jeudi 16 juillet 2020

Des clés carto pour notre monde


"Les clés carto pour comprendre le monde", hors-série, l'éléphant. la revue de culture générale, 152 p. , ScriNeo, 16 €

Le titre dit tout : le magazine explique le monde à l'aide de la cartographie et ce principalement grâce à la collaboration de l'IGN (Institut national de l'information géographique). C'est donc globalement de géographie dont il est question. Cela commence par une excellente BD consacrée à Erathostène, qui dirigea la bibliothèque d'Alexandrie et entreprit de mesurer la circonférence de la Terre, avec succès (en 230 avant notre ère). Ensuite, Jacques Lévy, normalien et Professeur,  explique la notion de "capital spacial", notion qui renvoie à celle, voisine, de "capital culturel" (Pierre Bourdieu), et joue comme variable essentielle dans l'explication du vote (André Siegfried toujours !). Et l'auteur, interviewé, de conclure du rôle de l'école : "l'intérêt de la société tout autant que de ses membres est d'avoir des individus créatifs et agiles". Est-ce le cas en France aujourd'hui ? 

Remarquable article de Jean-Luc Arnaud (CNRS) sur le Service géographique de l'armée qui montre le retard pris par l'analyse géographique du territoire national, retard militaire : "De l'Ancien Régime à la IIIe République. Histoire d'un art au service du pouvoir". L'Institut national de l'information géographique et forestière, créé en 1940, est désormais devenu un outil indispensable à l'aménagement des territoires, à la surveillance des eaux, des sols, des forêts. Les dessinatrices gravent les cartes (ce sont des femmes, uniquement, jusqu'en 1970). La photographie aérienne quant à elle, doit beaucoup aux B-17, bombardiers de l'armée américaine, désarmés et recyclés pour la paisible cartographie ; ils sont remplacés aujourd'hui par des Mystères 20.
On apprend beaucoup de choses en lisant ce magazine : par exemple, qu'il n'y a pas d'accord franco-italien pour la carte définitive du mont Blanc, ou encore l'histoire de la sauvegarde difficile des temples d'Dabou Simbel en Egypte, la mesure de l'élévation du niveau des mers (3 mm par an en Méditerranée). Un article met aussi en relation le service commercial Google Maps et le Géoportail de l'IGN, service public qui crée la donnée, que Google se contente d'agréger.

L'article sur les forêts de France (un tiers de la surface du territoire national) part d'un constat : la forêt française est privée pour les trois quarts, situation qui freine la réalisation d'un inventaire. Qui donc possède les forêts français : dommage, on ne nous le dit pas ! La forêt française reste une richesse importante qui compte douze espèces d'arbres dominants (sans compter ceux de la forêt de Guyane) quand la Finlande n'en compte que deux.
Enfin, Marseille, avec son marégraphe, donne le niveau zéro de l'altitude et permet de dire que, depuis 1885, la mer a monté de 16 centimètres : réchauffement climatique !

Et puis, le magazine donne de nombreux autres éclairages liés à la cartographie : les zones à risques pour les prochaines épidémies, l'état de la concurrence russo-américaine, l'histoire de la guerre européenne en 1939-45, la "ruée vers l'Ouest" français, l'industrie minière en Australie, le méridien de Greenwich et les albatros qui, armés d'une balise, peuvent repérer les navires de braconniers... Et le magazine, dont je suis loin d'avoir tout dit, se termine par un article sur Julien Gracq, normalien et géographe, marcheur impénitent, surtout : "La description, c'est le monde qui ouvre ses chemins, qui devient chemin, où déjà quelqu'un marche ou va marcher". Très bel article de Sophie Doudet, qui nous prend pour ce que nous sommes : des humains qui parcourent un petit bout de notre monde, avant de le quitter. Signalons encore, en fin de magazine, une bibliographie, bien faite, "pour aller plus loin", pour les lecteurs curieux (enseignants, étudiants, parents ... vous, lectrice et lecteur).

Voici un magazine qui donne une idée de ce que peut apporter une presse bien conduite : une introduction aux savoirs qui joue avec tous les éléments du style journalistique, y compris des éléments de jeux ("jouer pour retenir"), des photos, des histoires, des cartes, des quiz, des articles de longueurs différentes, des dessins, des images de satellites artificiels. Cette revue de culture générale met donc tout en oeuvre pour le plaisir et le savoir de ses lecteurs. Sans publicité, elle-mérite d'être gardée, parcourue à nouveau, et encore. C'est une belle réussite de presse et d'édition et qui commence par une formidable question de sa direction: " Combien de données faudra-t-il encore produire avant que les hommes ne se décident à réagir collectivement face à l'urgence écologique ?"

4 de couv du magazine


mardi 14 juillet 2020

WPXI-TV (New-York) et Stitcher vendus par E.W. Scripps


Mission Broadcasting achète WPXI-TV, la station indépendante de New-York, au groupe E.W. Scripps qui l'avait rachetée en 2019 au groupe Tribune Broadcasting. Après cette vente (pour 75 millions de dollars), E.W. Scripps reste un important groupe de stations de télévision : 59 stations, réparties dans 41 marchés (DMA), dont la majorité est affiliée au network ABC (qui appartient au groupe Walt Disney). Cette vente a lieu dans le cadre de l'opération du rachat de Tribune Media par Nexstar.

E.W. Scripps a également vendu son activité de podcast, Stitcher, à SiriusXM, le groupe de radio par satellites, pour 325 millions de dollars, incluant Midroll, la régie publicitaire de Stitcher. 

L'ensemble des opérations vise à réduire l'endettement de Scripps.



samedi 11 juillet 2020

Beau, bon et utile pour cuisiner l'été



Saveurs Green. Le magazine naturellement responsable, bimestriel, juillet-août 2020, 124 p.

Voici nouveau un magazine qui tient ses promesses : il est bourré de recettes "végétariennes et équilibrées", accompagnées de conseils (l'"avis de la nutritionniste"). Il y en a pour tous les goûts, pour les grands et pour les enfants, pour ceux qui veulent "se dépolluer" (les "assiettes détox"), pour les sportives, et de nombreux plats plus sérieux aussi... et enfin des desserts glaces et des sorbets.
Dos carré, excellentes photos, le magazine est beau et facile à feuilleter. Et il y a des menus rapides - "à table dans 20 minutes"- et des plats plus lents qui demandent une préparation plus sophistiquée. Mais pourtant tout à l'air facile, à portée de la main !
Enfin le magazine donne envie de partir, mais pas nécessairement loin, à Troyes "en Champagne", par exemple. Carnet d'adresses en fin de magazine, sommaire des recettes. Et il y a des trucs pour nettoyer sa cuisine, un régime pour démarrer des moments de running, des idées sur le sucre, pour y démêler le vrai du faux. Bien sûr, il y a de la publicité, mais si bien placée qu'elle passe presque inaperçue d'autant qu'elle retient l'attention des lecteurs et lectrices (beau contrat de lecture). En début de magazine, il y a des "actus green", des idées pour l'apéro... Bon, vous avez compris, il y a tout ce dont on peut rêver pour cuisiner l'été. Et le magazine est fait pour être lu et gardé, collectionné même.

Excellent magazine. Bien équilibré, bien conduit. Du travail de professionnel-le-s. On a tellement envie de goûter tant de plats, que l'on va finir par s'abonner.

mercredi 8 juillet 2020

IREP. Le marché publicitaire français 2019 : Internet 36%, télévision 22,6%


Le marché publicitaire français 2019, mai 2020, 104 p.

Les résultats annuels sont positifs pour l'ensemble : +2,8%. Tout va bien donc !
Mais à lire le tableau synthétique qui détaille les performances de chaque média, il semble que pour chacun d'eux, le bilan annuel est négatif sauf pour la radio (+ 1,7%), la publicité extérieure (+3,6%) et le minuscule cinéma (+ 8,3%). 

Seuls les revenus numériques sont nettement positifs : 
+   8,9% pour le search
+ 20,9% pour le social 
+ 12,7% pour le display
Tout d'abord, la télévision ne représente plus que 22,6% du marché publicitaire total (à quoi sert de donner la part de la télévision parmi les médias dits historiques ?). Elle est désormais devenue un support publicitaire minoritaire, bien loin d'Internet qui dépasse 36% (cf. tableau ci-dessous).
Quant à la presse quotidienne nationale, elle atteint 1,2% du marché : si elle disparaît, qui s'en rendra compte ?

La comparaison internationale confirme ce point de vue : en Amérique du Nord, Internet dépasse 56% quand la presse atteint 6% et la télévision 27%.

Très beau travail de l'IREP qui réussit à donner à chaque média sa place, son importance dans  l'évolution globale du marché publicitaire français. Outil de référence, indispensable. Bien sûr, il faudra maintenant attendre les résultats du marché pour 2020 et mesurer l'effet de la crise sanitaire. Quels changements provoquera cette crise sur les médias, changements définitifs et changements conjoncturels des investissements ?

