jeudi 21 avril 2011

Appli quotidienne : l'histoire présente au jour le jour

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L'histoire occupe une place considérable dans les médias (plus d'un millier de nouveaux titres et de hors série consacrés à l'histoire au cours des dix dernières années en France. Source : Base MM). Presse magazine ou émissions de télévision, l'histoire est au principe de bien des développements, documentaires ou fictions. La chaîne thématique américaine History Channel (du groupe Arts and Entertainment) lance une appli pour iPad consacrée à la Guerre Civile américaine : "The Civil War Today", vendue 7,99 $.

Le 12 avril 1861, commence la guerre : cent-cinquantième anniversaire oblige.
Copie d'écran de l'iPad. Pour le 21 avril 1861.
Quel marché pour cette appli ?
Ce passé est toujours présent. Dans l'histoire des Etats-Unis, la Guerre civile fut la guerre de l'esclavage mais aussi, davantage peut-être, celle de l'unité américaine. Fut-elle une guerre civile ou une guerre de conquête du Sud par le Nord ? Cette guerre fut aussi l'une des premières longues guerres de l'ère industrielle (4 ans), dévastatrice, totale :  tranchées, massacres... et, déjà, des horreurs au-delà de la guerre (cf. le camp de prisonniers d'Andersonville) préfigurant les guerres européennes.
La Guerre civile reste un élément structurant de la société américaine ; elle continue de distinguer Nord et Sud, Confédérés et Yankees (le drapeau confédéré est toujours présent, des enfants sont appelés Robert Lee...). Ensuite, il y a les récits uchroniques qui réécrivent l'histoire : si le Sud avait gagné... Dans la fiction classique, depuis Gone with the Wind (roman de Margaret Mitchell, 1936) et son adaptation cinématographique (1939), la Guerre est toujours présente. En avril 2011, la chaîne 3net (JV de IMAX, Sony et Discovery) a lancé la production d'une miniseries de quatre épisodes sur la Guerre Civile en 3D pour l'automne 2011, anniversaire encore. Et la Guerre Civile est prétexte aussi à de nombreux livres de journalistes et à un grand nombre de célébrations et reconstitutions historiques.

Comme le nom de l'appli l'indique, ses utilisateurs peuvent suivre la guerre au jour le jour, recevant avec des informations nouvelles, des lettres, des extraits de journaux intimes, des coupures de presse. La circulation dans le temps est facilitée par l'ergonomie de l'iPad (un doigt - swipe - pour avancer d'un jour, deux pour une semaine, trois pour un mois, quatre pour une année).

Avec cette appli nous assistons peut-être aux premiers pas de l'invention d'un nouveau  mode d'exposition historique et documentaire qui ne serait pas uniquement chronologique. Didactique de l'histoire et de la civilisation, statut de la mémorisation, organisation de la documentation, cette appli fourmille de suggestions. Une telle appli mériterait d'être évaluée pour tous ses usages. Il sera intéressant de savoir ce qu'en ont fait les acheteurs. Pas de didactique sans analytiques !

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lundi 18 avril 2011

Journalisme en causes

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La une de l'hebdomadaire allemand Die Zeit porte sur le journalisme. Au lieu de critiquer ce qui les entoure, des journalistes, livrés à l'autocritique, examinent "du dehors" ce qu'ils/elles font, comment et pourquoi. Car, rappelle l'introduction du dossier, "les médias ne font pas que reflêter purement et simplement (bloss) le monde, ils en sont aussi des acteurs" [...] "nos mots et nos images ont une force, et il ne s'en suit pas que du bien". Rapporter (berichten), c'est faire (anrichten, causer) avec des mots : "wir berichten, aber manchmal richten wir auch etwas an". C'est sous l'angle performatif de cet énoncé austinien qu'est examinée la situation du journalisme par le magazine (48 pages, dont publicité).
Des journalistes écrivent pour leurs lecteurs sur le journalisme, sur les difficultés et les limites de leur métier.

Parmi les thèmes abordés :
Pourquoi la presse n'a pas vu venir la crise financière ? Quels sont les effets des blogs sur l'information locale, les effets d'une enquête sur les enquêtés (l'enquête, intrusive, perturbe la situation observée). Le goût du bien écrire privilégie-t-il le souci de la forme au préjudice de l'analyse, la relation au local et aux blogs, etc. ... De ces articles émergent des énoncés qui attaquent le fondement même du journalisme et de ses techniques. Par exemple (p. 11) :  "... les journalistes ne cherchent pas la vérité mais des histoires ("Geschichten"). Une histoire est une histoire quand elle contredit la vérité d'hier...". Ou encore (p. 12) : "La prédictabilité a dépassé les capacités des meilleurs professeurs" (à propos des crises financières et des limites de la spécialisation des journalistes spécialisés). Tout un inventaire réaliste, vécu, d'interrogation, de doute, de malaise.

Avec le Web, les bases de données et la numérisation de la plus grande partie de l'information disponible, avec la mondialisation et la babélisation, avec les analytiques qui disent au mot près ce qui a été vu ou lu, avec la complexité technique des sujets à couvrir et la difficulté de les vulgariser, avec la contrainte économique de la gestion du journal (lectorat, annonceurs), les journalistes se trouvent dans des situations impossibles, que l'histoire du journalisme n'a jamais rencontrées. Les risques, on les connaît : reprise mal contrôlée des "communiqués de presse", prudence extrême, conformisme, enquêtes sous-traitées à des "spécialistes" non contrôlables. Au bout de tout cela, se détache le portrait d'une profession mal à l'aise, d'une presse incertaine de ses moyens, de ses fins et de ses effets.
Si l'avenir de la presse d'information passe par la qualité et l'exclusivité des contenus, la redéfinition professionnelle du journalisme (techniques de reportages, formation, mode de rémunération, déontologie, etc.) représente un enjeu considérable et primordial pour les médias. Ce dossier, approche encore modeste, mérite sa place dans les écoles de journalisme et les cours de gestion des média. Il mériterait aussi d'être intéractif, continu peut-être...
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vendredi 15 avril 2011

La création d'abord

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Fonctions de l'appli iAd
iAd, la régie publicitaire de Apple pour l'iPhone et l'iPad, publie une application (cf. iTunes) permettant de voir et revoir les créations publicitaires de ses annonceurs. Heureuse initiative de cette iAd Gallery que de remettre la création en tête de ce métier où algorithmes et optimisations semblent parfois prendre le dessus.
Le produit d'abord, puis la création. Car c'est la création qui fonde la mémorisation et construit efficacement la notoriété positive et durable, le plaisir de la répétition, le désir d'essayer un produit, d'en comprendre le fonctionnement et l'intérêt ; c'est la création qui donne l'envie d'agir, dans le point de vente, réel ou virtuel, qui fait essayer le produit, l'acheter, le recommander. Facteur premier de l'efficacité publicitaire : quand la création est nulle, tout le reste est annulé. Or, humour, rêve, suprise ne se quantifient guère et rentrent mal dans nos modèles de médiaplanning.

Cette appli donne à voir de la publicité : plaisir esthétique et intellectuel. Elle rappelle, en acte, que la publicité ne devrait pas être perçue comme ce qui gêne et dérange, comme un mal inévitable qui interrompt l'émission, ou comme un écran qui bloque la vue dans la rue. C'est possible : voyez l'intérêt qui ne se dément pas pour les messages diffusés dans les salles de cinéma ou encore la frénésie de compétition publicitaire au moment du Super Bowl (posts sur le Super Bowl). La profession publicitaire devrait s'interroger sur l'intérêt de certaines modalités d'interventions publicitaires qui dévalorisent la publicité, en ruinent l'image et l'efficacité. Plus que de réglementation, la pub a besoin de qualité. 

Vitrine de la publicité, cette appli grand public, avec ses fonctions d'exposition, de sélection ("Loved"), de recherche ("Search") a aussi vocation professionnelle : auto-promotion de la régie ("Join the Network") et, plus généralement, mise en valeur de la pub vidéo sur les portables (mobile marketing).
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lundi 11 avril 2011

Tab. revues des tablettes numériqes

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A nouvel équipement, nouveaux magazines. Après le DVD, les consoles de jeux vidéo, le home cinéma, les écrans plats et l'iPhone, à son tour, l'iPad suscite un nouveau magazine. En attendant le lecteur numérique (eReader) ?
On dit - les devins patentés du village numérique -que l'iPad dominera le marché des tablettes pendant les cinq prochaines années... En attendant, l'iPad fait, comme on dit, la collective : grâce à l'iPad, on parle des autres tablettes. Ce qui donne de l'intérêt au prmeier numéro de ce magazine "100% tablettes numériques" (son sous-titre). Beaucoup de tablettes sont présentées, peu connues du grand public pour la plupart : Orange, Samsung, Acer, Asus, Blackberry, HP, HTC, LG, Motorola, Archos, la longue traîne des tablettes est là pour se partager une queue de notoriété
L'essentiel du magazine est consacré à l'iPad2, ses accessoires (protections, docks...), ses prolongements, ses applis (GoodReader, Evernote, CloudReader, etc.). Un article orienté consommation traite des forfaits télécom pour tablettes : il conclut en leur défaveur : on peut vivre sans, en comptant sur le W-Fi. En revanche, il évoque des politiques de prix alternatives pour les opérateurs, associant tablette et smartphone dans un même abonnement comme le proposent Archos en France ou Movistar en Espagne.

Magazine pour grand public technophile, vendu 7,9 €. 100 pages. Bimestriel. Pas de publicité, hors de quelques pages de promotions pour des titres du groupe Yellow Media (ex. Future France) et des pages shopping.
En même temps, selon la même maquette, le même éditeur publie Pad. Apps (100% applications numériques), trimestriel, strict complémentaire du premier. Distribution : MLP.

