une par network : ABC, CBS, NBC lorsqu'ils furent crées par Bauer Publications. Il ne reste que ceux de ABC et de CBS qui s'ajoutent aux hebdomadaires Soap opera Digest et Soap Opera Weekly.


Nous en tenons ici aux deux magazines des networks.
ABC SOAPS in Depth et CBS SOAPS in Depth sont vendus 3,99 $, principalement dans les supermarchés, sur des présentoirs avec la presse féminine et people, près de la ligne de caisses. Bimensuels, ils couvrent deux semaines de programmes (124 pages). Ils donnent les programmes des trois soaps de ABC : "General Hospital", "All My Children" et "One Life to Live" et les trois de CBS, "As the World Turns", "The Bold and the Beautiful", "The Young and the Restless". L'abonnement pour 25 numéros met le numéro à 1,59 $ (60% de réduction).

Parmi toutes les manières de présenter les soaps, l'étape de l'intrigue en cours, la plus novatrice est celle qui classe les actes de langage de ces soaps, les noeuds de l'intrigue : "your at a glance guide to who, what, where, when and why".
Les actes retenus, dits "plots points", constituent tout un programme (cf. illustration jointe) : donner naissance, mourir, embrasser, quitter la ville, être attaqué (e), voyager, être enceinte, être hospitalisé (e), changement professionnel, casser (se séparer), révéler, se fiancer, déclarer (ses sentiments), "disjoncter", droguer (quelqu'un), faire l'amour, être viré, souffrir d'une maladie, se marier... Indexation qui évoque l'ergonomie d'un moteur de recherche sémantique.
Tout, dans la conception du rédactionnel, évoque la proximité des lecteurs (trices) téléspectateurs (trices), leur identification avec les personnages des soaps, leur problèmes et leur vie quotidienne ("intimate strangers" comme dit Richard Schickel, pour décrire "The Culture of Celebrity in America". La mise en image de ces soaps dans le magazine évoque les romans photos (bulles sur photos). L'interactivité se veut présente avec un "Message Board",  ("Here's your chance to tell the stars and producers what you really think!"), une double page de "tweets" ("StarTweets"), un sondage auprès des lecteurs ("Readers' Poll"), des conseils beauté des stars, un "All-Star Scrapbook"...

Peu de publicité, quand il y en a, elle est significative d'un ciblage "sénior"(est-ce pertinent ?) : pantoufles, alliances pour anniersaires de noces (une réplique de celle d'Elvis Presley), un magazine people ("inTouch"), éléments de déco, médicament pour le sommeil, etc.

Ce qui manque ?
Ces guides n'indiquent pas les diffusions des soap operas en ligne. Pourtant, parmi les meilleurs scores en ligne du network ABC, en juin 2010, "General Hospital" réunissait une audience supérieure à celle de "Lost" et "All my Children" devançait "Grey's Anatomy". De même, pour CBS, "The Young and the Restless" réunissait la meilleure audience en ligne de la chaîne, devant "NCIS", "How I met your mother", etc. (Source : comScore, June 2010).  Ce sont sans doute les applis ou des sites en ligne qui guideront les téléspectateurs en ligne (Internet fixe ou mobile) : clicker, tunerfish (partage des émissions : "let your friends know what you're watching"), TV Forecast, etc.
Le soap opera, l'un des plus vieux formats télévisuels du monde (il existait déjà en radio), suit les Amércain(e)s dans toutes les étapes de leur vie ; ils vieillissent avec leurs actrices et acteurs. Ce format n'est pas incompatible avec la fréquentation de la télévision en ligne, au contraire : il y réinstalle sa quotidienneté, sa régularité, sa proximité (portable), son folklore (il est de bon ton, sur les campus universitaires américains, de prétendre regarder les soaps au second degré)...
La démonstration effectuée par Richard Hoggart à propos des médias des classes populaires anglaises ("attention oblique") s'applique aux soaps.

mardi 24 août 2010

La FM et le portable

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Un débat prend de l'ampleur aux Etats-Unis, celui de la radio dans le téléphone portable. Certes quelques constructeurs (Sony Ericsson, HTC, Nokia, etc.) intègrent déjà un tuner FM dans certains de leurs modèles (de même que certains iPods de Apple, le Zune HD de Microsoft, etc.). Il s'agit de rendre cette présence obligatoire (bien sûr, il est possible d'écouter la radio en direct sur son portable via Internet ou une appli dédiée mais la réception est souvent hachée voire inexistante, faute de bande passante).