Source : IREP, Le marché publicitaire français en 2019


dimanche 5 juillet 2020

Le déconfinement de la presse française : premier bilan


La presse française repart
Après le confinement, les marchands de journaux mettent les unes en avant pour de nouveaux titres, principalement des hors-séries (nous n'avons compté que 9 nouveaux titres pour 308 titres hors-série). Sur neuf semaines, c'est une très bonne moyenne, surtout pour le début du mois de juillet ; on compte donc plus de 30 nouveaux titres par semaines.

Ce sont les titres touchant à l'histoire, au sens large, histoire contemporaine ou plus ancienne, qui dominent l'innovation : "50 ans d'amour à l'anglaise" (sur l'automobile), "Vauban", les "Vikings : de la Scandinavie à la Normandie", Emile Zola, "30 femmes d'exception", "1870 : la disparition d'un monde", le tracteur Renault, "L'Egypte antique", "Les Trente Glorieuses" par Spirou (!), "le Mirage 3", "Gainsbourg" et les femmes de sa vie, "Pompéi, etc. L'histoire est très diversifiée.

La presse pour enfants suit, puis viennent la santé et la vulgarisation scientifique. Que dira le mois de juillet, à peine commencé ? Nous verrons... en mettant cette statistique à jour régulièrement. Toutefois, il ne s'agit que de l'offre : comment ira la demande ?



jeudi 2 juillet 2020

On est bien à la campagne en été



Bien à la campagne. Jardin, cuisine, maison... inspirations pour une nouvelle vie, trimestriel, Reworld Media, 4,95 €, 116 p.

Comment mieux profiter de la vie à la campagne cet été : tel est le programme de ce trimestriel. Le magazine prétend donner des "inspirations pour une nouvelle vie" : après cette période de confinement, il fallait nous redonner le moral, nous redonner des envies, de la joie de vivre.
Des envies de cuisiner des confitures maison (cerises, de rhubarbe avec gingembre, de figues avec citron et pignons), des envies aussi de melon cuits par le soleil (c'est l'étymologie : μήλων + π ε ́ π ω ν !) et de figues (le magazine en signale huit variétés !), des envies de fleurs, de cuisine au barbecue, et de Bourgogne blanc pour l'accompagner (Saint-Véran, Rully, etc.).

Et puis, il y a l'agenda de l'été : quand semer, arroser, récolter, désherber, tailler ... Quelles plantes supportent la sécheresse ? Quels conseils donnent les expert(e)s pour que le jardin n'ait pas soif ? Brumiser de l'eau sur les plantes, biner le sol s'il n'est pas paillé, conserver les boutures de vacances... Un article est consacré aux ruches, un autre aux hortensias japonais, un autre aux animaux du jardin ("accueillir une chouette dans son jardin", ou bien un hérisson). Et puis, il y a l'herbe à Robert, ce géranium sauvage qui, entre autres, dissuade les moustiques mais dont la tisane est bienfaisante. Les tomates ? Comment et quand les planter, puis les cueillir ?
La Provence au pays des ocres invite à voir le Luberon à vélo. Enfin, peut-on encore : vivre à la campagne, randonner dans le Jura, visiter le Gévaudan (pour saluer les loups) ou Granville en Normandie. Et le magazine se termine par deux pages d'invitations à la lecture.
Beau magazine qui offre de la lecture utile, des idées. La publicité ? Il y en a peu et celle pour le train suffit à convaincre de partir. Le magazine tient la promesse de son titre : on doit être bien à la campagne, en été. Et il nous convainc d'en tirer tout le profit possible.

samedi 27 juin 2020

Toute la nouvelle Aquitaine en revue



Le festin. Toute la nouvelle Aquitaine en revue, 15 €, dos carré, 130 p.

C'est un beau magazine, bien fait, bien conduit. Un régional aussi qui couvre le Sud-Ouest de la France, largement, allant des Pyrénées jusques à Poitiers.
Parcourons le numéro récent (juin 2020), trouvé gare Montparnasse à Paris. A la une, au choix (selon la région de vente, je suppose) : "Bordeaux, les bassins en lumière", mais aussi "Gaston Fébus en Béarn, avec le château de Pau" (pour le Sud), mais encore "L'hôtel de ville de La Rochelle" (pour le Nord). Trois couvertures donc pour trois régions du Sud-Ouest. Le magazine couvre systématiquement chacune des composantes de cette vaste région.

Mais d'abord, l'édito de Xavier Rosan qui plaide pour l'association du patrimoine et du matrimoine (Mére nature !), les deux, le vert et la pierre constituant selon lui un ensemble indissociable. Indiscutable aussi.
Le magazine tient-il cette promesse difficile ?  Il s'y efforce même si la pierre l'emporte sur le vert. Tout d'abord un article sur la base sous-marine (Kriegsmarinearsenal) construite par les Allemands aidés par les collaborateurs français au début de la guerre. Cet ensemble de U-Boot-Bunker, vestige impressionnant du conflit mondial, fut inauguré en mai 1943 ;  repris progressivement depuis la fin de la guerre, il est devenu un lieu d'exposition et est reconnu comme "architecture contemporaine remarquable", en 2016, par le Ministère français de la culture.

Suit un article sur le Centre international d'art et du paysage de Vassivière, et un article sur les jardins de Cognac dont un sur le parc François 1er qui fut détruit par un ouragan en 1999 mais qui est régénéré depuis. Un article détaillé sur la restauration de l'hôtel de ville de La Rochelle. Un long article sur Périgueux. Signalons encore un article sur Fébus (Gaston III de Foix-Béarn), par François Galès, qui détaille les constructions diverses et nombreuses de Fébus, prince des Pyrénées, entre Orthez et Pau.
Un excellent article sur l'oeuvre de Camille Claudel au musée Sainte Croix de Poitiers. La sculptrice y figure au travers de nombreuses oeuvres que Sophie Bozier sait présenter avec talent. "La valse" (1905) et "La Niobide blessée", entre autres, illustrent cet article. Le musée Sainte Croix, qui est présenté ensuite, illustre la tendance "brut de décoffrage" (années 1970) qui fait son succès.

Tout le magazine - et je n'en ai donné ici qu'un rapide résumé - est une invitation au voyage, au tourisme et au bon temps, tranquille, à passer dans les diverses régions évoquées (car lectrices et lecteurs peuvent oublier le bruit et les embouteillages des lieux). Un festin ! Le magazine peut être longuement conservé pour préparer un voyage ou en retrouver des éléments. Les quelques pages de publicité (des vins de Bordeaux, un hôtel Radisson) ne peuvent qu'y contribuer.

mercredi 10 juin 2020

Un philosophe Résistant



Gabrielles Ferrières, Jean Cavaillès. Un philosophe dans la guerre (1903-1944), Préface de Jacques Bouveresse, Postface de Gaston Bachelard, Paris, 2010, Editions du Félin, Résistance Poche, 291 p.

"Si on ne parle pas de lui, qui saura faire la différence entre cet engagement sans retenue, entre cette action sans ménagements d'arrières, et la Résistance de ces intellectuels résistants qui ne parlent tant d'eux-mêmes que parce qu'eux seuls peuvent parler de leur Résistance, tellement elle fut discrète". Cette phrase est de Georges Canguilhem qui fut, lui aussi, normalien, philosophe, et résistant.
Jean Cavaillès fit sa thèse sur l'histoire des mathématiques ; sa thèse, dira Gaston  Bachelard, est "au point de départ d'une culture de philosophie mathématique". Jean Cavaillès est  donc "ensembliste"; en février 1937, il dépose sa thèse principale intitulée Méthode axiomatique et formalisme (Essai sur le problème du fondement des mathématiques), et, en juillet 1937, sa thèse complémentaire, Remarque sur la  formation de la théorie abstraite des ensembles. Etude historique et critique. Son directeur de thèse est Etienne Brunschvicg. Ces thèses ont vieilli, normalement, et ce n'est pas de toute façon l'objet de ce livre qui traite d'une vie militante autant que d'une vie de chercheur (pour ceux que les écrits mathématiques de Jean Cavaillès intéressent, qu'ils se reportent à ses "Oeuvres complètes de philosophie des sciences", publiées aux Editions Hermann en 1994, 686 p.).
Sa soeur raconte la vie de son frère qu'elle admire. Elle sera arrêtée par les nazis en même temps que lui (août 1943) mais sera relâchée. Le livre est une biographie : fils d'un militaire, on en suit les étapes, de la classe préparatoire au bal de l'Ecole Normale (mais Jean Cavaillès ne danse pas !) puis c'est la thèse, la Résistance et sa condamnation à mort par le tribunal d'Arras. Avant et pour sa thèse, Jean effectue des séjours en Allemagne, il évoque Hitler ("la feuille de Hitler est rédigée d'une façon tellement pauvre que je me demande comment elle peut avoir une action", p. 106). Il fait la connaissance d'Emily Noether, fameuse mathématicienne, avec qui il publiera la correspondance Cantor - Dedekind. A Munich, en hiver 1931, il assiste à un discours de Hitler dans une brasserie ("tête de professeur de gymnastique, mâchoires et pas de regard ; débit assez vigoureux, un certain talent de mime..." (p. 115). Catholique plutôt fervent, Cavaillès participe à des cérémonies religieuses. Il rend visite à Edmund Husserl, qui ne l'impressionne guère. Sa thèse terminée, il enseigne la philosophie au lycée d'Amiens. Ensuite, c'est la défaite, et, pour lui, la Résistance. Il ira à Londres, y rencontrera Raymond Aron et le général De Gaulle...
Voici un livre touchant qui donne à voir un vrai philosophe qui passe vraiment à l'acte.