Vidéo : synergies bouquet TV et grande distribution

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DISH Network, bouquet satellite de chaînes de télévision, a racheté Blockbuster. La vente aux enchères suivait le dépôt de bilan. La faillite de la chaîne de magasins de location de DVD et jeux vidéo fait suite à diverses erreurs de gestion. Aussi ne faut-il pas l'interpréter comme l'annonce de la fin du DVD, que dément le succès de Netflix, RedBox et d'autres (cf. Vidéo : la grande distribution du DVD à la VOD).
Blockbuster, troisième fournisseur de télévision payante après Comcast et DirecTV, compte environ 14 millions d'abonnés (impossible de trouver des chiffres officiels, ce qui n'est pas bon signe : Dish Network perd des abonnés). Deux remarques intermédiaires, en marge.
  • La transition vers la dématérialisation des consommations est lente. La force d'inertie des habitudes, des équipements est sous-estimée. Beaucoup de foyers utilisent encore leurs VHS et leur magnétoscope. Nos petits prophètes du numérique sont pressés d'annoncer des révolutions : mouches du coche, ils vivent de les prédire, menaces par-ci, opportunités par là (il faut inscrire cette fable au programme des diplômes de gestion) !
  • En revanche, dans les entreprises, les changements sont soudains : il y a deux ans, Blockbuster comptait 5 000 magasins aux Etats-Unis (il en restera 1 700) et 60 000 salariés  ; comment ne pas penser aussi à Borders, autre chute spectaculaire... Dans un secteur fragilisé, les erreurs se paient cher et comptant.
Pour se représenter l'importance stratégique de ce rachat, il faut imaginer BSkyB ou le groupe Canal + rachetant en Europe de grands distributeurs de DVD déjà engagés dans la VOD en ligne.

Fort de cette acquisition, DISH Network pourra pénétrer le marché de la VOD (streaming) en conduisant les clients de Blockbuster vers le bouquet ; cette synergie peut constituer un atout dans la concurrence avec les opérateurs de télévision payante. Comme Blockbuster a déjà lancé le service de streaming pour ses clients, il ne reste plus qu'à mieux le vendre aux abonnés de Dish Network.

Mais nous devons placer cette acquisition dans une autre perspective : la collaboration de Dish Network avec Google. Cette collaboration concerne deux domaines de la télévision.
  • Google TV : la télévision connectée est accessible pour les abonnés du bouquet (Logitech Revue est proposé en promotion aux abonnés de Dish Network pour 179 $).
  • Google TV Ads : cette place de marché. propose aux annonceurs des emplacements sur de nombreuses chaînes thématiques du bouquet (liste des chaines). Le principe est celui de Adwords. Google TV Ads est un laboratoire de la publicité télévisée pour Google. A terme, les deux directions pourront être combinées.
L'achat de Blockbuster accroît les moyens de Dish Network qui déja, grâce à Google TV, donne accès à Netflix, Amazon Video, Hulu, etc. La vidéo à la demande, au détriment des chaînes, apparaît de plus en plus comme la dimension essentielle de l'accès aux loisirs numériques. Facteur d'émiettement de l'offre, la VOD favorise un médiaplanning publicitaire de type self service, tel que le propose Google TV Ads.
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dimanche 3 avril 2011

L'iPad dérange la télévision américaine

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Mise à jour 7 juillet 2011
Adopté par deux câblo-opérateurs américains, l'iPad déclenche un conflit avec les éditeurs de chaînes. Time Warner Cable (TWC) est le premier à permettre à ses abonnés (câble et Internet) d'accéder, avec un iPad (application gratuite sur iTunes), à leur offre de chaînes, lorsqu'ils sont à leur domicile (Wi-Fi) : TWCable TV for iPad. Autrement dit, un abonné à TWC (c'est le deuxième MSO américain en nombre d'abonnés), peut regarder les chaînes du bouqet auquel il est abonné : soit sur des téléviseurs du foyer (via set-top box) soit sur son iPad. 300 000 applis auraient été téléchargées depuis la première semaine, selon TWC. Une campagne publicitaire dans la presse, montrant deux mains tenant un iPad,  proclame "The Future of Television is in Your Hands" : "300 000 people can't be wrong".
Sous la menace de certains éditeurs de chaînes, Time Warner a retiré certaines chaînes de l'offre sur iPad. Prudence politique, préludant à des négociations avec les éditeurs. L'argument de TWC est simple : la tablette (iPad) n'est rien d'autre qu'un téléviseur de plus au domicile, utilisable dans des pièces rarement équipées par le câble (cuisine, salle de bains, garage) : "Make any room your TV room". ("in the privacy of your own home, on the screen of your choosing", précise le message publicitaire. Cf. supra)

Les éditeurs refusant la réception de leur chaînes sur iPad :
  • Viacom : Nickelodeon, BET, CMT, Comedy, MTV, Spike, VH1
  • News Corp. et Fox Networks Group : FX, National Geographic
  • Discovery Channel : Animal Planet, The Discovery Channel, TLC
  • Scripps Networks Interactive (HGTV, food network, diY, Cooking channel, etc.)
100 chaînes sont reprises par TWC (juillet 2011). Pour une liste complète, tenue à jour, se reporter au site idoine de TWC  : http://iwantmytwcabletvapp.com/
  • des chaînes Turner Broadcasting System (société parente de TWC) : CNN, TNT, Cartoon Network, HLN, etc.)
  • Bloomberg TV, PBS Kids Sprout (chaîne de secteur public pour enfants), Hallmark Movie Channel, Current TV, Tru TV
  • des chaînes de Disney dont ESPNews (N.B. Apple siège au Conseil d'administration de Disney), de Comcast Networks et de Rainbow Media (Bravo), A and E. 
  • N.B. Comme de coutume, des blacks-outs régionaux sont exigés par les chaînes diffusant du sport en direct : une fois cette exigence satisfaite, ESPN et  TBS accepteront la retransmission.
  • N.B. 2 : mi-avril, les chaînes de Fox Cable News (FX, National Geographic et Fox News) et de Discovery (TLC, Animal Planet) ont accepté la réception via iPad. WC a jouté également Sundance Channel.
Cablevision System Corp., important MSO, suit TWC (son concurrent à New York) et publie une appli du même type (Optimum App for iPad) ; il n'est pas nécessaire d'être client Internet de Cablevision pour en bénéficier. Cette appli donne accès à toutes les chaînes reçues pas les abonnés. Cablevision envisage d'étendre cette offre à d'autres terminaux mobiles (android, iPhone).
Pour les câblo-opérateurs, la réception sur les tablettes est un service supplémentaire offert gratuitement à leurs clients dont ils redoutent le désabonnement ("cord cutting").

Pourquoi certains éditeurs de chaînes s'opposent-ils à la réception sur iPad ? Selon eux, le contrat les liant aux câblo-opérateurs stipule que leurs chaînes passent par la set-top box et le téléviseur alors que, pour l'iPad, Time Warner les fait passer par Internet (IP). La Slingbox se connecte à la set-top box.
Derrière l'argument technique des éditeurs n'est qu'un prétexte pour demander une compensation financière aux câblo-opérateurs, une compensation du même type que celle que les éditeurs ont obtenue pour les stations avec la règle dite de "retransmission consent" (1994). N.B.  Les câblo-opérateurs réclament la réforme de cette règle. Ajoutons à cela trois remarques et une question.
  1. L'audience des téléspectateurs sur iPad n'est mesurée par Nielsen et ne peut être intégrée à celle des émissions. Manque à gagner pour les chaînes.
  2. TWC se trouve vis à vis des éditeurs dans une situation qui s'apparente à celle de Google TV. La solution de ce conflit dégagera une jurisprudence importante. Notons que HBO (Time Warner) et les chaînes de Turner (CNN, etc.) ont accepté d'être reprises par Google TV.
  3. Les principaux opérateurs (dont Comcast, TWC, Dish Network) assurent la promotion d'un protocole appelé TV Everywhere (mars 2010) qui permet à un abonné de regarder les chaînes partout (everywhere) dès lors qu'il prouve qu'il est abonné (mot de passe). La réception sur iPad n'est qu'une modalité d'application de ce protocole.
  4. Que se passera-t-il en France ? Un abonné à un bouquet de chaînes peut-il regarder ses chaînes sur un iPad ?
    iPad, Google TV, Netflix, hulu, Apple TV : le marché de la télévision n'en a pas fini d'être bouleversé par Internet et le Web.
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    mercredi 30 mars 2011

    La loi Bichet

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    Cette loi, issue de la Résistance (2 avril 1947), doit son nom à un député MRP (parti démocrate chétien). Elle constitue l'un des piliers de l'économie de la presse française. Elle stipule d'abord que la diffusion de la presse est libre (art. 1). Les éditeurs sont égaux en droit, qu'ils soient grands ou petits," puissants ou misérables". L'accès au réseau de distribution est libre. Hors abonnements, tout groupement pour la distribution doit prendre une forme coopérative (art. 2).
    La France compte de nombreux titres de presse, il s'en crée des centaines chaque année (plus de 660, selon nous, en 2010, et deux fois plus de hors série. Souce : Base MM). Diversité exemplaire, dynamique que connaissent peu de médias. La loi Bichet y est pour beaucoup. Pas seulement cette loi : les diverses aides de l'Etat à la presse, directes et indirectes, contribuent largement aussi à cette diversité de genres, d'opinions, d'engagements, de styles, de goûts, de prix.
    Diversité inévitablement méconnue par les grandes agences média qui investissent surtout dans les plus grands titres, ceux qui sont pris en compte par les études de lectorat et les logiciels de mediaplanning. La contrainte politique sur la distribution équilibre en quelque sorte la puissance publicitaire.