L'initiative provient des stations de radio (National Association of Broadcasters, NAB) soutenues par l'industrie phonographique RIAA (Recording Industry Association of America). Ces deux lobbys se font les défenseurs d'un principe qui s'applique ailleurs : l'obligation de transport (must carry) des chaînes terrestres reçues localement pour les opérateurs du câble, par exemple, ou encore l'obligation faite aux constructeurs de téléviseurs d'inclure un décodeur TNT.  De plus, en cas d'urgence, de panne généralisée, la radio resterait le moyen le plus fiable d'avertir et informer la population (générateurs de secours). Les arguments en faveur de l'intégration d'un tuner FM dans les portables sont puissants : service public, intérêt général, défense du consommateur à qui l'on donne davantage de choix musical, d'information, défense des artistes. Et pourquoi pas une réception HD ?
Les fabricants (Consumer Electronics Association) considèrent que ce recours à l'action législative témoigne de l'incapacité de la radio à s'adapter à la modernisation du marché.

Le débat prend place dans le cadre d'une négociation difficile qui oppose radios et industrie musicale sur les droits d'auteur. Comme l'industrie musicale leur réclame de payer les artistes et les labels musicaux pour des diffusions, ce qu'elles ne font pas (à la différence des télévisions), les radios demandent, en contre partie, qu'obligation soit faite aux constructeurs de téléphone de rendre la FM accessible sur les termianux mobiles. Cette solution technique aurait l'avantage politique de réunir les deux parties dans l'intérêt des artistes : la NAB et musicFIRST Coalition qui défend les intérêts de l'industrie musicale.
On peut voir, dans ce débat, des intérêts strictements économiques s'habiller d'arguments, parfois fallacieux, de service public, de liberté d'entreprendre, de défense des arts et de l'innovation. Ce qui ramène le discours sur les médias à l'un de ses rôles, idéo-logique : euphémiser les intérêts économiques, les rendre acceptables.

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La Chine au Sénégal : SinAfrique numérique ?

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Une société chinoise, StarTimes, assurera le passage de la radio-télévision sénégalaise (RTS) au numérique (pour 2015). StarTimes, déjà présente en Afrique, fournit des décodeurs numériques au Nigeria, des émetteurs au Rwanda ; des projets sont annoncés en Guinée, en Tanzanie, etc. SinAfrique numérique ?
Où sont les entreprises françaises ? Et la francophonie ?
La puissance internationale média de la Chine est en marche. Softpower ?


Références

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vendredi 20 août 2010

Sportifs pratiquants : le sport hyper-local est un média national

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Gannett, le groupe de presse régionale américain (qui publie également le quotidien national USA Today) réalise un network d'une centaine de sites de sport scolaire (high school) local. L'objectif publicitaire est de permettre aux annonceurs de s'adresser aux sportifs pratiquants et à leurs proches tant au plan hyper-local qu'au plan national. Coeur de cible visé : les 12-17 ans et leurs familles).
L'ensemble, selon Gannett, devrait toucher près de 10 millions de visiteurs uniques par mois.
Les sites proviendront de Highschoolports.net et couvriront dès septembre 38 marchés (DMA) et collaboreront avec les stations de télévision (locales) du groupe (10 DMA). Le développement de micro-sites est confié à DataSphere Technologies.
  • Le local est de plus en plus local : quartier, voisinage (neighborhood) ; les médias ne peuvent couvrir cette dimension hyper-locale, complètement désertée par les grands médias, sous-investie par les annonceurs qu'en combinant les contributions éditoriales de journalistes, de localiers et d'utilisateurs (user generated contents).
  • L'extension marketing des sites inclut le couponnage et les annuaires (business directory) et des boutiques (équipement personnalisé des clubs). Ces sites s'inscrivent à la fois dans le réseau sportif national et dans la collectivité économique locale.
  • LocalNet (Datasphere Technologies) fournit également une solution de ciblage publicitaire.
  • Les sportifs pratiquants constituent un marché publicitaire différent du marché du sport spectacle. Véritablement impliqués dans leur sport et son animation, influenceurs, prescripteurs d'opinion et d'achat, ils sont plus intéressants pour les annonceurs, tant captifs (équipements) que non captifs (téléphonie, restauration, cinéma, loisirs numériques, etc.) que les simples spectateurs de sports professionnels. Cette initiative de Gannett évoque ce que mettent en place Footeo et Spacefoot Média en France.
  • Cette réflexion pourrait être étendue à d'autres pratiques culturelles que le sport : la musique, le théâtre, la danse, la photographie, le cinéma, etc. Internet est le média des amateurs.