mardi 9 juin 2020

Will TV Be Going Back to a New Future? Netflix and Amazon lead the pack


What happened exactly with TV during the pandemic, beginning in January 2020?
Four of the five most important SVOD services reached their maximum level of audience during the month of April. According to research company 7Park Data, Netflix remains at the top with 550 minutes in May. Disney+ returns to its February level as does AppleTV. Amazon stays almost at its April level (400 minutes), ahead of Hulu which dips under 300 minutes. Dead to Me was the biggest success of May (it is the second season of the series).
Of course, we need another quarter to see if Netflix keeps its level of audience or if it returns to normal as does its competition. It seems that, already, Broadcast and cable TV are returning to their pre-COVID levels (source: VideoAmp).
According to a study by Kill the Cable Bill, an average Netflix user missed 58 hours of advertising during the quarantine: will the advertisers also snub the commercial networks soon?

 Dead to Me

Les femmes n'existent pas, mais ce sont des hommes qui le disent !


Eliane Viennot, L'âge d'or de l'ordre masculin. La France, les femmes et le pouvoir - 1804-1860, Paris, CNRS Editions, 381 p.,  Bibliogr., Index

Voici un ouvrage agressif. Mais c'est bien la moindre des choses que de dénoncer fermement l'histoire du patriarcat qui a étendu son pouvoir sur l'ensemble social, économique, militaire, religieux français. 
L'auteur (Eliane Viennot, elle, préfère dire "l'autrice") est historienne et spécialiste de l'accès des femmes au pouvoir. Son ouvrage se lit aisément, avec plaisir même, bien que l'accumulation des faits - qui lui donne raison - finisse par ennuyer un peu. La période qui va d'un empire à l'autre, d'un Napoléon à l'autre, n'est pas brillante pour les femmes. Et l'auteur va explorer les lois, les textes, les théories, tous les innombrables discours qui oublient les femmes ou plutôt les ramènent sans cesse au repos du guerrier et à l'entretien des foyers, quand ce n'est pire. La loi salique domine en tout domaine pour exclure les femmes de tous les pouvoirs. Le titre dit "le pouvoir" mais il faut entendre "les pouvoirs" car tout le monde en est : pouvoirs politiques, pouvoirs économiques, pouvoirs intellectuels, pouvoirs religieux. Chacun de ces pouvoirs contribuent à l'exclusion politique et intellectuelle des femmes, chacun à sa manière, et ils convergent chacun avec son discours : ce demi-siècle est décidément terriblement uniforme sur ce plan.
Et la plupart des "grands" hommes de ce demi-siècle de surenchérir : Sainte-Beuve, Gustave Lanson et même Stendhal, Musset, et puis le pseudo-révolutionnaire Proudhon. Et Michelet, et Auguste Comte aussi ... Il faudrait tous les citer mais il y en a trop : même Marx et Engels ne peuvent être épargnés.

Les temps finiront par changer, certes. Mais il reste encore bien des moyens aux hommes de dominer les femmes : moyens sociologiques de la domination scolaire, par exemple, moyens juridiques (cfInégalités ? Les familles responsables, et complices, de reproductions inégalitaires qui durent). Quelques femmes échappent, mal gré tout, à la vindicte : Georges Sand, Madame de Staël par exemple. Et en 1859, une institutrice décroche le baccalauréat. C'est le signe des temps à venir, le début d'un rééquilibrage dans l'acquisition d'un capital culturel légitimé, rééquilibrage qui prendra quand même plus d'un siècle et demi. Mais aujourd'hui, les femmes sont les mieux diplômées.
Enfin, voici un bon livre qui fait le tour de la question et qui devrait permettre de changer le ton et les contenus des manuels d'histoire, dès l'école élémentaire, et d'histoire de la littérature, d'histoire des sciences et de la philosophie pour les années ultérieures.


mardi 19 mai 2020

Sigmund Freud : biographie des débuts, version Netflix


Freud, 8 épisodes (d'environ 55 minutes), série dirigée par Marvin Kren, distribuée par Netflix.

La série est produite par Netflix avec l'Österreichische Rundfunk (ORF), le secteur public de la télévision autrichienne, Bavaria Fiction et Satel Film. Tout d'abord, la série qui est censée se dérouler à Vienne est tournée entièrement à Prague. Prague a été moins modernisée que Vienne. Donc Prague et Vienne, "fin de siècle", avec 90 rôles, durant 86 jours de tournage.

Dans cette série, Sigmund Freud traite de l'hypnose et c'est à cette occasion qu'il met en scène le patient couché, et lui qui l'écoute. Freud est présenté comme un médecin ambitieux qui découvre la cocaïne et y fait appel pour lutter contre la fatigue et la dépression. Nous sommes en 1884. Freud appartient au milieu juif modeste dans un monde drogué à l'antisémitisme. La série est tournée par un metteur en scène viennois, spécialiste des films d'horreur, aussi a-t-on pu y trouver davantage d'allusions à Sherlock Holmes qu'à Sigmund Freud, mais c'est peut-être mal comprendre la série : chacun des épisodes de la série porte un titre qui renvoie, plus ou moins, à Freud, à ses oeuvres et à ses notions ultérieures : "Hysteria", "Trauma", "Somnambulant", "Totem and Taboo", "Desire", "Regression", "Catharsis" et "Suppression".

 


C'est le début de la psychanalyse et Freud s'essaie à la mise en chantier du subconscient, et de l'inconscient. Sa situation matérielle est particulièrement difficile et il est d'ailleurs en retard pour le paiement de son loyer.

An Anatomy of Addiction:
Sigmund Freud, William Halsted,
and the Miracle Drug, Cocaine,
Vintage, 2012, 336 p. Index.
Mais la série n'est pas une véritable biographie de Freud. Notons toutefois, que, à cette époque, Freud publie deux articles marquants sur l'action de la cocaïne : en 1884, "Über Coca", Zentralblatt für die gesamte Therapie, Bd.5, S. 221-229 ; en 1885, "Beitrag zur Kenntnis der Cocawirkung, Wiener medizinischeWochenschrift, Bd.35, Sp. 129-33. La consommation de cocaïne a d'ailleurs été présente pendant le première période de la vie professionnelle de Sigmund Freud comme le montre Howard Markel dans son ouvrage (An Anatomy of Addiction: Sigmund Freud, William Halsted, and the Miracle Drug, Cocaine, 2012).

Beaucoup des critiques n'ont pas toujours apprécié le style de la série, lui reprochant de mélanger des personnages, des idées. Ignorante confusion ? Peut-être. Freud y est décrit comme un personnage mystérieux pris dans une histoire policière louche tout en étant sans cesse préoccupé par l'invention des concepts propres au développement de la psychanalyse.
Certes, la série mélange les genres sur un fond d'histoire austro-hongroise ; la plupart des héros ont un vice, on y voit malgré tout l'hypnose fonctionner et Freud tenter maladroitement ses premiers pas de psychologue.

Cette série est très controversée car elle mêle différents éléments de l'époque de Freud, dans le désordre d'ailleurs. Elle a pourtant aussi le mérite de montrer ce que pouvait être l'époque des débuts confus de la psychanalyse, l'ambiance sociale, politique et intellectuelle. L'intérêt de la série est de montrer la vie compliquée de Freud qui durant toute cette période est aussi en communication, au moins épistolaire, avec sa fiancée, Martha Bernay.
L'interprétation du rêve ne viendra que plus de dix ans plus tard, fin 1899 (Die Traumdeutung) mais n'aura aucun succès de librairie (quelques centaines d'exemplaires seulement).