    La loi Bichet est remise en question par les grands éditeurs et par des représentants des distributeurs. S'il  y avait moins de titres dans les points de vente, on les trouverait mieux, il y aurait plus de place, disent-ils. Les titres distribués seraient plus visibles, la mise en place plus commode et plus rapide. La loi Bichet plaçait la presse au-delà d'une logique exclusivment commerciale (marketing), l'offre ne devant pas être déterminée par la demande.
    La contestation de la loi Bichet concerne ce que l'on appelle la réforme de l'assortiment. Elle touche la charge de travail des diffuseurs (points de vente), le marketing des titres et la diversité et le dynamisme de la presse française. Cela fait beaucoup. Observatoire remarquable de l'économie des médias, le débat sur la Loi Bichet secoue en cascade bien des traditions françaises qui font "l'exception culturelle". La législation française considère que la presse n'est pas un produit comme les autres : supprimer la Loi Bichet reviendrait sur ce principe directeur. Mais, dès lors qu'elle deviendrait un produit comme les autres, pourquoi maintenir les aides directes et indirectes sans lesquelles beaucoup de titres ne survivraient pas ? Comment concilier rigueur de gestion et respect des principes politiques ? Comment l'offre d'information et de divertissement présente et accessible sur le Web affecte-elle les moyens de satisfaire à cet impératif de diversité ?
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    Canal 20, un média à inventer

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    Canal+ lancera en fin d'année une chaîne nationale grand public. Si l'on n'en sait pas beaucoup plus, au moins peut-on que se réjouir d'un surcroît de diversité médiatique. Si Canal+ crée une chaîne originale, de qualité, les annonceurs seront présents : ils n'attendent que cela. Pour peu que l'on porte le regard au-delà des bizarreries du petit microcosme télévisuel français ("canal bonus", etc.), on peut escompter des effets positifs de ce lancement. Canal Plus a déjà prouvé qu'il savait réveiller un marché.

    Tout le secteur télévisuel pourra bénéficier d'une véritable innovation. L'image de la télévision en a besoin car elle pâtit de la concurrence du Web. A quelques exceptions près, les entreprises de média, et notamment de télévision, n'ont pas encore pu tirer profit du Web, traité simultanément en média "de complément" et en gadget technologique. Or Canal 20 sera lancée à un moment favorable : la couverture numérique du territoire s'achève tandis que la télévision connectée à Internet voit le jour, menée par des acteurs entreprenants et puissants : Google TV, Apple TV, HbbTV (dont Canal+ Group est partenaire), Amazon VOD. Canal 20 ou pas, le marché télévisuel n'échappera pas au défi de ces forces de conquête, porteuses d'innovations dans les programmes mais aussi dans la publicité. Une partie de la population s'éloigne de la télévision, les plus diplômés, les plus jeunes des plus actifs : Canal 20 peut les y ramener.

    Canal+ a maintenu, depuis plus de 20 ans, contre vents et marées, une fenêtre en clair avec publicité. Cette fenêtre promotionnelle a constitué un laboratoire publicitaire, parfois anticonformiste, souvent brillant. Canal 20 pourra profiter de cette expérience pour dynamiser le marché publicitaire, en secouer les pratiques un peu désuètes et stimuler les agences média. Touchant deux moments de la chronologie des médias, au début et à la fin, Canal+ pourra exploiter la synergie entre télévision payante et télévision gratuite, atout exclusif. Mais, surtout, Canal 20 pourrait inventer le nouveau média, né de la convergence sur un même écran, du Web et de la télé, et qui ne sera ni l'un ni l'autre. Un potentiel d'audience existe pour ce média différent, qu'il faut imaginer social comme Facebook, pratique comme Google et passionnant comme toute bonne télévision avec, toujours, en prime, la douce passivité, qu'un peu de culpabilité pimente.
    Cette fois, il ne s'agit plus pour Canal+ d'imiter HBO, dette des origines, revendiquée. C'est à Canal+ d'inventer car HBO, qui perd des abonnés, n'a pas encore imaginé la télévision de l'époque numérique.
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    lundi 28 mars 2011

    Remote controls

    Screenshot of  Google TV remote
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    In a TV household, the power is at the end of the remote control. The closest person to the remote is the TV boss. Google TV has published an app which transforms your smartphone into a remote control. It is available for your android phone as well as for your iPhone. Nice app. Backlight, voice command, etc. And everyone in the family can have his or her own. Another family war can start, the one who shoots first wins...

    Remotes are outdated: too many buttons. Confusing. Level zero when it comes to ergonomy. And there are also too many remotes for the same screen: for the TV set, the VCR, the DVR and the set-top box, (not to mention, for the panelists, a remote controlling the "people meter"). They are not always synced, contradict each other. It is a mess. Today's remote is a lost cause.

    To win what is described as the "living room battle", Netflix has managed to have a Netflix button installed on remotes operating Blue-ray disc players , Internet-connected TVs (Sharp, Sony, Toshiba), Boxee or Roku set-top boxes, etc. Netflix claims to have 250 "Netflix ready" devices. Comcast has released an iPad app and one for android devices. Subscribers can customize their TV listing (synchronized with the website).

    Demand side TV instead of supply side. In fact, the remote control as we know it cannot handle a TV market with hundreds of channels, VOD, teletext, DVD player, PVR, all kinds of consoles and, now, the Web. The so-called connected TV sets with Google TV, Apple TV or HbbTV interfaces are like a media marketplace; they need a browser, a search engine. Tablets and smartphones are the best solution, providing remotes and TV guides all at once. The viewers are getting used to this new kind of ergonomy. Nowadays, TV viewers are trained by the Web : they want to click, to personalize their homepage with apps, fling a file, save and share their favorites, they want to be localized, recognized (cookies !), they want to subscribe, unsubscribe... In 2008 Apple already published an app called "Remote", working via Wi-Fi, which uses iTunes to control music stored on a computer.
    From the Web to TV, we observe the progressive transfer of habits, of know-how, of habitus. In the mechanism of digital media inheritance, the Web seems to become the dominant gene, TV the recessive one (for the purist, think "allele" instead of "gene"). This approximative metaphor suggests that the Web is now the form in which TV appears.
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    samedi 19 mars 2011

    Copieurs ? Même pas...

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    Linéaire presse en région parisienne, vendredi 18 mars.
    Non, même pas copieurs ! Mais, s'abreuvant aux mêmes sources, disposant des mêmes réflexes professionnels, obéissant aux mêmes exigences, appliquant les mêmes règles de l'art journalistique, ils produisent le même produit. L'étonnant est que cela se produise si peu souvent.
    Le linéaire exhibe involontairement une sociologie en acte du journalisme (on pourrait allonger la liste : cf. Le Pélerin, etc.). Un travail socio-linguistique sur le discours journalistique, à un moment donné, montrerait-il les mêmes effets ? Sans doute.
    Voici de quoi débattre dans les écoles de journalisme, dont on fait comme si l'on pouvait en attendait qu'elles forment des journalismes innovants, originaux, insoumis, impertinents. Impossible. Les écoles de journalisme, comme toutes les écoles de pensée (écoles d'ingénieurs, écoles de commerce, de médecine, etc.), produisent surtout des pensées d'écoles, des disciples conformes. Journalisme Montessori ?
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    vendredi 18 mars 2011

    Politique des prix d'un quotidien : le NYT et son paywall

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    Mise en place d'une nouvelle politique des prix pour la lecture du New York Times (NYT) en ligne (tests en cours au Canada). Le quotidien offrira désormais 20 articles gratuits par mois, par lecteur. Au-delà, il faudra payer ou ne plus lire le NYT et aller chercher son information ailleurs (paywall). Lorsqu'ils atteindront la limite des 20 articles (un compteur est mis en place), les lecteurs seront invités à s'orienter dans une politique des prix compliquée, selon qu'ils sont abonnés par portage à l'édition papier, qu'ils sont abonnés sur e-reader (Kindle, Nook), qu'ils utilisent un smartphone, une tablette, etc. (cf. le FAQ du NYT)

    Comment interpréter cette politique des prix du point de vue des lecteurs ? Il leur faut gérer ce potentiel de 20 articles gratuits avec parcimonie, au compte-gouttes. Et, sur le Web, ne plus s'adresser au NYT pour glaner ou survoler n'importe quelle information banale, courante, qu'ils pourraient trouver ailleurs, partout. Il leur faut réserver ce potentiel aux articles exclusifs, originaux, indispensables.

    De facto, chaque lecteur est ainsi invité à se construire son NYT premium, sur mesure. La lecture du quotidien devient geste calculé. Finie la lecture en passant, "oisive" que stigmatisait Nietzsche. La politique des prix du quotidien en ligne engage une lecture gérée, voire pré-méditée. Pourquoi pas ? Elle induit un journalisme à deux vitesses et un nouveau type de contrat de lecture en ligne. D'un côté, un journalisme de papotage, de PR, de rapportage, financé par le contexte publicitaire ; de l'autre, un journalisme d'investigation et d'analyse, payé directement par le lecteur. Les deux lectures n'ont en commun que de compter, pour leur modèle économique, sur l'exploitation des cookies.
    Puis vient la lecture du troisième genre, au gré de twitts, de liens sur Facebook et de flux RSS. Celle-ci ne sera pas comptabilisée (sauf pour les moteurs de recherche). Cette lecture est donc encouragée et elle privilège les réseaux sociaux par rapport aux moteurs de recherche.
    Ensuite, il y a la lecture de la "Une", vitrine publique toujours libre d'accès sur la plupart des supports numériques. Et, enfin, la lecture des articles archivés (1923-1986).