mercredi 18 août 2010

Qu'est ce qu'un média local (1) ? The Day (Etats-Unis)

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Boîte pour déposer le journal  (portage)
placée devant l'habitation  des abonnés.
Effet d'image dans les zones comptant
beaucoup d'abonnés. Photo CmM.
Prenons l'exemple d'un journal américain local et quotidien : The Day avec son sous-titre latin, "Mare Liberum, Vox Libera" qui dit la vocation maritime, commerciale et militaire, de la région. The Day a été créé en 1881 ; sa zone de diffusion se situe entre Boston et New York, au Sud-Est du Connecticut ; elle couvre une trentaine de "comtés" ("20 towns") autour de la petite ville de New London. Le lectorat déclaré pour le papier est de 100 000 personnes ; le site génère 7 millions de pages vues en ligne, par mois (déclaration du titre). Le titre appartient à une fondation (public trust), ce qui lui laisse plus d'indépendance de gestion qu'un actionnariat privé (les bénéfices sont redistribués à des associations, non-profit organizations) locales (primary circulation area).

Quotidien papier
  • 7 jours sur sept. 75 cents pour l'édition papier en semaine. 
  • Abonnement annuel : 247 $, portage inclus.
Quotidien numérique
    Explorons les contenus de l'édition papier du journal du samedi 14 août, section après section (N.B. aux Etats-Unis, le 15 août est un jour comme les autres).
    • Section A, 8 pages. La première page est consacrée à des questions locales. La dernière donne les horaires du rammassage scolaire local. Les 6 autres pages sont nationales et internationales. 
    • Section B, 6 pages. Toute entière consacrée à la région.
    • Section C, 8 pages. Sport national en majorité. 1,5 page de sport local. 1,5 page de Petites Annonces locales. 0,5 page de jeux. 1 page de météo nationale.
    • Section D, 6 pages. 0,5 page locale (Business+ programmes des salles de cinéma)
    • Sections E et F, 12 p. Toutes deux consacréees à l'automobile, "Wheels". En fait, il s'agit d'un cahier publicitaire.
    En comptant largement en faveur du local, sur 40 pages, seules 10,5 pages sont d'intérêt local. Près des trois quarts de la surface rédactionnelle et publicitaire vient d'ailleurs : syndication nationale, agence de presse (AP), etc. Un comptage homologue pour le numéro du lundi 16 août donne une proportion de "local" de moins d'un tiers (7 pages sur 24).