Les lecteurs de Freud sauront trouver, dans cette série, des allusions multiples à son oeuvre, à ses problèmes, mais cela n'empêchera pas les non-lecteurs de l'apprécier pleinement, autrement peut-être.

mercredi 13 mai 2020

Hollywood, une mini série qui refait l'histoire


Hollywood, minisérie de Ian Brennan et Ryan Murphy (qui a signé un accord de collaboration avec Netflix pour cinq années). Netflix, 7 épisodes de 45 à 55 mn

Nous sommes à l'époque d'Hollywood triomphant, après la fin de la deuxième guerre mondiale. La série est sortie le 1er mai 2020. Elle suit les aventures de quelques acteurs et actrices débutants prêts à tout pour réussir, mais aussi de réalisateurs et de productrices qui se sont faits un nom dans les années cinquante. Mais la série énonce et dénonce aussi les inégalités qui pour l'essentiel n'ont pas encore changé : inégalités sexuelles et raciales notamment, pour les plus évidentes. Mieux valait être homme et blanc. Homosexuels, non-blancs et femmes de talents, mieux valait se cacher et ne jouer que son rôle attendu.


La série suit donc les aventures, succès et déboires des héros qui vont tous réussir, mieux souvent que les héros qu'ils ou elles sont censés représenter. C'est là que se trouve l'astuce de la série : ce sont des personnages de Hollywood qui sont joués, presque tous dans des positions dominées : sexisme, homophobie et racisme sont les cultures qui dominent alors Hollywood. Les personnages sont des héros plus ou moins vrais de Hollywood, Rock Hudson, Hattie McDaniel, Anna May Wong ou Henry Wilson, le prédateur qui engage des homosexuels contre services et quelques autres. Mais si, dans la série, la plupart des héros finissent par réussir leur carrière cinématographique et amoureuse, dans le Hollywood de la réalité, ce n'était pas toujours le cas et le suicide évité de l'actrice qui veut se jeter du haut de l'enseigne "Hollywood" a en revanche réussi dans la vraie vie.

Une station service de Richfield Oil, sur Hollywood Boulevard, sert de point de ralliement. Des aventures s'y jouent, des rencontres s'y organisent. Cette série est une vision satirique de Hollywood. Beaucoup des problèmes évoqués sont toujours d'actualité. Les rêves n'ont guère changé : le cinéma fait sa télé. Mais le procès récent de Harvey Weinstein peut donner quelque espoir...

mardi 5 mai 2020

Inégalités ? Les familles responsables, et complices, de reproductions inégalitaires qui durent



Céline Bessière, Sibylle Gollac, Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités, Paris, La Découverte, 326 p.

Le monde social est loin d'être parfait et il vaut mieux s'y trouver riche que pauvre, et notamment plutôt homme que femme. Car comment dans les familles s'accumule et se transmet le capital économique ? Comment se reproduit la division de la société en classes par l'appropriation, majoritairement masculine, du capital économique ?
Le livre mêle habilement, pour le plaisir des lecteurs, des faits divers touchant des personnes célèbres (les Bezos de Amazon, l'héritage de Johnny Halliday, etc.) à des événements plus courants concernant le commun des mortels.
Les auteurs conduisent l'ouvrage en associant sans cesse des histoires opposant, dans des divorces difficiles, des femmes à leur mari, qui s'en sort toujours mieux.
L'une, Céline Bessière est Professeur à Dauphine, l'autre, Sibylle Gollac, normalienne, est chargée de cours au CNRS. Elles ont enquêté sur les pratiques de transmission du capital qui aboutissent presque toujours à une dépossession des femmes lorsqu'il y a séparation conjugale et héritages. Le livre exploite un échantillon de dossiers en matière familiales (10% des décisions rendues). Il repose également sur un grand nombre d'entretiens et d'observations  conduites par les auteurs.

Quels sont les facteurs qui interviennent dans la transmission du capital économique, malgré les lois qui organisent a priori l'égalité des hommes et des femmes ? Comment la société de classes se reproduit-elle ? Les "biens structurants" vont plutôt aux héritiers mâles ; c'est là le fait d'une comptabilité sexiste défendue par les avocats et notaires, hommes et femmes qui, eux-mêmes souvent héritiers, défendent les mâles. En cas de divorce, une femme perd 20% de ses revenus, en moyenne. Les auteurs déconstruisent en fait l'unité économique où peut s'observer le mieux l'inégalité économique, le ménage : "qui possède quoi dans le ménage et pourquoi ?" Le ménage est l'unité d'observation économique majeure et il est encore mal traité par les sciences économiques et la gestion. Et c'est dommage.
Comment en sortir ? La rémunération du travail non rémunéré doit être prise en compte : "ce que le travail gratuit des femmes rapporte aux hommes qui ne sacrifient rien de leur carrière professionnelle". Ou ne faut-il pas que ce travail soit mesuré et comptabilisé, et donc payé ? Le travail des femmes est très souvent mal mesuré, mésestimé. Le droit entre hommes et femmes est certes égalitaire, formellement, pour l'essentiel, en France (droit de la famille et droit de la propriété, optimisation fiscale) mais la pratique, notariale notamment, continue de favoriser les hommes. Il y va sans doute aussi du rôle du capital culturel qui s'entremet dans la division du travail. La répartition du capital culturel se fait pourtant de plus en en plus en faveur des femmes, de mieux en mieux dotées mais cela ne suffit pas encore à compenser les avantages informels dont bénéficient les hommes.
La conclusion est nette : "le constat statistique est sans appel : dans le capitalisme contemporain, les inégalités de richesse s'accentuent. Des groupes sociaux s'approprient le capital économique et parviennent à le transmettre à leurs enfants, tandis que d'autres en sont durablement privés".

La nécessité de mieux connaître le fonctionnement réel de ménages est une des clefs du problème : il faut disposer de statistiques moins parcellaires. Ce n'est pas seulement un travail d'économistes mais aussi d'ethnologues auquel se sont livrées les auteurs. Faut-il pour autant réclamer une "sociologie féministe de la famille ?" Une sociologie scientifique n'y pourvoirait-elle pas ? "Scientifique" me paraît constituer une garantie suffisante (mais ma fille aînée en est moins sûre !). Alors, disons, nécessaire, capable d'armer le discours des militant-es. Revendiquer l'association du capital économique et du capital culturel est central dans la conclusion des deux auteurs et cela doit être mieux marqué et peut-être démontré par la suite : il faut poursuivre le travail de Pierre Bourdieu dans ce sens, et revenir à l'économie donc. Les inégalités sont genrées, certes : "les femmes travaillent mais n'accumulent pas". Aussi ce livre se veut-il une contribution à la "littérature, relativement nouvelle en France, sur le genre du droit".

dimanche 12 avril 2020

Série : la libération légitime d'une femme trop peu orthodoxe



Deborah Feldman, Unorthodox: The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots. A Memoir, Simon & Schuster, New-York, 274 p. , 2012,

Unorthodox, série allemande d'Anna Winger et Alexa Karolinski réalisée par Maria Schrader (2020) avec Shira Haas, Amit Rashav… Quatre épisodes de 52 minutes.

La série, produite et diffusée par Netflix, est inspirée du mémoire autobiographique qui raconte la vie de l'héroïne, Etsy (i.e. Deborah Feldman). Sur la couverture du livre, on voit Etsy qui retire et jette sa perruque (sa sheitel). Il s'agit d'une scène-clef de la série, scène qui se déroule au bord d'un célèbre lac à Berlin, der Wahnsee : c'est le geste, symbolique, qui met fin à sa vie de membre de la communauté de Williamsburg (Satmar), près de New York, la "réjection scandaleuse de ses racines hassidiques" (sous-titre du livre), et qui n'indique pas sa rupture avec le judaïsme.

Unorthodox est une belle série télévisuelle qui relève de l'histoire et de la sociologie. Comment une communauté religieuse détruite par les nazis survit à la "solution finale"? Quelles sont ses stratégies de vie à New York ? Et comment en sortir, si l'on veut ?
Etsi (i.e. Deborah Feldman) est membre de la communauté juive de Satmar (du nom d'une ville d'Europe de l'Est), communauté fortement déportée et massacrée par les nazis. La communauté est stricte, très stricte, opposée fermement au sionisme : dans le massacre des Juifs, elle ne voit qu'une punition imposée par la divinité. La communauté est venue de Hongrie après la guerre et s'est installée en grande partie à Brooklyn (New York).

Le livre, c'est la vie de l'héroïne, une femme ; la série en prend d'abord la trame essentielle et l'arrange, sans jamais la défigurer. C'est un difficile pari qu'a tenté et parfaitement réussi Maria Schrader. La série fait alterner des moments de la vie new-yorkaise de Deborah Feldman, fidèlement, tels qu'elle les a rédigés dans son "mémoire", et des moments de sa libération à Berlin, plutôt inventés. La vie new-yorkaise est racontée, la vie berlinoise est imaginée. Or Berlin est la ville du triomphe puis de la défaite des nazis allemands, d'autant que comme le rappelle un jeune allemand, c'est à deux pas de là que s'est tenue la Wahnseekonferenz lors de laquelle les nazis ont décidé, discrètement, "la solution finale", l'extermination des Juifs européens ("die Endlösung"), en janvier 1942.