    La nouvelle politique des prix du NYT s'avère, en acte, une théorie de la pratique de lecture à l'époque des supports  numériques. Cette théorie s'organise à première vue en couples de notions :
    • lecture choisie, délibérée / lecture de rencontre, du tout-venant (non trié, sans curation) ; 
    • articles exclusifs à valeur journalistique ajoutée / articles courants, banal (banalisé) ; 
    • lecture recommandée (par des pairs, des "amis", etc.)  / lecture trouvée au terme d'une recherche par mots clefs.
    Chaque lecture a son prix, son coût de transaction ; chacune aura son coût de production (feuille de temps pour les journalistes ?), son chiffre d'affaires, son taux de marge. Cette politique des prix précipite une comptabilité analytique de la lecture (au sens fort d'analytique, puisqu'elle provoque chez les lecteurs une décomposition des actes de lecture). Premiers pas pour une gestion non intuitive de la production et de la distribution de l'information.


    N.B. Parce que cela n'est pas neutre, épistémologiquement, mentionnons le cas de ceux (professionnels des médias, personnel politique, "patrons", chefs d'entreprise, etc.) qui ne paient pas leur information ("services de presse", notes de frais, abonnements gérés par des secrétaires etc.) : ils n'entreverront rien des effets de la politique des prix (gestes, coût, ergonomie), car, pour eux, tout information payante a l'air gratuite. Comme ils sont souvent ceux qui opinent à tout-va, mieux vaut être lucide quant à leur cécité structurelle.
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    dimanche 13 mars 2011

    Utilisation d'Internet au domicile : typologie pratique

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    L'INSEE publie des données issues d'une enquête d'avril 2010 en France (7 011 ménages) auprès des 15 ans et plus (Vincent Gombault, INSEE Première, N°1430, mars 2011). Nous nous en tiendrons pour l'exploitation secondaire de cette publication à la statistique d'utilisation d'Internet "tous les jours ou presque" et aux variables socio-démo qui la décrivent.
    Compte tenu des effectifs de l'enquête et des inévitables approximations dans les définitions qui président aux modalités de classement des réponses (actifs / inactifs, CSP, diplôme, etc.), nous proposons les conclusions suivantes :
    • les écarts hommes / femmes sont peu significatifs (81,5 %/ 75,7 %)
    • les écarts 15-59 ans sont peu significatifs (83,3%/ 75,1 %)
    • pour les emplois actifs (attention, beaucoup d'enquêtes classent les retraités dans leur dernière activité, les chômeurs dans le domaine où ils recherchent un emploi, etc.), 3 groupes peuvent être distingués
      • les "cadres et professions libérales" (91,9 %)
      • les professions intermédiaires (84,5 %)
      • les autres : artisans et commerçants, les employés et les ouvriers (entre 76 et 72,9 %)
    • La variable actif / inactif est discriminante (80,2 % pour les actifs, 76 % pour les chômeurs, 71,1 % pour les retraités)
    • la variable la plus discriminante est le diplôme qui recoupe et surdétermine la variable PCS (cf. supra) :
      • 65,4 % pour les sans diplôme
      • 74,6 % pour les études sans bac
      • 81,2 % pour le bac
      • 87,5 % pour un diplôme d'enseignement supérieur
    En pratique 
    • distinguer d'abord les actifs des inactifs, les usages des actifs étant accentués par la pratique professionnelle
    • toutes choses égales par ailleurs, rien ne discrimine mieux le diplôme, que dilate son extension, non mesurée, au "capital culturel"
    • pour les CSP 
      • 3 groupes se distinguent encore (les notions de CSP+ et de CSP++ sont-elles encore utiles?), la pratique professionnelle entérinant et accroissant sans doute les écarts observés au foyer entre chacun des groupes
      • classer les agriculteurs comme ouvriers, technicens, professions intermédiaires, cadres...
    • la pratique des "étudiants" doit être revalorisée par la prise en compte, ignorée par tant d'études, des usages sur le lieu de formation (formations initiale et continue, pendant la formation et pendant les pauses, etc.)
    • ignorer les usages des médias avant 15 ans est sans pertinence marketing pour les médias, et a fortiori pour le Web. Prendre en compte la population des usagers dès 12 ans, au moins, est indispensable du point de vue des annonceurs (on rougit pour la profession publicitaire d'avoir à rabâcher cette évidence) ; l'idéal, au stade du principe, est sans doute de se caler sur la norme européenne en télévision (4 ans et plus).
    Comme le note l'auteur de cette étude, Vincent Gombault, la "fracture numérique" s'estompe. En s'estompant, elle ne laisse au "socio-démo" qu'un pouvoir de discrimation et de ciblage limité mais déterminant. Dans ces conditions, passées deux ou trois variables structurantes, les modalités de ciblage issues de l'observation continue des comportements sont les plus raisonnables. 

    mercredi 9 mars 2011

    Audience TV et longue traîne en France

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    Couverture cumulée 4 semaines. Définition pour le "Médiamat Thematik" (Médiamétrie, France). Proportion de personnes de 4 ans et plus recevant la TV par câble, satellite direct ou ADSL ayant regardé une chaîne donnée au moins 10 secondes consécutives en direct (hors différé) en moyenne au cours de quatre semaines consécutives.
    Panel de 2 301 foyers (6 091 personnes). 107 chaînes étudiées. Population de référence : 33 millions de personnes recevant cette offre (58% de la population résidant en France métropolitaine). Période d'étude : 30 août 2010 -13 février 2011.
    Source : Médiamétrie, mars 2011. Traitement MM.
    Chaque bâton de l'histogramme représente une chaîne. La première est TF1.

    N.B. Cet univers ne prend pas en compte la totalité du marché TV reçu en France : manquent les chaînes en langues étrangères, les chaînes frontalières, France 24, les stations régionales, etc. Ceci représente sans doute au moins une autre centaine de chaînes et prolongerait d'autant cette déjà longue traîne.

    Malgré toutes les différences de méthodologie, peut-on estimer qu'avec respectivement 23 et 16 millions de visiteurs uniques (Source : comScore Video Metrix, France, Visiteurs Uniques, 15 ans et plus, septembre 2009), YouTube et Dailymotion se situeraient désormais parmi les toutes premières chaînes d'un tel univers télévisuel ? Facebook avec près de 10 millions de V.U. ne ferait pas mauvaise figure non plus. Voilà qui laisse présager de ce que donnerait un GRP unique, TV et Internet. D'autant que comScore ne prend pas en compte l'audience la plus jeune (4+ pour la TV / 15+ pour Internet) et que cette statistique date de 18 mois  pour Internet (septembre 2009).
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    mardi 8 mars 2011

    Innovations presse : formats poche

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    Linéaire presse féminine et présentoir Madame Figaro
    La presse fait évoluer ses formats. Un  rétrécissement s'observe depuis plusieurs années. Recherche d'économie, réduction de l'encombrement. Exigence de portabilité surtout dont le numérique n'a pas le monopole. The Independant, le quotidien anglais, publie une édition concentrée sur l'essentiel, dont a été émondé l'inutile people ("no celeb gossip nonsense") : "I, the essential daily briefing". Journal bon marché, dense (20 pages), maniable : "concise quality newspaper". Et si le changement de format constituait une innovation décisive ?
    • Une soixantaine de magazines français, principalement des féminins, proposent déjà deux formats sur les linéaires : un format traditionnel et un format "poche". Format sac à main ?
    • La presse quotidenne aussi passe à des formats plus restreints (berlinois, tabloïd), plus commodes pour des lectures mobiles (transports), moins chers aussi que les grands formats (broadsheet). 
    Cette semaine, dans les points de vente français, deux innovations en termes de formats :
    • L'Express Grand format, à longue périodicité (trimestriel) déclare couvrir l'histoire au présent avec des "images" (6,5 €). 
    • Madame Figaro met en vente une version "pocket" avec dos carré. Double évolution du titre qui, en même temps qu'il propose un nouveau format, s'évade du package de fin de semaine (4 titres) : ce nouveau magazine sera mis en vente toute la semaine (sortie le vendredi, 1 € au lancement, 1,3 € ensuite). Pour cette cible et ce contenu, une telle innovation est peut être plus décisive qu'un site Internet. A suivre. Commodité, portabilité. Un titre qui se range plus facilement et dont l'espérance de vie sera sans doute étendue au délà de son rythme hebdomadaire. Qu'en disent les annonceurs ?

    lundi 7 mars 2011

    Tournoi d'émissions sur Hulu

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     "What is the best show on TV?". Pour la deuxième année, Hulu, le service de VOD américain, organise un tournoi des séries qui se déroulera sur cinq semaines : "Best in Show". Au départ, 32 séries sélectionnées, la moitié d'entre elles seront éliminées à chaque tour. Finale le 1er avril.
    En 2010, la finale opposa "Lost" aux "Simpsons". "Lost" l'emporta avec 66% des suffrages.