    Observations
    • Pour un lecteur équipé pour la consultation quotidienne d'Internet : l'offre en ligne est plus riche (archives), plus commode, plus ergonomique que l'offre papier. Elle est ausi gratuite lorsqu'il s'agit du site ; elle est deux fois et demi moins chère en reproduction numérique avec viewer.
    • Pour un annonceur : l'édition en ligne présente les mêmes atouts publicitaires, auxquels s'ajoutent une connaissance plus certaine et plus détaillée des pages vues (lesquelles, combien de fois) et une maîtrise de la fréquence (capping). Toutefois, l'édition papier reste manifestement plus puissante* (cf. infra). Des possibilités sont offertes par la collaboration avec Yahoo! (plateforme APT) pour la vente de certains espaces publicitaires dans un cadre national. L'insertion de ces supports numériques locaux dans des réseaux publicitaires (ad networks), leur collaboration avec des outils modernes de vente seront cruciaux dans un proche avenir.
    • Cette presse dite locale n'est pas si locale qu'elle le prétend. Le contenu non local n'est pas exclusif, il s'en faut de beaucoup ; on peut même dire de ce contenu non local qu'il est disponible partout ailleurs : radio, TV, Internet. En fait, la conception éditoriale de ce journal est restée celle du temps où la presse était un média unique et total pour ses lecteurs. 
    • Le site comme le journal sont "remplis" de contributions de l'agence Associated Press (AP StateAP NationAP World, AP Video), de Bloomberg News, de contenus syndiqués, de publi-rédactionnels (ARAlifestyle), etc. Est-ce raisonnable ? Ne vaut-il pas mieux investir dans le journalisme local, exclusif, que payer un abonement pour des informations omni-présentes et passe-partout (cf. la stratégie de CNN) ?
    • Comme il est peu local, le titre est doublement vulnérable à la concurrence
      •  Pour les aspects régionaux, nationaux et internationaux, à celle des deux quotidiens régionaux des très grandes villes voisines, le New York Times et surtout le Boston Globe (qui appartiennent au même groupe). D'aileurs, le Boston Globe mène en ce moment sur la zone de recrutement de Today une importante campagne de recrutement téléphonique. 
      • Pour les aspects locaux, à la concurence des médias exclusivement locaux, souvent gratuits (cf. infra, le cas d'un concurrent gratuit hebdomadaire) 
      • Vending machines en milieu rural (Photo CmM).
        Boîte de droite, un concurrent gratuit, hebdomadaire
        (groupe Sun), publié le jeudi (10 000 ex). Contenu 100%
        local avec inserts et beaucoup de Petites Annonces.
    Le salut de cette presse locale se trouve sans doute dans les contenus strictement locaux, voire hyper-locaux et dans le recrutement d'abonnés et lecteurs des éditions numériques. Cela passe par un nouveau journalisme, le recours maîtrisé au crowd sourcing, la réinvention des localiers (cf. les "town bloggers"). Tout ce travail de reconfiguration du travail d'information locale est à l'oeuvre avec la diversification : un site communautaire, Zip 06, des hebdomadaires, des guides thématiques, etc.
    Le prochain défit pour ces éditeurs est celui de la publicité locale mobile et du géomarketing.


    * Mon estimation des pages vues papier ("educated guess" !) par mois : 
    = lectorat (100 000) / taux de circulation (4) x reprises en main par page (2,5) x nombre de page (40) x 30 jours 
    = 75 millions de pages vues / mois ; une même estimation avec l'édition du lundi donne 45 millions de pages vues papier / mois. Sans doute, en moyenne, avec le dimanche, 8 à 10 fois plus, pour l'édition papier que pour l'édition numérique (comment l'édition Epaper est-elle comptabilisée, avec l'édition papier ou l'édition numérique ?).
    Cette estimation est évidemment approximative mais les écarts repérés restent indiscutablement en faveur de l'édition papier. Bien sûr, on ne sait guère ce qu'est la duplication entre les lectures sur Internet et celles du papier. Mais s'agit-il des mêmes médias ?
    N.B. Pourquoi le médiaplanning pour l'édition papier ne prend-il jamais en compte le nombre de pages vues ?

    dimanche 15 août 2010

    On- and off-line: one or two media?

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    Off-line, on the TV set, TV channel Fox News has the audience. Far ahead of CNN.
    On-line, it is another story: the website CNN.com leads and FoxNews.com is left very far behind.
    12 million unique users a month for FoxNews.com, two to three times less than CNN.com, according to Nielsen. According to comScore, the gap is even wider: 43.4 million for CNN.com, 11.4 for FoxNews.com.