La vie berlinoise de la nouvelle émigrée est ré-inventée. Une vie explique l'autre. La comparaison est flagrante qui juxtapose une vie de femme coincée dans les racines de la société hassidique, avec sa population extrêmement traditionaliste voire réactionnaire, ancrée dans le passé, et une vie progressivement libérée dans la ville de Berlin, avec ses contemporains, sa génération, libre de tout maintenant. La vie à Berlin est la victoire de Etsy et des siens sur le nazisme ; pour elle, la vie qu'elle a menée à New York n'a désormais plus de justification, de raison d'être. Ce n'était qu'une suite du nazisme. "Orthodox" est un mot trompeur ici : il signifie étymologiquement, en grec, opinion (et non pensée) droite. Or c'est l'héroïne qui est orthodoxe mais "non orthodoxe" pour sa communauté d'origine.


La vie de Etsy / Deborah Feldman est contée avec réalisme : les dialogues à New York sont en yiddish et l'actrice israélienne, Shira Haas, est parfaite, montrant la détermination inflexible de Etsy et aussi son étonnement devant la vie si décontractée des jeunes qu'elle rencontre à Berlin et auxquels elle se lie.
La série donne manifestement à réfléchir ; ses très nombreuses présences sur Internet invitent à comprendre l'évolution de la personnalité intellectuelle de Deborah Feldman. Comment se retrouver alors que l'on a tellement changé de monde, et que ce nouveau monde vous change tellement ? Ses entretiens (cf.infra) donnent à mieux comprendre son évasion. Mais le nazisme n'est pas mort, ni en Allemagne, ni aux Etats-Unis...


Des nombreuses interventions qu'a suscitées Deborah Feldman, nous en avons retenu trois, en plus du documentaire sur la série (cf.supra) :



  • Malina Saval, "‘Unorthodox’ Star Shira Haas Brings Yiddish, Hassidic Judaism and Contemporary German Culture to Netflix", Variety, Mar 26, 2020.

lundi 30 mars 2020

Lavez-vous les mains !


Ainsi dit Sesame Street. Elmo, Rooster et Cookie Monster préviennent les enfants - et les parents : "Lavez vous les mains". Ils le demandent avec les spots de service public en cette période de pandémie : après avoir éternué, toussé, après être allés dehors, être allés aux toilettes, avant de manger... "Lavez vous les mains... souvent!"

"Washing your hands after you cough or sneeze, before you eat, after playing, after being outside, and after using the bathroom, can help keep germs away. Watch this video together with children and talk about other times you need to wash your hands (frequently!).

Les spots (en 19 langues) sont diffusées par HBO, PBS Kids, YouTube et le Ad Council.

Sesame Street

dimanche 29 mars 2020

L'urbanisme est la responsabilité de tous



"La ville responsable",  Les dossiers Urbanistik, N°3, JCDecaux, printemps 2020, Bibliogr., Glossaire, 52 p.
voir aussi le site urbanistik.fr

JCDecaux déclare dans l'éditorial de cette publication, dont c'est le numéro 3, que la responsabilité est l'enjeu majeur des transformations urbaines en cours dans la monde : la ville doit être responsable. C'est à dire ? Responsable de quoi, de qui ? Qui dans la ville peut être dit responsable, et de quoi, au-delà des élus (le maire, les adjoints au maire), qui se sont portés volontaires et qui sont payés pour ? Au-delà aussi, bien sûr, des fonctionnaires territoriaux ?

Qu'est-ce qu'une ville responsable ? Tout d'abord une ville qui prend des initiatives, par de-là les décisions des Etats, ainsi de nombreuses villes américaines se désolidarisant de facto de l'Etat américain actuel, le jugeant irresponsable quant à la lutte contre la pollution.
Trois qualités doivent caractériser les villes : durabilité, résilience et inclusivité ("ville bienveillante, pouvoir et savoir vivre ensemble). C'est une responsabilité éthique, individuelle et urbaine, déclare Michel Lussaut (Professeur à l'ENS, Lyon) qui plaide pour des structures intermédiaires, pour que les villes soient des opérateurs responsables. Selon lui, "les villes doivent devenir des acteurs géopolitiques majeurs" : mais ne s'agit-il pas là d'une question de sciences politiques d'abord, puisque l'on s'accorde à penser qu'il y a, en France notamment, trop d'échelons intermédiaires, entre l'Etat central et les communes. Alors, supprimons donc quelques-uns de ces échelons et donnons plus de pouvoir à ceux qui resteront, non ? A moins qu'il ne faille, au contraire, multiplier les échelons pour mieux inventer et diversifier les actions et les engagements ? Essayons...
Que prévoit la loi française dans ce domaine ? Beaucoup au titre des différentes voies de décentralisation ? Mais peut-être, y en a-t-il trop de ces voies ? Faut-il en regrouper, par exemple, "l'accès à la culture", "les sports et les loisirs" et "l'enseignement" dans une seule catégorie, ne relèvent-ils pas d'une même action ? Le plein temps ne devrait-il pas être la règle de l'usage de ces équipements ?

Le magazine apporte une information sur les marchés publics, les "Maisons de Service Au public" (MSAP). Il apporte une information utile également sur les responsabilités civile et pénales des élus : il faudrait que les élus puissent décider des orientations souhaitées et qu'elles soient mises en oeuvre par l'administration municipales. Il faudrait que les élus changent plus souvent, qu'ils ne puissent remplir qu'un ou deux mandats, par exemple ; cela ne doit pas devenir un métier que d'être élu, métier où l'on cherche inévitablement à gagner d'avantage mais cela doit être plutôt une responsabilité le temps d'un mandat.
Il y a beaucoup à apprendre et à retenir de cet ouvrage : qu'est-ce que le MAAS (Mobility as a Service) que mettent en oeuvre des villes du Nord de l'Europe, en Finlande d'abord, puis à Mulhouse Alsace Agglomération, par exemple, qui a mis en place un Compte mobilité, compte unique où sont traités aussi bien la location d'un vélo ou d'une place de parking. Ou encore, quel intérêt d'avoir une signalétique adaptée aux usages de la ville par ceux qui téléphonent partout, tout le temps ?
Anna Lisa Boni (Eurocities) plaide plus largement pour que les villes s'attaquent au changement climatique, pour la transformation numérique des villes, elle plaide aussi pour des villes responsables des émissions de CO2 par exemple mais aussi pour des villes luttant contre la pauvreté. Vastes programmes (pluriel) ou bien ne s'agit-il, en fait, que d'un seul et même programme ?
Les stratégies de l'hinterland pour que, par exemple, la relation de Marmande à Bordeaux ne fasse pas le détour par les halles de Rungis (Paris) pour s'alimenter. Eviter les "villes dortoirs" aussi.
Et puis, Urbanistik évoque pour finir, le long circuit des bouteilles consignées de l'utilisateur premier jusqu'au réemploi : qu'attend-t-on pour faire que, comme en Allemagne, les boutiques, les supermarchés mettent en place un système de consigne efficace ?

La responsabilité est un grand mot, un très beau mot. Et il est employé à bon escient dans ce volume d'Urbanistik : il y va du droit et des devoirs de tous les citoyens qui ont d'abord à répondre aux questions d'urbanisme, questions d'électeurs, d'utilisateurs. C'est bien que l'entreprise JCDecaux, acteur majeur des villes (urbs, urbanus... urbanistik), dont c'est véritablement le métier, bien au-delà de la publicité, s'empare de cette réflexion politique essentielle. Urbanistik, le magazine, en donne une vision large et multiple, changeante. Il donne donc aussi à rêver. A suivre...
                                     

mardi 24 mars 2020

FuboTV has been bought by FaceBank


Pluto TV has been acquired by Viacom, Xumo by Comcast, Tubi by Fox... And now it is FuboTV's turn. It is the cord-cutting disease. We do not know much about this new merger: no financial terms were disclosed but the deal reportedly values FuboTV at about $700 millions. Only that, following the merger, FuboTV will be a wholly-owned subsidiary of the FaceBank Group. The former soccer company, founded in 2015 as a streaming service, is now streaming in 4KUltra HD. Its channels distribute NFL, MLB, NBA, NHL, soccer and network programs. As an international virtual MVPD, fuboTV has been present in Spain and Canada since 2018. It offers three simultaneous streams and most of the regional sports networks. It brings not only "sport first" but also most of the American TV channels. There are 300,000 to 400,000 subscribers who pay about 60$ a month; of course, they can add more channels to the 109 basics. But fuboTV does not carry channels from Fox or Disney: no ESPN nor ABC network then!
First investors in fuboTV included many media companies: 21st Century Fox, AMC Networks, Luminari Capital, Northzone, Sky, Discovery, Waverly Capital, DCM Ventures, i2bf, LionTree Partners, Univision... Now, "fuboTV is well-positioned to achieve its goal of becoming a world-leading live TV streaming platform for premium sports, news and entertainment content", comments the very little known FaceBank Group.