    Propagation de la culture "sportive" avec éliminatoires et "kick off", statistiques et commentateurs, comme format d'émissions : du sport à la chanson, du cinéma à la musique ("Victoires" !), de l'orthographe ("spelling bees", cf. le film "Sepllbound", 2002) aux chiens (cf. justement, le film, "Best in Show", 2000) puis aux people, au jeu vidéo, jusqu'où ? Et tout cela se dispute et s'achève dans des votes sur les goûts et les couleurs... La contamination de la vie politique par ce cirque ne rassure pas.
    Dans la foulée, ce traitement des produits culturels génère et inculque des catégorisations "populaires" que reprennent les classements de l'offre (folksonomies / taxonomies de la VOD), les itinéraires (algos) de choix...
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    samedi 5 mars 2011

    Wikileaks : malaise dans l'information

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    Wikileaks est un des événements majeurs de l'information et de la vie politique. Passé le scandale, la presse finalement s'est emparée des "révélations" de ce qui était caché par des gouvernements pour en publier de "bonnes feuilles".
    La question qu'impose Wikileaks aux médias d'information n'est pas tant celle de la "révélation" que celle de ce qui est caché, tant celle des contenus que de la pratique politique et administrative. Nous nous sommes habitués à vivre les Républiques et la démocratie sur le mode de la monarchie et du secret. People et vie de cour d'un côté, secrets de l'autre, deux faces d'une même pièce. L'une montre pour mieux détourner l'attention de ce qu'il faut cacher.
    Wikileaks révèle que la presse assure mal le travail ordinaire de dévoilement (l'un des noms de la vérité), se satisfaisant trop souvent de publier, et gloser, au mieux, ce qu'on lui demande de "communiquer" (on, c'est à dire une entreprise, une administration, un éditeur, un parti, un Etat, etc.).
    Le communiqué de presse nourrit les médias, souvent repris sans critique, il s'apparente au people en tant qu'exhibition et leurre, selon le principe de la prestidigitation : distraire, atirer l'attention ailleurs. Rappelons qu'en France les dépenses des entreprises en relations publiques s'élèvent au double de celles réalisées en radio et la moitié de celles effectuées en télévision (Source : France Pub / IREP pour 2009). La fuite (leak) est le contraire de l'information et de la transparence, le symptôme inespéré d'une maladie politique.
    La réaction à la révélation de dossiers par un fonctionnaire d'une collectivité locale (Bouches-du-Rhône, Marseille) en dit long sur le fonctionnement a priori secret de nos administrations et le prétexte d'un "devoir de réserve" dévoyé) pour maintenir des secrets qui n'ont rien à voir ni avec ceux des affaires, ni avec la sécurité. La démocratie impose au contraire un devoir de transparence à la chose publique (res publica) qui par définition n'est justement pas la chose privée de gouvernements ou d'administration.

    N.B. La bataille livrée en Egypte pour les achives de la police d'Etat (SSI) est une illustration récente de la relation entre transparence et démocratie (cf. l'accès difficle des historiens aux archives dans les pays de l'ex. boc soviétique).
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    jeudi 3 mars 2011

    Digital GRP : contact et capping

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    La vidéo généralise sa présence sur le Web. Le haut débit le permet, les détenteurs de programme y distribuent de plus en plus d'émissions : des marques vidéo nouvelles se constituent sur Internet (Boxee, Hulu,Vudu, Netflix, Amazon, YouTube, etc.). La mobilité va dynamiser ce marché : ainsi, par exemple, Cablevision, opérateur du câble à New York, propose toute son offre TV sur iPad.
    Partout, le marché publicitaire s'interroge (Facebook, Procter and Gamble, Starcom, par exemple) : faut-il comme en télévision produire et utiliser un GRP numérique (digital GRP) comparable au GRP TV et ainsi faciliter l'utilisation cohérente de l'un et l'autre support pour établir sans difficulté des plans mixtes ? Avant d'en arriver là, objectif raisonnable, il faudra résoudre, de manière consensuelle, plusieurs problèmes d'uniformisation des méthodes de mesure. En effet, il importe que le comptage sur Internet s’effectue selon des principes aussi  équivalents que possible à ceux, plus ou moins arbitraires, que suit le comptage des GRP en télévision. Il faut notamment que les principes de calcul retenus pour le GRP numérique ne produisent pas moins ou plus de GRP que la télévision, toutes choses égales par ailleurs. Evoquons, pour commencer, deux de ces problèmes.
    1. Premier problème : la définition du contact. En télévision, elle est plutôt laxiste ; un contact est égal à une Occasion De Voir (ODV) : être présent dans la pièce où se trouve le téléviseur quand le message est diffusé, déclaration de panéliste, non vérifiable. Quel sera l'équivalent qui ne pénalisera pas le Web ? Que le visionnement du message ait été déclenché, qu'il soit diffusé dans la partie visible de l'écran ? Cette définition du contact, plus stricte, génère moins de GRP mais elle est aussi plus rassurante pour l'annonceur.
    2. Second problème : le capping. 
      1. Sur le Web, le capping est la limitation stricte, via le serveur, du nombre de contacts d'un internaute avec un message publicitaire donné (i.e. répétition), pour une durée de campagne donnée ; ce nombre maximum de contacts est défini par l'annonceur et peut être ajusté, en cours de campagne, sur des critères d'efficacité observée (taux de transformation, par exemple).  
      2. La télévision ne pratique pas le capping ; toutefois, l’optimisation (ex ante), qui tend à resserrer l’histogramme de distribution des contacts autour de la classe de contacts considérée comme efficace (répétition =3, par exemple) s'y apparente. Les contacts TV les plus dispersés sont moins utiles, soit insuffisants (<<3), soit redondants (>>3). La répétition est constatée (ex post). Par construction, le Web "manque" donc tous ces contacts moins "utiles", notamment réalisés au-delà du capping. Le capping réduit la répétition, donc le GRP, ne gardant que la « répétition utile » (« effective frequency »).
      3. Le capping recourt à des cookies. Si l'internaute refuse ou détruit les cookies, s'il utilise plusieurs navigateurs, plusieurs plateformes, il altère le comptage des GRP, convertissant de la répétition en couverture, réduisant la première et augmentant indûment la seconde (Cf. comScore en Australie d’une part et l’audit de Mediamind par le MRC, d’autre part).
    Le GRP que pratique la télévision commerciale est un indicateur reconnu d'audience et d'accumulation de capital de marque (branding). Que peut-il apporter à la vidéo et au rich média distribués sur le Web, qui déjà apportent une évaluation, qu'ignore le GRP, des actions déclenchées par une campagne (lead, transfo, etc.) ? Ou s'agit-il seulement de réaliser une monnaie commune favorisant  la coopération TV / Internet pour la vidéo ? Dans l'hypothèse d'une campagne mixte, l'annonceur peut espérer disposer, en plus d'un bilan global GRP, un bilan en termes d'actions que seul le Web peut proposer.

    Suiveur de regards et "eye tracking"

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    Lenovo présente, avec Tobii Technology, un ordinateur qui se commande du regard, qui obéit à l'oeil. Le public visé serait en priorité celui de personnes handicapées qui ne peuvent utiliser le clavier ou la souris, outils qui obéissent au doigt. Au-delà de ce public premier, c'est sans doute le grand public qui est visé. N'oublions pas que la télécommande et la souris, déjà, ont été mises au point pour résoudre les problèmes d'usage du téléviseur et de l'ordinateur par des publics handicapés.
    Et comme la technologie mise en oeuvre est du type suiveur de regard (seguimiento de la mirada, expressions tout de même plus romantiques que celle de "eye tracking"), des applications ou produits dérivés pour la compréhension des comportements de consommation visuelle (perception) des médias ne sont pas improbables... L'analyse automatique des mouvements oculaires (saccade, vergence, fixation, amorçage sémantique, empan perceptif, etc.) est peut-être la prochaine direction de l'évaluation des comportements de consommation des médias (lecture, etc.), surtout si, comme on le croit, la relation entre gestes visuels et opérations cognitives est forte.
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    Journalisme, Maghreb et Proche Orient

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    De tous les médias, celui qui l'emporte dans la couverture des révoltes populaires, c'est la chaîne arabophone Al-Jazeerah. Elle l'a emporté en notoriété, en réputation. Grâce à ce succès, la chaîne peut négocier sa distribution par les principaux câblo-opérateurs américains, Comcast, Time Warner Cable, Cablevision. Elle  n'était jusqu'à présent reprise que par le petit réseau de Burlington (Vermont) où sa présence était contestée parce qu'anti-américaine et anti-isreaélienne. La chaîne a également lancé deux chaînes sur YouTube, en arabe et en anglais.
    Al-Jazeerah tire profit de sa meilleure connaissance du terrain : ses journalistes parlent arabe, connaissent les cultures politiques des pays concernés. En fait, ce n'est pas tant la présence extra-ordinaire dans les pays en crise - à quoi revoie l'image romantique du correspondant de guerre (Hemingway, etc.), déguisé en soldat, "parachuté", sautant sur l'événement - que la présence ordinaire qui permet de comprendre et d'expliquer.
    Les médias traditionnels occidentaux paient leur complicité avec les gouvernements, leur méconnaissance des terrains, des langues, des cultures, journalisme d'envoyé spécial, journalisme d'événement. Al-Jazeerah rappelle que la star, c'est la population pas le journaliste. Quant aux réseaux sociaux, leur rôle dans l'information ne doit pas être confondu avec leur rôle éventuel dans l'agitation politique. Ils attirent l'attention, animent des groupes comme l'ont fait autrefois les tracts, les affiches, la presse militante. L'information résulte d'une vérification des faits et de leur interprétation. Al-Jazeerah n'échappe pas à cette interrogation en établissant un tableau de bord de l'acitivité sur Twitter.
    Le journalisme doit s'inspirer aussi de l'Ecole des Annales, associer le temps long à l'événement, mais aussi de l'épistémologie sociologique pour interroger les "faits" dont on ne dira jamais assez qu'ils sont "faits" (comment, par qui). Ce qui pose la question du métier de journaliste, de la formation de journaliste et surtout de sa fonction, pédagogique ou démagogique, expliquer ou plaire. Voyez Montaigne : "Et les bons historiens fuient comme une eau dormante ou une mer morte les narrations étales, pour retourner aux séditions, aux gueres où ils savent que nous les appelons" (Essais, III, 12).
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    lundi 28 février 2011

    Guide TV toujours



    Le programme des émissions de télévision demeure un argument de vente pour la presse quotidienne. D'ailleurs, du people aux programmes, une grande partie de la presse imprimée se nourrit de télévision.
    Aujourd'hui en France (quotidien national du groupe Amaury, version dé-régionalisée du Parisien, Diffusion Payée France, 170 000 exemplaires) a lancé son guide télévision qui sera publié chaque samedi, inséré dans le journal. Présenté comme "supplément gratuit", il donne les programmes de la semaine qui commence le dimanche suivant : 4 pages people, 3 pages de jeux, 2 pages de pub (dont 1 pour une chaîne TV).