    Conclusions:
    1. The differences in measurements by online panels are difficults to swallow... We already commented on that!
    2. The hierarchy of brands online does not reflect the off-line hierarchy. In any case, if the rankings were the same on and off line, it wouldn't prove that the measurement was correct.
    3. Why is there such a difference in "people's choice" between on- and off-line news? We obviously don't know how people "elect" their news media - moreover, we don't know how to go about finding this out. But we can suggest a modest explanation: the two different media attract different people with different news cultures. Someone might prefer CNN.com on the computer and Fox News on the TV set. There is no contradiction. Why should there be? This could be extended to all media brands and all their vehicles. The consquences are many when it comes to mediaplanning (cross media) and editorial content as well. Not only do we need more research, we need different research.
    4. What about audiences on the smartphones or tablets? Are they of another kind: neither traditional media nor Internet?

      jeudi 12 août 2010

      Opérateurs cabsat américains : les données d'abord

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      Le Media Rating Council américain (MRC) modifie son métier. Au lieu d'auditer après coup, et après coût, des mesures d'audiences nouvelles, l'équivalent américain du CESP forme une coalition d'intérêts et d'entreprises pour définir les "guidelines" des mesures possibles.
      Dans cette coalition, la NCC Media dont Comcast, Time-Warner Cable et Cox Media sont actionnaires ("owners") et à laquelle sont affiliés de nombreux câblo-opérateurs ("affiliates"), mais aussi DirecTV (satellite) et Verizon FIOS (télécoms). Mais pas Dish Network (satellite), pas Cablevision (câblo-opérateur), pas AT and T Uverse (télécoms). La NCC est connue pour sa régie publicitaire de réseaux câblés locaux (interconnectsspot cable) qui depuis longtemps travaille à la réalisation d'outils informatiques de commercialisation de l'espace publicitaire (EDI). Toutes ces entreprises sont caractérisées comme "Multi-Channel Video Programming Distributors" (MVPD). L'objectif est la collecte de données (data) et leur mise en cohérence. Il s'agit pour les MVPD de s'accorder : sur des méthodologies de collecte ("definitions and calculations for accumulating digital viewership data"), sur des méthodologies de traitement de ces données, leur édition, leur diffusion et sur des règles de protection de la vie privée.
      Le MRC a pour mission d'étendre ces recommandations (guidelines) aux fournisseurs de contenus pour la mise en place des instruments de mesure fiables, indispensables aux métiers de la publicité.

      En clair, de mon point de vue :
      • Les opérateurs traditionnels de télévision, qui sont aussi d'importants FAI, prennent la mesure de la valeur et de l'importance stratégique des données transitant par leurs set-top boxes qui distribuent la télévision, téléphonie et Internet. Notons qu'ils sont présents dans 90% des foyers américains (mais presque absents des lieux de travail, hors des foyers). 
      • Ces opérateurs veulent prendre en main leurs propres données alors que diverses entreprises (Nielsen, Kantar, etc.) prétendent effectuer, à leur propre profit, le travail de collecte et de traitement de ces données. A terme, ces données occuperont une place décisive dans le modèle économique des opérateurs (aux Etats-Unis, les opérateurs cabsat ont leurs propres régies publicitaires, locales et nationales).
      • Ces opérateurs mettent en place une stratégie analogue à celle qu'Internet développe de manière non coordonnée au travers de quelques centaines d'opérateurs de transactions publicitaires en ligne (les organes interprofessionnels étant limités, au mieux, à des rôles de caisses d'enregistrement). Devant le dynamisme ébouriffant d'Internet, laissé aux initiatives disparates du marché, ils mettent en oeuvre, de manière défensive, une économie dirigée des données. 
      • Les opérateurs cabsat se préparent à la prochaine grande bataille des médias, celle des "données" (de consommation, de navigation, etc.).
      • Dans cette perspective, les aspects socio-démographiques perdent de leur intérêt pour faire place à des profils et à des sommes et suites de comportements observés, de comportements prédictibles (probabilités). Ainsi se règle, sans problème, de manière mathématique, la question du respect de la vie privée et de la sûreté des personnes : les données personnelles s'avèrent pauvres et inutiles. En matière de marketing aussi, la vertu vient de la nécessité.