What is Facebank Group? The company develops "hyper-realistic digital humans". "The company focuses on the development, protection and activation of the personal digital likeness assets of celebrities and consumers, for use in artificial intelligence, entertainment, personal productivity and social networking".
Facebank Group is a tech-driven company, a celebrity company based on virtual entertainment. It is a "digital human technology company" which has already bought Nexway AG, the German company (September 2019). FaceBank was looking for the perfect delivery platform to air its celebrity content: now, it seems it has found it.
FaceBank Group is based in Florida and New York; after the merging, it will be renamed fuboTV Inc. : "Graecia capta ferum victorem cepit" !



mardi 17 mars 2020

Cord-cutting au programme de la télévision américaine


Selon MoffetNathanson, les distributeurs de télévision perdent, depuis quelque temps, de plus en plus d'abonnés, 7% au cours de l'année passée, ce qui nous mène à 83 millions d'abonnés fin 2019 (on serait passé d'un taux de 87,8% des foyers télévision en 2009 à 65,3% en 2019). Soit moins 1,16 million pour AT&T, moins 0,149 million pour Comcast et moins 1,101 million pour Charter. A quoi il faut bien sûr ajouter les 194 000 abonnés perdus par Dish (satellite). Devant la hausse continue des tarifs du câble, les abonnés actuels sont de plus en plus souvent tentés de se désabonner de l'offre des réseaux (cord-cutting) au profit des offres virtuelles, de Netflix principalement.

Néanmoins, il semble que les opérateurs classiques de télévision soient prêts à réagir au moyen de quelques acquisitions. Pour limiter les dégâts, pour quelque temps au moins.
  • On pense bien sûr que NBC/ Universal (Comcast) pourrait finalement s'assurer du rachat de Vudu à Walmart (qui l'avait payé 100 millions de $ en 2010) et, par ailleurs, aiderait le site de vente de tickets de cinéma, Fandango ; de plus, Comcast a également acquis Xumo fin février (190 chaînes).
  • Fox, de son côté, a racheté le site Tubi (25 millions d'utilisateurs en décembre 2019, alors que le site est présent chez de nombreux distributeurs, dont Apple TV, Roku, Amazon Fire Stick avec Alexa, Samsung et Sony). Fox paye 440 million de dollars cash en revendant la part de Fox dans Roku.
  • Quant à ViacomCBS, la société compte sur Pluto TV, rachetée l'an passé (elle déclare 20 millions d'abonnés) 
  • Enfin, il semble que Sony envisagerait le re-lancement, avec Chicken Soup for the Soul Entertainment, de Crackle.
Si l'on en croit MoffetNathanson, l'univers télévisuel américain passerait donc progressivement à un univers d'abonnés, reconfiguré à quelques services seulement. Quelle sera la place du câble et du satellite dans cette hypothèse ? Quel rôle pourrait y jouer prochainement la 5G ?

Comment va la presse française ? Bilan annuel pour 2019


La presse ne va pas aussi mal qu'elle le dit... Mais peut-être pas aussi bien que l'on dit ? Allez savoir !

Faisons, pour voir, un bilan limité à un an de publication presse (tout compris, titres payants et titres gratuits). La comparaison 2019 versus 2018 met bien en évidence la baisse continue des créations de titres réguliers, non hors-série, qui passent de 440 à 362 titres (moins 78). Mais, en revanche, le nombre de titres hors-série augmente, de 1613 à 1757. L'ensemble des innovations, mesuré en nombre de titres nouveaux par rapport à l'année précédente, est donc positif pour un ensemble supérieur à 2 119 titres nouveaux (contre 2050 en 2018, soit un peu plus de trois nouveaux titres par semaine).

Années de lancement des titres en France

Au cours de l'année, mois après mois, et depuis plus de dix ans, les hors-série dominent la parution de nouveaux titres. Il est vrai que les hors-série représentent aussi une tentative d'innovation, à l'écart des titres réguliers : si cela ne marche pas, l'éditeur arrête. Si cela marche, l'éditeur peut continuer avec un second hors-série et, peut-être, à terme, donner naissance à un nouveau titre, régulier. En fait, le hors-série devient courant.
Mois de lancement des titres au cours de l'année 2019

A lire cet histogramme, la presse ne va pas si mal. Certes, sa périodicité évolue donnant, dans l'innovation, une place de premier ordre aux hors-série ; et l'innovation, globalement, reste importante, comme le montre l'histogramme comparant les seize dernières années (cf. supra). Certes l'économie de la presse change, donnant plus de place qu'autrefois aux innovations ponctuelles : en 2003, le nombre de nouvelles parutions régulières l'emportait ; aujourd'hui, le phénomène s'est inversé.
Le travail créatif est sans doute plus important, les métiers sont moins réguliers, surtout pour les journalistes de plus en plus souvent pigistes. Les coups ponctuels sont plus nombreux, redessinant le marché de la presse : les titres réguliers s'essoufflent plus vite, certains finissent par disparaître tandis que des titres à durée limitée, plus ou moins irréguliers, prennent le marché.
Comment la distribution, messageries de presse (MLP, Presstalis) et marchands détaillants, s'adaptera-t-elle à ce marché moins certain, dépendant de plus en plus de l'actualité ? Il faudra attendre encore quelque temps pour voir et savoir : d'autant que des modifications sérieuses sont en cours depuis la fin du déconfinement !

N.B. Cette statistique prend en compte les gratuits ainsi que les semestriels ; elle exclut les titres diocésains, les titres pornographiques, la presse politique militante et conjoncturelle, la presse syndicale, les journaux internes d'entreprises. Mise à jour le 17/06/2020.

mercredi 11 mars 2020

La démographie européenne constatée, mais bien peu expliquée


Gilles Pison, "France : la fécondité la plus élevée d’Europe", Population & sociétés, INED, N° 575, Mars 2020

L'auteur dresse le bilan démographique de la France et le compare à la situation européenne. L’indicateur conjoncturel de fécondité de la France s'avère le plus élevé, proche de deux (1,84). La France se comporte donc comme certains pays du Nord de l'Europe ; toutefois cette opposition Nord-Sud souffre beaucoup d'exceptions, à tel point que l'on peut s'interroger sur sa valeur explicative. Ainsi à l'Est de l'Europe, les pays connaissent des indicateurs de fécondité variables, 1,76 pour la Roumanie et 1,46 pour la Pologne (qui est au Nord).
La fécondité est difficile à apprécier et à comparer : elle résulte des politiques sociales, des aides diverses et des résultats économiques à un moment donné. Car comment mettre en relation la chute du Mur de Berlin et l'évolution de la fécondité en Allemagne de l'Ouest et de l'Est ? Comment, par ailleurs, comparer la fécondité de l'Espagne (1,29) et de l'Italie (1,26) : le Sud, la tradition catholique inversée ? Il faudrait donc mobiliser des outils d'analyse plus complexes comme le niveau de vie, l'emploi et, bien sûr, distinguer les régions plus finement (les zones très urbaines et les zones rurales ; l'Italie du Nord et celle du Sud, par exemple).
Voici un diagnostic démographique utile, un point de départ, certes, mais qui pose bien des questions (sociologiques, économiques) qui dépassent quelque peu la seule démographie. A suivre...

lundi 9 mars 2020

Jean Ferrat devenu classique



Jean Ferrat Intime, L'Humanité, hors-série, 8,9 €, 84 p.

Auteur-compositeur, chanteur proche du parti communiste, est le fils de Mnacha Tenenbaum, russe naturalisé, déporté et assassiné à Auschwitz parce que Juif. Jean Ferrat, qui d'abord a travaillé comme aide-chimiste, suivra des cours au CNAM. Dans ses chansons, il aura durant toute sa vie cherché à combiner simplement poésie et vie quotidienne.

On lui doit de nombreuses chansons sur des textes de Louis Aragon, une trentaine, et des poèmes plus banals mais qui ont marqué des générations : "Deux enfants au soleil" (1961, Prix de la SACEM), "Ma môme" (1961), "Nuit et brouillard" (1963, Prix de l'Académie Charles Cros), "C'est beau la vie" pour Isabelle Aubret), "La Montagne" (1965, sur l'exode rural), "A Santiago" (1967, dans un disque consacré à son séjour à Cuba... qu'il ne critique pas), "Ma France" (1969). "Camarade", en 1969, évoque l'invasion soviétique en Tchécoslovaquie pour y achever le "printemps de Prague" : "Ce fut à cinq heures dans Prague / Que le mois d'août s'obscurcit" ... Avec "On ne voit pas le temps passer", il écrira aussi la bande-son du film de René Alio, "La vieille dame indigne" (d'après une nouvelle de Bertolt Brecht, "Die unwürdige Greisin").