    Observons l'analyse que la rédaction effectue en acte de l'offre "populaire" de télévision, telle que l'objective sa présentation des programmes :
    • Page synoptique des programmes de prime time de la semaine (p. 20) : les 6 chaînes historiques ((TF1, F2, F3, C+, ARTE /F5, M6)
    • Chaque jour :
      • En première ligne, 8 chaînes : les 7 chaînes "historiques" plus TMC
      • En seconde ligne, 7 chaînes TNT : Direct8, Direct Star, W9, NT1, F4, NRJ, Gulli
      • En encadré minuscule, 2 chaînes de type info, iTV, BFM et les chaînes parlementaires
      • En encadré, 14 chaînes câble et satellite...
      • Le reste (dont les chaînes en langues étrangères, LCI et France Ô) est rejeté aux ténèbres extérieures, livré à l'enfer du zapping et au guide de programme électronique.
    Tout est dit par ce classement, y compris les audiences. Guide TV pour médiaplanners ?.
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    Diplomatie par temps numériques

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    Internet transforme la communication. A force d'être obnubilés par les médias traditionnels, qui, en comparaison, ne vont pas si mal, on en oublierait de regarder là où le numérique fait mal, radicalement, définitivement : l'organisation et la gestion politiques, l'éducation, l'administration, entre autres. Par exemple, la diplomatie.

    Après les révélations de Wikileaks, les transformations politiques en cours dans le Maghreb et le Moyen-Orient offrent le spectacle navrant, honteux parfois, de l'inefficacité et des errements des activités diplomatiques. Faillite lisible ces jours-ci dans la plupart des médias.

    Faut-il encore entretenir des représentations politiques croisées en des centaines de pays, y compris les pays européens ? Faut-il y maintenir les complicités et les connivences que cela implique nécessairement avec des dictatures, pourrissantes ou triomphantes ? Ce système régalien, avec ses protocoles archaïques et son théâtre, est cher, contre-productif et compromettant.
    Internet, Web et télécoms autorisent une communication politique directe, complète, continue, multimédia, agile et transparente. Partage de documents, collaboration en ligne, assistance langagière (interprétation et traduction), archivage, classement : dans les entreprises, ceux qui gèrent des activités internationales savent travailler avec ces moyens.

    L'influence de la France dans le monde n'est pas celle de ses ambassades : c'est celle de ces laboratoires, de ses entreprises, de ses produits, de ses armées, de ses lois ("des arts, des armes et des lois" !).
    Quels outils de travail pour "l'action extérieure de l'Etat" à l'époque d'Internet ? Avec la mondialisation, est-il encore une action politique, économique qui ne soit extérieure, et, à tout le moins, européenne ?
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    vendredi 25 février 2011

    Le Canard : notre wikileaks hebdo

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    On ne lit jamais d'assez près le Canard Enchaîné. C'est l'un des antidotes à l'ingestion chronique de célébrations, au détournement d'attention qui nous assiège. On a beau lire, veiller, mettre en place des alertes, explorer les tweets, s'abonner à des flux RSS... chaque semaine, la lecture du Canard indique ce qui a échappé à notre enquête constante sur l'actualité des médias. Le Canard, c'est le contrepoint de l'info, c'est ce qui manque à l'info pour être de l'info. C'est l'indication de la censure du champ médiatique par lui-même.
    Cette semaine, par exemple, et je n'épingle que quelques cas, et m'en tiens à ce qui est explicitement média :
    • sur le Wimax (p. 4)
    • une collecte de fonds patronaux pour la création de "grands médias catholiques", dont une plateforme Internet p. 4
    • le retrait d'une affiche écolo du métro (p. 5)
    • la recension d'une biographie de journaliste collabo (Jean Fontenoy) p. 8.
    • la recension d'un docu consacré à Justin Bieber ("Never Say Never") p. 6
    • Facebook et "fesses boutées" p. 8
    Et la rubrique hebdomadaire "Canard +", p. 7.

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    samedi 19 février 2011

    Plus belle la vie (PBLV), média total

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    Magazine lancé en janvier comme hors-série du guide de programmes TV Télé-Loisirs (Prisma / Bertelsmann). Prix facial : 4 €, pour 116 pages. La mise en place du premier numéro, déclarée par l'éditeur, est de 200 000 exemplaires. Distribution par Presstalis, placé en pile dans le linéaire "Télévision", à côté de Télé-Loisirs. Peu de promotion, juste un peu de PLV ; vendu comme "collector".

    Le magazine est consacré à l'émission diffusée du lundi au vendredi sur FR3 où elle réunit en plein prime time (20H10), en face des journaux de Farnce 2 et TF1, plus de cinq millions de téléspectateurs qui regardent vivre les habitants du Mistral, quartier imaginaire de Marseille (où l'émission est tournée), avec sa prison, son commissariat, son bistro, son parc... L'émission co-produite par Telfrance et Rendez-vous Production, a été lancée en été 2004. Elle est diffusée aussi sur France 4 en access (17h05), en Belgique (ladeux), en Suisse (TSR 1) et en Tunisie (Nessma TV) ; l'émission est également accessible en VOD et en DVD. Au total, déjà plus de 1 800 épisodes.
    L'émission est servie par de nombreux produits dérivés :
    • des livres (les romans du feuilleton, une BD, un livre de cuisine, un livre documentaire), 
    • un jeu de société, des jeux vidéo, des CD, une appli de jeux pour iPhone (0,79€) 
    • un mensuel (avec DVD) qui a cessé sa diffusion en décembre 2010 et que remplace ce nouveau magazine, 
    • un site officiel avec une boutique en ligne, et aussi un site "non officiel" de fans, un site pour les fans belges, une présence sur Facebook, sur Twitter, etc
    • des T-Shirts, des mugs, des casquettes, etc. et même un scooter aux couleurs de l'émission, MIO (Sym) ! 
    Ce magazine est un exemple presque idéal-typique d'un média de médias. Le cinéma, la télévision sont grandes pourvoyeuses de contenus pour la presse, qui la reflète et dont elle profite, non sans hyprocrisie : sans télévision, pas de people ! Avec ce feuilleton, sorte de sitcom / soap opera (du genre "All in the Family"), les téléspectateurs regardent vivre des familles dans leur quotidien. On n'est jamais loin du roman-photo. Avec son audience régulière, ce format se prète bien à un prolongement magazine. Comme le site, le magazine fait voir le hors-champ sans trop céder à la tentation de la distanciation. Making-of, "stars des coulisses", etc.
    La mise en page du magazine emprunte aux habitudes des réseaux sociaux (cf. "le mur Facebook du Mistral" où l'on s'exprime en termes de SMS). Un peu de déco, des pages cuisine, musique / cinéma, des tests prospectifs, mots flêchés et sudoku, horoscope. Rien ne manque, sauf la publicité. Ce premier numéro n'en comporte, et s'en tient à des promotions des titres du groupe Prisma.

    Cet ensemble médiatique invite à reconsidérer les classifications des médias. Au centre, il y a une émission qui imite la vie, quotidienne, et attire des millions de téléspectateurs. Autour de ce média, circulent des médias ancillaires, multiplicateurs d'images et instigateurs d'usages, prolongeant et amplifiant l'émission par tous les sens (lecture, vidéo, musique, objets) et enfin, s'entretissant, les outils numériques redoublent l'ensemble, invitent à l'action (fans, personnalisation, achats). "Plus belle la vie" peut être qualifié de média total, pluridimensionel, en détournant, mais pas tant que cela, la notion de "fait social total" (Marcel Mauss : fait "où s'expriment à la fois et d'un coup toutes les institutions"). On gagnerait à l'appréhender dans sa totalité, tant au plan de la production que de la consommation et de ses usages publicitaires (médiaplanning, mesure d'efficacité).
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    vendredi 18 février 2011