L'Humanité lui consacre un hors-série très classique, trop peut-être, mêlant son histoire et celle de sa carrière. Beaucoup de photos, des articles signés par toutes sortes de gens, des petites histoires comme celle qui le lia à Louis Aragon dont il fera en fin de carrière un CD entier de chansons. Jean Ferrat, c'est une certaine idée de la France, modeste et fière. Tout sa vie, il a cru en beaucoup d'idées défendues par le Parti communiste (dont il n'était pas membre), en beaucoup d'idées de "gauche" aussi, et il lui fallut souvent le regretter, il ne fut pas le seul. Mais il a chanté "La Commune" et "Les Nomades", "Les yeux d'Elsa" et "Federico Garcia Lorca", "Ce qu'on est bien" et "Berceuse"... et tant d'autres... Alors, cela vaut bien un hors-série, dix ans après sa mort, pour nous le rappeler et l'écouter à nouveau.
Il aimait l'Ardèche où il vécut dès 1974 et où il est mort.

Voir aussi : Les voix de Jean Ferrat

jeudi 5 mars 2020

Quibi, la télé mobile sera lancée dans un mois


Quibi, la télé pour smartphones, qui devrait bientôt se lancer, vient de lever 750 millions de dollars qui s'ajoutent au milliard de dollars levés au premier tour. Le premier tour comptait parmi ses premiers investisseurs Alibaba Holding et de nombreuses sociétés hollywoodiennes (dont Disney, Warner Bros., Sony Pictures, etc.).
Quibi promet des vidéos de moins de dix minutes, payées 4,99 $ par mois (7,99 $ sans publicité) : 50 shows dès le premier jour dont la moitié de "daily essentials" et des films découpés en chapitres. Les premiers annonceurs seront, entre autres, Walmart, Procter & Gamble, Pepsico, General Mills, et Google (Alphabet). 150 millions de dollars ont été investis pour la première année... Les spots dureront 6, 10 ou 15 secondes ; ils seront places avant les shows et seront inévitables (unskippable).
La chaîne envisage de réagir rapidement à la demande des auditeurs et des annonceurs et ajustera en conséquence. “I think within three or four months we’re going to understand what consumers love… and we’ll be able to adjust our content strategy quite nimbly”, déclare Meg Withman, sa directrice (ex. HP CEO). Pour l'instant, voici les programmes envisagés : "All the projects coming to Quibi, Jeffrey Katzenberg's bite-size streaming service", par Tyler Aquilina.

 La chaîne Quibi ("Quick Bits") sera lancée le 6 avril 2020 (sans manifestation publique en raison du Coronavirus) et elle offre trois mois gratuits ("90-day free trial"). Alors, la vidéo sur portable, cela va marcher, ou pas ? Il faut parier !
Verizon y avait renoncé après avoir annoncé un service un peu semblable, Go90, en 2015. Trop tôt ? En revanche, YouTube a gagné 15,5 milliards de dollars en 2019 et joue beaucoup sur le portable.


lundi 2 mars 2020

Hunters, une série où la chasse aux nazis est entr'ouverte


Le thème de la série Hunters (10 épisodes pour l'instant) propose de suivre la chasse (d'où le titre : "Chasseurs") que mènent des new-yorkais. Leur gibier est difficile à attraper : il est constitué de nazis allemands reconvertis, plus ou moins discrètement, par l'Amérique de l'après-guerre. Nazis efficaces dans leur temps, ils n'ont pas oublié leur passé nazi ; s'ils peuvent le dissimuler, ils en restent fiers, et savent le raviver discrètement à l'occasion de diverses solidarités.
Nous sommes dans les années 1970, à New York.
Les épisodes de la série nous font suivre la recherche et la capture de nazis aux Etats-Unis. La chasse est menée par une équipe éclectique, et peu probable, mais cinéma et actualisation obligent : des Noirs, des Juifs, un Asiatique, une religieuse chrétienne, une homosexuelle, des Blancs... On entrevoit aussi Simon Wiesenthal, authentique chasseur de nazis, partisan, lui, de remettre plutôt les nazis capturés à la Justice et de les faire juger.

La série mêle et conjugue des styles différents : des éléments relevant de la BD, des films historiques et des tournages actuels. Le tout est souvent un peu décousu, en partie inventé, pas toujours facile à suivre ; l'allemand est sous-titré. Mais on s'y fait ! La série compte 10 épisodes et est diffusée par Amazon Prime Video depuis le 20 février 2020. Al Pacino joue dans la série un rôle central qui s'affirme, et s'achève lors du dernier épisode. On peut imaginer que la série sera prolongée pour une nouvelle année, ainsi le laisse entendre le dernier épisode qui s'achève en Amérique latine.

L'histoire reste présente, bien sûr, pour partie au moins, dans cette série : notamment à travers l'opération secrète "Project Paperclip" qui amena 1 600 scientifiques nazis aux Etats-Unis (dont Werner von Braun et Hubertus Stronghold) où ils devaient participer à la lutte contre l'Union Soviétique, et conduire les projets spatiaux américains. Leur passé d'assassin est en général passé sous silence : efficacité d'abord !
Les nazis de cette époque sont morts, bien sûr, aujourd'hui, mais les fous du nazisme et autres racistes et antisémites continuent d'exister et de gesticuler politiquement, culturellement, en Amérique comme en Europe... Et on les laisse faire... C'est peut-être là l'une des leçons du film que de dire aux voisins, aux amis : cessez de vous faire avoir, de tolérer la rhétorique de ces assassins... potentiels. Voyez comment cela peut finir, semble prévenir la série.

N.B. Ceci d'ailleurs est étudié et détaillé longuement, précisément par Eric Lichtblau dans son ouvrage, The Nazi Next Door: How America Became a Safe Heaven for Hiltler's Men (New York, Mariners Books, 2014, index).


jeudi 27 février 2020

Comcast, le premier câblo-opérateur américain ajoute encore Xumo à son offre. Pourquoi ?


Le câblo-opérateur Comcast vient d'ajouter le fournisseur de services Xumo à son offre. Xumo devrait fonctionner de manière indépendante dans l'entreprise Comcast Cable qui aura déboursé 100 millions de dollars pour cette acquisition (soit 10 dollars par téléspectateur actif / mois). Xumo compterait 10 millions d'usagers.
Xumo propose, over-the-top, environ 190 services financés par la publicité, donc, en apparence du moins, gratuitement, pour les téléspectateurs abonnés à Comcast Cable. Une partie de l'offre est offerte à la demande à 10 millions de téléspectateurs (selon la chaîne).

Basé en Californie, Xumo qui compte 55 employés, avait été lancé en 2011 par la joint venture MySpace Viant Technology (que Meredith Technology avait achetée en même temps que Time Inc.) et Panasonic. La coiété est fondée sur une association avec des fabricants de smart TV tels que Fizio, Panasonic ou LG et ressemble, en gros, à ce que proposent des sociétés semblables telles Vudu (qui appartient à Walmart mais que pourrait acheter Comcast), Pluto (acheté 340 millions de dollars par ViacomCBS), Tubi  (que rachèterait Fox) ou IMDb (Amazon). Tout cela relève de l'AVOD (Ad-supported Video On Demand).

Concentration ? Sans doute. On peut avoir l'impression d'une recherche systématique, par les grands acteurs du câble américian, de sociétés capables, estiment-elles, de grappiller de l'audience voire de faire connaître et acheter leur nouveau service (Peacock dans le cas de Comcast, qui sera lancé le 15 avril 2020). C'est ce à quoi devrait contribuer Xumo, en apparence, du moins.
Stratégie défensive, donc.

mercredi 26 février 2020

Univision, et la suite, pour la télévision hispanophone américaine


Univision, l'un des deux networks hispanophones américains, a été vendu. Certes, le groupe mexicain conserve 36% du capital de Univision ;  SearchLight et ForgeLight, deux créations d'un ancien de Viacom, ont racheté les autres parts dont celle de Saban Capital Group. Et le nouveau PDG de la chaîne avoue ne pas - encore - parler espagnol (mais il apprend !).
Univision a d'abord compté sur une offre public d'achat de 20 milliards de dollars, puis a refusé une offre de 15 milliards par John Malone qui contrôle Liberty Global (SiriusXM radio, Lionsgate, la F1, etc.).

Quel sera l'avenir de cette chaîne hispanophone avec son nouvel actionnariat (64%) ? On ne dispose d'aucune donnée financière quant à l'opération qui s'achève. Attendons donc, pour voir.
Quelle sera sa stratégie offensive pour contrer Telemundo (groupe Comcast / NBCU) qui progresse depuis plusieurs années ? Telemundo, avec son nouveau siège à Miami, s'attaque sérieusement à un nouvelle cible hispanophone (18% de la population américaine), une cible bilingue, jeune, exigeante et qui veut désormais une expérience télévisuelle débordant de plus en plus l'immigration et sa culture traditionnelle (telenovelas, etc.). Les hispanophones américains sont de plus en plus anglophones aussi, "the 200 percenter" (cf. l'interview de Cesar Conde, le patron de Telemundo, dans l'hebdomadaire Baron : "It’s the individuals that are 100% American, but also 100% Latino. They’ve lived here, they speak Spanish and English, they have a sophisticated palate, they consume media in different languages and across different platforms." Une nouvelle cible donc qui attend une télévision adaptée à ses goûts et à ses dégoûts, qui consomme beaucoup Internet et de moins en moins les autres médias traditionnels pour son information... Ce fut une télévision étrangère, parlant une langue étrangère ; c'est maintenant une chaîne américaine qui parle deux langues américaines.
Source : Telemundo et Cision Newswire (Sept. 10, 2019)

jeudi 20 février 2020

Télévision (en France) : tout va mal ? Non, non... mais enfin


Avec l'heure de fin d'année, sonne le moment des grands bilans. La durée d'écoute de la télévision par habitant baisse : bon, alors, changeons la méthodologie de la mesure. Ainsi, Médiamétrie, comme la plupart de ses semblables européens, a modifié l'univers de référence de la télévision pour y intégrer la consommation dite "de rattrapage" et celle qui vient des ordinateurs, des tablettes : on aura ainsi gagné 10 minutes par rapport à l'ancienne méthodologie. Mais en 2019, on est repassé en France de 226 à 220 minutes de consommation quotidienne. Faudrait-t-il à nouveau changer de méthodologie ?
La France compte désormais 53 millions d'internautes (soit 84,6% des français de 2 ans et plus), donc autant de personnes équipées pour regarder la télévision, y compris sur un téléphone portable. Soyons clair : tout Français, tout Européen de plus de deux ans peut regarder la télévision, linéaire ou pas, quelque soit son équipement.
Que regardent-ils ?
Netflix est accusé de voler l'audience ! Or on compte en France plus de 7 millions de "netflixonautes" (dont 6,7 millions se sont "déclarés", qui paient leur abonnement mensuel).
On évoque le chômage ; mais les chômeurs regarderaient-ils moins la télévision que les actifs ? Certainement pas. Quant aux actifs, qui disposent de plus en plus de moyens mais de moins de temps, regardent-ils encore la télévision traditionnelle avec ses écrans publicitaires ? De moins en moins, puisqu'ils travaillent d'abord : et, de plus, ils regardent Netflix qui n'a aucun écran publicitaire et ne coûte pas cher.
Bien sûr - mais encore faudrait-il le démontrer - on dit que la consommation non linéaire, sur les téléphones, les tablettes ou les ordinateurs compenserait l'audience perdue, d'où l'adaptation régulière de la méthodologie aux pratiques des téléspectateurs. Mais, que vaut une présence publicitaire sur un écran de téléphone ?
La publicité télévisée n'est plus ce qu'elle était. Que peut-elle devenir ? C'est peut-être là qu'est la bonne question...

Dessin tiré de Wall Street Journal , Feb. 20, 2020, in "Cord-cutting accelerated in 2019"

mercredi 5 février 2020

L'internet des choses de la vie


Des millions ou plutôt des milliards d'appareils connectés selon diverses modalités : entre eux, entre eux et des utilisateurs (via des applis et des smartphones), entre eux et des entreprises mères (installation, surveillance, maintenance), etc. Et bien sûr, il y a l'internet des choses industrielles. Des milliards de chiffre d'affaires à l'horizon ?
Mais il y a aussi l'internet des choses de la vie, de la vie quotidienne, consumer IoT : le chauffage (thermostats), l'éclairage, la serrure, les rideaux, le détecteur de fumée, les objets que l'on perd souvent (les clefs : pour les retrouver : Tile), l'aspirateur, les caméras de surveillance que vendent aussi les compagnies d'assurance, la santé, toute la smart home... c'est un monde de capteurs (sensors) et d'algorithmes que nous habitons, et habiterons de plus en plus. Capteurs de sons, d'humidité, de température, de lumière, de vitesse. Et l'automobile qui se conduira bientôt toute seule (LIDAR, etc.). Et, ici, il n'y a pas de fake news : des choses parlent aux choses dans leur "folie de machine" (Guillaume Apollinaire : "Les tramways feux verts sur l'échine // Musiquent au long des portées // De rails leur folie de machines"...).

Donc, prendre toutes les choses comme des faits sociaux, en inversant la règle célèbre d'Emile Durkheim ou en reprenant celle de Wittgenstein "Die Welt ist alles, was der Fall ist" (comme il l'énoncera à son tour : "le monde est tout ce qui arrive", traduira Pierre Klossovski). Les médias comme prolongements, la ville, le marché, le centre commercial, les transports, etc.
Quelles données ? Toutes : celles des observations armées par des capteurs, données composées et organisées en amont, pré-construites (cf. Bachelard). "Machines talk, we listen", déclare Augury. L'importance primordiale du Wifi, de sa qualité et de sa fiabilité : en cas de panne, que se passe t-il pour la température des pièces, les alertes de sécurité, etc.
Quid de la sécurité des objets gérant la sécurité ? Question de maintenance prédictive, de la mesure des consommations pour la maison intelligente ? Pour Minim, "To the smart home, the broadband quality is only as good as the WiFi signal". On pense au "Texte sur l'électricité" de Francis Ponge qui convainc que "l'électricité existe, que les appareils d'application existent, qu'il s'en trouve ou va s'en trouver (de plus en plus nombreux) dans chaque bâtiment, dans chaque demeure..." ou à la domotique, dont nous pouvons dire de même que veulent s'emparer les câblo-opérateurs (Comcast, etc.) ou Google avec Nest, Amazon, Apple...

Les problèmes spécifiques posés par ces choses connectées : la sécurité, le diagnostic à distance, la détection des anomalies, fingerprinting, identification du lieu, de l'appareil, du consommateur, les tests, les gestes... sont aujourd'hui les problèmes essentiels d'Internet. Notre vie est chaque jour davantage organisée et veillée par Internet.

lundi 3 février 2020

Midnight Diner : un livre de cuisine japonaise télévisée



Yarō Abe & Nami Lijima, La cantine de minuit. Le livre de cuisine, Le Lézard Noir, 144 p., 15 €.

On les a connus et aimés sur Netflix : les héros de Midnight Diner sont désormais accessibles au public télévisuel des pratiquants : en effet, un livre de cuisine est à leur disposition qui mêle habilement des pages de mangas, celle de Yarō Abe, et les recettes de Nami Lijima. On y retrouve les plats que l'on a vu servir dans l'émission, et leur mise en scène simple.

Les recettes sont pour la plupart faciles puisque le petit restaurant ne propose à la carte que de la soupe miso au porc et du saké, mais le patron sera toujours heureux de préparer les mets pour lesquels les clients apportent leur concours sous le forme d'éléments divers à cuisiner. Et ainsi l'on goûtera, par exemple, la crème aux oeufs, l'omelette aux tomates, la salade de vermicelles, les spaghettis napolitains, le riz au tororo, le ragoût de taro aux calamars, les nouilles froides (avec n'importe quelle garniture disponible), le ragoût à la crème (pour les hivers rigoureux), les boulettes onigi grillées, les beignets d'oignons, des chikuwa frits, la salade de pommes de terre (avec jambon et concombre), le katsudon (porc pané) et le nikujaga (boeuf et pommes de terre)...
Au milieu du livre, les lecteurs trouveront un dialogue entre les deux auteurs du livre qui partagent leurs souvenirs de bons petits plats, et des occasions de nombreuses nostalgies de leur enfance.

En fait, le livre accompagne l'émission qui accompagnera le livre. L'un appelle l'autre, et ils vont bien ensemble, constituant un ensemble pluri-média, pratique. Reste à trouver les ingrédients japonais, ce qui n'est pas toujours facile si l'on n'est pas au Japon mais, avec Internet...

Voici l'application de la recette de la recette de l'omelette aux tomates (Karen est au fourneau !). C'est simple, et c'est bon (pp. 40-42). D'abord, il faut faire cuire les tomates ; ensuite on les verse sur les oeufs battus ; ici, la cuisinière a ajouté de la ciboulette, et l'on pourrait y ajouter d'autres éléments, notamment des lardons, des oignons...