    La radio se mesure au téléphone

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    La mesure de la radio peut s'affranchir des enquêtes déclaratives en recourant au téléphone portable (3G).
    C'est ce que teste Ipsos MediaCT avec le MediaCell à Londres, aux Etats-Unis et en Italie. MediaCell recourt à la technique des "false echoes" insérés dans le signal radio (techniquede type watermarking : signal non audible).
    Aux Etats-Unis, Arbitron recourt au Portable People Meter (PPM), appareil qui reconnaît un élément de code inséré par la station dans le signal et enregistre les consommations des panélistes acceptant de garder sur eux ou proche d'eux cet appareil, dans tous les instants de leur vie. Que ce PPM puisse être avantageusement remplacé par un téléphone portable semble évident et les tests effectués par Arbitron sont positifs ; pourtant, plusieurs objections techniques sont évoquées :
    • La fiabilité inégale des micros des smartphones : leurs micros doivent être assez sensibles pour reconnaître sans erreur le signal radio capté là où se trouve le panéliste et l'affecter à la bonne station, 
    • L'espérance de vie  trop brève de la batterie.
    Ces améliorations techniques, importantes assurément, étant mises en oeuvre, trois questions resteront entières qu'il importe d'autant plus de noter que ces deux méthodes s'étendent à la mesure de l'audience TV (profitant des économies d'échelle abaissant les coûts unitaires : un seul panel pour deux médias).
    • La pénétration encore insuffisante des smartphones. 
    • Le problème du recrutement des panels. Les difficultés rencontrées aux Etats-Unis par Arbitron pour faire accréditer le PPM par le MRC tiennent aux difficultés de recrutement des panels.
    • La définition nouvelle de l'audience qu'induit ce type mesure est plus large que celle des enquêtes déclaratives. L'audience mesurée au terme d'une enquête téléphonique ou par carnet d'écoute, sut une définition essentiellement consciente, choisie de l'écoute. En revanche, l'audience mesurée par le PPM et par toute enquête passive, résulte d'une définition de facto plus large, incluant l'audience non consciente, non choisie (radio entendue dans un taxi, dans un bistrot, etc.).
    • fin, il restera encore à prendre en compte l'audience de la radio avec les téléphones portables (dont applis), et avec les ordinateurs.

    mardi 15 février 2011

    Supply-side journalism


    Tackable crowdsources parts of its reporting, asking readers to provide photos via cell phones. Photo assignments for 34 newspapers from the San-Francisco Bay Area. People can see these assignments on a map (see the explanation in this YouTube clip) published by an app from Tackable.

    The platform hopes to attract amateur photographers who look to share in an event, with perhaps a slight incentive. The photos are rights-free and can be used by the newspapers.
    Sounds a lot like Foursquare, except it is the newspapers which take the initiative (demand-side).

    A new economic model for the press: lots of free labor, geographically distributed and very involved.


    lundi 14 février 2011

    Mesure des audiences et cookies

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    Le serveur de publicité (adserver) de Mediamind (ex. Eyeblaster) vient d'être accrédité par le MRC (Media Rating Council, équivalent américain du CESP) pour son estimation du nombre de visiteurs uniques (couverture) et sa fréquence moyenne (répétition moyenne). Cet audit s'étend aux messages publicitaires rich media et vidéo (cf. communiqué de presse).
    Les données "données" par Mediamind, et auditées, prennent en compte les effets du rejet ou de la suppression éventuels de cookies par les internautes, les effets des dates d'expiration, des différents types de cookies, de la multiplication des navigateurs sur un même ordinateur, etc. Redressements, modélisation, ajustement ? A voir, de près.
    Cette accréditation constitue un événement pour la mesure de la fréquentation du Web, elle renforce la pertinence des mesures sur sites (site centric) en apportant des réponses aux objections courantes. Elle est d'autant plus importante que divers modes de suppression des cookies sont désormais proposés par les navigateurs et par les sites mêmes, sans que l'on sache ce que font les internautes (cf. les débats autour du "Do not track", de la FTC).
    On ne peut s'en tenir sans examen aux évaluation non accréditées de comScore (par exemple) qui affirme que, du fait de la suppression des cookies, les mesures site centric inflatent les audiences (de 2 à 3 fois, selon une étude comScore menée en Australie). Selon cette étude, la couverture serait surestimée 5 à 6 fois par les serveurs de publicité du fait du recours aux cookies ; la répétition serait sous-estimée dans un même rapport. Les taux de transformations seraient également sous-estimés.

    Cette "première" américaine MRC / Mediamind invite l'inter-profession à poursuivre et approfondir le travail entrepris. Deux types d'initiatives pourraient rendre service aux annonceurs, aux agences média :
    • Un examen scientifique et technique des méthodologies mises en oeuvre respectivement par Mediamind et par l'audit présidant à l'accréditation du MRC. On ne peut se fier a priori à un "algorithme mathématique sophistiqué" sans vérifier ses effets à partir de montages et de simulations en labo.
    • Des travaux statuant sur le taux d'effacement ou d'évitement des cookies (selon le type de cookies, etc.) permettant de proposer une mesure opérationnelle et continue des audiences des sites, concurrente de celle des panels qui pèchent par d'autres biais (cf. le web sans mesure hors domicile). 
    • La confrontation des mesures et le libre examen des méthodologies (transparence) ne peuvent être que salutaires au développement et à la rationalisation du marché publicitaire. La possibilité de recourir à deux méthodologies de cadrage publicitaire peut abattre des barrières à l'entrée dans le marché des plus petits acteurs du Web et améliorer l'efficience du marché publicitaire.

    dimanche 13 février 2011

    Borders empêtré dans la transition numérique

    b.
    Borders est, avec Barnes and Noble, l'une des grandes chaînes de librairies américaines ;  incapable de refinancer sa dette, elle est en dépôt de bilan (Chapter 11). Résultat d'une accumulation d'incompétences des directions et de mauvais choix (exportation, gestion financière, immobilière, etc.) ; en période de transition, ces incompétences ne pardonnent pas.
    Constituée dans les années 1970 à partir de Ann Arbor (Michigan), Borders a compté plus de 1 200 librairies ; aujourd'hui, elle en compte 509 grandes et 169 petites (dans les aéroports, etc.) passant de 35 000 à moins de 20 000 employés, et sans doute moins à l'avenir (on parle de la suppression de un tiers des magasins et de 6 000 emplois).
    Storytime et Wi-fi dans une librairie Borders (Waterford, Connecticut)
    Cet effondrement constitue un cas édifiant de passage mal piloté d'une économie matérielle à une économie partiellement numérique.
    Entre autres erreurs de Borders, la plus incroyable aujourd'hui, est d'avoir confié ses activités numériques à Amazon en avril 2001, pour ne les reprendre qu'en 2008. Pendant ce temps, la concurrence développait des lecteurs électroniques (e-reader) : Amazon, le Kindle (2007) et Barnes and Noble, le Nook (2009). Depuis Borders a passé un accord avec Kobo pour la distribution d'un e-reader et de e-books. Le retard de Borders suite à cette malheureuse décision ne se rattrapera pas aisément.


    Mise à jour octobre 2011
    Après le dépôt de bilan de Borders, ses activités numériques ont été rachetées par Barnes and Noble pour 13,9 millions de dollars : le site Web, les activités Twitter et Facebook, et le fichier clients.


    Bien sûr, on évoque les effets des transformations technologiques, comme pour le marché de la musique et de la vidéo. Mais ces effets sont sur-déterminés par d'autres aspects propres à la librairie :
    • Le déclin des outils traditionnels de la culture scolaire (dictionnaires, encyclopédies) ;
    • Le prix de livres dont on ne comprend pas qu'ils ne soient pas publiés immédiatement en livres de poche (paperback) pour attirer le très grand public ;
    • Des partenaires (édition) et des prescripteurs (enseignants, presse) souvent conservateurs freinent l'évolution numérique ;
    • Un urbanisme commercial mal adapté. La plupart des petites librairies se contentent d'offrir des best-sellers au grand public et se diversifient dans les gadgets. Les acheteurs plus exigeants demandent une offre plus large (les grandes surfaces de type Borders et Barnes and Noble ont 100 à 170 000 titres en stock). Ne trouvant pas ce qu'ils cherchent, les clients se tournent vers la vente par correspondance, Amazon (plus de 2,5 millions de titres), Barnes and Noble (plus d'un million de titres) mais aussi vers de nombreuses petites librairies spécialisées).
    Aux Etats-Unis, ces grandes librairies font tout ce qui est possible pour attirer et retenir la clientèle, et notamment la clientèle familiale ; elles offrent des coins confortables pour lire (certains clients les utilisent comme des bibliothèques), des connections Wi-Fi, des sections adaptées aux jeunes enfants et aux parents, des animations (conférences d'auteurs, lectures pour enfants), de vastes linéaires presse, des sections musique (CD) et vidéo (DVD), de la papeterie (calendriers, posters, cartes de voeux, etc.), un rayon scolaire (required readings) et des toilettes propres avec un endroit pour changer les bébés. Le système de commandes est efficace (on peut commander pour voir, sans obligation, recevoir les livres achetés dans la librairie ou à domicile). On y trouve un coin café avec boissons, sandwichs, pâtisseries (accord Starbucks / Borders). Tout traduit la volonté de reconstituer des lieux de vie accueillants (cosy), une ambiance propice à la lecture, à la rencontre, à la flânerie dans les rayons, favorable à l'achat. Il y a un public pour cela.
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    samedi 12 février 2011

    Le Web sans mesure hors domicile

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    Certaines enquêtes de mesure des audiences du Web appliquent à ce média les principes et les habitudes prises depuis des décennies avec le télévision : enregistrer les comportements de fréquentation des sites Web par des panels d'Internaute depuis les ordinateurs de leur domicile.
    Connection au Web dans les entreprises
    Apprécier selon la même méthode l'audience hors domicile (entreprises, établissements scolaires et universitaires) est une autre histoire. Comment panéliser des internautes sur leur lieu de travail ? Tout travaille contre : les DSI des entreprises, garantes de la sécurité des réseaux de l'entreprise refusent les installations de logiciels ou de barres d'outils remontant des informations sur l'activité dans l'entreprise. De leur côté, employés, enseignants et étudiants sont réticents, par principe, à laisser observer leur consommation.
    Quant à disposer des comportements de fréquentation d'Internet pour une même personne au domicile et dans son entreprise (privée ou publique) ou à l'université, et les conjuguer, c'est mission bien difficile. Et en plus de tout cela, il faut satisfaire aux contraintes de représentativité énoncées par les études de cadrage (types et tailles d'entreprises, secteurs d'activité, fonction occupée dans l'entreprise, ancienneté, etc., et variables socio-démographiques habituelles).

    L'utilisation du Web et d'Internet hors domicile ne cesse de progresser, et il est probable qu'elle est déjà supérieure à la consommation au domicile. L'"Enquête sur les technologies de l'information et de la communication et le commerce électronique" menée en France par l'INSEE permet d'approcher l'ampleur de la consommation du Web dans l'entreprise (Insee Résultats N°52 Economie - février 2011). Il apparaît que plus de la moitié des personnes dans les entreprises de plus de 10 salariés utilisent régulièrement un ordinateur connecté à Internet (France métropolitaine, en 2009). Dans plus de 90% des cas, il s'agit d'une connection haut débit. A une enquête en ligne d'OpinionWay (CAWI, 1 154 salariés du privé et du public) pour les Editions Tissot, 45% des salariés et en particulier 78% des cadres déclarent consulter Internet à titre privé pendant les heures de travail.
    Dans ces conditions, qui ne feront que s'amplifier, on ne voit pas comment un panel pourrait rendre compte des fréquentations d'Internet et du web au travail, a fortiori distinguer les usages privés des usages professionnels. Or il est vraisemblable que cette fréquentation sur le lieu de travail représente pour la plupart des personnes actives la majeure partie de leur fréquentation du Web. Quant à l'université, la fréquentation d'Internet par les étudiants est proche de 100%. Et, bien sûr, pour ne rien simplifier, Web mobile et immobile se mélangent constamment, tant pour les populations de cadres que d'étudiants.

    Un tel déficit de connaissance sous-estime assurément l'importance du Web ; et il est certain qu'il affecte, à la baisse, son utilisation publicitaire.
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    mercredi 9 février 2011

    Super Bowl: Greeen Bay, Wisconsin

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    Les Packers ont gagné le Superbowl. Green Bay, DMA 70. Ce pays de forêts, de neige et de lacs n'est guère connu, hors du Midwest, que par son équipe de football, crée en 1919, du temps des "small town teams". Elle a gagné les deux premiers Super Bowl (1967, 1968). Cette quatrième victoire représente une formidable promotion pour cette région agricole vouée au tourisme (pêche, chasse, sports de neige, randonnée) et à l'industrie du bois. Marquette, Eau-Claire, Marinette, Fond-du-Lac, beaucoup de noms rappellent la présence de commerçants français dès le 17ème siècle. Si la région est connue pour les cranberries et le sirop d'érable, ingrédients essentiels de la gastronomie américaine, sur les plaques d'immatriculation du Wisconsin, on vante l'America's Dairy Land ; d'ailleurs, l'emblème des Packers est un "cheesehead hat".

    Blouson des Packers
    Ce 45ème Super Bowl diffusé par le network Fox améliore le record de l'audience : 111 millions de téléspectateurs en moyenne (source : Nielsen), 163 millions de personnes ayant regardé un moment quelconque du match (audience cumulée TV). C'est une victoire de la télévision grand public alors que l'on ne parle que VOD, Internet, smartphones et délinéarisation. C'est une victoire de l'événement télévisuel, puisque presque un foyer sur deux a regardé le match à la télévision (46% mais ce taux était de 49% en 1996). Moindre pénétration mesurée, mais sans doute le match a-t-il été regardé sur des supports non pris en compte dans le panel audimétrique (Web, différé, bars, etc.).

    Cette édition confirme qu'il n'y a pas de concurrence Web / TV mais des complémentarités plus ou moins complexes, plus ou moins maîtrisées, des synergies concernant aussi bien les programmes que la publicité. On a beau le savoir depuis des années, cet événement le rappelle avec éclat. L'important est justement la construction artificielle d'un événement sportif et publicitaire et son amplification par tous les médias. La télévision est au coeur du dispositif pluri-média, elle est la résultante de toutes les forces en jeu. Internet et les réseaux sociaux ont sans doute contribué largement à cette audience télévisuelle, mais on ne sait pas mesurer cet effet, de même que l'on ne sait à quels facteurs attribuer ce record d'audience. Cf. l'activité record sur Twitter aussi : plus de 4 000 tweets par seconde (TPS) en fin de match.
    Des annonceurs ont diffusé leurs messages sur Facebook, Twitter et YouTube, sur leur blog aussi : Pepsi, Volkswagen, Doritos... Le message Volkswagen aurait été vu, selon l'annonceur, 14 millions de fois avant le match... Doritos aurait été la marque aurait été la plus discutée sur Twitter, sans que l'on puisse raisonnablement décider du signe de cette notoriété. De son côté, Foursquare déclare plus de 200 000 check-ins à l'occasion de réunions pour regarder le Super Bowl.
    Aux côtés des traditionnels Nielsen, la mesure de l'audience des messages publicitaires voit rivaliser TiVo (analyse des comportements observés grâce à l'enregistreur numérique), Hulu (vote des téléspectateurs sur le site de VOD gratuite) et AdMeter du quotidien national USA Today (vote également)Rentrak qui recourt à un panel de 17 millions de foyers (set top boxes) souligne la qualité de l'attention portée aux messages publicitaires (Ad Retention Index). Le Super Bowl est aussi un festival de la mesure de l'audience de la publicité.
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    lundi 7 février 2011

    L'expansion du lexique. Les mots du Web

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    Au début de février 2011, l'anglais comptait 1 008 879 mots selon le Global Language Monitor (GLM) et 1 022 000 selon la Harvard Google/Study qui a compté les mots présents dans 15 millions de livres et révèle que cet univers lexical est en expansion au rythme de 160 mots par semaine. Ces comptages, pour discutables qu'ils soient, dans leur principe et dans leur marketing, sont sans doute réalistes. Déjà, remarque un lexicologue, il existe au moins un million d'insectes et chacun a son nom...
    En comparaison de ces comptages sur le Web, The Oxford English Dictionary (OED, 1989, papier) ne propose que 301 100 entrées dans son édition de 2005. Ce nombre double (616 500) lorsque l'on prend en compte les mots dérivés, les composés, etc. L'édition en ligne (ODO), libérée des contraintes matérielles (encombrement), croît à  raison de 2 500 mots par trimestre (révisions comprises) et elle s'en tient à la synchronie, l'OED couvrant les aspects diachroniques (évolution des mots). Sur ce dernier point voir OED vs ODO.
    Le GLM a une politique encore plus ouverte que l'OED, acceptant largement tous les mots, y compris ceux issus du tissage de mots anglais avec des mots d'autres langues (chinois, espagnol, hindi, etc.), les termes inventés par le cinéma (hollywords), etc. 
    • Les frontières du corpus qui donne naissance à un dictionnaire sont floues. Qu'est ce qu'un mot qui n'est compris que par quelques uns ? Quand un mot inusité cesse t-il d'être pris en compte ? Quelle fréquence d'usage, quelle extension géographique ? Que faire des mots de spécialistes (sciences, techniques), des régionalismes, des sociolectes et géolectes ? La délimitation est arbitraire ; il n'est pas commode d'établir le périmètre des mots d'une langue.
    • Dans la plupart des cas, on recense les mots écrits, les corpus étant puisés dans des livres, des journaux. Mais les mots que l'on dit, que l'on entend, comment les recenser ? Rares sont les bases de mots issues de l'oralité ; le Français fondamental de Georges Gougenheim élaboré dans les années 1950, à fin didactique, en ce domaine, fut révolutionnaire. 
    • Il ne peut exister d'échantillon représentatif des mots d'une langue car il ne peut exister de base de sondage d'où l'on pourrait tirer des mots de manière aléatoire.
    Le Grand Robert compte 100 000 mots (et 800 000 formes fléchies, soit en moyenne 8 formes fléchies par mot). On on estime que le vocabulaire français passe à 700 000 termes et au-delà lorsque l'on incorpore le français technique et diverses créations lexicales récentes. Ainsi, d'un dictionnaire traditionnel à l'enregistrement de toutes les pratiques présentes par écrit sur le Web, le nombre de mots varie de 1 à 10. 
    Et de touts ces mots, on dit que les Français n'utilisent en moyenne que 3 000 à 30 000, selon leur capital culturel et scolaire.
    • Le lexique d'Internet est 250 fois plus riche que le vocabulaire courant (25 fois plus riche que celui du public dit cultivé). Donc la fréquence des mots est fondamentale, donc leur lemmatisation aussi. Plus la fréquence d'un mot est basse (son rang élevé), plus il est probable qu'il est discriminant (cf. les travaux de Zipf, revus par Benoît Mandelbrot, à partir des résultats de Claude E. Shannon). 
    • Sans lemmatisation, l'orthographe brouille tous les calculs ; la maîtrise de l'orthographe varie selon l'âge et selon le capital culturel, cf. l'échelle Dubois-Buyse). Certaines "fautes" d'orthographe ont une source et une valeur socio-linguistiques (elles ciblent), d'autres sont des fautes de frappe (mais on dit que ces fautes - typo- rapporteraient gros sous la forme de typosquatting !).
    Références 
    Claude E. Shannon, Warren Waever, The Mathematical Theory of Communication, 1949
    François Ters, Georges Mayer, Daniel Reichenbach, L'échelle Dubois-Buyse, 1988
    Pierre Bourdieu et al., Rapport pédagogique et communication, 1968
    Léon Brillouin, La science et la théorie de l'information, 1959 (Editions Jacques Gabay, 1988)
    Benoit Mandelbrot,"Information Theory and Psycholinguistics", in Language by R.C. Oldfield and J.C. Marshall, 1968 pp. 263-275.
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